LI.TRE U N Z I F, M E
SOMMAIRE
Les sentiments de Cromtcell touchant la guerre du Nort. Il arme par mer. Son dessein de se rarcomoder avec V Expagne. Il meurt. Richard son fis luy succède et envoyé une armée navale au Sond; ce qui oblige les Estais a y faire aussy demeurer la leur. La conduite de George Downing. La disposition au restallissement du Roy d? Angleterre. Traitté entre l'Empereur et le Roy de Pologne. Conduite de F Electeur de Brandebourg, qui fait sa paix avec le Roy de Pologne, et se fait accorder la Souveraineté de la Prusse ducale, avec à* autres avantages. Le Roy de Suéde fait mine de vouloir irait ter avec le Roy de Pologne, fait difficulté de donner audiance aux Ambassadeurs de V Electeur qui s* en plaint. Les Suédois taschent de justifier le procédé du Roy. U Electeur joint ses troupes à celles des alliés. Douglas entre en Cour lande. Les affaires de Pologne; où le Roy reprend Thorn. Il envoyé Pin oc ci à la Haye. Le dessein du Roy de Suéde de faire sortir la dignité Impériale de la Maison cTAustricÂe. Negotiations et intrigues pour cela. Les Electeurs de Mayence et de Cologne font des propositions, pour faire la paix entre la France et F Espagne. Le Comte de Pegnaranda les élude. Friquet, de la part de l'Empereur à la Haye. Avantages que les armes de France remportent en Flandre. La garnison de Hesdin se mutine. Malheureuse entreprise sur Oslende. Le siège, la bataille et la réduction de Dunquerque que la France met entre les mains du Protecteur. Turenne tasche de guérir la jalousie que les Estais en pouvoienl prendre. Le procédé de la Fronce. On parle de faire cantonner les Provinces de l'obéissance du Roy d'Espagne. Ce que l'on en juge à la Baye. Dispositions à la paix augmentées par la maladie du Roy, qui est extrême. Discours que le Cardinal Mazarin fait à F Ambassadeur de Hollande. Les François continuent leurs déprédations, lie voyage de Lion. Ouvertures pour le mariage de Savoye, sans dessein de le conclurre. Le Duc et Madame Royale partent de Lion peu satisfaits. Pimentel commence à negolier la paix entre les deux Couronnes. La France forme des desseins pour V establissement du commerce. Le Chevalier de Ponchere pendu en Zcelande. George Downing arrive en Hollande; sa fortune; son caractère. Il prétend se faire faire
réception ; se* plainte». Partage des Pau dfOutremems*. Let êfiirm de Portugal. L'Ambassadeur arrice à la Hage. Ses incivilité*, dont il fait excuse. Son audiance; ses offres; ses infidélités; sa retraUte. la Prince^e Palatine Louise change de Religion. La Primées* it Jlohensollern la fait sauver, et en est en peine; mais elle im justifie aux dépens de la Princesse Louise, en sorte qae les Estai révoquent les résolutions qu'ils aroient prises contre elle. Le Bisgrave fait appeller le Prince <T Ysenguien. Suitte des affairais Nort. Continuation du siège et l attaque de la ville de Coppenksgm, où le Roy de Suéde est repoussé. Armement en Angleterre et en Hellunde. Traitté de Londres entre la France et F Angleterre pour la affaires de Suéde et de Dannemarc. La France, F Angleterre et let Provinces Unies font des ouvertures pour raccommodement des ieu Roys du Nort. Les difficultés qui ?g rencontrent. Le traitté de la liage. Les ordres que fou donne à Ruiter et à 06 dam. Emportement des Ministres de Brandebourg et de r Electeur contre de WUL Le Ministre de Dannemarc en témoigne aussg son ressentiment. Nie m fort escril aux Ambassadeurs sans ordre et embarasse les affaires. Le Bat de Danncmarc refuse £ accepter le traitté de la Hage, qui est mky de deux autres, qui prorogent le terme porté par le premier. La Estais s'en justifient auprès du Rog de Daunemare, qui acquiesce esjm au traitté de la Hage que le Rog de Suéde rejette, et donne par ce moyen la liberté d'agir aux armes des Ettats. Disposition am changement des affaires cP Angleterre. Desordre et anarchie: Monck et Mont aigu font des intrigues pour le Rog. Negotiation et treille de paix entre les deux Couronnes. Raisons qui g font consentir le Cardinal Mazarin. Le Comte de Fuensaldagne g contribue beaucoup; Piemenlel racheté, et apporte le consentement pour le mariage de î Infante. Les deux premiers Ministres se rendent sur la frontière. Leur cmduite. Le* conférences. Le rétablissement du Prince de Condé fait wse des plus grandes difficultés. Don Louis l'obtient enfin. La renosciation du Roy touchant les droits de la Reine. La France abondasse les interests du Roy de Portugal, mais en apparence seulement. Lt Roy d'Angleterre et le Duc de lorraine vont aux Pirenées pour recommander leurs interests. L'Ambassade du Mareschal de G r amont à Madrid. Les avantages que la France tire du traitté. Elle dy comjtrend pas les Provinces Unies. Le Marquis de Caracene necède au Gouvernement des Pais-Bas. Suitte des affaires du Xori. Siège de Stettin, oh Wirtz fait des miracles. Iss alliés entrent des* Vlsle de Funcn, un ils défont et ruinent les meilleures troupes du Ro* de SneJe, qui en est Jort mortifié.
Le sucer* du combat na\alf dont il a esté parle au Livre précèdent (l)f et la resolution que les Kstats prirent en faveur du Roy
Sentiment* de Cromwell touchant la guerre du Nort; sa mort. 529
de Dannemarc, réveillèrent la jalousie d'Olivier Cromwell. Cet usurpateur, après avoir fait son traitté avec la France qui luy accordait de très grands avantages, vouloit qu'on cust de la considération pour luy et pour ses inclinations. Il n'avoit pas sujet d'aimer beaucoup le Roy de Dannemarc, qui s'estoit déclaré pour les Provinces Unies pendant la dernière guerre d'Angleterre, et la Suéde au contraire avoit manqué à tous les traittés qu'elle avoit avec les Estât s, et si son impuissance ne luy avoit pas permis de secourir le Parlement, elle avoit team oigne au moins qu'elle preferoit l'amitié des Anglois à celle des Hollandois que la Eeinc Christine haïssoit, et que le Boy Charles Gustave n'aimoit point. C'est pourquoy le Protecteur ne pouvoit pas souffrir, que les Estats se déclarassent si hautement pour un Boy qui n'estoit pas son amy, et qui ne le pouvoit pas estre, tant parce qu'il estoit trop proche parent du Boy de la Grande Bretagne, que parce que les Rois ne peuvent pas aimer ceux qui détruisent la Royauté. Il vouloit faire croire neantmoins, que c'estoit le zèle de la Religion qui luy inspiroit ces mouvements, et qu'il ne pouvoit pas consentir à la perte d*un Prince qui interessoit toute la Religion Protestante, et qui en portant ses armes en Pologne, travailloit à là propagation de l'Evangile. Le Roy de Suéde estoit Taggresseur; c'estoit luy qui avoit allumé le feu que tout le reste de l'Europe avoit interest d'esteindre. C'est aussy une fausse pieté qui fait servir la Religion de prétexte pour troubler le repos de la Chrestienté, et pour renverser les principes de la charité Chrestienne. Le Protecteur disoit bien qu'il desiroit qu'on fist la paix entre les deux Bois du Nort, ot fit asseurer les Estats qu'il s'employeroit avec eux à l'establissemcnt de la seurcté de la navigation et du commerce de la mer Baltique, et m es mes qu'il ne pretendoit point d'avantages pour les Anglois qu'il ne leur voulust rendre communs avec les habitants de ces Provinces; mais il auroit voulu que Ton eust sacrifié la Pologne et la Prusse à l'ambition du Boy de Suéde, afin de pouvoir incommoder la Maison d'Austriehe. Il avoit commencé à armer, à dessein d'envoyer une puissante flotte au destroit du Sond, sous le commandement de Mont aigu, lors qu'il mourut au mois de Septembre (1) après une maladie de fort peu de jours. Le Chevalier Temple, Ambassadeur
(1) Le 8,i3 Septembre.
TT ft/t
530 Richard *m Jtls Imy sucrede.
d'Angleterre, en Hollande, m'a dit qu'il a voit appris d'une personne qui avoit la principale direction des affaires sous Cronwell, et qui avoit bonne part à sa confidence, que peu de temps avant son decés il avoit envoyé un exprés en Espagne, pour y faire ouverture d'une alliance défensive qu'il voûtait foire contre la France, aux conditions que Don A Ion se de Cardenas luy avoit proposées (1), c'est à dire en obligeant l'Espagne à l'aider à conquérir Calais, parce qu'il esperoit que par cette réduction il contraindrait les François de faire la paix et de remettre les affaires en Testât où elles estoient en 1634.
Kichard, son fils, succéda à la dignité de Protecteur des trois Roiauraes, et comme il trouva les affaires entre les nains des mesmes Ministres qui les avoient maniées sons le père, il ne pouvoit pas ne point suivre d'abord les sentiments et les maximes du defunct. On ne peut nier qu'Olivier n'ait possédé de tres grandes qualités, et que l'on .auroit admiré en lny ce que Ton y a condamné, s'il cust employé son talent contre les ennemis de sa patrie, et si sa trahison et sa félonie ne l'eussent psi porté à la plus abominable action dont on ait jamais oui parler. Il n'a pas esté le premier qui ait pris la Couronne sur la teste de son Prince pour la mettre sur la sienne, mais cet escbtfaat de Whitehal, ce bourreau masqué, et ce Roy immolé à la passion d'un peuple enragé n'ont point d'exemple par le passé et n'es auront point à l'avenir. Richard n'a voit pas hérité les qualités de son pere, et nVstoit pas capable mesmes de conserver la preticuse succession à laquelle on l'appelloit. Guillaume Nieuport que les Estats avoient renvoyé à Londres revestu du caractère d'Ambassadeur ordinaire (2), n'avoit pas rcussy en entreprenant de persuader le defunct des bonnes intentions de ses Maistres, et de le faire demeurer du moins dans l'indifférence, puis qu'il ne le pouvoit pas obliger à s'intéresser aux affaires da
(1) V. Ait sema, S. tan Staei. IV. 38. p. 292, 293.
(2) Nicupoort était revenu de Londres vers la fin de 1657. Le I Janvier de l'année suivante il présenta avec ses $eux collègues, van 15 e ver ni ng et Jo nu; est al, le rapport de l'Ambassade qui avait abouti au traite de 1054: son absence prolongée fut cause de ee retard. Le 21 du même mois il déclara par serment devant l'Assemblée des Etats de Hollande, ainsi que van Beverniuç avait déjà fait en 1655, que ce n'était pas lui qui avait donné à Croœwcll l'idée d'exiger l'exclusion du Prince d'Orange.
Remontrances inutiles de Nie «port. 531
Nort en faveur du Roy de Dannemarc. Il n'eut pas moins de peine à faire demeurer Richard dans les mesmes termes, encore qu'il luy representast que les Estats, bien loin de fomenter la guerre du Nort, n'affectionnoient rien avec tant de passion que d'y pouvoir resta blir le repos, en appliquant tous leurs soins à y faire remettre les affaires dans Testât où elles estoient devant la rupture, et à y faire faire la paix à des conditions justes et raisonnables. Il luy remonstra encore (1) que c'estoit l'interest commun de l'Angleterre et de cet Estât, aussy bien que de tous les Princes et Potentats Protestants, de lever la défiance qui estoit entre les deux Rois, et de conserver la liberté du commerce de ces quartiers là. Que les traittés que les Estats avoient avec le Roy de Dannemarc les obligeoient à le secourir. Qu'ils nV ▼oient point d'engagement du tout avec la Maison d'Austriche, ny avec le Roy de Pologne, et mesmes que l'alliance qu'ils avoient avec le Roy de Dannemarc n'estoit que défensive. Au reste que leur armée navale n'ayant des vivres que pour trois mois, seroit obligée à revenir dans les ports de Hollande après ce temps là, et ne pourroit pas hiverner en Dannemarc. Mais nonobstant ces remonstranecs, Richard résolut (2) d'envoyer un corps de vingt trois vaisseaux au Sond, sous le commandement de Goodson, Vice Amiral d'Angleterre. Le nouveau Protecteur soustenoit, que les Estats ne pouvoient pas estre Médiateurs, après avoir joint ouvertement leurs forces à celles du Roy de Dannemarc, et après avoir combattu celles de Suéde. Il disoit encore (3), qu'il avoit avis qu'on avoit donné ordre à l'Amiral Hollandois de transporter les troupes des Rois d'Hongrie et de Pologne de Holstcin en Zeclandc, et que par ce moyen les Estats s'engageoient à la défensive (4), et se deelaroient contre le Roy de Suéde, en joignant leurs troupes à celles de ses ennemis (5). Qu'au lieu de détacher l'Electeur de Brandebourg des
(1) V. Aitzema, S. tan Statt. IV. 38. p. 304, 305. Il régnait en Angleterre un esprit très-hostile envers les Proviuces-Unies. ,Dcn ,Staet der Vereenighdc Ncderlandcn, écrit Nicupoort le 15 Septembre 1658, heeft vcel bcnijders, maer het is beter benijdt dan berklaeght te werden" (Brietcn van J. de JTitt, III. p. 400).
(2) V. Guizot, Histoire du Protectorat de Richard Cromwcll. I. p. 23—25.
(3) V. Aitzema, S. van StaeL IV. 38. p. 30G, 307.
(4) Lisez: à Poffcnsivc, ou: à la défense du Roi de Dauemarc.
(5) V. ci-dessus p. 517.
532 La conduite de George Douniuf.
interests de la maison d'Austriche, on travailloit encore en Hollande à l'éloigner et à l'aliéner entièrement de ceux du Boy de Suéde.
L'armée navale d'Angleterre ne fit voile que vers lt fin di mois de Novembre. Goodson avoit ordre d'obliger le Boy de Dannemarc à traitter separeinment avec le Boy de Suéde, et de luy déclarer que faute de cela une partie de ses vaisseau iroit joindre la Hotte Suédoise sous* le commandement de George A s eue; mais la saison estant trop avancée en ces quartiers là, les orages continuels, les vents contraires, et les glaces le coatrnignirent de relascber. George Ascue qui avoit fait un armement particulier pour le service de la Cour de Suéde, se retin à Aberdeen en Escosse avec deux vaisseaux, et avec quantité (1 officiers, de soldats et de matelots qu'il avoit levés de l'argent du Boy, et les autres vaisseaux arrivèrent à Jarmoutb au cornincnccmcnt de Tan 1659. Les Estats avoient résolu de faire revenir Obdain, mais dés qu'ils sceurent que les vaisseaux Anglois avoient pris la route du Sond, ils changèrent les resolotiont qu'ils avoient prises sur ce sujet, et ordonnèrent à leur Amiral de demeurer en Dannemarc.
