‹ L'histoire des Provinces-Unies, des Pais-Bas. PublChapitre 52 sur 61 · II · texte numérisé non relu

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482 Rr ponte de» Portwgoi»; réplique des IIotUtnêotM.

* de lc9 y forcer, ils se jetteraient entre les bras du Roy d*Espt-

* gne. Qu'il estoit impossible de contraindre tiint de gens d'abai* » donner leur bien, et d'assujettir à une puissance estrangere des #gcns dont l'humeur et la religion est oient incompatibles stec #lu leur/1 Les Commissaires repartirent: «Que le Brésil avait resté conquis sur le Roy d'Espagne, cnnrmy de cet Estât, mes- *mes de l'aveu du Roy Jean IV, qui en demeura d'accord Ion

* qu'on lit le traitté* pour In trêve de dix ans (1). Qu'il n'y avait *pas quatre cens Portugois capables de porter les armes, ûoe 0 Tintent ion des Estats estoit de les laisser en la paisible possession de leur bien, et que le Boy de Portugal a voit, ou detoh » avoir, assis d tiutorité sur ses sujets pour les obliger à acquies- » ccr à la raison, et à ce qu'il jugeoit nécessaire pour le bien de *son Roiaume,"

Le Comte de Cominges, Ambassadeur de France, qui disait avoir receu ordre du Roy, son Maistre, de travailler à cet accommodement, fit plusieurs ouvertures pour cela. Il proposa, qte les nffaircs demeurant en Pestât où elles estoient, le Roy de Portugal envoyast un Ambassadeur à la Haye, ou que le Roy et In Estats envoyassent leurs Plénipotentiaires en quelque ville de France, et qu'ils soumissent leurs différends au Roy et ta Protecteur, ou à l'un d'eux deux. Les Commissaires représenterait. que cette députât ion et soumission ne servir oient de rieo, pou que leurs M autres demandoient la restitution du Brésil, et que tout ce qu'ils pouvoient faire ce seroit de laisser Angola et St Thoinc à lu Couronne de Portugal. Les Portugais protestèrent de leur costc, que la réputation du Roiaume et l'interest de la Religion ne leur permettoient pas de restituer ce qu'ils posscdoient nu Brésil, et dirent en un mot qu'ils ne restitueraient pas un poulce de terre, et que tout ce qu'ils pourraient faire ce seroit, de soumettre nu jugement du Roy de France et du Protecteur l'est imat ion de l'équivalent. Les Commissaires ne pouvant plus continuer les conférences après cette déclaration, ne songtrcut plus qu'à exécuter le second point de leur instruction, ta déclarant formellement la guerre au Roy de Portugal. Leur intention estoit de le faire par escrit, et de la (2) mettre entre 1» mains de la Reine Régente lors qu'ils prendraient leur audience de congé. Mais soit que l'on s'en doutast à la Cour, ou que ks

(1) En 1041.

(2) C. à d.: La déclaration de guerre.

Les Commissaires Hollandais déclarent la guerre. 483

Commissaires mesmes en eussent témoigné quelque chose, la Reine fit la malade, et sous ce prétexte elle s'excusa de leur donner audiance. Ce refus leur ostant le moyeu d'exécuter leur ordre avec la dernière punctualité, ils s'avisèrent de mettre la déclaration par escrit, et de l'enfermer dans un paquet qu'ils envoyèrent à Don Pedro Yieira de Si 1 va, et le prièrent de le donner i la Eeine eu mains propres. Ils s'embarquèrent en mesme temps* pour aller par mer à la Rochelle, et de là par terre à la Haye, où ils arrivèrent le 12 Novembre; le Lieutenant Amiral demeurant cependant aux costes de Portugal, où il prit vingt un (1) navires Portugais d'une flotte de trente, qui venoit du Brésil.

La Province de Frise ne prend point de part aux interests de la Compagnie des Indes Occidentales; c'est pourquoy ses Députés ne voulurent pas consentir qu'on fist cette déclaration contre le Boy de Portugal, et croy oient avoir droit de s'y opposer, parce que selon Y Union, l'Estat ne peut pas entrer en guerre sans le consentement unanime de tous les Alliés. Mais les autres Provinces dirent, qu'il n'estoit pas au choix de la Frise d'y contentir, ou de n'y point consentir, parce qu'à moins de manquer k ce qu'elle doit à Y Union* elle ne pouvoit pas refuser de secourir l'Estat contre ceux qui Pnttaquoient, comme les Portugais Tavoient attaqué au Brésil (2). Les Députés de Frise firent connoistre qu'ils ne faisoient les difficiles, que parce qu'il n'y avoit gué la Compagnie qui pust profiter de cette guerre; n\ais si les oonquestes se faisoient au profit de l'Estat, leur Province ne manqueroit pas de faire ce que les Alliés pourroient désirer d'elle.

Nous venons de dire que les Estats, en prenant cette resolution de rompre avec le Roy de Portugal, voulurent bien en mesme temps lever les ombrages que le Protecteur auroit pu en prendre, et ordonnèrent à leur Ambassadeur, de l'asseurer qu'ils ne se méleroient point des affaires du Roy d'Espagne directement ny indirectement, en y âjoustant un autre ordre, de faire instance auprès du Protecteur à ce qu'il revoquast la Déclaration, qui avoit esté faite au mois d'Octobre 1651 pour V augmentation de la navigatton des Anglois. L'Ambassadeur y remonstra: *Que c'estoit m une nouveauté incompatible avec la bonne intelligence qui devoit »unir les voisins, et qu'elle avoit esté en partie cause de la der-

(1) Voir Brandt, Leoen van de Huiler, p. 139.

(2) Aitzema, S. van Slael. IV. 37. p. 115, 116.

484 Nieuport negotie sans succès à Londres.

* nierc rupture. Que ses Maistrcs jugeoient, que puis que la paix » estoit faite, il falloit oster la cause de la guerre, et remettre les 9 choses en Testât où elles estoient lors que les Ambassadeurs du » Parlement offrirent à la Haye un traitté d'alliance et de confiner ce; et puis qu'en Hollande on a?oit tant de complaisance 'pour les marchands avanturiers d'Angleterre, il estoit bien juste »quc Ton en eust aussy en Angleterre pour les marchands Hol- "landois." Mais toutes ces remonstrances furent inutiles. Le Protecteur n'y voulut rien changer; de sorte que Nieuport, qui n'estoit demeuré à Londres que pour tascher d'y faire un traitté pour les faits de la Marine, voyant qu'il n'y avançoit rien, et qu'il n'y a voit point d'apparence de conclurre au contentement de ses Supérieurs, leur demanda permission de faire un voyage au pais, pour y donner ordre à ses affaires domestiques.

De toutes les dispositions qui se voyoient dans les affaires de l'Europe, il n'y en avoit point de plus fascheuse pour les Estati, ny qui les interessast plus sensiblement, que la guerre que le Boj de Suéde f ni soit en Pologne et en Prusse. Il y avoit eu de ai grands avantages au commencement, que Ton ne doutoit point que les suittes n'y repondissent parfaitement, et néant moins fl y rencontra des obstacles qui ne le firent pas seulement désespérer de la conqueste de ce grand et vaste Boiaume, mais qui faisoient aussy douter de la conservation de ce qu'il avoit conquis dans le voisinage. L'armement du Roy de Daunemarc, et la diversion qu'on luy alloit faire de ce costé là, l'inquiet oient extrêmement. Car outre la haine réciproque que l'on remarque ordinairement entre les voisins, et qui a tousiours esté très forte entre les Suédois et les Danois, le Roy de Dannemarc nourrissoit un ressentiment particulier contre la Suéde, et ne pouvoit pas oublier l'insulte que celle cy luy avoit faite en 1644, après laquelle elle contraignit le Roy défunt de luy céder quelques unes de ses plus considérables provinces. Il croyoit devoir profiter de l'occasion, et insulter avec avantage et comme impunément le Boy de Suéde, pendant que ses armes estoient occupées en Pologne. Le Moscovite l'avoit attaqué en Livonie, quoy que sans sucées. Le Roy de Pologne avoit conclu son traitté avec l'Empereur, lors qu'il n'estoit encore que Roy d'Hongrie, pour un secours considérable que l'Archiduc Lcopold, qui avoit l'administration de l'Austrichrt, pendant la minorité du Roy son neveu, fit entrer en Pologne au mois de May, composé de neuf mille sept cens hommes de pied, et de huit mille cinq cens cinquante chevaux. Lh

Affaires du Nort. 4S5

Eatats -des Provinces Unies faisoient connoistre assés ouvertement, qu'ils s'opposeroient à l'establissement que le Boy de Suéde pretèndoit faire en Prusse, et l'Electeur de Brandebourg qui avoit bien autant de sujet de craindre ce puissant et agissant voisin, eteontoit les propositions que l'Empereur, les Bois de Pologne et de Dannemarc, le Moscovite, et les Estats lu y faisoient faire, pour tascher de le mettre hors des interests de la Suéde. La France n'approuvoit point la guerre de Pologne, tant à cause de la Religion Catholique qui y soulfroit, et parce qu'elle avoit de la considération pour ,1e Boy et pour la Bcine de Pologne, qui en «voient beaucoup pour elle, que parce qu'on auroit mieux aimé en France que les armes du Boy de Suéde eussent esté employées dans les pais héréditaires de l'Empereur, afin de l'empescher de secourir le Boy d'Espagne en Italie et ailleurs. C'est pourquoy le Cardinal Mazarin, qui ne contraignoit pas fort aon humeur quand il ménageoit, ne le secouroit que de sommes très médiocres qui estoient bien capables de le faire subsister et rouler, mais ne pouvoient pas l'aider à faire de grandes conquestes. Le Protecteur qui faisoit le zélé pour sa Religion, ne favorisoit pourtant le Boy de Suéde, Prince Protestant, que des voeux qu'il faisoit pour la prospérité de ses armes. Il luy permit bien de faire faire quelques levées en Escosse, mais ces troupes désarmées et mal disciplinées ne luy fournissoient qu'un secours foible, languissant, et inutile.

Il n'y eut que George Bagoczy, Prince de Transilvanie, qui s'engagea avec le Boy de Suéde, et qui se perdit pour l'amour de luy. Son père avoit autrefois eu quelque pensée pour la Couronne de Pologne, et comme il croyoit bien avoir autant de mérite qu'Estienne Batory qui fut eleu Boy après la rctraitte de Henry de Valois, il voulut profiter de la révolte des Cosaques, aussy bien que de la révolution, que l'on voyoit en Pologne, depuis que les armes de Suéde y estoient entrées. Le Boy Casimir avoit fait tout ce qu'il avoit pu pour le gagner, et afin de l'obliger à le secourir, tant contre les rebelles que contre les ennemis, il luy avoit envoyé Albert Pramorsky, alors Beferendaire et depuis grand Chancelier du Boiauine, qui luy promit que le Boy, qui n'avoit point de fils, adopteroit le sien, et tascheroit de le faire élire dans l'interrègne. L'Empereur fit aussy faire office pour l'empescher de prendre party avec le Boy de Suéde, mais Bagoczy vouloit quelque chose de plus asscuré et de plus présent; de sorte que s'estant rendu trop difficile, Pra-

486 Ragoczy prend par ty avec le Jfrjr de Suide.

m o r s k y se retira, et céda la place au Ministre de Suéde qui conclut avec ce Prince, en faisant avec luy le partage d\mc couquestc imaginaire, et d'un Koiaume où ils n'eurent point départ ny l'un ny l'autre.

En exécution de son traitté il fit entrer Bagos Gabor, son Mareschal de Camp, avec une partie de l'armée, eu Pologne vers la fin de Tan 1656, et le 8 Janvier de Tannée suivante il marcha en personne avec le reste de ses troupes, qui estoient bien aussy fortes que les premières et avec une artillerie de trente pièces de canon. La Porte le fit exhorter de ne point prendre party, et le Cham des Tartan. s s'opposoit à son entreprise; mais Bagoczy, apres avoir enflé* (1) ses troupes d'un bon nombre de Cosaque* rebelles, joignit le Roy de Suéde le 13 Avril auprès de Zavichost. après qu'il se fust abouché' à Cracovie avec Paul Wirt», à qui il laissa mille fantassins. Son armée estoit composée de gens qui ne connoissoient ny ordre ny discipline, et qui estoient armes en païsans plustost qu'en soldats; de sorte que ne pouvant subsister dans le païs, apres la retraitte du Roy de Suéde, ils furent contraints de s'en retourner sur leurs pas. Les Polonois les costoioient tousiours jusques à un défilé, oïl R a go es y, voyant qu'il ne pouvoil pas éviter la déroute entière, eut recours aux prières et aux soumissions, promit de réparer le mal qu'il avoit fait en Pologne, s'obligea à de grandes sommes d'argent, et donna des ostages pour l'asseurance du payement. Mais devant qu'il pust sortir du Rointimc, les Tarturcs le serrèrent de si prés, que de peur de tomber entre leurs mains, il se détacha avec trois cens chevaux, et abandonna le reste de son armée qui fut bientost taillée en pièces. Estant arrivé en Transilvanic dans ce meschant estât, le Grand Seigneur le contraignit de resigner sa Principauté*.

L'entreprise du Roy de Danncmarc ne fut guercs plus heureuse, quoy qu'elle fust un peu mieux concertée que celle de Bagoczy; toutefois pas si bien que Ton pust dire, que le succès en seroû infaillible. On ne peut nier qu'il n'y flst entrer beaucoup de passion, et que le c nscil de quelques Ministres estrangers et l'interest de ses confidents n'y eussent bien autant de part, qu'il en donnoit à la raison. Il n'avoit qu'une alliance défensive avec les Estats des Provinces Unies, et n'avoit point de traitté du tout avec les Princes voisins qui ayant presque tous un mesme interest

(1) Edition iinpr.: grossi.

Sagn repré*c*tatio*t du E*laU au Rnj de ftannrMarc. 4S7

avec luy, n'auroient point fait de difficulté sans doute, de prendre on mesme engagement, s'il s'en fust ouvert à eux de bonn'heure. Au commencement de Tan 1657 il se faisoit encore quoique négociation entre les deux Rois du Nort. Rosewing estoit en Prusse de la part du Roy de Dannemarc, et Durci estoit à Coppenhague pour le Roy de Suéde. Cet Estât n'estoil pas d'avis que le Roy de Danncinarc rompist, et luy avoit fait représenter: 'que c'estoit avec sa participation qu'on s'estoit engagé dans une 'negotiation avec le Roy de Suéde; que cette negotiation estant 'àdesja fort avancée, il avoit déclaré aux Ambassadeurs Ilollandois, ^ qu'il jugeoit qu'il falloit conclurre. Que inesmes après la conclu- ' sion, et après la signature du traitté, lesEstats avoient bien voulu savoir la complaisance pour luy d'en différer la ratification, et de ^demander un éclaircissement au Koy de Suéde, directement contre 'les règles de la bienséance et de l'honnestcté, ou pour parler plus 'correctement, contre la bonne foy." Comme de fait les Princes et les Estats ne se peuvent pas dispenser de ratifier ce que leurs Ambassadeurs et Ministres ont negotié et conclu, en vertu d'un plein-pouvoir en bonne forme, quand mesmes les Ministres auraient excédé les ordres portes par leur instruction, parce que Ton communique l'un, et l'autre est une pièce secrète. Le Roy de Dannemarc n'avoit pas seulement souffert que les Estats conclussent leur trailté, mais il les avoit exhortés et pressés de conclurre, se contentant de n'y stipuler point d'autre condition pour luy, si non qu'il fust compris au traitté, que les avantages qu'ils y obtiendroient pour les habitants de leurs Provinces, leur seroient communs avec ses sujets, et que Ton y ménageât la liberté de la ville de Dantsig. Le Roy couvroit ses sentiments d'une profonde dissimulation, et afin de fortifier les ombrages que Ton en pou voit prendre, il faisoit continuer la negotiation avec la Suéde; de sorte que les Estats qui en estoient jaloux, luy firent dire, que si c'estoit son intention de traitter, que ce fust au moins arec leur participation, et sans préjudice de leurs interests. Mais le Roy de Dannemarc avoit en effet des pensées si éloignées de cela, qu'il ne songeoit qu'à l'exécution des desseins qu'il pretendoit faire réussir en Schonc, en Norvegue, et en Allemagne en mesme temps. Il en fit connoistre quelque chose aux Ambassadeurs des Provinces Unies, et envoya à la Haye Celio Ma réélis, qui y fit des offres fort spécieuses, demandant que lesEstats secondassent ses grands desseins, ou du moins qu'ils ne ratifiassent point le traitté d'Elbing.