George Douning (1) présentait j cependant mémoire sur mémoire: la pluspart pour des affaires particulières où le Protecteur et le public n'nvoient pas tant d1interest que luy. Il n'agissoit pas en Ministre, mais en pédant: il ne parloit qu'avec emportement tant pour couvrir la foi blesse du Gouvernement d* Angleterre, çae par un zèle qu'il affectoit, pendant qu'il entretenoit correspondence secrète avec le Boy et avec ses Ministres. Et comme ses plaintes n'avoient pour sujet que les violences qu'il disoit avoir esté faites aux Anglois dans les Indes Orientales, encore que la Compagnie taschoit de s'en justifier, on en prit occasion de faire in* stance à ce que l'on achevast le traitté de marine que l'on negotioit depuis plusieurs années, comme le seul remède capable de faire cesser les désordres et les plaintes. Cependant pour faire régler en quelque façon les alfa ire s de ces quartiers là et pour faciliter la conclusion du traitté de commerce, les Estats trouvèrent bon d'ordonner, que lors qu'il- y nrriveroit rupture entre quelque Koy Indien et la Compagnie, on n'empcsclieroit pas les Anglois de continuer leur commerce avec les ennemis de
(1) Résident de la République d'Angleterre depuis le commencèrent de 165S. V. ci-après p. 557, 558.
Traitté entre VErnjrreur et le Roy il* Pologne. 533
la Compagnie, pourveu qu'ils ne leur portassent point de marchandises de contrebande que Ton confisquerait en ons que Ton eusl connoissanec de In rupture au lieu où on les auroit chargées, et que Ton feroit aussy cesser le commerce aux villes et places que Ton auroit assiégées ou investies. C'est ce que les Estats avoiént fait déclarer et représenter à Olivier Cromwell, mais il estoit tellement incommodé en sa santé, et si languissant, qu'on n'osoit presque luy parler d'affaires, et incontinent après son decés on reconnut dans la foiblessc du Gouvernement du successeur, une disposition presque universelle i\ la révolution et au restablissement du Roy, dont nous dirons le détail dans le livre suivant.
Entre les autres raisons qui faisoient que les Anglois n'approuvèrent pas le secours que les Estats en voy oient au Roy de Dannemarc, estoit la liaison que celui cy avoit prise avec le Roy de Pologne, et particulièrement avec le Roy d'Hongrie, c'est à dire avec la maison d'Austriche. Les Estats en estoient bien marris, mais ils n'avoient pas pu l'empescher, et c'estoit une affaire faite. Le Roy de Pologne avoit traitté avec l'Empereur defunct vers la fin de 1656 d'un secours de quatre mille hommes de pied, et depuis le decés de l'Empereur il avoit fait une alliance défensive avec le Roy d'Hongrie, son fils. Pour l'exécution de ce traitté, le Roy d'Hongrie devoit mettre sur pied une armée complette, composée de cavalleric et d'infanterie, et accompagnée d'une artillerie raisonnable, laquelle il devoit faire subsister jusques à la fin de la guerre, moyennant la somme de cinq cens mille florins du Rhin une fois payée, et de trois cens mille florins qui font deux cens mille escus tous les ans: sans préjudice toutefois de la paix de l'Empire ou des traittés de AVestfalie que le Roy d'Hongrie n'a voit pas dessein d'altérer par celui cy, afin que rien ne le pust obliger à faire la guerre au Roy de Suéde en Allemagne. Ce traitté, qui avoit esté conclu à Vienne en l'an 1657, portoit en autres choses, que les deux Rois tascùcroient de faire entrer l'Electeur de Brandebourg dans cette alliance, à quoy celuy d'Hongrie fit travailler si heureusement par le Baron de Lisola, que dés le mois de Septembre de la mesme année il fit faire un traitté entre le Roy de Pologne et l'Electeur, qui acheva de le détacher tout h fait du party du Roy de Suéde, de la manière que nous allons dire.
Le Roy de Suéde estant obligé d'abandonner la Pologne pour s'opposer aux armes du Roy de Dannemarc, avoit aussy esté
534 Conduite de VEleci. de Brandebourg qui fait tapais avec le Boy de Tube*.
obligé d'abandonner l'Electeur do Brandebourg, et de le laisser exposé à la discrétion de leurs ennemis commuus, aussy bien qu'à sa propre conduite, jusques à luy conseiller de chercher r.ans sa prudence et dans son adresse le secours qu'il ne pouvoit pas espérer de luy pendant son éloiguement. L'Electeur n'en estoit pas fasché, tant parce qu'il se défaisoit d'un Prince incommode, qui l'a voit desja fait sonder s'il seroit d'humeur à luy coder la Prusse ducale, la plus grande», la plus belle et la plus riche de toutes ses provinces, que parce qu'il estoit asseuré que la Pologne, pour se l'acquérir, luy offriroit tousjours des avantages qu'il ne pouvoit pas espérer de la Suéde. Il se plaignoit pourtant de ce que le Koy dont l'amitié luy cou st oit tant, qui luy a voit suscité de si puissants ennemis, et à qui il avoit rendu de si importants services, l'abandonnoit. Mais il ne laissa pu de faire sou profit de l'cloigncmeut du Koy, et se serrant du conseil qu'il luy avoit donné de chercher la seurcté en sa propre prudence, il escouta celuy de L isola, renoua avec la Pologne et fit un traitté formel avec elle (1). Par ce traitté l'Electeur acquit la souveraineté de la Prusse ducale, que le Koy et la Bc* publique de Pologne luy cédèrent, pour luy et pour ses héritiers inalcs, qui descend roient de luy à perpétuité, à la charge du retour à la Couronne de Pologne, faute de mâles descendus de luy. Moyennant quoy l'Electeur fit une alliance perpétuelle avec elle, et s'obligea à la secourir de quinze cens hommes de pied et de cinq cens chevaux, en cas qu'elle fust attaquée, et de ne point donner de passage aux ennemis de cette Couronne. Il s'obligea encore, par des articles séparés et secrets, de la secourir pendant la présente guerre, d'un corps d'année de six mille hommes, infanterie et cavallerie, mais à des conditions si fortes, que le Koy de Suéde ne pouvoit pas en extorquer de plus dures à la Pologne. Car le Koy Casimir s'y obligea à fournir les vivres et la subsista n ce à ces troupes, tant qu'elles seroient en Pologne, et luy céda, avec les baillages de Butou et de Laûenbourg en 1* Pomerellc ou Cassube, la ville d'Elbing en la Prusse Koyale.
Dés que ce traitté cust esté ratifié au mois de Novembre suivant, l'Electeur fit scavoir au Koy de Suéde, que la retraitte de Sa Majesté l'ayant contraint de se raccommoder avec le Roy de Po-
(1) Traité de Welnu du 19 Septembre 1C57. V. Dumout, Cor? unie. dipl. VI. 2. p. 191 st.
Le Roy de Suéde fait difficulté de donner audiance aux Ambass. de? Elect. 535
logne, il ne pouvoit plus donner logement ny passage à ses troupes, ny permettre qu'on dechargeast des munitions ou des marchandises de contrebande dans ses ports, et le conjura de donner la paix et le repos à la Chrestienté\ l'asseurant qu'il la luy feroit faire avec le Koy de Pologne à des conditions fort honnorables. Le Roy de Suéde qui ne pouvoit pas encore scavoir quel succès ses armes auroient en Danncmarc, et qui se sentoit incommodé des deux guerres qu'il estoit obligé de soustenir en mesme temps, faisoit accroire qu'il n'avoit point d'aversion pour la paix, et faiaoit espérer, que si on le remboursoit en quelque façon des frais de la guerre, il restitueroit les villes de Prusse. Ce qu'il avoit aussy fait dire en Hollande, ainsy que nous avons remarqué cy dessus (1). Mais dés qu'il se crut au dessus des affaires, après avoir réduit le Koy de Daunemarc aux bassesses et aux extrémités du traitté de Roscbild, il fit le froid, et lors qu'on le pressoit il demandoit des sommes si excessives, qu'il scavoit bien qu'en Testât où estoient les affaires de Pologne, il luy estoit impossible de les fournir. Au mois de May 1658, l'Electeur envoya an Roy de Suéde Otton de Suer in, Chef de ses Conseils, et Daniel Weiraan, Chancelier du duché de Cleves (2). Ces deux Ambassadeurs avoient ordre de le prier de ne pas incommoder l'Empire de ses armes, au préjudice des traittés de Westfalie, et de restituer les villes de Prusse à la Pologne, moyennant une satisfaction raisonnable. Ils avoient aussy charge de déclarer au Roy, que s'il ne pouvoit se satisfaire de ces offres, et s'il refusoit de s'accommoder, l'Electeur seroit obligé à se mettre du costé des oppressés, et à se joindre à ceux à qui il iinportoit que la Prusse fust restablie dans Testât où elle estoit devant la guerre. Le Roy de Suéde qui estoit à Flcnsbourg, et qui estoit bien àverty et fort irrité de Tcngagcinent que TElecteur avoit pris avec la Pologne et avec la maison d'Austricbc, ne voulut pas admettre les Ambassadeurs, et leur nt dire qu'il ne leur pouvoit pas donner audiance, s'ils ne s'ouvroient à ses Commissaires des affaires dont ils avoient à luy parler. Il regardoit l'Electeur comme son ennemy, et en cette qualité incapable de moyetmer un accommodement, qui pust le remettre bien avec le Roy de Pologne, après avoir traitté avec la maison d'Austriche et avec
(2) Le même qui fut Ministre Résident de Rraudebourg à la Haye-
536 Douglai entre en Courlandc.
ses autres ennemis déclares, à son préjudice. Il disoit qu'il n'estoit pas d'humeur à recevoir la loy de l'Electeur, et qu'il n'estoit pas en humeur non plus de suivre ses conseils, et d'oûir les menaces et les bravoures (1) que ses Ministres avoient ordre de faire dans l'audiance qu'ils dema ad oient et qu'il ne jugeoit pu ï propos de leur donner.
Ce procédé où l'Electeur disoit que le droit des gens avoii esté violé, acheva de le faire déclarer. Les Ministres qui estaient de sa part à la Haye, n'en faisoient pas un secret, mais faisoient instance à ce que les Estats demeurassent garants du traitté qu'il venoit de conduire avec le Roy de Pologne. Les Estats de Hollande y estoient fisses disposes, mais quelques unes des antres Provinces ne pouvoient pas se résoudre à s'engager dans une garantie dont lestcnduc estoit si vaste, qu'elle estoit presque infinie. L'Electeur ne laissa pas d'exécuter le traitté de son testé (2) ; car ayant joint ses troupes à celles de l'Empereur et du Roy de Pologne, dont les unes estoient commandées par Montecuculi et les autres par Czarnetsky, il entra, à leur teste, dans le pais de Holstein, dés qu'il sceut que le Roy de Suéde l'a voit quitté, pour passer en Zeelande. Les Suédois qui s'estoient fort estendus à la campagne, et dans les petites filles, furent d'sbord contraints de serrer leurs quartiers en Holstein et en Jot* lande, et enfin de les abandonner tous, pour conserver Frédérics* ode et l'isle de Funen. Le Duc de Holstein mesme, n'ayant pu. obtenir la neutralité de l'Electeur, et ne se trouvant pas en seurcté à Gottorp, s'enferma dans Tonningucn, sur la rivière d'Eider, qui y forme la péninsule à laquelle cette rivière donne son nom. Le Roy de Suéde, indigné de l'insulte que l'Electeur venoit de luy faire, donna ordre à Douglas, son Mareschal de camp, qui commnndoit un petit corps d'armée en Livonie, de s'en ressentir sur le Duc de Courlande, beaufrere de l'Electeur. Ce Prince, qui depuis quelque temps a voit donné de l'argent à Douglas, pour en achetter la neutralité, vivoit dans une sécurité à ne rien craindre, quand Douglas surprit la ville et le chasteau de Mittau, pilla l'un et l'uutre, et ammena le Duc et la Duchesse, avec leurs enfants, prisonniers à Riga, les traittant avec des duretés
(1) C'est à dire: bravades.
(2) L'invasion de Holstein n'eut lieu qu'en Août 1658. (Note de l'Essai de Critique).
Affaires de Pologne. Pinoccy à la Haye. 537
qui n'ont pas beaucoup d'exemples en des personnes de cette qualité. Les Suédois, pour justifier cette violence, accusoient le Duc d'avoir secouru les Moscovites de vivres et de munitions de guerre, pendant qu'ils assiegeoient .Riga, et qu'il avoit entretenu correspondence avec le Czar et avec le Roy de Pologne, ennemis du Boy de Suéde, qu'il avoit offert à quelques puissances estrangeres l'entrée de ses ports de Wibau et de Libau, afin d'aider par là à la réduction de la ville de Riga, si les Moscovites s'âvisoient d'y remettre le siège, et ils rcprochoient à la Duchesse d'avoir contribué à la reconciliation de l'Electeur, son frère, et du Boy de Pologne. Mais ceux qui jugeoient de cette action sens passion et sans interest, la trouvoient très injuste et très violente: au moins toute l'Europe la condaranoit, et estoit persuadée que c'estoit un effect du ressentiment, que le Roy de Suéde pouvoit avoir de la déclaration de l'Electeur, et des incommodités qu'il faisoit souffrir au Duc de Holstein, son beaupere, qui en reoevoit de très grandes de l'armée des alliés que l'Electeur commandoit.
La Pologne commença cependant à respirer. Les troupes que le Boy de Suéde avoit laissées dans Cracovie, sous Paul Wirtz, y estoient comme assiégées ou bloquées, et ne purent pas cmpescher que les Estats du Roiaumc ne s'assemblassent à Warsavie. Gonsieusky s'estoit avancé jusques en Lituanie pour observer le Moscovite, et Czarnetsky avoit assiégé la ville de Thorn, une des premières de la Prusse Royale. Le Roy de Pologne se rendit au camp en personne, et y demeura jusques à la réduction de la ville qui capitula au mois de Décembre. Hierome Pinoccy, un des Référendaires de sa Chancellerie, estoit arrivé dés le mois d'Àoust de sa part à la Haye (1), où il avoit fait plusieurs propositions qui n'y estoient pas desagréables; mais elles estoient un peu embarrassantes, parce que l'on n'y estoit desja que trop avant engagé. Il vouloit intéresser les Estats en la conservation de la Prusse, s'asseurer d'un secours pour la ville de Dantsig, en cas que le Roy de Suéde l'attaquast. Il desiroit encore scavoir précisément ce que les Estats feroient pour le Roy de Dannemarc, et quelle instruction ils donner oient aux Ambassadeurs qu'ils dévoient envoyer au Congrès de Braunsberg, dont
(1) V. Aitzema, S. van Staet. IV. 38. p. 281—283. — Résolut, secr. des Etats de Hollande du 4 Décembre 1658.
538 Le dessein du Roy de Suéde défaire sortir ladigmité Iw*p. de la Mau.tAntr.
ou recommencent à parler, et s'ils trouveraient boa qu'on aogmentust lis droits qui se levoient dans les ports de Prusse, si te Koy de Suéde vouloit bien restituer les villes de ce pals là, moyennant une somme d'argent. Il n'estoit pas fort nécessaire de s'expliquer sur ce que ce Ministre demandoit touchant le Boy de Danncmarc et la ville de Dantsig, parce que les Estats en fii* soient leur affaire. L'armement qu'ils faisoient pour le secoaxi de l'un, et le traitté qu'ils avoient fait avec l'autre, d'une manière si obligeante et si extraordinaire, parloient de soy mesme. Mais on ne luy dissimula point, que l'on croyoit icy que l'augmentation des droits qui se levoient dans les havres et ports de Proue, ne seroit pas moins incommode que la guerre mesme dont on craignoit la continuation, mais que le commerce souffrirait bien autant sous l'imposition de ces nouveaux droits. On luy fit eonuoistre qu'il n'estoit pas besoin d'obliger i'Estat par un noureiu trnitté, puis que pour ta conservation de la ville de Dantsig et de la liberté du commerce de la mer Baltique, il suffisoit de ratifier ce luy que l'on avoit fait avec le Résident de Pologne et stcc le Ministre de Dantsig (1). Pinoccy n'avoit point d'ordre ny de pouvoir pour cela, et do l'autre costé\ il n'y avoit point de disposition à un plus grand engagement qui pust obliger les Estats à continuer la guerre. C'est pourquoy il se retira au commencement de l'an 1659 (2).