4bb DcmutuUs du Rijf de Du h ne in me a tu Estuls.

Le seul objet des applications et de toutes les délibérations des Estats estoit la paix du Nort (I). Ils consideroient que les événements de la guerre sont aussy incertains, que les incommodités et la dépense qui raccompagnent, sont inévitables. Que les forées du Boy de Dan liera arc n'estoient pas égales à celles du Boy de Suéde. Que les officiers de celuicy estoient bien meilleurs, et ses soldats mieux disciplinés que ceux de l'autre, et que le Boy de Dannemarc n 'avoit pas le fonds nécessaire pour une si haute entreprise. Que les finances de cet Estât estoient épuisées, et qu'ils ne pouvoient, sans l'incommoder, autant que de la guerre messie, donner des subsides au Boy de Dannemarc, qui feroit bien quelque diversion, mais qui au fond n'agiroit que pour ses propres interests. Que quelques unes des Provinces, qui a voient ratifié le trait te d'Elhing par avance (2), hors de saison et mal à propos, faisoient bien connoistre leur intention. Au reste qu'il importait bien à l'honneur et à la réputation de l'Estat de donner la dernière perfection au traitte, si le Boy de Suéde acquiesçoit à tous les points, dont on avoit demandé l'éclaircissement.

Pour ce qui est des finances de ces Provinces (3), afin que Ton scache en quel estât elles estoient en ce temps là, je marquera? que T Estât en gênerai devoit huit millions trois cens cinquante cinq mille deux cens quatre vingt deux livres, cinq sols, et un gros, pour prests en deniers comptants, dont il payoit tous les ans trois cens trente quatre mille deux cens unse livres, cinq sols, cinq gros d'interests, sans les dettes courantes que Ton estoit obligé de payer tous les jours.

Toutes ces difficultés que le Koy de Dannemarc ne pouvoit pas ignorer, ne le purent pas empescher de se déclarer; mais il vouloit faire trainer la negotiation jusqu'à ce qu'il fust en estât de mettre une armée en campagne. Ses sujets ne trouvoient pas mauvais qu'il armast, et consideroient bien qu'il y estoit obligé par la guerre qui se faisoit dans le voisinage, et parce qu'ils avoient sujet de craindre, que le Boy de Suéde ne témoigaast son ressentiment du traitté, que celuy de Dannemarc avoit fait

(1) Lettre de de Witt à van Beuningen du 20 Mars 1657 (Archires du Royaume). Voir aussi celles du 30 Mars et du 6 Avril 1057. (Ibid).

(2) Entre autres la Frise. Lettre de de Witt à van Beuninçcn du 9 Mars 1057.

(3) Voir Aitzcma, S. van Staet. IV. 38. p. 254, 255.

Le Boy de DaMkemirc lece une armée, JS9

avec les Estats pour la conservation de la ville de'Dantsig (l). Aussy en obtint il d'abord un subside de cinq cens mille escus. Quelques gentilshommes levèrent à leurs dépens quatre mille chevaux, six mille hommes de pied, et ses autres levées réussirent ai bien, qu'il eut incontinent une armée considérable sur pied dans le pais de Holstein. Il n'y faisoit pas trop considérer le Duc de Gottorp, son parent, qui l'a voit fait prier de luy accorder la neutralité, et qui avoit mesines offert sa médiation pour raccommodement des différends, qui faisoient entrer les deux Bob en guerre; mais ses offices estoient suspects, tant à cause des liaisons qu'il avoit pr&es avec la Suéde, qu a cause de l'alliance particulière qu'il avoit avec le Boy, qui avoit épousé sa fille. Le Ministre de Suéde, voyant que tous les devoirs qu'il faisoit pour tascher de faire rapprocher les esprits estoient inutiles, prit congé, et partit de Coppenhague le 21 May. Il ne fut pas si tost party, que le Boy de Dannemarc leva le masque, et commença à se déclarer, en faisant arrester au destroit du Bond trois navires Suédois chargés de sel, qui est une denrée dont on a d'autant plus de besoin en Suéde, que le pais n'en produit point, et n'en a point d'autre que celuy qu'on envoyé quérir en France ou en Portugal. Il escrivit en mesme temps aux Ëstats Généraux, qu'il estoit résolu à la guerre, et de s'opposer aux violences que le Boy de Suéde faisoit, au préjudice de la seoreté de la navigation et du commerce de la mer Baltique.

Les Estats n 'estoient pas marris de voir augmenter tous les jours le nombre des ennemis du Boy de Suéde; mais ils vouloient qu'il servist à faire finir la guerre, et non à la rendre éternelle. C'est pourquoy ils donnèrent aussytost ordre à leurs Ambassadeurs de travailler à l'assoupissement des mécontentements qui alloient commettre les deux Bois du Nort, et sur tout d'empescher le Boy de Dannemarc de prendre des engagements avec d'autres Princes, qui le pussent empescher de faire la paix avec le Boy de Suéde, lors qu'on luy feroit trouver son compte particulier dans raccommodement. La France taschoit aussy de pre-

(1) Voir ci-devant p. 490. Les Provinces-Unies firent au mois de Juin 1657 nn nouveau traité avec le Boi de Dannemarc, qui confirma les traités précédents et les unit plus fortement encore à ses intérêts. L'année suivante ils en firent un autre pour régler la mesure des vaisseaux. Voir Aitzema, S. van Staël. IV. 37. p. 100—102. Dumont, Corp* unit. VI. 2. p. 183—186, 213—217.

400 Incarna de formée DanoUe dan* le Duché de Brtme.

venir cette rupture, et fit pour cet effet aller à Coppenhague k Ministre qui residoit de sa part à Hambourg, et l'Electeur de Brandebourg qui ne s'estoit pus encore entièrement séparé des interests du Roy de Suéde, y faisoit travailler; mais l'un et l'autre inutilement. C'estoit en effet beaucoup entreprendre. Le Boy de Suéde qui estoit fier, et qui a voit une fermeté qui approchait fort de l'obstination, estoit résolu de ne rien restituer de tout ce qui estoit demeuré à sa Couronne par manière d'engagement a vertu du traitté de Bromsebro; et celuy de Dannemarc croyoit estre en est ut de l'y pouvoir forcer, et de faire abolir l'excmtioi dont les natircs Suédois jouissoient au passage du Sond. Ce fat là le verital 1j sujet de la rupture qui incommoda fort le Boy de Suéde, mais qui faillit d'abismer le Boy de Dannemarc. Il est vray, que celuicy prit plusieurs autres prétextes qui deviennent bien souvent causes dans l'esprit des Princes. 11 se plaignoit de la protection que Ton donnoit en Suéde à Corviti Ulefcld, qui estant Grand Maistre de Dannemarc, avoit esté accusé d'avoir attenté à la vie du Boy. Il est certain que son humeur altiere et superbe l'avoit fait manquer, en plusieurs rencontres, au respect qu'il devoit à l'autorité Royale, et qu'il rcodoit à sa patrie d'aussy mauvais offices que liadzicusky ei avoit rendus à la Pologne, quoy que celuicy eust bien plus de sujet de se plaindre de son Boy, que l'autre.

Bilde, Mnreschal de Camp de Dannemarc, commandoit l'armée Danoise qui estoit accompagnée d'un equippage, composé de vingt quatre pièces de baterie, de quatre mortiers et de douze pièces de campagne. Ces troupes après avoir logé quelque temps dans cette partie du païs de Holstein qui est du partage du Duc de Gottorp, passèrent l'Elbe le 25 Juin, et entrèrent dans la Principauté de Brème, où elles prirent, sans beaucoup de résistance, plusieurs places et forts, et entre autres reluy de Bremervônle, qui estoit en ce temps un des plus importants du païs. Il y a de l'apparence que l'armée auroit achevé de conquérir dans peu de jours tout le Duché que le Boy de Dannemarc avoit possède' devant son avaneement à la Couronne, comme Archevesquc de Brème, si l'cnnemy ne l'eust obligée à repasser la rivière.

Ce fut presque dans le mesme temps où Bilde prit Bremervorde, que le Boy de Suéde entra dans le Holstein pour le secours du Duc de Gottorp, son beaupere, et pour faire une diversion aux armes de Dannemarc. Celles qui avoient esté employées au Duché de Holstein n'en faisoieut qu'une partie, de

Le Boy de Suéde fait diversion dans PHolstein et défait un corps de Danois. 491

sorte que Bilde, voyant qu'il ne pouvoit pas tenir la campagne dans le voisinage du Roy de Suéde, se jetta dans Fridericsode, et abandonna tout le pais à la discrétion de l'ennemy, aussy bien que les nouvelles conquestes de Brème. Le Koy de Suéde, qui par oe moyen demeuroit maistre de la campagne, donna ordre à Charles Gustave Wranguel de passer l'Elbe, et de nettoyer le pus de Brème de ce qui y restoit do Danois, comme il fit sans peine, et avec bien plus de facilité que Bilde n'y en avoit rouvé. Les expéditions que les uns et les autres firent en Sehone, et sur les frontières, de Norvegue, ne furent pas fort considérables, et la rencontre que les deux années navales eurent, ne mérite pas que l'histoire en parle. Mais le 4 Novembre Wranguel, qui comme nous venons de dire, avoit reconquis en peu de jours toutes les places de la Principauté de Brème, et qui eatoit rentré dans le Uolstcin, trouva le moyen de surprendre plus de cinq mille hommes, que Bilde commandoit dans Fridcriesode. C'est une place située sur un destroit de la mer Baltique, que les Danois appellent Middelfort Sond, qui sépare l'Isle de Funen de la terre ferme de Jutlande, de sorte que c'est comme le passage ordinaire de l'Isle. C'est pourquoy le Roy de Dannemarc qui le consideroit comme un poste très important, l'avoit tait fortifier de quelques bastions qui n'estoient pas encore bien en defeuse lors que la ville fut surprise. Toute la gar.iison y demeura prisonnière avec cent treize officiers, entre lesquels on comptait aussy Bilde, qui n'ayant pu agir en Capitaine, y voulut mourir en soldat, se faisant blesser en sorte qu'il ne pust pas survivre long temps à cette disgrâce. Les Suédois y gagnèrent quarente trois pièces de fonte, et cinquante deux de fer, avec trente trois drapeaux, et quantité -de vivres et de munitions

Ce revers de fortune renversa tous les desseins du Roy de Dannemarc, et ne le rendit pas seulement inutile, mais mesmes incommode à ceux qui s'estoient déclarés contre le Roy de Suéde, parce qu'estant réduit à la défensive et contraint d'employer toutes ses forces à la défense et à la conservation de son propre Boiaume, il ne divertissoit celles du Roy de Suéde que bien foibleroent (1), pendant qu'il luy ouvroit la voye à des conquestes bien plus importantes, que celles qu'il pouvoit faire en Pologne.

(1) Edition impr.: il ne faisoit diversion que foi ble meut à celles du Roi de Suéde.

±92 Les Aubaual'urt de* E4att pa**e*t p*r de$s*s leur» ordre*.

En attendant que nous puissions parler plus à propos des fâcheuses suittes de ce desastre, nons estimons devoir dire icy que les Ambassadeurs de cet Estât et principalement Conrad fan Beuninguen, a voient beaucoup contribué à cette rupture, bia que sans ordre, et contre l'intention de leurs Mais très (1), quijnge oient que le Roy de Suéde avoit tant d'ennemis, mesmes sans le Roy de Dannemarc, qu'ils estoient bien capables d'arrester le progrés de ses armes. Ils vouloient seulement empescher que la fille de Dantsig ne tombast pas entre ses mains, et cela suffisoit, para que sans cela le Roy de Suéde n'aoqueroit rien sur la mer Bal* tique, et ne se pouvoit pas rendre maistre du commerce de ces quartiers là, ny conserver sans peine, sans une grande dépense, et sans une perpétuelle jalousie, les autres conquestes de Prusse. C'cstoit pour cela qu'ils y a voient envoyé Perceval avecqoinii cens mousquettairec commandés (2). Le Roy de Suéde, qui après cela ne pouvoit plus % espérer de réduire la ville par les armes, entreprit d'en ruiner le commerce, en détournant le cours de 11 Vistulc, à dessein de la rendre plus navigable auprès d'Elbing, dont il pretendoit faire ce que Dantsig estoit desja. Ces entreprises que Ton peut appeller des attentats contre la nature, pois qu'on luy fait violence, ne réussissent que fort rarement. Des que la rivière commença à charier, les glaces entraînèrent les navires que le Roy de Suéde y avoit fuit enfoncer, et forcèrent les pieus qui les dévoient défendre contre la rapidité du courut

Les trois Ambassadeurs (3) de cet Estât qui estoient demeures auprès du Roy de Suéde, continuoient cependant leurs offices, pour porter les affaires à un accommodement avec le Roy de Pologne, mais n y leurs personnes ny leurs devoirs n 'estoient pas agréables, à cause du refus que les Estats faisoient de ratifier le

(1) Voir le lettre de de Witt à van Benningen du 16 Férrier 1 057 (Archives du Royaume). Van Beunineen lui-même protesta qu'on Tamisait à tort. Voir van (1er Heim, Dissertatio de Ugatiomhuê Conrad o Reuningio gestis nsque ad uhhhm 1672. p. 45 sv.

(2) Cette garnison à Dantzi^r donna souvent occasion à de graves discussions dans l'Assemblée des Etats Généraux. La plupart d» Provinces voulaient la rappeler, tandis que la Hollande voulait à tout prix qu'elle y restât. V. Résolution seer. des Etats de Hollande da $?.'* Mars 1657. Lettre de de Witt à van Bcuningen du 16 Mars 1657 {Archives du Royaume).

(3) Le quatrième, van Slingclandt, avait eu permission de s'en retourner peu après la conclusion du traité d'Ëlbing.