Nous avons dit au livre précèdent, que le Roy de Suéde, pour donner quelque couleur à la rupture qu'il fit au préjudice du ■ traitté de lloschild. avoit reproché au Roy de Dannemarc, entre autres choses, qu'il Ta voit empeschd d'exécuter un grand et important dessein. Ce dessein avoit esté concerté avec la France dés l'an 1654, après le decés de Ferdinand François, Boy des Romains, fils aine de l'Empereur Ferdinand troisième, de s'opposer à ceux qui vondroient prendre encore un Empereur dans la maison d'Austriche. Le Conseil de France qui en rouloit faire sortir la dignité Impériale, commença à espérer dés ce temps là qu'il y pourroit réussir; et le Cardinal Mazarin ne craignoit pas de dire que c'estoit un coup infaillible, parce qu'il estoit asseuré du suffrage de cinq Electeurs, et ainsy de la pluralité. Les trois Electeurs Ecclésiastiques tiroient de très grand*
(2) V. Aitzcina, S. tan Staël. IV. 39. p. 374, 375.
LeMarescàalde Or a moût et Hugues de Lionne Ambatsad.àladûte. 53U
avantages du voisinage de la France, et il y en avoit qui prcnoient pension du Ko y. Le Cardinal estoit persuadé aussy, que tous les Electeurs séculiers, à la reserve de celuy de Bavière, estoient nécessiteux, et que l'argent leur feroit faire tout ce qu'on voudroit. Ce n'estoit pas son fort que la connoissance des affaires d'Allemagne, et neantmoins c'estoit l'entretien qui occupoit presque toutes les audiances qu'il donnoit aux -Ministres estrangers, lors qu'il ne pouvoit plus différer de leur parler. Tellement que dés que l'Empereur fut décédé en l'an 1657, laissant l'espérance de la Couronne impériale à son fils aine qui n'avoit alors que dixsept ans, on ne voulut pas perdre cette belle occasion; mais la Cour agissant sur les faux principes du Cardinal, travailla à faire reunir la Couronne de l'Empire à celle de France, ou du moins à la faire sortir de la maison d'Austricbe pour la faire mettre sur la teste de quelque autre Prince d'Allemagne, ou d'Italie. Il n'y avoit point de plus puissante Maison, ny plus capable de soustenir cette dignité que celle de Bavière. L'Electeur avoit son suffrage, et celuy de l'Electeur de Cologne, qui estoit son proche parent, luy estoit acquis. Il pouvoit aussy espérer celuy de l'Electeur Palatin, en luy restituant le Haut Palatinat, avec le rang qu'il tenoit autrefois dans le Collège Electoral; et on pouvoit •faire grand fond sur Brandebourg et sur Trêves, si le Cardinal eust bien sceu prendre ses mesures. Les deux Ministres que l'on y employa, le Mareschal de Graminont et Hugues de Lionne, estoient entièrement à sa dévotion; mais ils estoient tous deux plus capables de conduire une intrigue de cabinet, que de manier une affaire de cette importance. Le Mareschal avoit quelques habitudes à la Cour de Munnic, où il fit uu voyage, mais il n'y réussit point, et Lionne ne fut pas plus heureux à celles qu'il voulut faire à Francfort. Le Comte Servicn, son oncle maternel, Secrétaire d'Estat, ayant le département de la guerre sous le Ministère du Cardinal de Richelieu, l'a voit mis dans les affaires; et comme le Comte, qui estoit fort habille, mais le plus orgueilleux de tous les hommes, ne se put pas maintenir avec le Cardinal qui avoit bien autant de fierté, quoyqu'infinement plus de mérite que luy, Lionne fut aussy contraint de sortir de la Cour avec son oncle. 11 se retira en Italie, où il se forma si bien sur le génie de la nation, qu'en ayant acquis toutes les qualités, il n'eut point de peine a. se faire connoistre plus particulièrement au Curdiual de Richelieu, qui voulant des gens qui le servissent à sa mode, l'employa dans l'affaire que les
540 Les Eleet. de Mayence et de Cologne font Se* propositions pour /tirets peu.
Barberins avoient à demesler avec le Duc de Parme, pour le dnché de Castro. Il n'y réussit pas bien. Car ce fut le Cardinal Alexandre B i c h i , qui eut toute la gloire de raccommodement qui se fît en suitte ; mais il y trouva l'occasion de faire connoiesance avec Jules Mazarin, qui luy donna dés lors sa confidence, et celui cy estant Cardinal et Premier Ministre, l'autre auroit fait sa fortune, bi le jeu et les autres dépenses secrètes ne i'ensseni ruinée (1). Pour ce qui est de l'cmploy qu'on luy donna en Allemagne, à l'occasion dont nous parlons, ce fut l'amitié qoe le Cardinal avoit pour luy, et l'opinion que Ton avoit de son habilité, qui le firent mettre en parnlcllc arec un Duc et Pair de France, officier de la Couronne. Il y parut m es me avec quelque prééminence, tant parce qu'il avoit la confidence du premier Ministre, autant que celui cy estoit capable de se communiquer, que parce que l'ordre du St. Esprit, dont il port oit les marques, hiy donnoit cet avantage que son collègue n 'avoit point, et qui, pour dire la vérité, ne les pouvoit pas porter au mesme tiltre. Ils firent connoistre d'abord qu'ils estaient gens à enchérir sur ceux qui voudroient achetter la Couronne Impériale, si on la mettoit à l'encan. Il n'y avoit rien de si superbe que leur train, rien de si galant que leur equippage, et rien de si magnifique qoe leur dépense; mais comme elle se faisoit en partie de la bourse des Ambassadeurs, et que le Premier Ministre n'en estoit pu pour la faire des coffres du Roy, tout cela ne devint qu'une ambassade de théâtre.
Les affaires d'Allemagne ne sont pu* l'objet de cette histoire, mais elles ont une si grande eonnexité avec celles du païs que l'on ne pont se dispenser d'en dire un mot (*). Les Ministres de Franee, voyant que les Electeurs n 'avoient point d'inclination à élever un Prince estranger au throne de l'Empire, ny a choisir un Empereur ailleurs que dans la maison d'Austriche, et que l'Electeur de Bavière, bien loin de consentir à l'élection de m personne, refusoit mesme de ratifier le traitté que son père avoit fait avec la France peu de temps devant son de ces, convertirent leurs prétentions en des plaintes et représentèrent que PEmpe-
(1) * Lionne a laissé des biens immenses, qui sont actuellement , (1740) entre les mains de ses parens en Dauphiné, sa patrie, lesquels , portent tous différents noms que celui de Lionne." Essai de Critique, p. 401.
(2) V. B a su âge, Annales, 1. p. 530 svv.
Le Comte de Pegnaranda les élude. 541
reur defunct avoit continué de secourir le Boy d'Espagne dans les Fais Bas, contre le contenu du traitté de Munster, et firent instance à ce que l'Empire asseurast suffisamment la France que cela ne se feroit plus à l'avenir. Les Electeurs estoient persuadés qu'on auroit de la peine à trouver ces asseurances, si on ne faisoit faire la paix entre les deux Couronnes de France et d'Espagne. C'est pourquoy les deux Electeurs de Mayence et de Cologne, s'imagina nt qu'on auroit quelque considération pour eux à la Cour de France, y envoyèrent le Comte de Furstenbcrg et M. B lu in, qui rencontrèrent le Roy à Amiens, ainsi qu'il alloit se rendre à Calais. Us le supplièrent d'ordonner à ses plénipotentiaires qui estoient à Francfort, d 'es cou ter les ouvertures que les Electeurs pourroient faire pour la paix, non seulement pendant qu'on delibereroit de l'élection, mais aussy après qu'elle seroit faite, parce que les Espagnols faisoient courir le bruit, que ce n'est oit qu'à dessein de la retarder, que le Boy avoit limité les pouvoirs de ses Ministres. Le Boy de France fit dire d'abord aux Electeurs, que bien qu'il vist en eux une parfaite disposition à prendre un Empereur dans la maison d'Austriche, et qu'il n'en trouvast point du tout en l'Empereur futur à vivre en bonne intelligence avec luy, il ne laisseroit pas de .faire le Collège Electoral juge de ses importants interests; de souffrir qu'il prist part à la médiation avec le Pape et avec la Republique de Venise, et qu'il nommast le lieu qu'il jugeroit le plus propre pour negotier la paix en Allemagne, pourveu que le Comte de Pegnaranda qui estoit à Franckfort, se fist envoyer les pouvoirs nécessaires dans la fin du mois de Juillet, ou au plus tard dans le mois d' A oust. La response de Pegnaranda ne fut ny nette ny cathegorique. Il vouloit confondre la ncgotiation de la paix avec la capitulation de l'Empereur, et en faire une seule affaire; de sorte que cette negotiation dégénérant en intrigues et en chicanes, n'eut pas plus d'effect que les prece- * dentés negotiations avoient eu. Les Espagnols disoient que les Ministres de France faisoient accroire au monde, que le Roy, leur maistre, se proposoit pour principal object en toutes ses actions la gloire de Dieu et le repos de la Cbrestienté, et que c'estoit leur protestation ordinaire, que le soulagement des misères de son peuple le touchoit plus sensiblement, sans comparaison, qu'il n'estoit chatouillé de la gloire qu'il tiroit du progrés de ses armes; que la perte qu'il faisoit tous les jours de la noblesse, qui s'exposoit tousjours la première aux plus grands périls; les
542 Fruztt *> m pmt * f£mrw m U £T*w-
;r*r:* '.- c^rré, ai*: i^s cesirs « L*s instances du P*pe„ Tntti •. j. -t iLe-:;i'/^;irî s* Y«:LLse « trc-oxcl; réduite, et llncolisadc cii *i*:>î2j*ct5 i* Ll r^rr*. arrçÛTÎent ses peu ««es à la paix, Mais ;^* x n'esvi-»: ;** ie beau ciscoars. Que les «■&-
c**-:s :■» ;jk.-- « l*s auire* ccsjiierjtioas. qae le Koy pouvait aiv.r e^ i*â\ze Je riz^r: i^*. eeccien: à l'ambition de soi Mi- &i*:rr. qi: E:pire=. =*.-.: ne fertc: peint faire U paix. Uni qtH ^>irr:i: f±.r* Li z^r^t av« avantage. Qoe e'estoii rEspaste qi: sv^rait-ii: ier.:.i :*.-;:=*-: a pjix. qu'elle n'auroit peint èâ tait ie "priait i/i* p<TKLLitr à la Carescienté, puisque Ton voyait q/clle acâetol; de se ruiser à la sverre. Oa ea demeura là.
Le ^*c*;.x; pu 1":- :entioi des deux Rois ce faire tnitter h paix en ALieoajrse. ny :"y admettre la médiation des Electeurs, piis qu'ils r.esi^recier.". ïu-esi^es ceile c'a Pape. Ce n'estoit pas ce Ce lies* qi: ce. rit if:ir i"aoc2ear de !i faire conclom. Tomes les d.fLmkés et :oi**s U< cpçesitions que la France foraoû contre l'Electio-.. c'e^rescieren; pas qu'elle ne réussis* en faveur de Le:r«j!i Izûic* cWistrica». fies ce F Empereur defanct et de Marie d'Espagne, du euasen tentent unanime de tons ks L*ectcur*. qu; s'y :rccvcrec; en personne, à la réserve de cm de Bau*re e: ce Brarviebcurg. l'Empereur estoit entré dans a cixneuneix;e s a née depuis le ns cis de Juin, et quelques jovrs devant rdeciic-n il avait sijcé la capitulation, où il promettoit de ne peint srccurir le R»«y d'Espazne. et en Flandre, nj en Italie, d:r«;:e:crs: cy iiiîrecten:-:-:. li à: aussytest coQner avis de soa tl'. ". :r. -.\\ Estô'.s -.:-* ï'r.iir. •-:* U:-:.s. et roux léœcLiner qoe *::. lu:*:-*".:-:-:* ->v : --. : >:r. titre avec eux. il 6; partir ces k n: :* c'A u*: Jean Fr;j-r::. ro-ir \eu:r resiier ce sa pan à la H.»yc « l ). C\ï'.:-.: -:. r*r>::.^::rj ce ^^nJ raerite. senfaut. sagf» *?. - * ^ f c : :.i :i ■■: n. ». : f : -. " ror re pc u: le < . esse : n que 1* Em perear arcit a'efijrî^r i*:s E*;â:* ;*.: «"-, .-rs i:u Kcy ce Dannen.arc, bien qw si us cela i.'a y fu*: âs^o? ; :r.e. Il n; aussy oi;rertjre d'une iiai* K»n fl-- e*:r^i:e que les E>^:* rc urroient faire avec la Maisor c"Auï;ri:;,e. ::::tis ce r.-:- f-: que dans !<*» Tisites particulières qu'il rer. .:■:■;: à ceux \ ■..: ; voien: le ^i'js de pn aux affaires; car comBK il nV*:-l: r &s h iî-.llio à s-ï commettre, il ne voulut pas faire éditer une ne^:i..î:jn qui n\ivcit pas irrânce apparence c.e succès (2).
1 V. Al-.rc- ». ^ -■-* S::*-:. IV. 3S. p. 9Se. ? • Meu *:u :<. i.itri -:r *.■».-■« el Vrïi.tknjk aïs don Frorector heb- #hen te seer i^irr trerî. m.ie îr.en sach vel dat de Kev«r ak Dcir*
Le Garnison de Hesdin se mutine. 543
Les Plénipotentiaires de France, qui suivant, la Bulle d'or «▼oient esté obligés de sortir de Francfort la veille de l'Election, aussy bien que Brahe, Bercnclau et Snolsky, Ministres de Suéde, et tous les autres estrangers, s'estoient retirés à Mayence. dfoù ils se retirèrent incontinent après l'Election pour s'en retourner chez eux. Devant que de partir ils signèrent le projet, qui a donné commancement à l'alliance du Bhin, que Lionne A tousjours considérée et chérie comme son ouvrage, quoy qu'il n*ait jamais rien produit, parce que c'est à la capitulation plus tost qu'à cette alliance que la France a esté obligée de l'opposition que plusieurs Princes d'Allemagne ont faite au passage des troupes que l'Empereur vouloit envoyer aux Pais Bas.