Coûte de menutelligence entre le Roy de Suéde et les Estais. 493

traitté d'Ëlbing, et d'autant qu'en toute leur conduite on remarquent un grand penchant vers le Koy de Dannemarc, le Roy de Suéde ne voulut pas admettre leur médiation. Avec tout cela celuicy temoignoit. que ce seroit sans répugnance qu'il donneroit la paix au Koy de Pologne, pourveu qu'on luy laissast la Prusse Royale, ou du moins les villes d'Ëlbing et de Marienbourg, et qu'on luy donnast une bonne somme d'argent, dont il pust se rembourser des frais de la guerre. Le Boy de Pologne jugeoit que t ut ce que le Roy de Suéde pouvoit prétendre c'estoit qu'on ne luy demandast rien, et qu'on ne l'obligenst point à reparer le mal qu'il a voit fait en Pologne et en Prusse, sans y avoir esté provoqué. C'estoit aussy l'intention et l'interest des Estats qui ne deairoient autre chose sinon de voir les affaires remises au premier estât, et la liberté du commerce restablie en ses quartiers la (1). Le Roy de Suéde, qui n'avoit que trop d'ennemis sur les bras, et qui vouloit empescher les Estats d'en augmenter le nombre, souffrit qu'on éclaircist les points du traitté d'Ëlbing qui en empeschoient la ratification, en sorte qu'ils en fussent satisfaits, tellement que sans un autre demeslé que l'on eut avec luy, il y avoit de l'apparence que l'on auroit achevé de conduire en ee temps là.

Harald Appelboom, Résident et depuis Envoyé extraordinaire de Suéde, qui servoit le Roy, son Maistre, avec beaucoup de zèle, luy avoit escrit plusieurs choses, dont les Estats avoient pris sujet de s'offenser, parce qu'il n'avoit pas fort ménagé la réputation de quelques Députés de leur Assemblée qu'il disoit avoir esté corrompus. Ce n'estoit pus uu crime nouveau dans cette Republique, où les corruptions ont paru de temps en temps comme les maladies dans un corps cacochyme (2). Les lettres d'Appel boom avoient esté interceptées en Dannemarc, et envoyées à la Haye, où elles firent grand bruit. Les Estats, sans considérer qu'ils avoient à faire à un Prince qui ne scavoit ce que c'estoit que complaisance, et qui n'avoit pas grand sujet d'en avoir pour eux, résolurent que la Roy de Suéde seroit prié

(1) # Le Résident de Suéde apprenait à son Maître, que les Rois /d'Espagne et de Dannemarc corrompaient par leurs pensions beau- «coup de Députés des Etats, et que s'il avait de l'argent, il se ferait «un grand nombre de créatures qui serviraient avantageusement la * Suède." Bas nage. I. p. 477.

(9) Ce *'e*toit pa* — cacochyme, omis dans l'édition impr.

494 Les Ettatt sont obligé* d'avoir de la complawmre pomr le Rog et Steée.

de révoquer son Ministre, parce qu'à l'avenir il seroit inutile aa Koy, sou Mnistre, et incapable d'entretenir l'amitié et la bonne intelligence entre sa Majesté et cet Estât. Ils prétend oieut aussy faire punir ce Ministre, et ordonnèrent qu'après un mois, dans lequel on esperoit qu'il seroit révoqué, on ne recevroit plus set Mémoires, et on ne negoticroit plus avec luy. Mais le Roy de Suéde, qui scavoit ce qu'il se devoit, et ce que l'honneur l'obligeoit à faire pour son Ministre, bien loin de le révoquer, oa de le désavouer, approuva tout ce qu'il a? oit fait, promit de le maintenir et de le protéger, refusa de donner audiance aux Amhassadturs qui est oient de la part des Estât* auprès de luy. jusqu'à ce que sou Résident cust esté restably en la fonction de son einploy. C'cstoit bien le prendre de hauteur, mais il faut avouer qu'il n'y a rien qui interesse plus la dignité du Prince, que la considération que l'on a pour son Ministre, et il n'es scauroit trop faire, quand on l'offense au caractère dont il Ta honnoré. Les Ambassadeurs llollandois n'a voient point offensé* le Koy de Suéde; il ne s'estoit point plaint de leur conduite, Appel boom nu contraire, avoit fort sensiblement offensé les Estats, en parlant de leur Assemblée comme d'un corps gangrené et tout remply de corruptions. Les uns a voient le caractère représentant au premier degré; l'autre n'es toit que Ministre du second ordre. Le Koy de Suéde en refusant de donner audiance nui Ambassadeurs des Estats, témoiguoit que l'amitié de la Republique luy estoit indifférente, et qu'il ne se soucioit point de rompre avec des ennemis couverts; au lieu que les Estats en ne révoquant point leurs Ambassadeurs, faisoient connoistre que l'amitié du Koy leur csloit nécessaire. Le Koy de Suéde opposait à toutes leurs raisons celle qu'il avoit de maintenir un Ministre, qui le servoit à sa mode, et qui luy avoit découvert plusieurs secrets, dont il se pouvoit servir utilement; de sorte qu'il ne croyoit pas estre obligé de le révoquer à l'appétit de ceux, dont il n'a\oit pas sujet d'estre fort satisfait, et qui for m oient seuls les obstacles qui l'cmpeschoient de poursuivre ses conquestes. La vérité est (pic dés qu'on sceut que le Koy de Suéde avoit refuse* audiance aux Ambassadeurs, il y eut des villes de Hollande qui furent d'avis qu'il les falloit faire revenir (l) ; mais on trouva le

(1) Résolut, secr. des Etats de Hollande du 5 et 6 Oetobrc 165". Basnape, 1. c. I. p. 478.

Déclaration des Estât* en faveur du Dannemarc. 495

moyen de modérer cette première chaleur, et rie ménager les esprits, en sorte que Ton n'en vinst pas a ces extrémités. Cependant la fermeté du Roy de Suéde mit tout l'Avantage, de son costd. Car les Ambassadeurs ne laissèrent pas de demeurer, et n'eurent point d'audianec qu'après avoir déclaré au Roy, que les Estats le faieoient luy mesme juge des actions de son Ministre, et que s'il croyoit le pouvoir absoudre, on continucroit de negotier avec luy, et on l'admettrait à toutes les fonctions de son emjloy, comme il y fut admis en effet (1). Avec tout cela les Estats ne craignirent point de déclarer, que ce n'estoit pas leur intention d'abandonner le Roy de Dannemarc, et ils voyoient avec joye qu'on tmvailloit lu ureusement à faire sortir l'Electeur de Brandebourg du party et des interests du Roy de Suéde.

Le Roy d'Hongrie employoït pour cet effet auprès de luy le Baron de Lisola, que Ton a veu negotier en presque toutes les Cours de la ( hrestienté, et qui en asseurant l'Electeur, que son Maistrc demeureroit garant de tout ce que le Roy de Pologne luy promettroit, et en luy faisant voir qu'il pou voit sortir avec avantage d'un engagement où il estoit entré contre son inclination, et comme par force, le disposa à changer de party, et à faire la déclaration dont nous aurons occasion de parler incontinent. Les Estats de leur costé ne se voulant point lier les mains, mais se reserver la liberté d'einpescher le Roy de Suéde de se rendre maistre du passage du Sond, déclarèrent bien formellement qu'ils entendoient que le traitté d'Elbing n 'aurait point de lieu, sinon du jour que l'on feroit i'eschange des ratifications de tous les points de l'éclaircissement, à qui quelques Ministres de Hollande fort industrieux à inventer des mots barbares, donnèrent le nom iTe'ncif'atioi'% et seulement contre ceux qui attaqueraient le Roy de Suéde après ce jour là, et non contre le Roy de Dannemarc, qui l'a\oit attaqué auparavant. Cette chicane estoit indigne d'un puissant Estât; mais comme ceux qui y a voient la principale direction des affaires, ne se pouvoient pas défaire des habitudes qu'ils a voient contractées au collège et au barcau, il a esté impossible de les guérir de certaines foiblesses (2), qui les

(1) Voir Aitzema, S. van Staet. IV. 37. p. U6 sv.; la lettre de de Witt à l'Ambassadeur de Tbou du 13 Novembre 1657 {Archives dm Royaume). Wicqucfort, L'Ambassadeur et ses fonctions. I. p. 142,

(2) Edition impr. : et il a été presque impossible de les guérir de ces sortes de foiblesses.

496 R*$e eu Roy de Smeée.

empesch oient d'estre les premiers hommes du monde, comme ils Testaient de l'Estnt. Ces Provinces prestoient cependant de l'argent au Roy de Dannemarc, pour le rendre d'autant plus capable de mettre son Koiaume à couvert des insultes du Boy de Suéde. Rose* in g, qui \int à la Haye vers la fin de 1657, fit instance à ce qu'on p resta st au Roy, son Maistre, quatre cens mille esens. 11 en obtint deux cens qua rente mille, que les £stats de Hollande (1) luy firent avaucer par le Receveur de l'Amirauté d'Ain* sterdam, et on Passeura que leur intention estoit d'employer tout ce qu'ils a voient de forces pour la conservation du Boiaume de Dannemarc, et de se ressentir du mépris que le Roy de Suéde faisoit des offres de leur médiation.

Koscwing fit aussy instance à ce qu'on différa st de ratifier le traitlé d'Elbing mais on luy répondit; que les Estats ne pouvoient pas refuser ou différer de le ratifier, si le Roy de Suéde leur donnoit la satisfaction qu'ils luy avoient fait demander sur ce sujet. Le Roy de Suéde, de son costé. ne laissoît pas de te servir de l'avantage qu'il a voit eu à Frederiesode, au progrès de ses armes, dans le dessein de les porter jusques dans le coeur dn Roiaume de Dannemarc. Mais comme il n 'estait pas bien asseoré du succès qu'elles pourroient avoir, il s'y prit d'une autre manière. Il fit dire à quelques uns des Estats (2), comme en confidence, qu'il avoit appris qu'on avoit avancé des sommes fort considérables au Roy de Dannemarc, et qu'on luy en alloit encore prester d'autres, estant vray qu'outre les six cens mille livres que Kosewing avoit touchées, on parloit de luy en avancer encore quatre cens mille (3); mais qu'il jugeoit que cet argent pouvoit estre bien plus utilement employé ailleurs, parce que si on pouvoit se résoudre a le dédommager en quelque façon, et i le rembourser de la dépense qu'il avoit esté obligé de faire, depuis le commencement de cette guerre, il se laisserait disposer à la paix aux conditions qu'on pourroit désirer; c'est à dires restituer aux Rois de Dannemarc et de Pologne les places qu'il y avoit conquises, depuis qu'il y avoit porté ses armes. D y es-

(1) Résol. Scer. des Etats de Holl. du 19 Oct. et du 21Nov.l657.

(2) Par Peut remise de son Résident Appelboom, dans une visite visite que celui-ci rendit au Trésorier General van Beverningb. Lettre de de Witt à son oncle de Gracff van Zuyd-Polsbroek du 7 Janvier 105 S {Archives du Royaume).

(3) Résolut. Secr. des Etats de Hollande du 25 Janvier 165$.

TéinvaêiOH du Roy de Sftede dans Cisle de Fttnen. 497

toit l'aggresseur; de sorte qu'il ne se pouvoit pas plaindre du Boy de Pologne, et cette guerre avoit donné sujet, prétexte ou occasion de rompre au Roy de Danncmarc, qui pretendoit profiter de l'occasion, et esperoit de recouvrer les Provinces que son prédécesseur avoit esté obligé de céder par le traitté de Bromsebro, et le Boy de Suéde pouvoit craindre l'inconstance de la fortune qui avoit commencé à luy en donner des preuves en Pologne. C'est pourquoy cette ouverture fit impression; et comme on consideroit icy que la dépense qu'on feroit à un puissant armement ne produiroit pas peut estre l'effet que Ton s'en promettoit, le Conseiller Pensionaire de Hollande, à qui on avoit rapporté de bonne part que le Roy de Suéde se contenteroit d'une tomme de six cens raille livres, après avoir sondé l'intention de quelques uns de ceux qui avoient le plus de part aux affaires, en voulut bien faire la proposition au Ministre de Dannemarc; puis qu'aussy bien la France offroit de donner de l'argent, pour obliger les Suédois à sortir de la Pologne (1). Mais les Danois, irrités de leur dernière perte, plustost que mortifiés, ne voulurent point oûir parler de paix; de sorte que leur opiniastreté contraignit en quelque façon le Roy de Suéde de pousser ses conquestes. Il donna la liberté à un des cinq Sénateurs, qui avoient esté faits prisonniers dans Fredcricsode, et le fit aller à Coppenhague, pour y faire quelques ouvertures d'accommodement, pendant qu'il se préparait à nne nouvelle attaque. Ses gens faisoient courir le brait qu'il alloit assiéger Crempe, Rinsbourg ou Glucstadt dans le païs de Holstcin, et n'eurent point de peine à le faire croire, par ce que ces pinces asseuroient leurs quartiers d'hiver, et que Ton ne pouvoit pas seulement s'imaginer qu'il songeast à porter tes armes delà la mer dans une saison, qui rendoit son passage comme impossible: et neantmoins lorsqu'il sembloit qu'on le de- ▼oit craindre le moins, on eut avis que le Roy de Suéde avoit passé dans l'isle de Funen, et qu'il en estoit le maistre. C'est la plus grande, et j'ose dire, la plus fertile isle de toute la mer Baltique après la Zeelande, ayant dixhuit lieues de long sur sept ou hait de large, et n'est séparée de la.Jutlande que par un bras de mer qui est fort estroit. Elle contient avec la ville d'Ottensé (2), qui est le siège de TEvesque, les villes de Neubourg, Svinebourg(S), Assens, Boens(4), Middelfart et Kertcminde sur le bord delà mer,

(1) V. Puffendorf, Res gest. a Carolo Qnstavo, p. 441, qui est ici en erreur. (2) Odensee. (8) Svendborg. (4) Bowens. lî «*9

498 Vo*que*te de Piûe de Fu»eH.

quatre Maisons Koyales, deux cent soixante quatre paroisses, et six Couvents. Un bras de mer, comme nous venons de dire. U sépare de la terre ferme, et il y avoit dans l'isle trois mille sept cens chevaux Danois, et un peu plus de deux mille hommes de pied, tant soldats que païsans, sous la conduite de Guldenlecuw. Lieutenant General de l'armée du Boy de Dannemare. On peut dire que tout autre chef que le Roy de Suéde, aoroii trouve' l'entreprise très difficile, principalement dans une saison, où les troupes ont accoustumé* de se délasser des fatigues de b campagne. On a remarqué en toutes les actions de ce Prince, que sa fermeté et son courage se redoubloient à mesure que les obstacles presque invincibles et les plus eminents périls s'opposoient à l'exécution de ses grands desseins. La gelée rempesckoii d'embarquer son armée et le fit résoudre à la faire passer sur la glace. 11 le voulut hasarder par ce que personne ne l*a voit jamais hasardé devant luy, et le succès répondit ù, la pensée d'une si hardie entreprise. Il s'estuit servy de l'adresse de quelques officiers, qui estant travestis en soldats et en matelots, avoient accompagné le corps de Bildc, qui estoit decedé de ses blessures à Frcdcricsode, et que le Koy avoit renvoyé. Sur le rapport, que ces espions luy firent, il prit ses mesures, et après avoir fait passer plusieurs petits partis d'infanterie et de cavallerie, pour essayer la force de la glace, et pour prendre langue de Tennemy, il fit marcher son armée au commencement de Février 1658. Elfe estoit composée de cinq mille chevaux, de unze mille dragons, ou mousquettaircs à cheval, et de deux mille fantassins, qui combattirent avec d'autant plus de péril, que dans la chaleur de la première attaque, la glace qui estoit fendue et entrouverte en plusieurs endroits, ce qui avoit rendu le passage très dangereux, sr rompant tout h coup sous les deux régiments de cavallerie de Waldcc et de Konigsmarc, fit noyer deux compagnies du premier; mais cette perte fut suffisamment reparée par la facilité, avec laquelle le lîoy entra dans l'isle dont il se rendit le maistre, presque sans résistance. Car bien que les troupes Danoises eussent esté renforcées de unze cens, chevaux qui y arrivèrent de Laland, elles ployèrent d'abord et furent défaites presque sans combat. Cette victoire fut d'autant plus complète, que tous les officiers Da* no i s y furent faits prisonniers, avec cinq Sénateurs du Koiaume,ct que plus de soixante pièces de canon demeurèrent au pouvoir du Koy de Suéde. Les relations les plus fidèles disent, qu'il n'y eut pas deux cens hommes qui se sauvèrent de cette déroute, pour co

lie Rôy de Suéde passe eu Zeelande. -199

aller porter les nouvelles à la Cour. Wranguel eut bonne part à la gloire de cette action, qui fut suivie de la conqueste des isles de Langueland, Laland et Falster, qui se fit avec d'autant plus de précipitation que les habitants de Laland contraignirent le Gouverneur du fort de Nascou de se rendre au Koy de Suéde, à qui ils enseignèrent le moyen de passer en Zeelande. Le bras de mer qui sépare ces deux isles, et que Ton appelle le Belt, eatoit gelé, de sorte que quelques Danois, qui s'y sauvèrent par dessus la glace, en monstrerent le chemin au Boy de Suéde.

H passa avec son armée en Zeelande dix jours après la conqueste de Funen, et alla d'abord droit à Coppenhague. Wranguel luy conseilla de l'attaquer, et d'achever par la réduction de cette Ville, la conqueste de tout le Boiaume; mais soit que le Boy, qui a témoigné dans plus d'une rencontre, que Wranguel, qui avoit l'ame grande, estoit capable de luy donner de la jalousie, ne se voulut pas servir de ses généreux conseils, afin de n'estre pas obligé d'en partager la gloire avec luy, ou qu'il crust en effet que la garuison estoit trop forte, et que les habitants estaient trop animés par la présence et par le péril de leur Boy, pour pouvoir espérer qu'avec une armée de quinze ou seize mille hommes, il pust forcer la ville capitale du Boiaume, il ne le voulut pas entreprendre. Outre qu'il n'avoit point d'artillerie, et que dans la ville il y avoit une armée assés nombreuse pour combattre celle de Suéde en campagne rase. De l'autre costé, le Boy de Dannemarc, fort estonné de la perte de Funen, aussy bien que de l'infidélité et de la froideur qu'il remarquent en quelques uns de ceux qui approchoient de plus prés sa personne, eut recours aux soumissions et pria Philippe Meadow, Ministre d'Angleterre, d'aller trouver son ennemy, de faire son accommodement, et de sauver une partie de son Boiaume qui sans cela achevoit de se perdre.

Meadow y trouva d'abord une grande résistance. Le Boy de Suéde se plaignoit de l'insulte que celuy de Dannemarc luy avoit faite, pendant qu'il estoit en Pologne et demanda des choses que le Boy de Dannemarc ne pouvoit accorder, n'y mesmes exécuter après qu'il les auroit promises: mais il s'en relascha et souffrit qu'on fist un projet d'articles dont on forma en suitte le traitté, qui fut concerté à Tostrup, et enfin conclu le 8 Mars à Boschild (1), en la présence et par l'entremise du Che-

(1) Du mont, Corps universel dipl. VI. 2. pag. 205 sv.

50 » Traitlé de Roschild.

valier de Terlon, Ambassadeur de France et de l'Envoyé d'Angleterre. Ces deux Ministres ne manquèrent pus d'y establir les interests du Koy de Suéde, de détacher celuy de Dannemarc du part y des allies, et de faire exclurre les vaisseaux de guerre llollandois de Li Mer Baltique. Les deux Kois s'obligeoient par oc trnitté à ne point faire d'alliance au préjudice, ny mesmes sans la participation de l'un ou de l'autre: d'empescher les vaisseaux de guerre est rangers d'entrer dans la Mer Baltique (1), et d'exécuter le traitte de Bromsebro en tous ses articles, sinon en ce que Ton y derogeoit par celuy cy. Le Roy de Dannemarc, en renonçant aux alliances qu'il a voit faites nu préjudice du Boy de Suéde, s'y obligeoit particulièrement de laisser au Koy et à la Couronne de Suéde, en propre, les provinces de Halant, Bleking et Sclionc en la terre ferme, avec les villes et forteresses de Malin oc, Lantscron, Christianople, Elsingborg, Christianstadt, LoboIb, llalmstadt, et War bourg: l'islc de Bornholm; le chasteao et le baillagc de Bah us, et la ville et le baillage de Drunthem en Norvegue, et de restituer le fort de Brcmervôrde, avec tout leJemp* terlandt qu'il a voit pris sur luy Tannée précédente, de faire régler dans un certain temps les différends qu'il avoit avec le doc de llolstein Gottorp, beau père du Kpy de Suéde, d'exemter les navires Suédois des droits qui se payent ou destroit du Soud, et de la recherche des fraudes que les patrons y commettent: de restablir Corwitz Ulefeldt naguercs Grand Maistre de Dai-

(1) C'étaient les articles 11 et 111 qui tendaient à restreindre Pirfluence des Provinces-Unies. *.... ab u traque parte tollantur ac xt- , jifianttir omues confocdcrationcs, cum aliis potest&tibus, regibus, priii- ,cipihus, statibus ac rchuspubl. quihuscunque, in alterius partis detri- # nieutum aut noxam initae et saneitae; sicut etiam in posterum ai» „pnrs contra aliam nulla foedera feriat, uec alterutrius hostibus ullo 0 modo aut *>ub quovis praetextu suceur rat et auxiliura mittat. — In M'undciii fiuem inter nos constituimus, et mutuo proir.isînius, nos nnn- *quam (oncessums ut peregrina quaedam elassis immica, cujuscunque 0 etiam illa fuerit, per fret u m Oresundicura aut Balthicum in mare 0 Italthicum transeat: sed ab utraque parte pro omnibus viribus id ffimpedituros et aveisuros esse." — # U rsprùnglich war die Meinunj? *da*z sie allcn fremdcii Flotten versehlosscn sein sollte. Das Wort 0 0 feindlieh" wurde dureh den Einflusz des Englischen Vermittlrr* *hiuzugcfugt. In Rotschild versucliten die (îoandten au f aile tVei* ,di<; zwei letsten llrstiimmingen (art. II et III) aufgehobcn tu «■ , halteu, aber vergebens". Cnrlsou, 1. c. IV. p. 271.

Entretenu de» deux Rois. 501

nemarc, en ses biens, honneurs et dignités; de licentier deux mille chevaux et autant de fantassins, pour les faire passer au service du Boy de Suéde. Les articles secrets obligeoient le Roy de Dannemarc à supprimer son Manifeste, et à faire oster d'une tenture de tapisserie ce qu'il y avoit d'injurieux pour la nation Suédoise. Moyennant quoy le Roy de Suéde promit de restituer à la Couronne de Dannemarc tout ce qu'il avoit conquis sur elle en Danneraarc et en Holstein, et de retirer ses troupes de l'isle de Zeelande, dés que les deux mille chevaux Danois seroient entrés à son service, des isles de Falstcr, Langueland et Laland, le 4 Avril, et de Funen, Holstein et J ut lande dés que la saison le permettroit, ou au plus tard dans le premier jour de May.

La postérité sera, sans doute, surprise de lire dans l'histoire les particularités de l'entrevciïe qui se fit entre les deux Rois, après la conclusion du traitté de Roschild. Elle se fit à Frideriesbourg où le Roy et ls Reine de Dannemarc receurent le Roy de Suéde, non comme le conquérant d'une partie du Roiauine, ny comme un Prince qui sous le nom de traitté venoit de leur donner la loy, mais avec les mesmes honneurs et avec la mesme obère, qu'ils auroient pu faire à un Roy amy qui seroit venu à leur secours, et qui les auroit tirés des mains du Roy de Suéde. 11 fallut mesmes y faire venir le Prince héritier presomtif de la Couronne, et mettre en la puissance et à la discrétion de cet entrepenant et ambitieux conquérant leurs plus chères espérances, et ce que le Roiaume de Dannemarc avoit de plus important et de plus pretieux (l). Incontinent après cette entreveùe, le Roy de Suéde passa en Schone, où il prit possession de ses nouvelles "oonquestes, dont il tenoit dcsja une partie par forme d'engagement, en vertu du trailté de Bromsebro, et il mit garnison dans les places qui luy en pouvoient asseurer la conservation. Ses troupes demeuroient cependant dans leurs premiers quartiers, nonobstant les devoirs que les Ambassadeurs de France et des Provinces Unies, aussy bien que le Ministre du Protecteur firent, pour les faire déloger, et il ne restituoit rien ; tant parce que ses gens de guerre ne pouvoient pas subsister ailleurs, que parce qu'il avoit quelque sujet de se défier d'un Prince, qui ne pouvoit pas n'avoir point de ressentiment du mauvais trnittement qu'il venoit de recevoir, et ne pas songer sans cesse au recouvrement de tant

(1) Basnage, Annaks, I. p. 508, 509.

502 Commencement de l* seconde rnptmre.

de grandes provinces qu'il nvoit esté contraint de céder. Le Boy de Suéde se plaignoit aussy, que le Koy de Dannemarc, au lût de faire passer à son service les quatre mille hommes qu'il luy avoit promis, ne luy en fournissoit que la moitié; que ceux qu'il luy avoit donnés estoient mal armés, et desertoient tous les jours; de sorte qu'il ne luy en restoit presque point du tout, et qu'il ne donnoit point de satisfaction au Duc de Gottorp, son beaupere. Les Estats de Suéde avoient esté convoqués à Gotten bourg au mois de May. La Reine y estoit arrivée, et le Boy y fit résoudre la continuation de la guerre, qu'il avoit dessein de faire au Koy de Danuemarc, quoy qu'il ne s'en expliquast point Pcv endormir son ennemy, il envoya à Coppenhagne Sténo Bielke et Pierre Jules Coyet, avec ordre de presser le Boy de Dannemarc d'achever l'exécution du truitte de Boachild; de sortir d'affaires avec le Duc de Holstein, et de proposer une alliance offensive et défensive. Le Boy de Denemarc avoit eu le loisir de revenir de sa première consternation. Van Bcuninguen (1) luj representoit le tort qu'il avoit fait à ses alliés, et à luy mesme, en faisant exclurre de la Mer Baltique le secours, qu'il ne pou* voit espérer que des vaisseaux de guerre de ses voisins, et lay avoit fait voir, que le trait té qu'il venoit de conclurre, détruisent entièrement celuy qu'il avoit fait avec cet Estât, et que l'alliance que le Koy de Suéde luy faisoit proposer, alloit achever de le détacher de tous ses amis. C'est pourquoy le Boy refusa d'entrer dans une semblable alliance, et mesmes d'e s tendre la défensive jusques aux provinces que le Koy de Suéde possedoit de deçà la Mer, en Allemagne, pour ne se pas commettre avec l'Empire. Il faisoit au reste tout ce qu'il pouvoit pour se défaire de ces importuns hostes, et pour faire connoistre que son intention estoit d'exécuter punctuellcment le traitté de Koschild. Il donna satisfaction au Duc de Holstein : il céda aux Suédois l'isle de Wecn, par ce qu'ils la pretendoient comme une dépendance de la pro-

(1) Voir Brsol. secret, des Etats de Hollande du 15 Mai 165$.- Au mois d'Août vau Bcuiuugen quitta Coppenhague ; plusieurs auteurs c. a. Bas nage (Annales, I. p. 515) attribuent son départi la crainte de tomber eutre les mains du Koy de Suéde. M. van der Heim. 1. c. p. 56 svv. rejette cette anecdote qui n'est pourtant pas tout-à-fait sans fondement. V. les extraits des lettres de van B c u n i il g c n dans les Additions et Corrections. Les deux collègues de van Bcuuingcn (voir ci-devant p. 418) avaient déjà précédemment quitté Copenhague.

Le Roy de Suéde fait une seconde irruption en fie? lande. 503

vin ce de Schone, quoy qu'elle dependist effectivement de Tisle de Zeelande, tant pour le temporel que pour le spirituel, et promit de payer quatre cens mille escus pour la réparation de la perte que la Compagnie Africaine de Suéde avoit fait en la Costc de Guinée. Le Koy de Suéde, après avoir réglé ses affaires avec les Estats de son Koiaume, qui n'a pprou voient pas fort cette guerre, par ce qu'ils craignoient qu'on ne voulust réduire la Suéde en province, et en faire une dépendance du Koiaume de Dannemarc, estoit venu de Gottenbourg à Wismar, et delà auprès de son bcaupere en Holstein. Ses olticiers cependant continuoient de faire des rccreûes et de nouvelles levées, on cuisoit du pain et du biscuit en plusieurs villes de Holstein, on mettoit en estât de servir plusieurs vaisseaux, et bon nombre de bastiments propres à transporter des troupes. Tout le monde croyoit, que ces préparations menaçoicut la Pologne, ou l'Electeur Je Brandebourg, qui avoit changé de party, ou bien la ville de Dantsig; par ce que personne ne pouvoit s'imaginer que le lioy de Sucde voulust encore rompre avec le ltoy de Dannemarc, après le traitté qu'il venoit de luy extorquer, et après avoir annexé à la Couronne tout ce que celle de Dannemarc possedoit delà la mer. Tellement que Ton fut bien estonné d'apprendre que le Roy de Suéde, qui avoit fait embarquer son armée à Kiel, l'avoit fait débarquer à Cursôr dans Tisle de Zeelande, et qu'il murchoit droit à Coppenhague, pendant que Bielke y continuait sa negotiation. Le dessein du Roy de Suéde estoit de débarquer à Kôgue, qui n'estant qu'à trois lieues de Coppenhague, il ne kiy auroit pas esté fort diffiieile de surprendre la ville, et de la prendre d'emblée; mais le vent n'estant pas assés favorable, il fut obligé de descendre à Cursor. Ce fut le bonheur du Koy de Dannemarc, qui eut le loisir d'assembler ses troupes qui estoient dispersées dans l'isle, et de s'en servir à renforcer la garnison de la ville. Et de fait, le Koy de Suéde y trouva une si vigoureuse résistance, que son attaque ne luy ayant pas reussy, il fut contraint de la changer en un siege formé, ou plustost en blocus, faisant cependant un grand détachement pour le siege de Cronen bourg, dont il donna la conduite à Wranguel. Ce Chasteau est situé sur le destroit du Sond, auquel il sert comme de cittadelle, aussy bien qu'à toute l'isle de Zeelande. Presque au mesme temps que le Roy de Suéde arriva devant Coppenhague, les troupes qu'il avoit laissées en Holstein formèrent des desseins sur Crempe, sur Gluckstadt et sur d'autres

504 Prùe de Cronenbomrg.

places, et surprirent et défirent le régiment d'Eberstein dans soi quartier (1).