Tandis que l'on negotioit ainsy et que l'on parloit de la paix en Allemagne, on faisoit la guerre en Flandre avec une chaleur et avec des succès admirables. Les commencements faisoient espérer aux Espagnols une très heureuse campagne, par deux rencontres, qui pensèrent rompre toutes lés mesures des François. Le Marquis de Bellebrune, Gouverneur de Hesdin, la plus importante place de l'Artois après la ville capitale de la province, estant decedé, le Cardinal Mazarin lit donner ce Gouvernement An Comte de Moret, son amy, frère du Marquis de Yardes. Hais la Biviere, qui estoit Lieutenant du Boy daus la ville, en ayant esté averti par Desfargues, son beaufrere, qui faisoit ses affaires à la Cour, refusa de recevoir le nouveau Gouverneur dans sa place. Et afin de ne rien faire à demy, il se jetta entre les bras du Prince de Condd qui estoit en Flandre, et dan s les interests du Boy d'Espagne. Toutefois afin de ne point dépendre d'autruy et de demeurer maistre de son poste, il ne voulut recevoir les troupes du Prince que dans les dehors, permettant seulement au Marcschal d'Hoquincour t, qui de grand partisan du Cardinal Mazarin estoit devenu son ennemy déclaré, ou pour parler le langage de ce temps là, qui avoit changé sa qualité de Mazarin en celle de Frondeur, jusques à prendre party avec les Espagnols, de le protéger de son nom et de sou autorité, pendant qu'il se reservoit à luy mesme et à Desfargues tout le commandement de la place et toute la direction des affaires. Il est vray que ny le Prince ny les Espagnols n'y
*marcken en Brandenburgh niet soghten als self conquesten te doen, t daeraen sich desen Staet niet vecl liet gelegen zijn, sochten echter de #8weden tôt reden te brengcn.,, Aitzema, S. v. Staël. IV. 39. p. 375; Y. Basnage, Annales, I. p. 545.
544 Malkeurttue entreprùe sur OsUade.
nvoient pas la moindre apparence de pouvoir, mais cela n'empeschoit point que la Cour n'en fust extrêmement incommodée, et obligée d'envoyer des troupes dans le voisinage de la ville.
L'autre malheur n'estoit pas de cette nature, bien qu'il ne fui pas moins sensible. Un Colonel Walon, nommé Spindelet, qu'une mauvaise rencontre avoit obligé de sortir des Fais Bas, où il servoit le Boy d'Espagne, offrit au Cardinal Mararindc faire surprendre la ville d'Ostendc par le moyen des intelligences qu'il y entretenoit. Le Cardinal le renvoya à Servi en, quitaj dit qu'il ne traitteroit point avec luy, qu'Q n'eust fait venir sa femme et sa famille de Bruxelles, pour servir d'ostages à sa parole. Cette proposition renversa tellement les desseins de Spindelet, qqH résolut de s'en retourner en Flandre; mais en prenant congé di Cardinal, il luy sceut si bien représenter la facilité qui se wncontreroit dans l'exécution de son dessein, et la dureté de Servie n, qu'il se fit donner des lettres pour le Marescbal <FAimont, Gouverneur du Boulonnois, à qui il en confia l'exécution. Spindelet trauioit cependant uue double trahison ; et pour faire sa paix avec les Espagnols, il fit scavoir à Don Barnabe de Yargas, Gouverneur d'Ostende, tout ce qui s'estoit passé en lt negotiation qu'il avoit faite avec le Cardinal, et ce qu'il avoit résolu avec le Mareschal d'Âumont, conduisant si bien soi entreprise que le Marescbal, qui s'y voulut trouver comme a ne conqueste infaillible, tomba le premier dans le piège, et fut frit prisonnier avec les unze cens hommes qu'il y avoit menés, s h» réserve d'environ trois cens, qui furent taillés en pièces dés qu'ils deseendirent sur la grève.
Les François eurent aussy quelques petites disgrâces en Catalogne ; mais tous ces malheurs furent bientost compensés par les avantage? que leurs armes obtinrent en Flandre. Le Marescbal de Tu renne qui commandoit une partie des troupes qui dévoient composer l'année que l'on appelloit la Royale, parce qoe le Koy de France avoit résolu de s'y trouver quelque fois es personne, après avoir amusé les Espagnols quelque temps par de fausses démarches, mit en fin le siège devant Dunquerqne, pendant que la Ferté Scneterrc observoit les ennemis, s'estant pour cet effect posté auprès de Ribemont, sur les frontières de Picardie et de Champagne. L'armée Boy aie venoit d'estre renforcée de douze mille Anglois, et le Protecteur avoit envoyé une année navale à la rade de Dunquerquc, parce que le trnitté qui avoit esté fait auparavant pour une année seulement, avoit esté
Le siège, la bataille et la réduction de Dunquerque, 545
continué pour l'année courante; le Cardinal n'ayant pas voulu l'estendre au delà, parce qu'on avoit tousjours pour veiie la paix, et le mariage du Koy dont la Reine parloit continuellement, quoy que Ton ne s'en doutast point en Angleterre, avec laquelle l'Espagne continuoit de faire negotier afin d'obliger la France à conclurre avec elle.
Don Jean d'Austriche avoit fait un corp9 d'armée de douze mille hommes de pied et de sept mille chevaux, commandés par les meilleurs officiers que le Roy d'Espagne eust à son service. Don Estevan de Gamarra que l'on fit venir exprés de la Haye, où il estoit Ambassadeur, pour faire la charge de Mestre de Camp General, ou Mareschal de Camp, y estoit un des premiers, parce qu'il avoit la réputation d'estre aussy grand Capitaine qu'il estoit babille Ministre. L'armée Espagnole se posta vers Bergues St. TYinox, à une demy lieue des lignes des François, à dessein de les forcer ou d'affamer l'armée. Mais Turenne qui estoit bien âverty que les quartiers des Espagnols estoient fort éloignés les uns des autres, et que leur artillerie n'estoit pas encore arrivée, résolut de les prévenir, alla droit à eux, laissant quelques compagnies des gardes dans les tranchées, sous le commandement du Marquis de Richelieu, et les surprit si bien pendant qu'une partie de leur cavallerie estoit allée au fourage, qu'à peine eurent ils le loisir de s'assembler dans la place d'armes. On peut dire que le Mareschal de Turenne sauva le Roiaume, mais on y doit ajouster qu'il le hasarda aussy, parce que la plus part des Provinces estant disposées à la révolte, dont on vit les commencements en Normandie, en Sologne, en Beausse, et les suittes en Provence, un seul mauvais succès jettoit toutes les autres Provinces dans le dernier desordre. Mais il fut plus heureux qu'on ne le pouvoit souhaitter. Le Prince de Condé et Don Jean y firent des actions extraordinaires, mais ils ne purent pas empescber la déroute et défaite entière de leur armée. Il y eut plusieurs personnes de qualité, Espagnols, Italiens et Flamans, de lues et seize Colonels avec pres de mille Officiers, et plus de trois mille soldats prisonniers. Don Jean y acquit de la gloire, mais Pestât des affaires des Pais Bas, qui estoient entièrement ruinées, ne luy permettant pas d'en espérer le restablissement, il se retira en Espagne au commencement de l'an 1659.
Le Marquis de Le de ne laissa pas de défendre Dunquerque après cette défaite, jusqu'à ce qu'un coup de mousquet luy ayant osté la
546 que la France met entre les maint dm Protecteur,
vie, son successeur capitula bientost, et rendit lu place. Cette double perle, du meilleur port que le Itoy d'Espagne eust en cette coite là, et d'an des premiers officiers du païs, fut suivie de odk de Bergucs St. Winox, de Fumes, Dixmude, Gravclines, Menio, Commines, d'Yprc et d'Audenarde, qui furent ou abandonnées pirce qu'on ne les pouvoit pas défendre, ou prises à discrétion nu grande résistance. Tu renne lit fortifier Audenarde, parce qie c'estoit un poste dont on'pouvoit extrêmement incommoder les deu provinces de Brabant et de Flandre. Guilliaume Loccird prit possession de Dunquerque au nom d'Olivier Cromwell, qui vivoit encore, à qui cette place avec celle de Mardic avoit esté promise par le traitté, à condition que la religion Catholique Komainc y demeurcroit dans le mesme estât où elle se trouvèrent lors que la ville seroit réduite, et que les gens d'Eglise scroient maintenus en la possession de leur bien, tant qu'ils ne manqueroient pas à la fidélité qu'ils avoient jurée à leur nonreau Souverain. Le Protecteur fut si satisfait du procédé des François, qu'il envoya saluer le Roy, qui estoit à Calais, par le Lord Fa lcom bridge, sou gendre, à qui on fit tous les bonnean et toutes les civilités que l'on auroit pu faire à l'Ambassadeur du premier Monarque de la Cbrestienté (1). Le Boy de son costé envoya visiter le Protecteur par le Duc de Crequy, qui avoit dans sa suitte soixante personnes de qualité et cent cinquante domestiques: a quoy le Cardinal Mazarin joignit le Marquis M an ci ni, son neveu, qui y parut nussy avec an fort benu trnin.
Je ne puis pas m'empéselicr de marquer icy une faute qui a trouve dans la pluspart des livres qui parlent des affaires de ce temps là, et particulièrement en celuy d'Aitzcma (2), où il est dit bien expressément que le Cardinal Mazarin voulant achever de gagner le Protecteur par une dernière bassesse, et par une soumission infâme, avoit obligé le Koy, son Maistrc, à Iraitter cet usurpateur de Frère dans les lettres et dans les trahies. Les traittes font voir le contraire, et je scais de science certaine,
(1) w Cromwell n'avait pas attendu que Qunkerque fût pris poaf t témoigner avec, éclat a Louis XIV sa fiere satisfaction de l'allianrt ,qui les unissait." Guizot, Histoire de la République <TAngkiemà de Cromieell, IL p. 375.
(2) S. ran Sfaet. IV. 38. p. 287. V. ci-dessus p. 353.
Plaintes contre le Cardinal Mazarin. 547
dont j'aurois les preuves en main si la Cour Provinciale de Hollande ne me les eust fait enlever avec mes autres papiers, sans qu'elle en ait fait faire le moindre inventaire, que le Roy ne luy a jamais donné autre tiltre, que celuy de Sieur Protecteur de la République d'Angleterre, d Ecosse 'et d'Irlande, le mot de Sieur estant tout du long, sans abbreviation, ce que le Roy de Franco ne fait jamais qu'à ceux qui tiennent rang de Souverains. Four Ce qui est de la manière dont on le traittoit daus les lettres, on en usoit ainsy. On mettoit à la teste Monsieur le Prolecteur, tout court et après, dans la mesme ligne et sans espace, on continuoit le discours. A la suscription on mettoit simplement à Monsieur le Protecteur de la Republique d Angleterre \ dEscosse ei d'Irlande. Il est vray qu'on offrit de le traitter de Frère, s'il ae faisoit déclarer et proclamer Roy, mais comme il ne l'a pas voulu ou pu faire, aussy on ne luy a jamais voulu donner cette qualité, quelque instance qu'il ait fait faire pour cela.
Les Anglois qui estoient dans Dunquerque et dans Mardic, y estoient extrêmement incommodés, parce que les François qui estoient maistres de Bergues St. Winox, de Fumes et de toute la campagne voisine, l'estoient aussy des contributions, de sorte que la garnison ne pouvant tirer quoy que ce soit du costé de la terre ferme, estoit obligée de faire venir tous ses vivres et toute sa subsistance par mer d'Angleterre. Loccard s'en plaignoit souvent, et il y a de l'apparence que dans la continuation de la guerre les Anglois se seroient ennuyés de posséder une place, qui ne commandoit que dans la portée de la coulevrine. De l'autre costé, les ennemis du Cardinal en prenoient occasion de décrier ses conseils et sa conduite. Ils luy reprochoient qu'il rappelloit et restablissoit de deçà la mer les Anglois, anciens ennemis de la Couronne, et qu'il logeoit Thercsie sur les frontières du Roiaume. Mais le Cardinal avoit devant luy l'exemple de Henry IV et de Louis XIII. Il avoit esté contraint de faire ces avantages aux Anglois, parce que les Espagnols leur en offraient de plus grands; il avoit mis l'interest de la Religion à couvert, et par ce moyen il vouloit contraindre les Espagnols de faire la paix aux conditions que la France n'avoit pas pu obtenir par lé traitté de Westfalie.
Une des raisons, et des plus fortes, qui avoient fait résoudre les Estats à la paix particulière qu'ils firent faire à Munster en 1648, estoit l'appréhension qu'ils avoient du voisinage de cette
54 S Ou parle de /art tnmiommer la Pmû JW-
formidable puissance. (Test ponrquor le Mareschal de Tartine dont le Cardinal se servoit quelquefois en des negotiatkm, et particulièrement en celles qu'il faiaoit Caire aTec des Priant ou des Potentats Protestants, parce que le Mareschal faisaut et ce temps-là profession extérieure de la Beligion Befbrmèe, qaoj qu'il n'en ait jamais en les véritables sentiments, estoit d'satut plus propre à les surprendre, voulut bien employer on jeune gatilhomme Hollandois (1) pour tascber de guérir les Estait des inquiétudes qu'ils prenoient de la prospérité des armes de Pracc. Ce gentilhomme est oit Cornette, si je ne me trompe, dans le régiment de Turenne ou en celuy de la Ferte Senneterre, et comme il a toujours eu très bonne opinion de son propre esprit et de son courage, il se chargea d'une commission qu'a* autre plus âgé et plus irisé que luy n'auroit pas acceptée. 0 eut ordre d'asseurer, non les Estats, mais quelques personnes de qualité et les Ministres les plus autorisés (2), dont il estoit l'ado» rateur en ce temps là, que ce n'estoit pas à dessein de conquérir les Païs bas que le Boy continuait de faire agir ses arma, mais pour convier ou pour forcer les Flamans de secouer le joug de la domination Espagnole, de se cantonner et de former une Republique libre. Que pour y réussir le Boy estoit resoh, non seulement d'y employer ses armes, mais aussy de restituer a cette prétendue République, lors qu'elle seroit formée, toutes les places qui avoient esté prises depuis le commencement de cette guerre, et mesmes la ville d'Arras, si cette nouvelle République,
(1) Le Comte de Homes.
(2) Le Seigneur de Beverwaert qui en reçut la communication du Comte de 11 or nés, fît part de ce plan au Conseiller Pensionnaire de W i 1 1. Celui-ci à son tour eu douna connaissance à son oncle de Gracff van Zuvd-Polsbroeck dans ses lettres du 29 Juillet et du 14 Août 105b {Archives du Royaume). Ces lettres sont d'un intérût tout particulier. De Witt examine le pour et le conut d'un cantonnement des Pays-Bas Espagnols, et se montre assez enclin ïi écouter des propositions ultérieures sur ce sujet. Mais telle n'éta:t pas l'opinion de tous ceux qui furent consultés, e. a. le tiuur^uciiiaitrc d'Amsterdam Gérard Schaep s'y opposait fortement Dans la lettre du 2(J Juillet de Witt fait l'aveu, assez remarquable de sa part: ,dat de woorden van het tractaet van 1635 uaeuvlijkx , liet il ui te n van een' afzonderlijken vrede kouden lîjdcn."