Le lioy de Danneinarc se plaignit de cette seconde invasioi, 1 1 iusistoit sur l'exécution du traitté de Hoschild. Le Boy de Suéde au contraire, taschoit de la justifier, en accusant son ennciny de n'avoir pas exécuté le trait té. Il dUoit, que le Boy de Dannemarc ne luy avoit pas donné satisfaction touchant ratât de Guinée, par ce qu'il n'avoit pas voulu donner caution de* quatre cens mille escus, comme en effet il n'estoit pas en sa puissance de la luy donner, et qu'en refusant de faire une alliance offensive et défensive avec luy, il n'avoit pu couvrir une défiance, qui estoit incompatible avec l'amitié qu'il luy avoit promise, et qu'il avoit prétendu contracter avec luy. Il luy reprochoit le refus qu'il avoit fait de luy prester des navires pour le transport de ses troupes; de ne luy avoir pas donné les quatre mille sommes qu'il luy avoit promis, et de n'avoir pas contenté le Duc de Holsteiti. Que les intelligences, que le Roy de Dannemarc continuent d'entretenir en Hollande, et avec ses ennemis, l'avoient empesché d'exécuter les grands et importants desseins qu'il avoh formés ailleurs: qu'il estoit cause de l'invasion que le Moscorite avoit faite en Livonie, de la jonction du Roy de Pologne et de 'Electeur de Brandebourg, et mestnes de la précipitation avec laquelle on avoit procédé à l'élection d'un Empereur à Francfort. Que ces raisons l'obligeoient à porter ses armes là, où sa bonne fortune et la mauvaise foy de ses ennemis les appelloient.

Le siège de Croncnbourg ne dura que fort peu de jours, depuis le 20 Aoust jusques nu 16 Septembre; la garnison n'estoit que de cinq cens hommes, dont une partie ayant esté tuée, et l'autre rendue inutile dans les sorties continuelles, il estoit impossible d'en faire encore, pour empeseber les assiegeans d'avancer leurs travaux. Tellement que l'artillerie ayant miné deux bastions, qui regardoient la campagne, et qui n'estoient pas achevés, eu sorte

(1) Voir pour les motifs qui engagèrent Charles-Gustave à faire une seconde invasion en Dancmarc, Caris on, 1. c. IV. p. 296 svv. —

, Karl X, vom Glùckc berausclit, malte sich und seinem R*tbe

, vor dem Siège die Eolgcn dcssclbcn aus. Dcr Beschlusz war der Wesrdepunkt in seinem Lcbcn. Er sollte augenblicklich erfahrcn, ra , das bedrohte Staatssvstem und die gereiztc Vaderlandliebe vennorh- , tcn. Cîerade das, was er hatte vermeiden wollcn, trat cin; die 11(4* glander nahnicn tliatip ain Kriegc Tlieil .... ibid. p. 30'J, 310.

Negotiaiion entre la Suéde et les Estais. 505

que leurs ruines ayant si bien rem pi y le fossé qu'il n'y avoit rien qui pust empescher les Suédois d'aller à l'assaut, les soldats ne voulurent plus combattre, et contraignirent Christ offre Bille, Gouverneur du Cbasteau, de capituler à des conditions trop honnorables pour une place qui ne se pouvoit plus défendre, mais 1res glorieuses pour celuy qui y avoit donné une infinité de preuves de courage et de conduite.

Apres la perte de Cronenbourg il n'y avoit plus rien à conquérir, sinon la seule ville de Coppen bague, de la conservation ou de la conqueste de laquelle dépendoit le salut ou la perte de tout le reste du Koiaume. Le Roy de Suéde y fit donc rejoindre toutes les forces qui estoient dans l'isle et scachant quelle jalousie lk perte de Cronenbourg donneroit aux Estats, à cause du passage du destroit du Sond, et qu'il n'y avoit qu'eux qui pussent sauver la ville capitale, il les fit asseurer, que ny le chastcau qu'il avoit pris, ny la ville qu'il pourroit preudre un jour, n'empescheroient point le passage et n'incommoderoient point le commerce.

Voyons maintenant devant que de sortir de cette matière, et devant que de finir ce Livre, quelle part les Estats prenoient aux affaires du Nort, et si ces protestations d'un Roy conquérant qui alloit se rendre maistre de toute la Mer Baltique, estoient capables de guérir leurs inquiétudes.

Devant que tous ces desordres fussent arrivés, c'est à dire devant que le Roy de Suéde fust passé dans l'isle de Funen, les Estats avoient ordonné à leurs Ambassadeurs de travailler à l'accommodement des deux Rois, et d'offrir leur médiation à l'un et à l'autre (1). Le Roy de Suéde la refusa, et ne voulut pas s'expliquer touchant les difficultés que l'on faisoit sur le traitté d'Elbing, jusques là mesmes qu'il voulut se dédire des favorables explications qu'il luy avoit données à Tborn, par ce que les Estats differoient d'esebanger les ratifications d'un traitté, qui avoit esté conclu dans les formes, et sur leurs ordres (2). C'estoit un prétexte, mais son intention

(1) Décembre 1657.

(2) g Als dese Brief ende tijdinghe wierdt gelesen in de Vergadering, i was eenen die seyde: » Wel wat dunckt u? is de schuld acn Swcdcn ,,alleen, of is ooek wat schuldt by ons"? de andere al lacchendc ,seyden: , seecker wy syu niet gantsch onschuldigh", willcnde scggcii, #dat onder de illucidatioi wat was geilludeert, ende dat inen sich self

„ wat onnut ende oubequacm haddc gemaeckt tôt de mediatie "

Aitzcina, S. van Staël, IV. 37. p. 159.

500 ScyoHaitoH entre la Smcde et la Bdati.

estait de se venger du Roy de Dannemarc, que Ton ne pouvoit pas nier avoir este l'agresseur, et de l'avoir enipescbé depousxr ses conquestes et ses autres avantages en Pologne et en Prus*, et il vouloit se rendre maistre de tout le Koiaume, s'il pomoit Il souhaittoit que les Provinces Unies l'approuvassent, et afia de les y intéresser, il les convia de se joindre a luy, et de ne point consentir qu'on traittast, si on ne fnisoit supprimer les droiu que le Koy de Danncmarc faisoit payer au passage du Soai Dans une autre conjoncture on auroit preste l'oreille à cette proposition, et mcsincs on nuroit soustenu qu'il seroit nécessaire k fu ire exécuter un ancien décret ou arrest de la Chambre de Spire, qui ordonne que les vaisseaux qui passeraient par le Sond, sast rompre leur charge, ne payeroient qu'une simple reconnoûsanée d'un noble à la ro^e, qui en eu temps la ne valoit que cinquante sols, pour ebaque navire; mais les Estats jugèrent qu'il n'y £dloit pas toucher en Testât où estoient les affaires, ha Ambassadeurs disoient, que c'estoit un droit de Regale, et un fleurai de la Couronne de Danncmarc, d'où on ne le pouvoit arracher sans la défigurer (1). Mais ce n 'estait pas ce que faisoit le véritable interest de leurs Maistres. Ceux cy n'avoient garde d'y consentir, et de contrevenir aux trait tés, qui les obligeoient à conserver et défendre les droits de la Couronue de Dannemarc, et à secourir le Koy contre ceux qui se voudraient mettre en devoir de les dépouiller. Pour dire la vérité*, la justice et l'konnesteté obligeant niusy les Estats à ratifier ce qui avoit esté conclu à Elbing, et à faire lVschange des ratifications dans le temps porté par le traitté: mais il y en avoit qui doutaient, si q avoit este prudence de conduire un traitté, dont on fut oblige de se dédire au préjudice de l'honneur de l'Estat, et de la réputation de ceux qui y avoient la principale direction «les affaires. Il est certain aussy, que le Koy de Dannemarc, qui esperoit profiter du refus do Estats, et qui avoit fait faire de grandes instances k ce que U ratification et son csrhange ne se fissent point, se seroit fort bien trouvé de l'un et de l'autre. C 'estait là l'avis de quelques uns des Ministres, et particulièrement du Premier Ministre de Hollande (2); mais puisque l'on avoit desja commencée demander des

(1 Résol. secr. des Etats de Hollaudc du 22 Janvier 163S. Voir sur le pcaiTO du So.id. Hasnagc, AhmU*% 1. p. 510, 511.

(■2) V. ri-ilessus p. 427, note 1. Les considérations que Wicquefort présente, sont celles que de Witt lui-même développe dus *cs lr lires confidentielles.

Les Ambassadeur* HollandoU se separeul. 507

éclaircissements, on ne pou Voit plus consentir à l'eschange des ratifications, principalement après la rupture de Dannemarc. On consideroit aussy, que le traitté d'Elbing engageoit l'Estat non feulement à ne point secourir le Roy de Dannemarc, mais il les obligeoit aussy à secourir le Koy de Suéde contre le mcsme Roy de Dannemarc, ce qui estoit incompatible avec l'intercst des Estât*. Ce fut là la raison pourquoy ils firent déclarer bien expressément au Roy de Suéde, qu'ils entendoient que le traitté d'Elbing n'auroit lieu, et ne les obligèrent à quoy que ce soit, sinon du jour de l'eschange des ratifications, et des points de l'éclaircissement ou eUcidation (1). Le Roy de Suéde, au contraire, pretendoit s'en servir, pour obliger l'Estat à le secourir contre le Boy de Dannemarc, parce qu'il estoit l'aggresseur; ou du moins à ne le point secourir, qui estoit en effet la mesme chose, De sorte que dans des pensées si éloignées les parties n'ayant .garde de s'entendre, et les Ambassadeurs voyant qu'ils negotioient sans apparence de succès, commencèrent à s'ennuyer, et firent instance à ce qu'on leur permist de revenir. De Huibert ayant obtenu cette permission le premier, partit aussy le premier d'auprès du Roy de Suéde, qui luy dit dans la dernière audiance qu'il luy donna, que bien qu'il eust sujet de demander avec empressement l'eschange des ratifications du traitté d'Elbing, il touloit bien neantmoins se donner un peu de patience, si les Estats, en la faisant eipedier, vouloient témoigner que leur intention estoit de conclurre avec luy. dont le monde a voit sujet de douter, comme luy de son costé ne pouvoit pas s'en asseurer. Qu'il conseutiroit que les Ambassadeurs en demeurassent saisis, jusqu'à ce qu'il leur eust donné satisfaction sur tous les points de l'éclaircissement, et qu'après cela il ne feroit pas tant de difficulté sur la médiation, et qu'il s'accommoderoit aussy pour le temps de l'éxecution du traitté d'Elbing. Les autres Ambassadeurs voyant le Roy de Suéde engagé eu Dannemarc, où l' Estât avoit ses Ministres, se séparèrent. Dorp de Masdam suivit le Roy jusques à Wisinar, d'où il alla à Hambourg, et Isbrants eut ordre d'aller trouver l'Electeur de Brandebourg à Berlin. Mais sa présence n'y estant pas nécessaire, parce qui l'Electeur n'estoit desja que trop engagé avec les ennemis du Roy de Suéde, il alla vers la fin du mois d'Avril à Fosnanie, afin d'apprendre de la bouche du Roy de Pologne les sentiments, que ses

(1) Résol. secret, des Etats de Hollande du 28 Janvier 1658.

508 IncHnation dm Butai* de Hollande pour le Jfcy de DaMmemere.

Ministres apporteraient à Braunsberg, où Ton se devoit assembler, pour taseber d'accommoder les deux Rois de Pologne et de Suéde.

Je dirny icy, en passant, que cette assemblée ne se fit point; tant par ce que le Roy d'Hongrie, c'est ainsy que Ton appcM Leopold devant son élection, avec lequel le Roy de Pologne estoit bien avant engagé, ne voulut pas permettre que L ombre?, Ambassadeur de France, y intervinst comme Médiateur, encore que celuy cy promist qu'il ne se méleroit point des interests de la maison d'Àustrichc, que par ce qu'on estoit persuadé en Pologne, que le Roy de Suéde ne vouloit faire negotier, qu a dessein de gagner du temps, et de se donner le loisir d'achever ses eotquestes en Dannemarc, dont celle de la Pologne aurait esté me suitte inséparable. On y avoit avis qu'il traittoit avec le Moscovite, et qu'il faisoit aussy negotier avec le Roy d'Hongrie, à qui il faisoit offrir le partage du Roia urne de Pologne; et il pretendoit d'ailleurs une grande satisfaction, touchant laquelle il faisoit difficulté de s'expliquer. Isbrants après avoir fait le voyage de Pologne, suivit la Reine à Berlin, où elle arriva le 28 Juin (1). Elle y trouva des députés que le Collège Electoral avoit envoyés à l'Electeur, pour l'exhorter de se raccommoder avec le Roy de Suéde, ou du moins de ne point attaquer dans l'Empire, de penr d'y rallumer une nouvelle guerre. Isbrants s'estant acquitté de sa commission à Berlin, alla rejoindre Dorp à Wismar.

Les Estats de Hollande avoient esté d'avis (2), qu'il fallait secourir le Roy de Dnnneinnrc de toutes les forces maritimes de T Estât, et mesmc9 de tnscher de faire diversion par terre; et il ne faut point douter qu'ils n'y eussent aussy disposé les autres Provinces, lorsqu'on apprit que le Roy avoit fait le traitt6 de Roschild, à des conditions, qui détruisoient les traîttés qu'il avoit avec cet Estât, et qui renversoient les Resolutions qui avoient esté prises pour son avantage. Beuninguen, qui ne manque point de zele ny d'esprit (3), n'avoit pas manqoé d'y agir en Ministre habile, en taschant d'empescher la conclusion

• 1) Aitzcma, S. ran Staet IV. 38. p. 256—264. Les relations de l'Electeur de Brandebourg avec le Roi de Pologne et les dispositions du traité qu'il fit avec ce Prince, se trouvent ci- après livre XI. Voir pour toutes ces negociatious: Droyscn, Octchichte der Pren*:. iWiaï. III. 2.

(2) Voir Résol. secret, des dits Etats du 22 Janvier 165S.

(3) Edit. impr. : Van Beuuingen qui ne manqua jamais Je zék ni d'esprit.

Raison* du Roy de Dannemarc pour conclurre le trait té de Roschild. 509

d'un traitté qui estoît si préjudiciable à la cause commune (1). Mais il falloit faire justice au Roy de Dannemarc, et on ne pouvoit pas trouver mauvais, qu'un Prince, qui croyoit avoir conquis tout ce que l'cnnemy ne prenoit point sur luy, et qui ne pouvoit pas espérer dans l'hiver l'effet des grandes promesses que Van Beuninguen luy avoit faites, ne considerast pas beaucoup les interests de ses amis, pendant qu'il estoit contraint de prostituer et d'abandonner les siens propres. Dans l'extrémité, où il se trou- Toit il avoit suivy, sans répugnance et comme aveuglement, les conseils et les sentiments du Chevalier de Terlon, Ambassadeur de ïVance, et de Meadow, Ministre d'Angleterre. Terlon estoit Chevalier de Tordre de S. Jean de Jérusalem, fils d'un praticien ou solliciteur de procès au Parlement de Toulouse, qui avoit esté mis auprès du Cardinal Mazarin en qualité de gentilhomme, et avoit quelque temps auparavant porté au Koy de Suéde le présent du Roy, d'un service de vaisselle d'argent vermeil doré ciselé et de quelques autres pretieux meubles. Le Koy de Suéde qui se plaisoit à son humeur plus qu'enjouée et qui s'en divertissoit, luy lit donner le caractère d'Ambassadeur «près la mort de M. d'Avaugour, et contraignit le Cardinal Mazarin d'y consentir. Mais ce Premier Ministre ne pouvoit pas lasser de se plaindre de la violence qu'il disoit qu'on luy avoit faite, en l'obligeant à donner la qualité d'Ambassadeur à un homme qui n 'avoit ny mérite ny naissance. C'est luy qui fut le principal entremetteur t de cet accommodement, où le vaincu fut contraint de recevoir la loy que le vainqueur luy voulut donner. Mais quand on sceut en Hollande de quelle manière les Ministres de Suéde negotioient à Coppenhague, où ils faisoient tous les jours de nouvelles demandes, pendant qu'ils protestoient, que le Roy, leur Maistre, ne retireroit pas ses troupes de Funen, de llolstein, ny de Jutlande, que le Roy de Dannemarc n'eust acquiescé à ses désirs, et particulièrement qu'il n'eust consenty que les vaisseaux de guerre estrangers fussent exclus de la Mer Baltique, on commença à y avoir d'autres pensées, et à prendre d'autres mesures.