On parle de faire cantonner les Pats Bas. 549
avec laquelle la France feroit une alliance défensive, se pouvoit establir avec l'approbation des Estats. Cette proposition, que l'Ambassadeur de France avoit ordre d'appuyer, se pouvoit bien faire par M. de Turcnne, qui estoit fait aux maximes de la Cour, mais elle ne pouvoit pas surprendre les lumières pénétrantes des Ministres Hollandois. Il y en eut qui jugeoient que cette ouverture estoit très dangereuse, fort injuste, et le dessein si difficile qu'il seroit presque impossible de l'exécuter, quoy que d'autres fussent d'avis qu'il falloit escouter les avances que la France voudroit faire pour cela, et en profiter (1). Que sans ce cantonnement on verroit dans peu d'années la France frontière de cet Estât. Que de tout temps on avoit tellement appréhendé ce voisinage, qu'il avoit esté cause qu'on avoit bien voulu se rendre irréconciliable avec elle en faisant le traitté séparé de Munster, au préjudice de l'engagement où on estoit entré en 1685. Que le voisinage des Anglois, à qui on avoit donné Dunquerque, ne seroit pas moins incommode que celuy des François, parce que la jalousie qu'ils ont du commerce des habitants de ces Provinces, s'augmenteroit à mesure que les Anglois viendroient à estendre leurs conquestes en Brabant et en Flandre. Ils representoient encore que cette nouvelle Republique serviroit de barrière contre la France: que cet Estât se rendroit extrêmement considérable par cette alliance défensive, et qu'il y avoit' de l'apparence qu'après que cette affaire seroit réglée, la France iravailleroit avec plus d'application à l'accommodement des différents des deux Rois du Nort. Qu'il n'y avoit point de danger de seconder en cela les intentions de la France, parce qu'on ne devoit pas s'imaginer que le Roy voulust violer la foy publique, en attaquant ou surprenant les Païs bas, après avoir fait une alliance défensive avec eux, et après avoir obligé cet Estât à s'y joindre. Qu'il n'y avoit point d'injustice non plus, parce que le traitté que l'on avoit fait avec le Roy d'Espagne ne disoit rien qui pust empescher cet Estât d'acquiescer au cantonnement que les provinces de Flandre voudroient faire. Pour l'exécution qu'elle ne seroit pas fort difficile, parce qu'on pourroit forcer quelques villes à cela, et que le Roy en prendroit d'autres, où il
(1) E. a. de Witt lui-même.. Basnage affirme le contraire {Annales. I. p. 529), mais c'est une erreur. V. la note 2 de la page précédente.
550 Discours que le Cardinal MatarinfaU à ï Ambassadeur de Hctlaie.
fcroit entrer des troupes d'un Prince ou d'un Estât neutre, à qm le Roy d'Espagne mesme aimeroit mieux les laisser avec le reste du pai9t que de souffrir que le Roy de France en augmentait le domaine de sa Couronne. C'est ainsy que Ton raisonnoit ea Hollande sur ces illusions.
Ce fut vers la fin du mois de Juillet que ce gentilhomme arriva à la Haye, et au commencement du mois d'Aoust l'Ambassadeur de France en parla au Conseiller Pensionaire. Ny l'Ambassadeur, ny le gentilhomme n'avoient pas les qualités nécessaires pour manier une affaire de cette force. C'est pourquoy le Cardinal en voulut bien parler à l'Ambassadeur qui estoit de la part des Estât s à Paris, dans une audiance qu'il luy donna pour cela à Fontainebleau, au mois de Septembre (1). Ce Ministre qui se plaisoit à s'estendre sur les matières, qui parloit continuellement et n'escoutoit point dans les audiances, dit: Qu'il vouloit bien luy parler franchement, et ne luy point dissimuler que le Boy ne pou voit plus souffrir que les Espagnols fussent si considérables aux Pais bas, d'où ils pou voient facilement troubler le repos de la France, particulièrement à cause du voisinage de l'Allemagne. Quo la jalousie que les Estats tesmoignoient avoir de la prospérité des armes du Roy, estoit d'autant plus surprenante, que cette prospérité* leur estoit très avantageuse, en ce qu'elles n'estoient employées qu'à la destruction de leurs ennemis irréconciliables. Que le Roy ne faisoit proprement des conqnestes que pour cet Estât. Que puisque l'Espagne continuoit de refuser la pnix, à des conditions justes et raisonnables, le Roy continuerait de faire la guerre, et s'opiniastreroit à pousser ses couquestw tous les ans, jusques à ce qu'il cust délivré ces Provinces de la domination insupportable des Espagnols, et jusques à ce qu'il la eust mises dans Testât d'une parfaite neutralité à l'égard de la France, ou de faire une mesme Republique avec les Provinces Unies. Que si les habitants faisoient les difficiles et refusoient de prendre l'un ou l'autre party, le Roy les y contrain droit, et employeroit ses armes pour cela. Que l'union de toutes ces Provinces dans un mesme corps les rendroit extrêmement considérables, sans que le Roy en fust jaloux, parce qu'il estoit asscuré de l'affection de cet Estât, qui de son costé ne devroit pas estre jaloux non plus du progrés que les armes de Sa Majesté
(1) V. Bas n âge, AnnaUs, I. p. 529, 530.
Les François continuent leurs déprédations. 551
faisoient en Flandre; parce qu'outre que la Hollande et les autres Provinces sont inaccessibles et invincibles, le Roy ccderoit aux Ëstats toutes les places qu'ils jugeroient nécessaires pour leur seureté, et qu'il seroit bien aise qu'ils s'en expliquassent. Mais ce n'estoient que des discours, et toutes ces ouvertures n'eurent point de suitte. Le Cardinal, suivant sou humeur et sa coustume, n'avoit fait mettre cette affaire sur le tapis que pour s'amuser, afin de ne demeurer point sans negotiation, et afin de sonder le sentiment de ces Messieurs sur le cantonnement, que les François ont souvent proposé, mais jamais à dessein de le faire réussir. On en jugera après que l'on aura veu ce qui s'est passé dans les années 1667 et 1668, et bien plus particulièrement dans la guerre que les deux Rois de France et d'Angleterre ont fait cesser, pendant que les Ministres de presque tous les Princes de la Ghrestienté se divertissoient à negotier à Nimegue.
Tandis que le Cardinal s'escrimoit de toutes ces belles idées imaginaires, et de ces raisons estudiées, les François ne laissoient pas de continuer leurs déprédations. Ils y trouvoient trop de douceur pour renoncer, nonobstant la déclaration qui avoit esté publiée en France au mois de Février 1653, à un mestier qui leur apportoit tant de profit. Le Roy y défendoit à ceux qui aroient pris des commissions estrangeres, de faire des levées de gens de guerre ou de marine en son Roiaume, et à ceux qui prenoient des commissions de l'Amiral de France, d'offenser les alliés, à peine d'estre punis comme pirates: ordonnant à tous les armateurs que la tempeste ou quelque autre accident auroit jette dans un des ports de son Roiaume, d'en sortir avec leurs prises dans vingt quatre heures, parce qu'il n'entendoit pas que les officiers de son Amirauté en prissent connoissanec (1). Mais le mal estoit si fort invétéré que la pluspart des capitaines ne vouloient pas mesmes en guérir, et l'impunité que leur perinettoit la part que plusieurs Seigneurs y prenoient, redoubloit leur licence. Si bien que pour ne pas retomber dans les extrémités dont on avoit eu tant de peine à se tirer l'année passée, on fut contraint d'entretenir deux escadres sur la coste de France, depuis Calais jusques à Bayonne, pour s'y opposer.
On peut dire que les disgrâces qui accompagnèrent les armes d'Espagne cette année 1658, furent les dernières en toutes les
(1) V. Aitzeraa, S. van Staet, IV. 38. p. 289.
552 Dispositions à la paix, augmentées par la maladie dm «Ect.
façons; tant parce qu'elles achevèrent de disposer les esprits à la paix, que parce qu'il estoit impossible qu'elles fussent plus malheureuses qu'elles furent, non seulement en Flandre, mais aussy partout ailleurs. Le Duc de Modcne prit en Italie la ville de Mortara qui se défendit mal, faute de garnison suffisante, et en Espagne où Don Louis de Haro avoit luy mesine assiégé la ville de Badajoz sur les frontières de Castille et de Portugal, on fut contraint de lever le siège.
J'ay parlé ailleurs (1) de la negotiation que Lionne avoit faite à Madrid en 1656. Il avoit eu le loisir de remarquer dans les conférences qu'il avoit eues avec Don Louis, à quelles conditions la France pourroit faire la paix toutes les fois qu'elle voudroit s'y résoudre, et mesmes que les ouvertures qu'il y avoit faites, comme de son mouvement, du mariage du Boy, y avoieat esté assés bien receiies. La Heine mère qui conservoit tousjoors une très grande affection pour le Roy d'Espagne, son frère, k souhaittoit avec passion, mais elle n'y avoit pas encore pà disposer le Cardinal, qui trou voit son repos et son compte en la continuation de la guerre, quand un estrange accident luy fit venir d'autres pensées.
Avec tout son esprit et avec toutes ses adresses il n avoit pas considéré que le Roy, qui estoit jeune et très vigoureux, estoit aussy mortel, et que dans le changement du règne il trouverait aussy ecluy de sa fortune, lors que le Roy estant dans le fort de Mardic, après la réduction de Dunquerque, y sentit les premiers accès d'une fièvre maligne qui pensa estre la dernière de sa vie. Le fort île Mardic en estoit infecté, et le mal emportoit tous les jours quantité d'Anglois; de sorte que les médecins jugtaut que sa maladie seroit dangereuse, il se fit porter à Calais; mais au lit a de trouver du soulagement dans les saignées, il se vit bientost réduit à de si grandes extrémités que l'on desesperoit de sa vie. Dans cette extrémité les médecins s'avisèrent de luy faire prendre du vin licuutiquc ou de l'antimoine préparé, qui le fit revenir lors qu'on Tesperoit le moins. Il y avoit des courtisans qui commençaient desja à adorer le soleil levant, et il y en eut mesmes qui en faisant compliment au Duc d'Anjou, non comme sur une espérance certaine, mais comme sur une succession qui luy estoit desja effectivement escheùe, ne craignirent point
Ouvertures pour le mariage de la Princesse de Savoie. 523
de luy donner la qualité de Sire. Le Cardinal qui s'estoit rendu fort assidu auprès du Roy malade, voyant sa reconvalescence asseurée, commença à faire reflection sur Testât où il s'estoit trouve et où il se seroit trouvé si le ltoy luy eust manqué, et céda en fin aux instances que la Reine continuent de faire pour la paix et pour le mariage.
La maladie du Roy avoit communiqué sa langueur à l'armée qui estoit demeurée sans mouvement et hors d'action; mais dés que le Roy revint à luy, elle commença à reprendre sa première vigueur. La Ferté Scnneterrc, qui assiégea et prit Gravelines dans peu de jours, acheva par là d'usseurer les autres conqueates de Flandre. Dés que le Roy eut repris sa première santé et ses premières forces à Fontainebleau et aux environs de Paris, il en partit vers la fin du mois d'Octobre pour aller à Grenoble par Dijon, où les affaires de Bourgogne l'obligèrent à faire quelque séjour. Devant que de partir d'auprès de Paris, il avoit fait convier Madame Royale de Savoye, et le Duc son fils, de se rendre à Grenoble; mais ayant esté obligé de demeurer à Dijon plus longtemps qu'il ne pensoit, il résolut de ne point passer Lion, afin de ne se pas engager dans les montagnes de Daufiné en cette saison avancée. La Reine mère qui s'estoit veùe à la veille de perdre le Roy son fils, ne vouloit plus ouir parler de différer son mariage, et l'on ne doutoit point que l'on n'allast à Lion dans le dessein de le conclurre avec la Princesse Marguerite de Savoye, sa cousine germaine, si le Roy rencontroit en sa personne un mérite respondant au rapport qu'on luy en avoit fait. La negotiation qui s'estoit faite pour l'Infante de Portugal qui luy devoit apporter huit millions en autant d'années, avoit esté rompue par la Reine, qui avoit son penchant pour l'Espagne, et ne vouloit pas consentir à une guerre éternelle où le mariage de Portugal engageoit la France contre son intention. On avoit aussy fait espérer au Duc d'Orléans que le Roy espouseroit sa fille ainée du second lit, mais le Duc estoit comme exilé de la Cour, et les engagements qu'il avoit pris avec le Parlement et avec le Prince de Condé pendant les troubles de Paris, avoient tellement altéré la bonne volonté que la Reine avoit autrefois pour luy, que quand elle n'auroit pas donné toutes ses inclinations à l'Infante d'Espagne, sa niepee, elle n'auroit pas consenty à une alliance qui auroit rendu le Duc d'Orléans trop puissant et trop considérable dans le Roiaume. Le Cardinal Mazarin, qui avoit besoin de la Cour de Savoye pour les af-
554 Pimente l continue à negotier la pais entre la France ettEtpaj*.
foires d'Italie où il s'appliquoit plus particulièrement, afin de se faire considérer el craindre à Home, où il n'estoit pas fort aimé, a voit fait porter parole pour le mariage à la Duchesse, qoi sur cela amena sa fille à Lion, où le Duc voulut bien venir lut mes me. D'abord le Boy se rendoit fort assidu auprès de k Princesse, et coinmençoit à l'aimer tout autrement que Ton aime une parente, lors qu'Antonio Pimentel arriva à la Cour, et asscura le Cardinal de la disposition que Ton avoit à Madrid à la paix et au mariage qui estoit la chose du inonde que li Heine souhaittoit le plus fortement. B art et, l'un des Secrétaires du cabinet du Boy, et le negotiateur perpétuel du Cardinal, avoir fait le voyage d'Espagne, où il avoit laissé le* esprits si bien disposés, que les nouvelles asscuranecs que Pimentel en apporta, ne reculèrent pas seulement, mais dissipèrent mesmes entièrement toutes les apparences du mariage de Savoye. Les visites que le Boy rendoit à la Princesse n 'estaient plus si fréquentes, et on remarqua bientost qu'il ne la considérait phn que comme sa cousine. La Princesse s'en apperceut, et la mers qui avoit le coeur d'une fille de Henry IV, voyant qu'on ne l'a voit fait venir à Lion que pour se moquer d'elle, c'est ainsy qu'elle en parloit, ne put pns s'empescher d'en tesmoigner du ressentiment, autant que la déférence qu'elle estoit obligée d'avoir pour un grand Boy dans son Boinume, le pouvoit permettre. Le Duc de Savoye, moins dissimulé que sa mère, s'emporta et sortit de la Cour de France assés brusquemeut, se donnant à peine le loisir de prendre congé* du Koy et de la Beinc. Toute la satisfaction que la Duchesse en remporta, ce fut qu'on luy donna un escrit, où le Koy promettoit qu'il espouscroit la Princesse Marguerite de Savoye, si le mariage de l'Infante d'Espagne, qui avoit esté résolu entre les Ministres, ne se concluoit point dans six mois. Le Cardinal supplia la Duchesse de s'accommoder à la volonté du Roy, pour le bien de la Chrcstienté, et d'en attendre toutes sortes de faveurs d'ailleurs, mesmes le mariage, si celuy d'Espagne ne s'accomplissoit point. La Duchesse fit mine d'estre fort satisfaite du brevet et des asscurances qu'on luy donnoit, mais elle ne laissa pas d'en remporter un déplaisir si sensible, qu'elle ne put pas dissimuler qu'elle en auroit donné des marques fort éclatantes si la paix qui se fit l'année suivante ne l'cust cmpeschdc de traitter avec l'Espagne. Pimentel. qoi la negotioit avec Lionne, et par son entremise avec le Cardi*
La France forme des desseins pour V établissement du commerce. 555
nal, suivit la Cour à Paris, où il acheva cette importante affaire de la manière que nous dirons bicntost.