Les Estats furent d'abord fort estonnés et faschés de cette seconde invasion, que le Roy de Suéde avoit faite en Dannemarc. Ils consideroient , que si on irritoit encore le mal il

(1) V. Puffendorf, 1. c. p. 443.

510 Connderaiiom* df» E$tat$.

deviendrait incurable; que le Roy de Suéde, estant dans le coeur du Roiaume de Dannemarc, en eatoit comme le inaista! que quand mesmes on auroit une armée navale tonte preste à faire voile, il y a voit de l'apparence, qu'elle n'empescheroit pu le lioy de Suéde de conquérir tout le Roiaume, ai cet Estai, en se déclarant, luy fournissoit un prétexte asses plausible pour l'entreprendre. On consideroit encore, que Ton n'estoit pas bien asseuré de l'intention du Roy de France, ny de celle du Protecteur (1); que cet Estât n'avoit poiut d'amy ny d'allié, dont il pust s'asseurer. Au contraire, que depuis la paix de Munster, les Estnts estoient dans une défiance continuelle de la France, qui n'en avoit donné que trop de sujet, et trop de preuves de sa mauvaise volonté dans les pirateries, qui avoient bien plus incommodé le commerce des habitants de ces Provinces, qu'il ne l'avoit esté durant les quatre vingts années de la guerre d'Espagne. La France vivoit en bonne intelligence avec l'Angleterre; clic estoit jalouse du commerce et de la prospérité des habitants de ces Provinces, et elle avoit traitté avec le Portugal, à qui on nvoit déclaré la guerre. Et ce qui meritoit bien une reflexion particulière, ce fut que la complaisance qu'on avoit eue pour le Roy de Dannemarc, de différer la ratification du traitté d'Elbiag, avoit fa ill y de lo perdre, et l 'Estât avec luy. A quoy on ne manquerait pas en prenant party, par ce que si on vouloit hors de saison faire un effort pour sa conservation, on s'engagerait à âne rupture inévitable, et ou irriteroit ces deux grandes puissances, qui avoieut interest d'cmpcschcr la ruine de la Suéde.

Outre cela, l'Estat sentoit chez luy d'autres incommodité?, dont il sera parle incontinent. 11 y avoit plus d'une Province, qui voulnicnt qu'on ratifiast le traitté d'Elbing, sans réserve. La Gucldrc, la Zeelandc et la Frise consentoient bien au secours, que les autres Provinces vouloient envoyer au Roy de Dannemarc, mais elles faisoient instance en mesme temps à ce qu'on creast un Marcschal de Camp ; et dans la Hollande mesme il J avoit des Villes (2), qui entroient dans ces sentiments. Il est vray, qu'il y en avoit des plus considérables, et en plus ^rand nombre, qui s'y opposoient, et qui en cmpcschcrent l'effet; mais

(1) Lettre de de Witt à. van Beuningcn du 12 Juillet 1658 (Archirrz du lïoyitumr).

(2) RéMil. srrrrt. des Etats de Hollande du 8 Août 1658.

Les Etals secourent le Roy fie Dannemarc. 511

ces propositions ne laissoient pas d'embarasser les délibérations, et de retnrder les resolutions.

Quoy que la Pologne ne fust pas tout à fait indifférente à la Cour de France, celle cy ne laissoit pas d'estre tout à fait Suédoise à l'égard du Koy de Dannemarc, dont elle ne desiroit la conservation que faiblement. Avec cela le Ministre, qui estoit de la part du Koy de Dannemarc à la Haye, ne voyoit point l'Ambassadeur de France, à cause du demeslé que son prédécesseur avoit eu avec Mr. Cbanut, prédécesseur de Mr. de Thou. Le Ministre Danois, qui avoit une inclination particulière pour la Cour de Madrid, où il avoit résidu plusieurs années, visita l'Ambassadeur d'Espagne devant que de voir ecluy de France. Ce n'est pas seulement un solécisme dans l'cscole des cérémonies, mais les François en font un crime irrémissible; de sorte qu'il n'y avoit point de commerce entre ces deux Ministres, quoy que cette froideur ne fist rien au fond de l'affaire. Le ltoy de Suéde fit bientost connoistre, qu'il ne manquoit point de prétextes, et qu'il n'a voit que trop de sujet de recommencer la guerre en Dannemarc, et les Estats reconnurent en mesme temps qu'il ne falloit pas seulement délibérer, si leur interest les obligeoit à sauver le Roiaumc. Le Roy de Sucde fit imprimer un Manifeste (1), mais ce qu'il y disoit, et ce que son Ministre déclara aux Estats ne pouvoit pas justifier cette seconde irruption, ny empescher les Princes et Potentats intéressés de faire agir leurs armes contre luy. Les Estats des Provinces Unies escrivirent à Masdam et à Isbrants, qui estoient encore en Allemagne, de n'insister plus tant sur l'exécution des ordres qu'on leur avoit donnés, il n'y avoit pas long temps, de travailler avec chaleur à raccommodement des deux Rois de Dannemarc et de Suéde, parce qu'ils scavoient qu'en la conjoncture présente il estoit impossible de le faire, que l'un des deux n'en reccust un préjudice irréparable. Ils résolurent (2) en mesme temps d'envoyer au Roy un secours de trente huit compagnies d'infanterie, sous le commandement du Colonel Pugler, Gouverneur du fort de Schcnc, et qu'au plustost on mettroit en mer une armée navale très consi-

(1) V. Basnage, Annales, I. p. 510.

(2) Résolutions secret, des Etats Généraux du 30 Août et du 4 Scplembre 1658. Voir les Résol. secret, des Etats de Hollande du 30 et 31 Août 1G5S, et en particulier Aitzema, »V. van S/aet. IV. 3$. p. 22S svv.

512 Combat nmxml

derable. Mais ils curent bien de la peine à exécuter cette raslution; parce qu'une partie de leurs Vaisseaux estoit employée contre les Armateurs qui estoient en mer avec des Gommissiou du Roy de Portugal, et qui incommodoient le commerce sur ks costes de France, et Ruiter estoit a?ec une escadre en la mer Méditerranée; de sorte que le mois de Septembre estoit desja fort avance lors qu'on embarqua cette infanterie, qui à cause des vents contraires demeura encore dans les ports jusques au 18 Octobre. Puglcr avoit ordre de jet ter une partie de ses troupes dans Coppenhaguc, et l'autre partie dans Cronenboorg; mais fl y avoit un mois que Cronenbourg estoit pris, et les Suédois estant maistres de ce poste, festoient aussy du passage du Sond, où ils nvoient une armée navale aussy forte que celle des Eatiti. Elle pou voit combattre sous la faveur des batteries de Croneabourg, et il estoit impossible de secourir le Roy de Dannemarc si on ne passoit, par manière de dire, sur le rentre aux vaisseaux Suédois, qui s'y opposeraient. Charles Gustave W rasgue l, Amiral de Suéde, avoit sous son pavillon quarente luit vaisseaux, parmy lesquels il y en avoit dix huit du premier rang, et sous luy commandoient les Vice- Amiraux Bilkenstera et Oardson (1). Jacob de Wassenar Obdam faisoit ei cette occasion la charge d'Amiral des Provinces Unies, et les Vice Amiraux de Witte et Pierre Florisson commandoient l'armée navale de Hollande, qui estoit composée de trente cinq vaisseaux de guerre, tels qu'ils estoient en ce temps la\ de six fustes armées en guerre et montées de vingt à vingt quatre pieces de canon, de quatre brûlots et de six barques renforcées ou potaches. Les ordres que l'on avoit donnés à Obdam (2) portoient (3), » qu'il eust à protéger les habitants de ces Provinces, et

(1) Lisez: Hcndrick Gcrritsen, Zélandais de naissance; van Bcuningcn avait proposé, lors de la première guerre contre l'Angleterre, de l'engager à prendre service pour sa patrie; mais ce conseil ne fut pas suivi, à cause de la crainte qu'on avait d'éveiller la jalousie de ceux qui commandaient alors les flottes de la République. V. Lettres de de Witt. V. p. 47, 40, 50.

(2) En 1056 le Seigneur d'Ubdam, devint par achat Seigneur de Wassenar r (Kcsol. des Etats de Holl. du 30 Novembre 1656): c'est des anciens seigneurs de ce nom que sa famille tirait son origine. Depuis lors Us actes officiels du temps le nomment Seigneur de Wassenaer.

(3) Voir Résol. secret, des Etats de Hollande du 12 Septembre 165$; Aitzemn, S. rau Staet. IV. 38. p. 233, 234.

peu favorable aux Suédois. 513

9 leur commerce en la Mer Baltique, et de défendre avec toute la 9 vigueur possible le Roy de Dannemarc contre les violences du #Boy de Suéde; d'escorter le secours que les Estats envoyoient #au Roy de Dannemarc; de le secourir là où il en auroitle plus «de besoin; de demeurer dans le Destroit du Sond, et mesmes #aux costes du Roiaume de Dannemarc, après le débarquement #des troupes, quand mesmes Coppenhague et Cronebourg vien- »droient à se perdre, et d 'investir par mer les places que le Roy 9 de Dannemarc voudroit assiéger par terre." On luy donna encore un ordre secret (1) de ruiner la flotte Suédoise, s'il pouvoit, mesmes après la perte de Coppenhague, et en tout cas de demeurer avec ses vaisseaux en ces quartiers là, afin de pouvoir faire un traitté avantageux avec le Roy de Suéde, sous la faveur des

L'armée navale, après avoir lutté plus de trois semaines avec la mer et avec les vents contraires, se trouva en fin le 8 Octobre (2) dans le Sond en présence, et incontinent après, aux priées avec l'armée Suédoise. Le combat, qui se donna à la veiie du Boy de Suéde, fut très rude et opiniastre, les Suédois s'attachent principalement aux Chefs, et particulièrement à l'Amiral Hollandois, dans l'espérance qu'ils avoient, qu'ils n'auroient point de peine à dissiper la flotte, après qu'ils se seroient défaits de oeax qui la commandoient. Ils y réussirent en partie. Les deux Vice Amiraux y furent tués (3), et le vaisseau de Witte fut coulé à fond. Mais Obdam, qui nonobstant les douleurs de la goutte, dont il estoit fort incommodé, n'avoit pas laissé de se faire porter dans une chaise devant le grand mast, rendit tous leurs efforts inutiles (4). Sept grands vaisseaux Suédois l'attaque* rent, et s'opiniastrerent à le combattre quatre heures durant; tellement que cinq ou six pieds d'eau y estant entrés par les

Ci) Lettre de de Witt à Wassenaer du 19 Octobre 1658 (^reêfoeê du Royaume). V. aussi Résol. secr. des Etats de Hollande du 18 Octobre 1658.

(2) Le 8 Novembre.

(3) Voir van Wijn, Nalcezingen, II. p. 158—163.

(4) Le capitaine du vaisseau de Wassenaer, nommé Egbcrt Meus se n Cortenaer, devint plus tard Lieutenant Amiral. Les détails de ce combat se lisent dans le Journal de Wassenaer luinéme, qui se trouve aux Archives du Royaume, et que M. de Jonge (Gesckiedexis van het NederL Zeewezen% II. 1. p. 256 svv.) a été à même de consulter.

514 Perte de» Hollondoi* et de» Suédois.

ouvertures que l'artillerie de l'ennemy y avoit faites, et le fn s'estant mis ù lu proue de sou vaisseau, il courait risque (Teste brûlé ou noyé, et mesmes de tomber entre les mains des Suedrô, parce que soixante hommes de son equippage avoient esté tués, et phi9 de cent mis hors de combat par leurs blessures. Mais il repara la perte de ses officiers par sa prudente conduite, et il combattit avec tant de courage et de bonheur, que sans la Lasckté de quelques Capitaines, dont il fut très mal secondé, il en auroit remporté une victoire entière. Les Suédois se retirèrent pourtant les premiers, et trouvèrent leur seureté dans le havre de Lantscron ; et on ne peut nier que leur retraitte ne se fist avec quelque confusion. Les relations qui ordinairement expriment mien les passions de ceux qui les composent, qu'elles ne représentent au naturel la vérité et les particularités de cette sorte de rencontres, parlent fort diversement de la perte que les Suédois y firent Ceux qui la font bien grande, la font monter à quatorze vaisseaux, et à environ quinze à seize cens hommes. Les autres asseurent qu'ils n'y perdirent que six ou sept vaisseaux, et le t npitaine de Lit de escrivit en ce temps là, que Ton avoit pris trois vaisseaux Suédois, qu'il y en avoit autant de coulé» à fond, et qu'il y en eut bien autant d'eschoués aux costes de Schonc. 11 est bien certain, que de toute Tannée Hollandaise les Suédois ne prirent que le seul vaisseau de Witte, qii avoit receu tant de coups à fleur d'eau, qu'il alla à fond, devant que les Suédois le pussent faire entrer dans un de leurs navre?, et qu'il ne s'y perdit qu'environ trois cens hommes, la pluspart matelots. Les Estats Généraux, aussy bien que ceux et Hollande furent fort satisfaits de la conduite que l'Amiral avoit tenue dans le combat, et le remercièrent de l'important service qu'il y avoit rendu à l'Estat. Toutefois cette satisfaction n'eut pas une fort grande estendue, puis qu'à son retour on éplucha toutes ses autres actions fort scrupuleusement, et que les député d'Amsterdam insistèrent fort à ce qu'on les censurast avec la dernière rigueur (l). Ce que nous allons dire fera juger, si on Iut faisoit justice.

(1) Résol. seer. des Etats de Hollande du 23 et 24 Janvier 1600. „ La discussion de cette afaire fut longue et vive. D'un côté, les „ Etats de Hollande le justifièrent, aprouvèrent sa conduite, et Pea , remerciaient ; mais de l'autre, Amsterdam, Haerlem, et Lerden, auxquelles se joignirent quatre villes de la Nord -Hollande, Hoorn, Eucfc*

Mauvais sucées dé la fiotte Hollandaise, 515

L'Amiral Hollandois ayant appris le lendemain de la bataille, que Tannée navale de Suéde paroissoit encore aux costes de Schone, monta sur un autre vaisseau, parce que le sien n'es toit pas en «État de combattre, ainsy que je viens de dire, et alla poursuivre In ennemis, qui s'esta nt retirés dans Lantscron luy donnèrent le loUir d'aller à Coppenhague, où il récent, en personne, du Roy de Danoemarc les compliments que ineritoit une action, dont défendent la conservation de son Roiaume, et de sa Maison Royale. Apres cela il fut résolu au Conseil du Roy de Danncmarc, qu'on irait assiéger la flotte Suédoise dans Lantscron , en faisant enfoncer quelques navires maçonnés à l'entrée, parce que l'on croyoit que par ce moyen elle seroit bouchée en sorte que les Suédois, dont les bastiments n'en pourroient point sortir, y periroient. Gala s'exécuta d'abord si heureusement, que l'Amiral escrivit aux Estais, que l'on ne pouvoit pas douter que cette entreprise ne renssist. Il n'en eut pas la conduite (1), parce qu'estant malade à Coppenhague, il la laissa à Bielke, Amiral de Danncmarc, qui apprit bientost aux dépens de sa réputation, qu'il n'est pas bien facile de mettre un caveçon aux chevaux de Neptune. Les pre- ■ûers vents et les premiers coups de mer firent ouverture aux Suédois qui en tirèrent cet avantage, que pendant qu'ils radoubaient leurs vaisseaux, et qu'ils les raffraischissoient de vivres, les vaisseaux Hollandois et Danois consumoient les leurs, en sorte qu'après y avoir demeuré quelque temps inutilement, ils eurent de la peine à regagner Coppenhague devant la gelée.

Le traitté qui avoit esté fait entre le Roy de Danncmarc et les Estats en 1649, les obligeoit à se secourir réciproquement de quatre mille hommes. Puglcr n'en avoit emmené qu'environ deux mille. Et dautant que dans Testât où estoient les affaires, le Roy avoit besoin d'un plus grand secours, on résolut de luy envoyer le surpins, et d'y âjouster deux mille hommes par dessus

jrhuyse, Edam et Monickcndam, protestèrent contre cette Résolution, #et firent coucher leurs Protestations dans les Registres de la Province." Basnage, Annales. I. p. 567. De Witt dans ses lettres à son oncle de Graeff van Zuyd-Polsbroeck, du 31 Janvier et du 6 Février 1660 (Archives du Royaume), donne des détails trèsintéressants touchant cette affaire.

(1) , C'est sur cela ou plutôt sur ce qu'il n'avait pas poursuivi et * brûlé d'abord après la victoire les vaisseaux Suédois dans le port de B Landskroon que les Députés d'Amsterdam criaient contre lui.1' Essai de Critique, p. 395.

516 Les Estais augmentent le secours.

le secours ordinaire (1). L'extraordinaire se devoit faire au dépens du Roy de Dunnemarc, et le Colonel Killegrey k devoit commander jusqu'à ce qu'il eust joint Parler, qui «toit son ancien. On vouloit demander au Roy asseuranec pour le remboursement de frais, que Ton faisoit, en faisant partir la deux mille hommes supernumeraires, et il y nvoit des deprttt dnns T Assemblée qui estoient d'avis, qu'on luy demandait Gloekstndt par forme d'engagement (2). Hais comme dans cette j blée il se trouve des gens, qui ne sont pas tout a fait si dis que les autres (3), on y représenta, que cet engagement dosncroit de la jalousie aux voisins, et particulièrement aux Anglais, qui ne pourroient pas souffrir, que cet Estât occupait on poste si important sur l'Elbe (4). De sorte que Ton suivit des moitements plus généreux et moins intéressés (5), et on se contesta de la parole du Roy, et d'une obligation en forme. Gependut la gelée ayant empesché le second secours de partir, on rot contraint de débarquer les troupes, et de les loger dans les villes k> plus proches en Nort Hollande et en Frise, en attendant qae lt saison permist qu'on les rembarquast. On en eut d'autant moisi de chagrin, que l'on ne doutoit point que la ville de Coppensigue ne fust en estât de se défendre pendant l'hiver; et ce principalement à cause de l'ordre que les Estats avoient donné i leur Amiral, de demeurer en ces quartiers la. Quelque teopi auparavant on luy avoit ordonné de n'y laisser que quinze on seize vaisseaux, dont on pretendoit donner la commandement à

(1, Rcsol. secr. des Etats de Hollande du 28 Septembre et du 1 Octobre 1055. Les Etats Généraux s'étaient obligés par le traité di 27 Juin 1057 a envoyer au Roi de Dannemarc un secours de 6000 hommes.

(2) Kcsol. secr. des Etats de Hollande du 21 Novembre 165S. V. aussi Résol. secr. des dits Etats du 10 Avril 1659.

(3) Edition impr.: mais comme dans cette Assemblée il se trouroit d autres membres qui n'etoient pas de cet Avis, etc.

(4) De Witt écrit à Wassenaer que les Ministres Danois à a Haye avaient même offert de céder le bailliage de Drontheim, la rilk d'Elscnborgh, et la moitié du péage du Sund. * Wy hebben gemejbt," poursuit-il, ,hct laetste niet overeen te comen met de jeffenwoonliîf tiu'cc.ssitfit van den koning van Denemarcken die aile stuc iucoubtdi #iu dese geli^enheydt wel dobbclt van noode heeft." Lettre du 30 Novembre 105S (Archive* du Royaume).

(5) Edit. impr.; De sorte que Ton suivit le sentiment le plus généreux, et on se contenta, etc.

Soulèvement à Gou*. 517

ai ter (1); mais cet ordre fut changé, sur lavis que Ton eut de rmement qui se faisoit en Angleterre, dont les Estats prenoient ibrage; de sorte que donnant dans de nouvelles inquiétudes,

ordonnèrent à Obdam de redoubler ses soins pour la convation du Eoiauine (2). On luy ordonna aussy de tascher d 'enficher la jonction des troupes que le Prince Palatin de Sultzg amenoit au Boy de Suéde, de s'opposer au transport de les que le mesme Roy v ou droit faire passer en Holstein, où mpereur, le Roy de Pologne et l'Electeur de Brandebourg deient faire entrer leur armée; comme de l'autre costé on luy )it commandé d'aider à faciliter le transport des troupes de andebourg (3) de Holstein en Zeclande ; de concerter ses meuvent* et ses actions avec le mesme Electeur et avec Isbrants t estoit de leur part en ces quartiers là, et de suivre les ordres

Boy de Dannemarc (4).

Je marqueray dans le livre suivant, de quelle façon le procédé lereux des Es.tats fut receu en Angleterre, quand j'auray dit rant que de finir celui cy, que si les affaires du Nort occuent les délibérations de l'Estat en gênerai, la constitution de niques Provinces fut assés altérée par les soulèvements qui ubloient le repos de leurs villes.

3elle de Gous (5), capitale de l'isle de Sud Bevelande en Zee-

1) Y. Résol. secr. des Etats de Hollande du 29 Novembre 1659. cas que la flotte Suédoise fût ruinée ou totalement réduite à Pinion, l'Amiral pouvait s'en retourner avant l'arrivée du secours. V. lettre de de Witt du 30 Novembre 1658 {Archive* du Royaume). iffendorf toujours hostile lorsqu'il fait mention des Provinces ies, dit de ces ordres: , Sane mandata Opdamo data simpliciter assem Sueciam investigari ac destrui jusserant, non addita exceptione

potsit." 1, c. p. 492.

2) Y. Résol. secr. des Etats de Hollande du 6 Décembre 1658. loi ordonnèrent en même temps de ne pas incommoder le corn-

xe des Suédois sans provocation de leur part. 'Résol. secr. des i Etats du 7 Novembre 1658.

3) De Witt espérait qu'on se servirait des vaisseaux Hollandais lement pour le transport des troupes de l'Electeur de Brandeubourg non de celles de l'Empereur, parce que la France et l'Angleterre pourraient faire leur profit; lettre du 30 Novembre déjà citée.

4) V. Résol. secr. des Etats de Hollande du 18 Octobre 1658.

5) V. Wagenaar, Fad. ffist. XII. p. 398 svv. où se trouvent es les Résolutions des Etats de Zélande qui se rapportent aux ibles de cette ville.

518 SouUcement à Oom.

lande, a le privilège par dessus toutes les autres de sa Profita, que le Gouverneur ou Lieutenant General n'y a point de put à la création du Magistrat; tellement que l'on ne croyoit puqv la mort du Prince d'Orange y deust apporter la moindre itération. Neantinoins on avoit apperecu des Tan 165S, que h Maison y avoit des amis, et que Pintcution d'une partie du Magistrat estoit de remplir l'hostel de ville de ses matures, à dessein de se joindre aux villes de Tolcn, de Ylissingue et de Verc, qui estoient dans les mesmes sentiments, et dans les mômes interests. L'année suivante il y eut dans la Ville de un grands desordres dont les particularités sont assés reroarquabki. Eu ce temps là le Magistrat estoit composé de deux Bourgoemaistres, de neuf Esche vins et du Bailly, dont nn Bourguemaistre et quatre Eschcvins sort oient de fonction tous les ans, par tov et alternativement (1). Lors qu'il falloit remplir les places vacante} de cette année là, le Bourguemaistre et deux des Eschevins qui demeuroient en fonction, d'un costé, et les deux autres Eschevias avec le Bnilly se trouvèrent partagés sur le choix des personnel dont on devoit suppléer le Magistrat. Sur cela le Bailly sesttrt retiré dans sa maison, quelques amis et partisans du Bourguemaistre le furent trouver, et l'emmenèrent dans un lieu, où ks bourgeois ont accoustumé de s'assembler pour s'exercer à tirer de Parc, et pour boire, et le tenant là, ils le désarmerait, et l'obligèrent à se desmettre de son office. Ses amis, en ayant esté Avertis, s'assemblèrent dans la maison d'un des Eschevins qu estoit allô à la campagne. Et comme cette assemblée ne se pouvoit pas faire sans bruit, le Bourguemaistre fit mettre deux compagnies de bourgeois sous les armes, qui investirent la maison de l'Esrhcvin absent. Tout cela se fit avec tant de confusion, que le Capitaine de l'une des compagnies, et un bourgeois furent tués, et un autre bourgeois fut blessé à mort, des coups qui, à ce que Ton disoit, a voient esté tirés de la maison. Ce qui irrita tellement la populace que s'estant rendue maistre de b porte, on pilla la maison, et on la démolit si bien qu'il n'en demeura debout que les quatre murailles. Le maistre du logis, qui revint le lendeiniu d'une maison qu'il avoit à la cauipap*. courut hasard d'estre assassiné par la canaille, et ne fut sauve

(l) C. à (1.: l'une aimée quatre Échcvins, et l'autre année ciuq.

Soulèvement à Gous. 519

de leurs mains que par le Magistrat, qui sous prétexte de le mener prisonnier, le conduisit à l'bostei de ville. Deux Conseillers de la Cour Provinciale de la Haye furent députés, pour en informer, et pour faire le procès aux coupables. Ils firent arrester an des domestiques de l'Esche vin, dont la maison a voit esté pillée, et un maistre de navire qui s'y estoit enfermé pendant le tumulte. On les appliqua a, la question, et quoy qu'ils ne confessassent rien, mais au contraire, qu'ils persistassent à soustenir qu'il n'avoit pas esté tiré un seul coup de la maison, où mesmes il n'y avoit point d'armes à feu ny de munitions, on ne

tsa pas de les condamner à avoir la teste tranchée. On les oit exécutés en effet, si les pasteurs, dont on a accoustumé de se servir pour consoler ceux qui sont en cet estât, et pour les disposer à la mort, n'eussent refusé de les y préparer, parce qu'ils estoient persuadés, que ces deux hommes ne l'avoient pas méritée (1). Ce n'est pas mon dessein de justifier la Cour Provinciale, qui estant composée de fort peu de personnes raisonnables, est fort sujette à faire des violences et des injustices, et en fait tous les jours; mais il me semble qu'on peut dire, que s'il est permis aux Ministres Predicants de controller les sentences de la Cour, quoy que notoirement injustes, ils se donneront bien aussy l'autorité de s'opposer à l'exécution des plus justes, et de mépriser celle du Magistrat, qui est le leur aussy bien que oeluy du dernier des habitants. Leur insolence fut pourtant heureuse en cette rencontre ; parce que plusieurs personnes indifférentes ayant déposé, que les coups avoient esté tirés dans la rue, et non de la maison, ces beaux juges, qui par ignorance ou par témérité, altérèrent leur sentence, où le Souverain seul pouvoit toucher, commuèrent la peine de mort en celle du fouet, au grand scandale du monde, qui disoit qu'il n'y avoit point de

(1) L'Edition impr. continue.de la manière suivante: Ce n'est pas mou dessein de justifier ni dé blâmer cette procédure. Mais on peut dire que s'il est permis aux Ministres Prédicans de contrôler les Sentences de la Cour quand même elles seroient notoirement injustes, ils se donneront bien aussi l'autorité de s'opposer à l'exécution des plus justes, et de mépriser celle du Magistrat, qui est le leur aussi bien que celui du dernier des babitans. Leur hardiesse fut pourtant heureuse en cette rencontre, parce que plusieurs personnes indifférentes ayant déposé que les coups avoient été tirés dans la rue et non de la maison, on commua la peine de mort en celle du fouet.

520 SouUcrmetU à QromMfut.

milieu entre le meurtre et l'innocence. S'ils a voient tué il fal-. loit les faire mourir, et s'ils ne l'avoient point fait, on ne se ponvoit pas dispenser de les absoudre; mais ce n'est pas le seul crime de la Cour Provinciale ; on en remarquera de plus énormes dans la suitte de cette Histoire, qui ne flattera pas les huches complaisances qu'elle a eues pour la tirannie, et pour une puissance illégitime.

Le Magistrat de Gous voulant prévenir les tumultes qui pourroient incommoder la ville, prièrent les Estais de la Province de régler les élections en sorte qu'il n'en pust plus arriver de sandale. On le composa de quatre Bourguemaistres, de sept Esckvins et du Bailly, et de ce nombre il en sort de fonction Ton année trois et l'autre quatre Esche vins, avec deux fiourguemaistres, alternativement. Par ce moyen deux Bourguemaistres deviennent Eschevins après deux années de fonction, et le Baillj estant obligé de s'accommoder avec les Eschevins qui demeurait en fonction, les uns ne peuvent jamais faire une élection qui déplaise aux autres; parce que ceux cy ont tousjours la pluralité des suffrages. Et de fait, la ville de Gous a joui depuis ce temps (1) là d'un profond repos, aussy bien que de l'effet de ses privilèges, que les autres villes ont imprudemment et témérairement abandonnés au Gouverneur de la Province.

Ce fut presque au mesme temps, que la ville de Groniogœ se trouva dans un semblable desordre. Les dix huit Mestiers, dont la bourgeoisie y est composée, et qui y ont une très grande autorité, pressèrent les Bourguemaistres et le Conseil, avec un peu trop de chaleur, de procéder à l'élection du nouveau Magistrat, que le peuple pretendoit faire à son caprice. Le jour de l'élection estant venu, le Conseil s'assembla, mais les Conseillers ne pouvant pas convenir du choix des personnes, ils se séparèrent pour aller disner, à dessein d'achever l'élection après midy. Le peuple qui ne scavoit pas leur intention, ny ce qui s'estoit passé à l'hostcl de ville, prit tumultueusement les armes, et courut en fureur à la maison du Bourgueinaistrc Tiassens, qui lut pillée, avec une autre d'un Conseiller. Il n'en seroit pas demeuré là sans le Prince de Nassau, Gouverneur de la Province, qui se

(1) Wicqucfort veut dire depuis le mois de Mai ÎG58, lorsque une dernière tentative pour effectuer un changement du Magistrat échoua. Voir: VVagenaar. 1. c. XII. p. 401.

Estât des affaires des Indes. 521

trouvant par hazard dans la ville, fît cesser la sédition, et pour achever d'appaiser le peuple, il fit faire l'élection du Magistrat au contentement des Mestiers (1).