On estoit résolu en France de la conclurre, et dans cette vcûe on y negligeoit tous ceux que Ton a voit esté obligé de ménager pendant la guerre. Le Roy de Portugal avoit fait prier le Cardinal de faire en sorte qu'on le secourust de quatre mille hommes, ou qu'on fist une diversion en Catalogne, mais on ne voulut faire ny l'un ny l'autre. On y avoit eu encore quelque considération pour les Provinces Unies, mais on ne vouloit pas perdre l'occasion de tesmoigner du ressentiment de ce qui s'estoit passé à Munster. Battistc Colbcrt, qui en faisant les affaires domestiques du Cardinal, preuoit bonne part à l'administration des finances du Roiaume, commença dés ce temps là à songer à l'establissement du commerce de France en ruinant celuy des habitants de ces Provinces, et avoit dés le mois de Décembre 1657 fait sceller un Edit portant défenses à toutes sortes de personnes, François et estrangers, d'apporter et de vendre dans les ports de France des huiles, lards et fanons de baleines, sardes, chiens et loups de mer, parce que le Roy en avoit donné la permission au nommé Gilles du Gué, Seigneur du Porche, à l'exclusion de tous les autres, et ce en finançant une somme considérable aux coffres du Roy (1). Et d'autant que le mesme Edit portoit que le Koy de France, afin de tirer des sommes extraordinaires de ses sujets pour la subsistence de ses armées, alloit encore faire expédier d'autres privilèges pour le trafic d'autres marchandises estrangeres à l'exclusion de toutes sortes de personnes, l'Ambassadeur des Estats qui avoit ordre de concerter un traitté de marine, en suitte de la convention qui avoit esté faite avec de Thou, il y avoit un an, voyant que la Cour, au lieu d'y faire travailler, retranchoit tous les jours quelque chose de la liberté du commerce que les habitants des Provinces Unies a voient autrefois en France, envoya son fils en Hollande afin qu'il y representast les mauvaises suit tes de cet Edit. Ce gentilhomme qui a un grand mérite, et que l'on a veu depuis en des importants emplois, rapporta aux Commissaires des Estats dans une audiance particulière, qu'on alloit encore ériger une Compagnie en France pour le haran et pour la mouruë, une pour o sucre, une autre pour les espiceries, et une pour l'estain et pour
(1) V. Aitzema, S. van Staet, IV. 37. p. 207—209.
Douning arrive en Hollande. 557
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La fortune ne luy a pas fait de grands avantages en le mettant an monde, puis qu'elle ne luy avoit donné ny biens ny naissance: de sorte que tout ce qu'il pust faire en sa jeunesse pour subsister, ce fut qu'il servit de pédagogue à quelques jeunes Seigneurs dont il pouvoit espérer de l'avancement Apres qu'il eust achevé ses estudes, Oky, Colonel d'infanterie dans l'armée de Cromwell, le fit aumosnier ou chapelain de son régiment, et fut par ce moyen la première cause des emplois qu'il a eus depuis: comme quelques années après Douning le fut de la malheureuse fin de celuy qui, par manière de dire, luy avoit donné la vie. En ce temps là il n'y avoit point de mestier qui fust plus capable de faire la fortune de son maistre, que celuy
556 Le Chevalier de Po ne h ère pendu en Zftlamde.
le plomb (1). Il y éjousta un mémoire, où il tas choit de vérifier qu'en ces pais il se débitait tous les ans pour la valeur de plus de trente six millions de livres de marchandises ou de denrées de France, sans lo sel que cinq ou six cents navires alloient quérir à Broùage, et dans les autres salines des costes de Poitou. Devant qu'il fust arrivé, on avoit mis en délibération dans l'Assemblée des Estât s de Hollande (2;, s'il ne seroit pas nécessaire de défendre les marchandises et les denrées de France, et surtout le vin et le sel; mais comme dans ces Provinces il se fait un très grand débit de l'un et de l'autre, les alliés n'en purent pu demeurer d'accord, et en Hollande de mesmes il y eut des villes qui s'y opposoient. Les marchands Hollandois qui s'estoient establis à Rouen, à Nantes, à Bourdeaux et ailleurs, estaient chargés de taxes, comme les autres estrnngcrs, quoy que les trait* tés que cet Estât a faits avec la France, les reconnoissent pour rcgnicols, aussy bien que les Ecossois et les Suisses; et neantmoins tout ce que l'Ambassadeur put obtenir, ce fut un delaj de six mois que l'on renouvclloit et prorogeoit de temps en tempe, et le Conseil ne les voulut jamais entièrement décharger. Mais ce qui incommodoit le plus le commerce, c'estoient les pirateries dont nous venons de parler. Les simples déclarations et les défenses du Roy ne servoient de rien, et la Cour ne vouloit ou ne pouvoit pas employer des remèdes plus forts. C'est pourquoy ks vaisseaux de guerre de l'Amirauté de Zeelande ayant rencontré en mer le Chevalier de Pon chère, avec une commission de Portugal, on le fit prisonnier de guerre: mais après qu'une plus exacte recherche eust encore fait découvrir une commission de l'Amiral de France, on luy fit son procès, et on le pendit avec quelques uns de ses olïiciers, nonobstant les devoirs que l'Ambassadeur de France fit pour le sauver, ou du moins pour le faire mourir d'un supplice moins infâme. Mais il falloii qu'il servist d exemple, et que la justice usast de cette sévérité contre des pirates.
Les Estats avoient cependant les affaires du Nort sur les bras, et elles leur pesoient d'autant plus qu'elles n 'estoient pas indifférentes aux deux Couronnes. La deuxième invasion que le Koy de Suéde avoit faite en Dannemare produisit des sentiments bien différents en France. Le peuple, et ceux qui ne consideroient
(1) V. Aitzema, S. van Staet, IV. 38. p. 2S9, 290.
(2) Lis. des Estats Généraux.
Douning arrive en Hollande, 557
que l'amitié apparente que Ton avoit pour le Roy de Suéde, en estoient bien aises: mais la Cour, qui ne v oui oit point que ce Prince devinst si puissant qu'il se pust passer de l'amitié de ses alliés, qui estoit jalouse de l'intelligence particulière qu'il entreienoit avec le Protecteur, et qui en effet ne considérait le Roy de Suéde qu'à cause de la diversion qu'il pouvoit faire en Allemagne, au lieu que l'union de ces deux Couronnes du Nort l'eust rendu redoutable mesme à ses meilleurs amis, la Cour, disje, luy fit tesmoigner son déplaisir par Ter Ion, et ne craignit point de faire dire au Ministre, qui estoit de sa part à Paris, qu'elle ne pouvoit pas approuver cette seconde rupture, après une paix qui avoit esté si solemnellement conclue. Le Protecteur, qui vouloit faire accroire que ce qu'il consideroit le plus, estoit Pintercst de la Religion Protestante, souhaittoit avec passion de voir le Roy de Suéde maistre de la Pologne, mais il ne pouvoit pas consentir à la conqueste du Roiaume de Dannemarc, et vouloit que les deux Rois fissent un traitté séparé pour leur interest particulier, afin que ecluy de Suéde eust la liberté de faire agir toutes ses forces contre la Pologne. Pour travailler à cet accommodement particulier de concert avec cet Estât, et aussy pour faire quelque proposition en faveur du Roy de Portugal, il envoya à la Haye au commencement de l'an 1658 George Douning, en qualité de Résident. Nous serons obligés de parler si souvent de ce Ministre, qu'il ne sera pas hors de propos de faire conuoistre icy ses qualités; puis que l'on peut dire que c'est luy qui a le plus contribué à la funeste guerre qui a failly de perdre l'un et l'autre Estât, et qui nous conduira jusques à la paix qui fera la fin de la première partie de cette Histoire.
La fortune ne luy a pas fait de grands avantages en le mettant au monde, puis qu'elle ne luy avoit donné ny biens ny naissance: de sorte que tout ce qu'il pust faire en sa jeunesse pour subsister, ce fut qu'il servit de pédagogue à quelques jeunes Seigneurs dont il pouvoit espérer de l'avancement Apres qu'il eust achevé ses estudes, Oky, Colonel d'infanterie dans l'armée de Cromwcll, le fit aumosnier ou chapelain de son régiment, et fut par ce moyen la première cause des emplois qu'il a eus depuis: comme quelques années après Douning le fut de la malheureuse fin de ecluy qui, par manière de dire, luy avoit donné la vie. En ce temps là il n'y avoit point de mestier qui fust plus capable de faire la fortune de son maistre, que celuy
558 Sa fortune et mm caractère.
de soldat ou de prédicateur: et sur tout quand ces deux qualités se ren contrôlent en une mesme personne, ce qui nrrivoit assés souvent. Dans cet employ il trouva le moyen de se faire connoistre à Cromwcll, qui le voyant homme d'esprit et d'intrigue, et d'ailleurs assés nécessiteux, luy donna l'intendance des espions et des correspondances secrètes qu'il entretenait dans toutes les provinces du Roiauroe. Pendant les desordres de la guerre civile il avoit pris femme dans la maison de Howard, une des plus illustres de toute l'Angleterre, et depuis ce temps là les parents de sa femme prirent soin de sa fortune pour sauver la leur, et n'eurent pas beaucoup de peine à le faire ériger en Ministre. Estant donc arrivé en Hollande avec ce caractère vers la fin du mois de Janvier 165S, et avec l'esprit dont tous les Cromwcllistes estoient possédés, il voulut d'abord faire l'Ambassadeur et fit scnvtoir aux Estats qu il estoit arrivé, dans la pensée de se faire faire une réception soleuinelle. On luy fit dire que Ton n'en faisoit point à ceux de sa qualité, qu'il falloit qu'il se contentast des civilités que les Estats avoient la coustume de faire aux Ministres du second ordre, non à leur entrée, mais i\ leur première audiance (1). Il s'avisa aussy, quoj que ce ne fust pas dans Tordre, de prendre audiance dans l'Assemblée des Estats de Hollande (2), où il fut receu avec les mesmes cérémonies que les Estats Généraux luy avoient lait faire. Leur Secrétaire Ta lia prendre à son logis dans un rarosse à quatre chevaux, et deux Députés l'ayant receu au haut de l'escalier, le conduisirent jusques à la place que l'on donne à cette sorte tic personnes que Ton fait asseoir à la table des Noblc9. Or comme le Protecteur vivoit dans une très estroitc intelligence avec la France, le Ministre Ànglois secondoit puissamment les instances que de Thou faisoit en ce temps là en faveur du Roy de Portugal. Do uni n g prit une audiance expresse pour cela, où après avoir parlé de l'accommodement des affaires du Nort, il fit des plaintes des violences qu'il disoit avoir esté faites à des navires Ànglois dans les Indes (3): parlant
(1) Nicupoort alla au devant de lui jusqu'à Dclft, sans caractère officiel. V. Aitzcma, S. van SfarL IV. 3S. p. 294.
(2) V. Résol. des dits Etats du 2S Janvier 1058.
(3) V. Aitzcma, S. tan Stact, IV. 38. p. 290,297. L'accord qu'on fit pour terminer cette affaire, se trouve dans les Resol. Secret, des Etats de Hollande du 17 Janvier en du 5 Février 1059.
Ses plaintes. 559
tousjours avec empire, et quelquefois avec insolence, en y meslant des menaces, encore que le gouvernement d'Angleterre ne fust plus sous Richard ce qu'il avoit este" sous Olivier. Il n'y avoit ny argent ny union dans le païs, et le party du Boy s'y fortifioit tous les jours visiblement. Toutefois d'autant qu'entre autres choses il avoit parle* de l'entrée et de la liberté qu'on donnoit dans les ports de ces païs aux armateurs Flamans et Espagnols, ainsy que de ce costé on s'estoit plaint qu'en Angleterre on donnoit retraitte aux armateurs François et Portugais, les Estats firent défenses aux armateurs estrangers d'entrer dans les ports du païs, et que si la tempeste, ou quelque autre accident les contraignoit d'y entrer, de n'y point vendre ny débiter les navires qu'ils avoient pris, ou les marchandises depredées, et aux habitants de ces Provinces d'achetter cette sorte de marchandises, à peine de restitution et de mille livres d'amende (1).
Pour les navires Anglois qui avoient esté confisqués à Batavia, la Compagnie soustenoit que ses officiers avoient eu raison d'en user comme ils avoient fait (2). Que nonobstant l'avis qu'on avoit donné aux Anglois de la rupture où on estoit entré avec le Roy de Bantam, ils s'estoient opiniastrés à y vouloir continuer leur commerce, et que non contents de porter des marchandises de contrebande aux ennemis déclarés de la Compagnie, ils leur prestoient mesmes leurs gens pour servir à l'artillerie de ces barbares contre les Hollandois.
On luy dit aussy bien qu'à de Thou au sujet des affaires du Nort, que toute la passion des Estats estoit de les accommoder, et qu'ils jugeoient que pour y réussir, il faudroit que les Ministres des trois Rois, et ceux des Potentats et Estats voisins et intéressés s'assemblassent en un lieu et dans le temps dont on conviendroit. Qu'à l'égard des Rois de Dannemarc et de Suéde, il faudroit remettre les aifaircs en Testât où elles estoient devant la rupture; qu'on restituast de part et d'autre ce qui avoit esté pris, et qu'au reste on executast punctuellement le traitté de Bromscbro, et qu'en attendant que tout cela fust réglé, on fist une suspension d'armes. Pour les interests de la Pologne et de la Suéde, que l'on se tinst au project qui avoit esté fait en 1656, dont il a esté parlé ailleurs. L'Espagne seule ne prenoit point
(1) V. Ait z cm a, S. v. Staet. IV. 38. p. 300, 305, 306.
(2) V. ci-dessus p. 521, 522.
560 Partage du paU iïOutrmeute.
de part nui deraeslés du Nort, sinon pour autant qu'elle Moit ses iuterests communs avec l'Empereur. Elle avoit de quoy s'occuper chez elle, et ne songeoit qu'à la paix qui se fit sans médiation, ainsy que nous marquerons, après que nous aurons parlé de deux ou trois affaires domestiques qui firent assés d'éclat en
L'Ambassadeur d'Espagne, devant que de partir pour aller fuire la charge de Mestre de Camp General dans l'armée de Flandre, avoit nu commencement de l'année conclu an traitté* à la Hnye pour le partage du païs d'Outreracuse (1). Le traitté de Munster portoit que les deux Souverains, le Roy d'Espagne et les Estats des Provinces Unies, demeureraient saisis des pais, villes et places que chacun d'eux possedoit lors que le traitté de Munster fut signé, due les trois quartiers du pals d'Outremeuse dcineureroient dans Testât où ils se trouveraient alors, et en ens qu'on entrast en contestation pour la possession, la connoissanec du différend seroit renvoyée à la Chambre My- partie qui le decideroit. Les Estats n'avoient jamais voulu permettre que la Chambre le reglnst, et aimèrent mieux s'en accommoder avec le Roy d'Espagne à l'amiable: en sorte qu'on tomba en fin d'accord, après de grandes contestations, que le païs seroit partagé également entre les deux prétendants, tellement que le Boy d'Espagne et les Estats en auroient chacun la juste moitié en pleine propriété et souveraineté, aux conditions dont on conviendroit. L'Amlmssideur insistoit à ce qu'on partageast chaque quartier; mais les Estats disoient qu'il leur importoit pour la seureté de In ville de Mastricht, que le baillage de Fauquemont leur demeurast avec la seigneurie de Vais qui fait part du quartier de Kolduc, ou Rode le Duc, et offroient de laisser ce qui restoit de ce quartier avec tout le quartier de Dalbem au Koy d'Espagne. Mais ces offres n'ayant pas esté agréés, il fallut faire d'autres ouvci turcs qui ne produisirent leur effet que dans le temps que nous remarquerons cy après. Devant que Ton envoyait à Munster, pour y faire negotier la paix, et pendant la negotiation, les Estats de Gueldre insistèrent fort, à ce que le quartier que les Espngnols y possedoient et possèdent encore, fust reuny au corps de la Province. On est persuadé que le Roy d'Espagne y auroit ennsenty, si les Estats eussent esté bien ser-
(1) V. Aitzcma, S. van Staet, IV. 38. p. 2S4, 285.