Nous aurons l'occasion de parler plus d'une fois des demcslés que cet Estât a eus avec les Anglois pour les interests de la Compagnie des Indes Orientales, qui fait comme un Estât dans l'Estat des Provinces Unies. C'est pourquoy devant que de nous engager en la suitte des affaires du M oit, nous dirons un mot de Testât de celles de ces quartiers là, après ce que nous avons dit de l'Ambassade de la Chine, qui a fait la fin du livre précèdent. La ville de Jacatra, que les Hollandois appellent aujourdhuy Batavia, et qui est le siège du Gouverneur General et du Conseil des Indes, est située entre deux grands Roia urnes, ayant vers le Ponant celuy de Bantam, et vers le Levant le Son Konkoamang Mata mm (2), qui se donne la qualité d'Empereur de l'isle de Java. Ce dernier tenoit ses ports fermés depuis deux ans, et empeschoit la traitte du ris et des autres vivres, à dessein d'affamer la ville de Batavia, et les Hollandois eu furent fort incommodés, jusqu'à ce que le Gouverneur en eust fait venir de Bengala, d'Aracan, de Siam et d'ailleurs; de sorte que le Mataram (3) n'ayant point reussy, parce qu'on se passoit des vivres de son pais, rouvrit le commerce, dont il tiroit tous les ans une somme très considérable. En Tan 1645 la Compagnie a voit fait un traitté avec le Boy de Bantam pour dix ans, et bien que celui cy ne Peust pas fort fîdellement exécuté, on ne laissa pas de le renouveller en 1655 ; mais le Roy ayant souffert que l'on eust impunément pris et pillé sur la rivière de Bantam, le navire d'un bourgeois de Batavia, dont les Indiens tuèrent les matelots, le Résident de la Compagnie qui après cette action n'estoit pas en seureté dans la ville, se retira à Batavia, et quelque temps après. le Roy de Bantam mesme arma, fit des levées, et au mois de Juin 1656 il entra dans le pais de la Compagnie, où il mit le feu aux cannes et aux moulins à sucre. Cette invasion obligea le Gouverneur, non seulement à se mettre sur la défensive, mais aussy à porter ses armes jusques devant Bantam, qu'il assiégea avec une escadre de unze vaisseaux de guerre. Celuy qui la

(1) Voir Aitzema, S tan Start. IV. 37. p. 131, 132: Wicqucfort ne paraît pas tout-à-fait d'accord avec lui.

(2) Lisez: le Sousouhounang de Matarain.

(3) Lisez: l'Empereur de Mataraiû.

592 Uni fi tiré «m liège de CoUmbo,

coramnmloit avoit ordre de faire descente, et de l'attaquer ducoftf de la terre; mais les Indiens, qui approchèrent dans le mené temps avec une puissante armée, à la veûe de Batavia, le contraignirent de rappeller ses gens de guerre, ses vaisseaux continuant de tenir la ville investie du costé de la mer. On en avertit le Président des Anglois, qui estoit dans la ville, afin qui mist les effets de ses maistres à couvert, et le Président, faisant son profit de l'avis, s'embarqua avec ce qu'il put assembler de marchandises, et se retira eu la costc de Coromandcl; mais il y retourna au bout de trois ou quatre mois, et mettant pied a terre à Angcr, il voulut obliger le patron du navire Anglois, qui l'avoit amené, à y décharger la poudre à canon, qu'il avoit achetée en la coste. Le patron Anglois, au lieu de laisser la poudre aux Indiens, alla à Batavia, où il la troqua pour d'autres marchandises, et prit de là la route d'Angleterre. Les Anglois que Toi n'empescha pas de faire entrer trois de leurs navires dans Bantam, presterent cependant leurs canoniers au Koy, qui les employa à ses batteries, et les fit tirer aux vaisseaux Hollandok Ceux des Anglois voulurent après cela sortir de la rivière, mais ils furent arrestés par les Hollandois, qui les emmenèrent à Batavia, et les firent déclarer de bonne prise. La retraitte des Anglois disposa les Indiens à la paix, laquelle ils demandèrent incontinent, et firent bien connoistre qu'ils l'auroient demandée plustost sans le secours des Anglois. Elle ne fut pourtant conclue qu'en 1658, et a tousjours esté assôs mal observée de la part du Koy de Bantam.

Noua avons cy devant (1) commencé à parler de Girard llulfl, qui estant Secrétaire de la ville d'Amsterdam, resigna volontairement sa charge, pour aller aux Indes, où il croyoit pouvoir plus utilement servir sa patrie. Ce n 'estoit pas Fincoaimodité de ses affaires domestiques, mais le zèle qu'il avoit pour le service du païs, qui luy faisoit faire le voyage; de sorte que la Compagnie, qui coimoissoit son mérite extraordinaire, et qui pretendoit en faire son premier Ministre en ces quartiers là, luy donna une commission secrète, indépendante de celle du General. A peine estoit il arrivé à Batavia qu'on y proposa dans le Conseil le siège de Columbo, dans l'Isle de Ceylon. L'entreprise estoit si ditticile que personne ne voulut se charger de l'execu-

Amba**ade au Japon. 523

lion, et la qualité de Directeur permettent à Hulft de s'en excuser aussy; mais après avoir pris conseil de son zèle et de son courage il se chargea de la conduite de ce dessein, et du commandement de l'armée qui y devoit estre employée. Il y fut tué, dont les officiers de Batavia, à qui sa vertu faisoit ombre, n'eurent pas moins de joye que de la reddition de la place, laquelle s 'es tant rendue, Kadja Singa, Seigneur d'une partie de l'isle, voulut qu'on le mist en possession de la ville. Le refus que l'on en fit, le porta à la violence. Il occupa si bien toutes les avenues de Columbo, que la garnison Hollandoise ayant de la peine à subsister, fut contrainte de faire une sortie, en laquelle le Kadja perdit son bagage et son artillerie. On luy rendit l'un et l'autre, et cette civilité le fit consentir à la paix, et mesmes que la ville de Columbo demeurast à la Compagnie jusqu'à ce qu'elle auroit esté remboursée des frais qu'elle avoit faits au siège, et elle s'obligea à faire la guerre aux ennemis que le Kadja avoit dans l'isle. Il n'y a personne qui ne scache, quels comptes on a accoustumé de faire, quand il faut restituer des places, et on ne pouvoit pas douter que la Compagnie, qui est toute composée de gens qui scavent parfaitement le calcul, ne fist des parties d'apothicaire (1). L'année suivante on acheva de chasser les Portugais de l'isle de Ceylon, par la réduction de Jaffenapatnam, dont il y aura occasion de parler ailleurs.

Eu suitte de ce qui a esté dit cy devant de l'Ambassade que la Compagnie envoya en la Chine, on ne se peut dispenser de toucher aussy un mot de celle qu'elle envoya à l'Empereur du Japon (2). Il est certain qu'il y a si longtemps que les Chinois y font leur commerce, qu'il y en a qui ont voulu faire croire, que le Japon est une colonie Chinoise; mais on ne peut pas dire avec certitude en quel temps les Européens en ont fait la première découverte. En 1547 un jeune Japonois, nommé Aufçer, ne se trouvant pas en seureté dans son païs, se retira ii Malacca, et de la à Goa, où vivoit alors François Xavier, que la dévotion du temps a fait canoniser depuis. Ce Jésuite, qui travailloit iucessammeut à faire des prosélytes, et à la propagation de la Religion Chrestienne, ou pour mieux dire à l'establis-

(1) Edition impr. : ne fît des parties daus les formes.

(2) Voir: fias nage, Annales. 1. p. 668, et les auteurs qu'on y trouve cités.

524 Succession des Empereurs in Japon,

sèment de la Religion Catholique Romaine, s'esta nt fait instruire de Testât des affaires et des richesses du Japon, y alla en 1549 avec deux de ses compagnons, et arriva le 15 Aoust a Cangoiiina, lieu de la naissance d'Auger, qui s'estoit fait baptiser, sous le nom de Paul de la Sainte Foy. En ce temps là le Japon estoit gouverné par un Prince, à qui on donnoit la qualité de Dairo, dont la grandeur, et mesme la sainteté, estoient dans une si haute réputation, que Ton jugeoit que mesmes les rayons du soleil nVstoient par dignes de le toucher, que la terre mesme profanoit ses pieds, et qu'il n'y avoit point de ciseaax, dont on se pust servir, sans sacrilège, à luy couper les cheveux ou les ongles. Mais bientost après, scavoir en 1550, il arriva an Japon une révolution, qui y changea toute la constitution do Gouvernement. Le Dairo qui regnoit alors, avoit deux fils, dont le puisné, suivant la coustume du païs, commandoit anx gens de guerre comme leur General. La mère, qui estoit jalouse de l'autorité que le commandement de l'armée donnoit au cadet, disposa le Dairo à souffrir, que le commandement fut partagé et alternatif entre les deux frères, de trois en trois ans. Et (foutant que le puisné ne pouvoit pas se résoudre à resigner le commandement à son aine, le père mit une armée sur pied, et défit son fils en bataille. Ce Prince ayant esté tué dans le combat, et le perc estant decedé quelque temps après, celuy qui avoit commandé l'armée sous le Dairo défunt, se voulut maintenir contre le Prince héritier, qui le fit périr, mais il ne put pas détruire Cubo, qui se trouvant à la teste de l'armée, trouva aussy le moyen de dépouiller le Prince, son Dairo, de l'autorité Souveraine, dont il ne luy laissa qu'une partie, avec un grand revenu, et avec un grand respect apparent et imaginaire. Cette usurpation fut cause d'une guerre civile fort cruelle, dont le succès fut favorable à Cubo; mais il ne se put pas maintenir longtemps, car il fut tue en 1565 par un nommé Mioxind on o, qui fut tué à son tour par Canedono Vojacata, frère puisné de Cubo, quise fit General d'armée, ou Empereur du Japon, par le moyen d'un nommé Nobunanga. L'important service que celuy cy venoit de rendre. luy donnant trop de presomtion, Vojocata voulut s'en défaire, mais l'autre le prévint, et se fit Empereur en 1573. Apres la mort de Nobunanga, qui fut tué auprès de Miaco, avec son fils aine, pur Xinguen, Roy ou Viceroy de la Province de Cainochuno, un nommé Toxiquiro, homme de fortune, se saisit de la conduite des affaires, sous la qualité de tu-

Horrible persécution contre les Chrétiens. 525

teur du jeune fils de Nobunanga. Au bout de quelque temps, T o x i q u i r o prit le tiltre de Camhucundo, c'est à dire puissant Seigneur, et en l'an 1584 il se fît appel 1er Taicosamaca, ou Grand Empereur du Japon. Celui cy, en mourant le 16 Septembre 1598, recommanda l'éducation du Frederi son fils, qui estoit encore fort jeune, aux soins d' Ongoschio, Roy de huit Provinces, et le pria de se charger de l'administration des affaires de l'Empire pendant la minorité du Prince. Ongoschio ne put pas souffrir que son autorité fust partagée avec les Ministres que l'Empereur défunt avoit nommés pour cela. Il en vint aux mains avec eux, et après plusieurs victoires, il demeura en la paisible possession de l'Empire du Japon sous le nom de Daif U8amma,prenantensuittcceluyde Goyssiosamma. Frederi avoit épousé la fille d' Ongoschio, mais la considération de cette étroite alliance n'empescha pas Goyssiosamma de l'attaquer, et de le forcer dans le château d'Osava, où il fit mettre le feu, et périr son gendre avec sa fille. C'est ce Goyssiosamma, ou Da i fusa m ma , qui réunit en un seul corps d'Empire toutes les Provinces du Japon, où plusieurs Rois et Seigneurs s'estoient faits Souverains, dans les desordres des guerres civiles, dont nous venons de parler. C'est luy aussy, sous qui il se fit de si horribles cruautés contre les Chrestiens en 1613 ; au moins si on doit bonnorer de ce saint nom, un très grand nombre de payens que les Jésuites avoient baptisés, quoy qu'ils n'eussent point de connoissance du tout du Christianisme, et que leur Religion, mesmes au dire de quelques uns de leurs meilleurs auteurs, ne consistast qu'à bien faire le signe de la Croix, et à assister aux mystères qu'ils n entendoient et ne comprenoient point. Quoy qu'il en soit on ne peut nier que les supplices que l'on fit souffrir à ces misérables, ne fussent inouis, inhumains et détestables. Les causes de ces horribles persécutions furent; premièrement l'impression qu'on avoit donnée à l'Empereur Japonois, du puissant establissement que le Roy d'Espagne avoit dans les deux Indes; parce qu'on luy avoit persuadé que les prestres Espagnols et Portugais estoient autant d'emissaires, qui sous prétexte d'enseigner les rudiments de la Religion Chrestiennc, débauchoient les sujets de la fidcleté qu'ils dévoient à leur Souverain, et leur preschoient, qu'en abandonnant la Religion payenne, ils dévoient se donner à un Prince Chrestien qui les protegeast. 11 avoit aussy quelque connoissance de la pensée que le Roy d'Espagne pouvoit encore avoir en ce temps là pour la Monarchie Universelle; et on luy avoit rapporté qu'un pilote Espa-

526 Waguenar a audience de F Empereur et ett obligé de h retirer.

gnol nvoit sondé In profondeur de la mer sur les costes du Japon, et que les prestres ne laissoient pus, au travers de leur dévotion et de leur charité, de tirer des sommes inmenses de leurs disciples et de leurs dévots, jusques là que Ton disoit qu'ils transportoient tous les ans plus de dix millions hors de cet Empire. Ce fut à ce Goy ssiosamma que Jacob Specx et Pierre Segerson furent envoyés en 1611, et apres cela le General et le Conseil des Indes, qui est estably à Batavia, ont envoyé de temps en temps saluer F Empereur du Japon jusques à Jedo, qui en est la ville capitale. Ainsy François Caron et Henry Haguenar furent envoyésà Toxogunsamma, qui a voit succédé en 1631 dans l'Empire a Combosamma, son frère, qui estoit fils de Daifusamma. En 1649 on y envoya André Frite (1) et Antoine Broncorst, et en 1657 Zacbarie Waguenar, qui partit de Nungesaqui le 9 Janvier, arriva à Jedo le 16 Février, et eut audianec de l'Empereur le 27 du mesme mois. Le S Mars le feu prit à quelques maisons, et en consuma plus de cent mille en deux jours, et entre autres le palais de l'Empereur. Il périt dans cet embrasement plus de cent soixante mille personnes. La relations que la Compagnie des Indes Orientales a fait donner aux Estats Généraux, marquent ce nombre, et y ajeustent, que pendant un fort long temps 1* Empereur faisoit distribuer tous les jours cent cinquante mille livres pour subvenir à la pressante nécessité des pauvres Elle ne laissa pas d'estre si grande, que le menu peuple n'ayant pas de quoy subsister, prenoit par force tout ce qu'il croyoit pouvoir soulager sa mistre, qui estoit extrême. C'est pourquoy Waguenar, ne se trouvant pas en se-urcté à Jedo en partit le 9 Mnr9, pour retourner à Nangesaqui, où la Compagnie a son bureau et ses magasins, ou du moins dans llsle de Desroa, qui n'en C9t séparée que par un petit fossé, depuis que l'on a fait déloger ses Facteurs et ses Officiers de n?!e de Firaiido, où ils demeuroient auparavant.

(I) De Vries.

DES

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