^ Jjfaireê de Portugal. 561
vis; mais leurs Plénipotentiaires permirent qu'on fist un article du traitté, qui p or toit, que le Haut quartier de Gueldre seroit cédé aux Estats, moyennant un équivalent. Don Este van n'a voit point de pouvoir pour cela, et les Estats de Gueldre, qui n'a voient point d'équivalent à donner, ne scachant comment s'y prendre, le faisoient sommer de temps en temps par les Estats Généraux de faire venir un pouvoir; mais cela ne se faisoit que par intervalles et d'une manière si languissante, qu'il n'estoit pas fort difficile de juger, que de part et d'autre on ne presseroit pas beaucoup l'exécution de cet article (1).
Les Commissaires que les Estats avoient envoyés à Lisbonne en 1657, avoient déclaré la guerre au Roy de Portugal devant que d'en partir. Au commencement de Tannée suivante la Reine Begente donna main levée des navires Hollandois, qui avoient esté saisis à Lisbonne, à Setubal et dans les autres ports du Boiaume, et elle fit mettre les matelots en liberté. De l'autre eosté les Estats firent sortir de la prison les marchands et les mariniers, qui avoient esté trouvés dans les vaisseaux qui en revenant du Brésil avoient esté pris par l'Amiral Hollandois sur les costes de Portugal (2). Mais cette civilité réciproque n'empescha point, que l'on ne défend ist en Hollande l'entrée et le débit des marchandises et des denrées de ce pais là, et particulièrement joeluy du sel, et que les Estats ne déclarassent, qu'on confisquerait les marchandises de contrebande que les autres nations voudraient porter en Portugal (3). On donna aussy ordre à l'Amirauté de faire un armement de quarente huit vaisseaux pour l'exécution de la resolution qui a voit esté prise d'y faire la guerre, et on fit délivrer des commissions, en forme de représailles, à la Compagnie des Indes Occidentales et aux particuliers qui vouloient armer contre les Portugois. Il n'y eut pourtant que le Collège d'Amsterdam qui armast, et qui mist vingt vaisseaux en mer; mais ils furent employés contre les armateurs particuliers plustost que contre les Portugois, parce qu'on eut plus de peine à protéger les habitants de ces Provinces des déprédations des armateurs, qui escumoient la mer avec des commissions du Boy de Pologne et de Suéde le long des costes de France et d'An-
Ci) Ce n'est qu'en 1662 que le partage des pays d'Outremeuse fut définitivement réglé: Bas nage, Annales. I. p. 545, 644.
(2) Résol. des Etats de Hollande du 28 Janvier et du 15 Mars 1658.
(3) Ordonnance du 14 Février 1658.
569 VAmbanaâem de Poriwfl mrive à la Ba^t.
gletcrre, où ils fai soient leurs armements et ou ils trou voient ksi retraitte et leur protection, que contre les ennemis.
L'Ambassadeur de France pressoit les Estats d'eseouter les ouvertures d'accommodement qu'on pourroit faire: il offrait la médiatisa du Roy son M Bistre, et vouloit qu'on fist cependant nne suspensioa d'annes. Do u n i ng faîsoit les mesmes offres et les meames instaaces de la part du Protecteur, mais les Estats firent dire à fta et à l'autre, que si le Roy de Portugal leur Touloit envoyer m Ambassadeur on le recevroit avec civilité. Qu'il n'y avoit poiit d'apparence de consentir à une suspension d'armes que l'on ae sccust, que les propositions que la Reine Régente ferait ftirt, seroient raisonnables, due les amis communs ne pouvoknt pas exiger cette complaisance d'eux, qui scavoient que tout ce qti s'estoit passé au Reciffe et à Pharnambouc, n'avoit pas sfuktaeit esté fait de Tordre exprés du Roy, mais aussy que les auftears de ces trahisons et de ces perfidies avoient esté récompensés en arrivant à Lisbonne. Sur cela Don Ferdinand Telles de Faro Meneses arriva à la Haye au mois de Juillet 1658 (l),où il fut receu et traitté avec les mesmes civilités et avec la messe dépense, que l'on a accoustumé de faire aux Ambassadeurs des Rois amis de l'Estat. L'Ambassadeur, qui n'avoit jamais esté employé avec ce caractère, ne repondit pas à ces civilités. Ov les Députés des Estats, qui le conduisirent à sa première awhancc, en faisant le lendemain rapport de la manière qu'ils avoient esté reccus, dirent, que l'Ambassadeur les ayant priés de «tisser avec luy, comme c'est la cousturae, il avoit pris la main et k pas sur eux dans sa maison, et le haut bout de la table, quoj qu'il ne fust plus traitté aux dépens de l'Estat, et qu'il fut fboste qui les traittoit. Les Estats luy en firent faire reproche par leur Greffier, et en demander réparation, à quoy on le trouva disposé. Il dit, qu'il n'avoit pas sceu comment il en fallort user; qu'il estoit bien aise de l'avoir appris; qu'il en feroit son profit, et qu'il rendroit aux Députes l'honneur qu'ils pourraient prétendre. Toutefois ntin que les Ambassadeurs sceussent ce qu'ils avoient h faire, et qu'ils n'eussent plus occasion de s'emporter à cette sortes de saillies et d'incongruités, les Estats jugèrent qu'il estoit nécessaire de régler ces cérémonies, et ordonnèrent, que les Députés, qui à l'avenir seroient commis à la réception des Ambas*
(1) Aitzenia, S. van Staet. IV. 38. p. 268.
Som audtance, ses offres. 663
tadeurs les accompagneroient et les suivroient jusques dans la salle de l'hostel des Ambassadeurs Extraordinaires, leur offriroieut la maison de l' Estât, dont 1* Ambassadeur estant devenu par ce moyen comme le maistre, y cederoit la main et le pas aux Députés; sinon lors qu'ils luy feroient compagnie à disner ou à souper pendant les trois jours qu'il est traitté aux dépens de l'Kstat, parce que les Députés faisant alors l'honneur de la maison, il est juste qu'ils cèdent le haut bout de la table à l'Ambassadeur. Il dit dans sa première audiance, qu'estant impossible que le Boy son Maistre restituast le Brésil, il falloit nécessairement que le Portugal entrast en guerre avec cette République, ou que Ton se contentast icy d'un équivalent, en argent ou en marchandises: et que c'estoit ce qu'il venoit offrir. On luy fit connoistre, que ces offres estoient trop générales, et en effet moins avantageuses que celles que ses prédécesseurs avoient faites. Les Estais en firent donner copie aux Ministres Médiateurs, aussy bien que des ouvertures que la Cour de Lisbonne avoit autrefois faites au Consul de cette nation, afin qu'ils les confrontassent avec les propositions de l'Ambassadeur. On le pressa de s'en expliquer plus particulièrement, et alors il offrit deux millions et cinq cents mille crusades, qui faisoient cinq millions monnoye de Hollande, payables en dixsept ans: scavoir cent soixante mille livres en tabac et en succre, et cent quarante mille florins, dont une partie seroit payée en sel, et l'autre partie seroit rabattue sur les droits que les marchandises payent a rentrée et à la sortie du Boiaume. Il y ujousta, que les autres Ambassadeurs, ses prédécesseurs, avoient fait de plus grandes offres en apparence, puis qu'ils s'estoient faits forts de faire payer des sommes plus considérables, mais qu'en effet ce n'estoit pas le Roy qui eust fait offrir de si grands avantages; que les affaires de Portugal n'avoient jamais esté en si mauvais estât, parce que le commerce y estoit ruiné, et à cause de la dépense que le Roy estoit obligé de faire, pour soustenir seul depuis tant d'années, sans secours, la guerre contre le Roy de Castille. Cette seconde déclaration ne fut pas mieux receûe que la première, et doutant que les Estats avoient agréé la médiation de la France et de l'Angleterre, ils communiquèrent aux Ministres du Roy et du Protecteur tout ce qui s'estoit passé en cette affaire, et les propositions des deux Ambassadeurs, Sousa Coutinho et Sousa de Macedo, afin qu'en les mettant en paralelle avec celle de Don Ferdinand, ils pussent mieux juger de l'équité du procédé
564% Sa termite, mm MmmfnU.
des uns et des autres. On remarqua aussy que l'Ambassadeur Portugois agissoit d'une manière, qui fit bientost croire qnTl n 'avoit pas grand' envie de conclurre. Il voyoit que la guerre du Nort, qui embarassoit et occupoit tout r Estât, I empesterait d'employer ses armes en Portugal. Depuis qu'il eatoît aimé et Hollande, il avoit entretenu une correspondance très étroite, quoy que fort secrète, avec l'Ambassadeur d'Espagne, ce qu'il ne poovoit pas faire sans s'éloigner des interesta de la France et de P Angleterre, et sans se dégager petit à petit du commerce qnll avoît ordre d'entretenir avec leurs Ministres. Et de fait il abtadonna enfin toute la negotiation avec les affaires du Boy sou Maistre, se déroba de la Haye d'une manière peu honneste, et se retira en AlLu:agne, où il se déclara pour le Hoy d'Espagne. Don Es te van de Gamara paya les dettes que Don Ferdinand avoit contractées à le Haye, et obtint pour luy à Madrid une pension capable de le faire subsister petitement, et de la manière que les Princes ont accoustumé de traitter les traistres. Cette retraitte de l'Ambassadeur de Portugal, dont on a fort peu ou point d'exemples, ne se fit qu'au mois d'Avril 1659, et se fit avec d'autant plus d'éclat, que ce" Ministre ne pouvant justifier une action si infâme, tascha d'en charger M. de Ta ou, Ambassadeur de France. Estant arrivé à Cologne, il y publia une espèce de Manifeste (1), où il disoit que le Duc de Brtganec, qui est la qualité qu'il y donnoit au Hoy de Portugal, ne l'avoit envoyé à la Haye, que parce que de T h ou, qui en esperoit tirer une bonne recompense, si la negotiation reussissoit, avoit asseuré que l'on n'auroit point de peine à faire raccommodement avec les Estats. Que lors qu'il arriva à la Haye il avoit trouvé de Thou fort froid, aussy bien que Douning; qu'ils luy avoient bien offert leur médiation et leurs bons offices, mais qu'ils avoient agy en sorte que l'on ne pouvoit pas douter que leur intention ne fust de fomenter les divisious entre les Portugois et cet Estât, plustost que de travailler à un accommodement, qui estoit si contraire aux interests de leurs Maistres. Que ce procédé ne luy permettant pas d'espérer de réussir en sa negotiation, et que les mauvaises intentions de ces Ministres ruiae-
(1) Le manifeste de l'Ambassadeur de Portugal et la répoM<i*dede Thou se trouvent, dans Ait se ma, S.vanStaet. IV. 39. p. 489 suif. Voir Wici|uefort, U Ambauadevr et se* fonctions. I. p, 133, 134.
La Princesse Palatins Louise change de religion. 565
roient enfin les affaires de Portugal, il avoit résolu de s'ouvrir à l'Ambassadeur d'Espagne des sentiments qu'il avoit tousjours eus, et que Ton n'a voit sceu luy faire perdre depuis la dernière révolution du Boiaunie de Portugal. Qu'il les conservoit purs et entiers pour le Roy d'Espagne, son Maistre, qu'il reconnoissoit pour son légitime Prince et Souverain. Que ne pouvant plus demeurer à la Haye après cette déclaration, il s'estoit retiré dans un pais libre, où il attendrait ce qu'il plairoit au Boy Catholique d'ordonner touchant sa personne. Dés devant sa retraitte il avoit eu uu assés fascheux. deraeslé avec M. de Thou (1), qui estant chaud et peu capable de vaincre ses passions, quoy que d'ailleurs fort incapable d'une pensée qui pust faire préjudice à son honneur et au service du Boy son Maistre, fit une réponse à ce Manifeste; dont il se seroit bien passé, quoy qu'il n'y mist pas son nom, comme à un escrit indigne d'un homme de sa qualité et de son caractère.
Cette affaire m'engage, presque contre mon intention, au récit d'une autre, que l'on pourroit considérer comme particulière, si toutes les personnes, qui y entrent, n'est oient pas si illustres qu'elle mérite bien qu'on la mette au nombre des publiques. Vers la fin de l'année 1657, ce fut la veille de Noël, la Princesse Louise (2), fille de Frédéric V, Electeur Palatin et Boy de Bohême, en sortant de sa chambre de fort grand matin, alla au village de Delfshave, où elle trouva une barque qui la conduisit à Anvers. En partant elle avoit laissé sur la table de sa chambre une lettre pour la Reine sa mère, où elle disoit, que seachant qu a l'occasion des f es tes de Noël on l'auroit obligée à communier avec les Ke formés, et que ne le pouvant pas faire sans blesser sa conscience, parce que de nouvelles lumières luy a voient découvert la vérité de la Beligion Catholique Bornai ne, elle avoit cru se devoir retirer dans un lieu, où elle en pust faire profession publique, et qu'elle esperoit que Sa Majesté ne trouveroit pas mauvais, qu'elle eust suivy la vocation de Dieu, plus-
(1) L'aumônier de l'Ambassadeur de Portugal avait fait une tentative pour corrompre l'Ambassadeur de Thou, dont celui-ci se ressentit vivement. V. Aitzema, S. van Slaet. IV, 39. p. 482.
(2) *La Princesse Louise H oll aniline était née à la Haye Pan , 1622, ou la Beine sa mère s'était réfugiée un an auparavant." Essai de Critique, p. 406. On trouve des détails intéressants sur sa fuite dans le Journal d'un Voyage à Paris, p. 369 et ailleurs.
566 La Prince** de Hokemtoller* la fmt aswfr, et eu ett e* feue.
tost que les mouvements naturels qui la dévoient attacher : parablemcnt à la Reine sa mère. Apres que la Princesse se fait retirée, on trouva parai y ses hardes des lettres, qui faisoient voir évidemment que cette évasion avoit este* concertée avec la Princesse de Hohenzollern, Marquise de Bergues op Zoom, et comme cette Princesse estoit fort affectionée à sa Religion, on ne doutoit point qu'elle n'eust beaucoup contribué à l'apostasie de l'autre, puÎ9 que ses lettres faisoient de la Religion la seule cause de sa retraitte. La Reine de Bohême, qui s'y troovoit extrêmement offensée, s'emporta contre la Princesse de Hohenzollern, et s'en plaignit aux Estât s Généraux, qui sans examiner l'affaire au fond, ce qui ne leur arrive que trop souvent, et sans oûir la Princesse de Hohemollern, condamnèrent austy* tost son procédé, et la dépossédèrent du droit qu'elle avoit, comme Dame de Bergues, de nommer le Magistrat de la ville; dispensèrent le Drossart, ou Bailly, et les Esoherins du serment, et leur ordonnèrent d'administrer la justice au nom de l'Estat, qui est le Souverain du Marquisat. La Princesse se rendit aussytoet à la Haye, à dessein de se justifier auprès de la Reine de Bohême, et dautant que quelques personnes foibles et préoccupée* rempeschoient de l'approcher, elle luy escrivit une lettre, où elle ne dissimulent point, que la religion ou la dévotion avoit bien esté le prétexte, mais non la véritable eause de la retraitte de la Princesse Loûjise. La Reine, qui estoit assés habile pour ne pas ignorer à quoy l'infirmité humaine est sujette, au lieu d'entendre la Princesse de Hohe^izollern, et de luy permettre de s'en expliquer avec elle, redoubla ses plaintes, comme si elle IV voit doublement offensée par cette lettre, et la força par ce moyen d'avoir recours h une personne de qualité (1), à qui elle fit confidence de l'affaire, et se justifia suffisamment de sa prétendue calomnie (2). L'Electeur Palatin, le Prince Robert, son frère, le
(1) Le Rhingrave. V. Àitzema, IV. 38. p. 250, 251.
(2) ,On asseurc ... que tout ce que Ton en a dit n'a esté qu'une pure calomnie de la Princesse d'Oxolder (Hohenzollern), qui pour se recouvrer et maintenir son droit dans la ville de Bergue en avoit lait courre le bruict. Cependant on ne la fait voir qu'à ceux que le Prince Edouard son frère y mené. ... Le Sr. d'Ossenberg ... nous confirma ce que nous avons dit de la Princesse Louyse, et nous asseura qu'on ne la pouvoit voir sans y aller avec le Prince Palatin, ou au moins sans estre cognu de l'abbesse. U nous dit qu'on fut cela afin que le monde ne s'y rende en foule, tant par curiosité que
Les Estais Généraux révoquent les resolutions qu'ils avoient prises contre elle. 567
Duc de Neubourg, proches parents de Louise, s'y intéressèrent pour Thonneur de la Maison, et pressèrent si fort la Princesse de Hohenzollern, que celle cy, qui croyoit n'estre plus obligée de garder des mesures, dit tant de choses, que les parents craignant d'augmenter le scandale, cessèrent de la persécuter. Les Estats de Hollande, que Ton informa de la vérité du fait, déclarèrent quelque temps après, qu'ils entendoient, que les resolutions que les Estats Généraux avoient prises sur l'affaire de la Princesse de Hohenzollern, seroient ostées du registre du Greffe, et considérées comme si elles n'avoient pas esté prises, déclarant qu'il en falloit renvoyer la connoissance à la Cour de Brabant(l). C'est ce que la Marquise a voit tousj ours demandé, et comme cela estoit fort raisonnable, les Estnts de Groningue firent aussy déclarer dans l'Assemblée des Estats Généraux, qu'ils ne pouvoient pas acquiescer aux Resolutions qui y avoient esté prises, parce que la Marquise n'a voit pas esté ouïe ; et neantmoins quelques unes des autres Provinces taschoient de les faire subsister, comme si le zèle passionné et aveugle, que l'on a pour la Religion, devoit excuser toutes les injustices qui se font sous ce prétexte. Aussy en revinrent elles toutes, et consentirent que la Marquise fust restablie en la jouissance de ses droits, ordonnant qu'on luy laisseroit la disposition des charges et offices, tant de justice que de police, dans la ville et le Marquisat de Bergues op Zoom, comme elle l'a voit eue auparavant, sans préjudice du droit de l'Estat, qui pretendoit y pouvoir créer le Magistrat, en vertu du LI article du traitté de Munster. Béatrice de Cusance, Comtesse de Cantecroix, qui prenoit la qualité de Duchesse de Lorraine, avoit eu procès avec la Princesse de Hohenzollern pour le Marquisat de Bergues, et l'a voit perdu, tant au Conseil de Brabant, que par devant les Estats Généraux, en suitte de la requeste civile qu'elle avoit obtenue. Il y avoit huit ou neuf ans que l'affaire avoit esté réglée, lors qu'elle s'avisa de demander encore l'effet d'une autre requeste civile, et qu'on luy permist de
pour la féliciter de sou noviciat. 11 l'avoit esté voir avec le Prince Edouard, son frère, qui l'y avoit mené." Journal d'un Voyage à Paris. p. 455, 458. — V. aussi Aitzema, S. van Staet. IV. 31. p. 251, £52. — La Princesse Louise devint plus tard Abbesse de Maubuiseon, et est connue par sa correspondance avec l'Electrice de Hannovre.
(1) Résol. des dits Etats du 27 Juillet 1658.
568 Le BJtingrave fait appelkr le Brime* dTêemfnien*
faire revoir son procès par des juges délégués. Elle croyoit devoir profiter de l'occasion du demeslé que la Princesse de Hohenzollern avoit avec la Beine de Bohême; mais sa requeste fut rejettée, et sa demande injuste fit faire une loi, par laquelle les Estats de Hollande firent défenses aux Cours de Justice de leur Province, d'uccorder aucune provision, ou aucun remède de justice contre les revisions, pour quelque cause, ou sous qodqae prétexte que ce fust (1). Il est vray, que les Catholiques Bomains du Marquisat n'avoient pas assés de respect pour les ordonnances que le Souverain avoit faites sur le (ait de la religion, et qu'ils meritoient bien une petite correction, parce qu'ils as consideroient pas assés la dominante. On y souffrait même» dans le Magistrat des personnes, qui faisaient profession pubtiqw de la religion Romaine ; rouis il n*y a rien qui puisse excuser b précipitation de ceux, qui sous prétexte d'exécuter les ioix, et de favoriser la Religion, dépossèdent quelqu'un de son bien et de ses droits, contre les formes.
J'estime pouvoir aj ouater à l'affaire de la Princesse de He* henzollern une autre, qui bien que plus particulière et d'une autre nature que celle là, ne laisse pas d'estre très considérable. Le Prince d'Ysenguien, Gouverneur du Haut quartier de Gucldre pour le Koy d'Espagne, se plaignit aux Estats, que h Kingravc, Gouverneur de Mastricht, permettoit aux troupes, que le Comte Frédéric, fils aine du Ringrave, levoit dans le voisinage pour le service de la France, y entrassent et passassent la Meuse, pour entrer dans son gouvernement, où elles faisoient des prisonniers, et commettoient mille desordres. Le Ringrave se sentant fort offensé de cette accusation, s'emporta contre le Prince ; et no considérant point, que les Estats luy avoient confie' la garde d'un des plus importants postes du pais, il le fit appellcr, et alloit sortir de la ville pour se battre avec luy. Cet appel se fit uvec tant de bruit, que le Conseil de Gueldre qui en fut nvcrty, donna des gardes au Prince. Le Ringrave de son coste, en sortant de Mastricht en plein midy, ne put ou ne voulut pas cacher son dessein; de sorte que les Députés du Conseil d'Estat, qui s'y trouvoient par hasard, pour visiter les fortifications des villes frontières, n'eurent pas beaucoup de peine à 1 arrester, et à Tcmpescher de faire ce qu'il n'avoit jamais fait ny pour l'intcrcst public ny pour sa querelle particulière. On ren-
(1) Résol. des Etats de Hollande du 25 Janvier L659.
Affaires des Inde*. 569
contra de grandes difficultés à accorder ces deux Seigneurs, pas tant sur leur différend, que sur les démarches qu'il falloit faire pour les joindre, jamais Souverains n'ayant pris des mesures si justes, pour ne point prejudicier à la grandeur et aux droits de leur Couronne, que ces deux Gouverneurs prirent pour ne point déroger à ceux de leur naissance, en cédant le pas l'un à l'autre. Les affaires nous rappellent dans le Nort, et je crois devoir mettre fin à la guerre d'Espagne, devant que d'achever ce Livre, mais ce ne sera qu'après avoir fait un tour dans les Indes Orientales, et après avoir continué la relation de la conqueste de l'isle de Ceylon. La guerre, que les Estats avoient déclarée aux Portugois, se faisoit avec chaleur en ces quartiers là, où la Compagnie ne con8ideroit pas fort la France ny l'Angleterre. Ses vaisseaux tenoient la ville de Goa comme bloquée, et remportaient souvent de très grands avantages sur les gallions Portugais, qui faisoient quelque fois des sorties sur les assiegeans. Un de leurs gallions avoit esté brûlé dans la dernière rencontre, et après cela les Hollandois s'estoient rendus maistres de deux forts en la coste. En suitte de cette éxecution Goens (1), Conseiller d'Estat Extraordinaire au Conseil des Indes, qui avoit ordre de visiter les magasins et les bureaux de ces quartiers là, mit pied à terre dans l'isle de Ceylon, et après ayant tenu conseil de guerre avec les officiers de la Compagnie qui estoient dans Colombo, il fut résolu qu'on iroit assiéger la ville de Jaffenapatnam, qui estoit la seule place que les Portugais possedoient encore dans l'isle. La garnison s'y défendit vigoureusement pendant trois mois, au bout desquels elle fut contrainte de se rendre à discrétion. Les Portugais n'en emportèrent que la vie, laissant les Estats Souverains, et la Compagnie maitresso de l'isle de Ceylon, c'est à dire du lieu le plus délicieux de l'univers: jusques la que la supersition a pu croire, que o'est dans cette isle où Dieu fit le paradis, qu'A dam posséda dans son estât d'innocence. On ne peut nier que ce ne soit la plus riche et la plus considérable de toutes les isles de l'Orient; du moins si le Japon fait partie de la terre ferme de l'Asie. Maffée le plus scavant et le plus grave de tous ceux qui ont escrit des affaires des Indes, et Samuel Bochart, qu'il suffit de nommer, pour faire connoistre l'homme du monde qui ex tend oit le mieux la géographie de la Bible, soutiennent que c'est la Taprobane des anciens. Gérard
(1) Ryklof van Goens, plus tard Gouverneur Général.
570 4fi*" *t Inde».
Mercator, Josephe de l'Kscale(l) et Emanuel Oiorio disent au contraire, que l'isle de Sumatra est celle que les anciens appelloient Taprobane. Ce n'est pas à moy & juger le différent, qui est entre ces grands hommes; mais je mécontentera} de dire que l'isle de Ceylon a deux cens cinquante lieues de circuit, soixante de long sur quarente de large, et qu'elle est sitass a dix lieues du continent, entre les caps de Comory et de Ncgspatam. Ses richesses sont immenses, parce qu'à la reserte ds diamant, il n'y a point de pierre fine qu'elle ne produise, et dais toutes les Indes il n'y a point de lieu, où il se trou?e de si beDe yvoire. Mais ce qui fait une de ses plus grandes richesses, et le plus grand avantage de la Compagnie, c'est qu'il n'y a que cette isle qui fournisse la canelle à tout le reste du monde, la meilleure, la plus agréable et la plus pretieuse de toutes les espiceries, de sorte qu'on ne la Tend présentement que dans les magasins de la Compagnie par les mains des marchanda des Provinces Unies. La réduction de Jaffenapatnam fit une affaire à la Compagnie avec Singa, Roy de Candy, qui pretendoit qu'on la laj avoit promise avec les villes de Columbo et de Mannar: et distant qu'il ne trouva point de disposition à cela, il a'estoit nus ea campagne, à dessein de faire le degast dans le païs des Hollaadois, et de le dépeupler, afin de les affamer dana les villes. On l'en empescha, on tascha de luy faire comprendre l'impertinence de ses pretensions: et comme il n'estoit point du tout raisonnable sur ce sujet, les officiera de la Compagnie envoyèrent quelques vaisseaux à l'entrée des ports de Batticaloa et de Trinqueuemale, et ruinèrent ses salines, pour le mettre à la raison. Les affaires de la Compagnie estaient d'ailleurs en fort bon estât dans ces quartiers la. En 1659 elle fit la paix avec le Boy de Bantam, par l'entremise du Pangoram de Jamby, comme aussy avec la Princesse d'Aschin, et elle la continuoit avec le Sousouhoumang de Mataram, quoy que l'on soupçonnait, que celuy cy estoit d'intelligence avec le Macassar, qui estoit ennemy perpétuel desHoIlandois, et formoit des entreprises continuelles sur les isles d'Àmboina, de Banda, etc. Ils remportèrent aussy une victoire fort signalée sur les habitants de Palenbang, qui avoient surpris deux de leurs pataches, dont ils avoient égorgé les officiers et les matelots. Ils en furent bien cruellement punis ; car ils furent défaits dans un combat, où on ne donna quartier a personne. Leur*
1) Scaliger.
Continuation de siège, et P attaque de la ville de Coppenhague, 571
forts furent démolis, et leur ville fut réduite en cendres. On en retira soixante quatorze pièces de canon tant de fer que de fonte. Le grand Mogul estant deccdé en la mesme, année, ses quatre fils prirent les armes pour contester sa succession. Cette guerre civile fut fort sanglante, et accompagnée de plusieurs accidents tragiques : mais comme elle n'est pas du sujet de cette Histoire, bien que le commerce de ces quartiers la en fut fort incommodé, nous ne croyons pas en devoir dire le détail, mais retourner au récit des affaires de nostre Europe.
Le Roy de Suéde, en portant ses armes dans la Prusse, avoit trouvé tant de facilité à la conquérir, que sans la ville de Dantaig il alla se rendre maistre, non seulement de cotte Province, mais aussy de la Pologne, et selon toutes les apparences, encore de toute la Prusse Ducale (l). Toutefois cette première prospérité ne fut pas fort constante. La conqueste de la Pologne ne fut qu'un bonheur trompeux et passager. Le Roy faillit d'y périr, et eut de la peine à s'en sauver, ne trouvant pas la mesme facilité à en sortir, qu'il avoit eue à y entrer, et à la traverser d'une extrémité à l'autre avec ses armes victorieuses. La diversion de la guerre de Dannemarc, luy fit perdre l'espérance de la conqueste de la Prusse; de sorte que la conservation de ses conquestes mesmes dépendoit entièrement du succès que ses armes auroient en Zeelande, où il faisoit agir presque toutes ses troupes, et où il s'estoit transporté en personne. Il eut l'avantage de chasser ses ennemis de la principauté de Brème, de prendre dans la ville de Frederiesode et dans l'isle de Funen des armées entières, de réduire le Boy de Dannemarc au traitté de Eoschild, de prendre Cronebourg, de se rendre le maistre de toutes les isles, et d'obliger son ennemy à s'enfermer dans la ville de Coppenhague, laquelle il estoit résolu d'emporter par force, ou par les extrémités qu'il luy feroit souffrir. Le Eoy de Dannemarc qui y vouloit kasarder, avec sa cour, sa personne et sa Maison Royale, recevoit de temps en temps des secours et des raffraischissements en assés grande quantité, pour faire perdre au Roy de Suéde l'espérance de prendre la ville par famine. Celui cy y avoit ses intelligences, mais voyant qu'elles ne produisoient pas l'effet qu'il s'en estoit promis, il se porta à une action si déterminée, que quelques uns de ses officiers eurent l'asseurance de luy représenter, qu'il estoit
(1) Wicquefort veut dire que le Roi de Suède en se rendant maître de la Pologne, serait devenu en même temps suzerain du duché de Prusse.
572 Le Boy de Suéde eei repouseé.
impossible que le succès ne fust aussy malheureux que rentreprise estoit tctncraire. Le Roy. qui s'ira aginoit qu'il y en avoit parmy eux, qui luy envioient la gloire qu'il y preteudoit acquérir, s'y opiniastrn, et résolut d'attaquer à la faveur de la nuit et des glaces, dans une ville assis bien fortifiée, une année aussy nombreuse que la sienne, et soustenue de huit mille bourgeois, que le desespoir et In nécessité de conserver ce qu'ils a voient le plus cher au monde, alloient, sans doute, pousser à une dernière résolution et opiniastreté. Le Roy de Suéde le voulut entreprendre neantinoins, et l'entreprit en effet la nuit du 80 au SI Février 1659, quelques heures après qu'il eust fait entrer dans la ville un Ministre d'Angleterre, qui y devoit faire quelque ouverture d'accommodement, et offrir la médiation du Protecteur. Mais cette attaque eut le mesme succès qu'ont ordinairement les conseils passionnés, violents et précipités. Ce n'est pas noatre dessein de nous estendre sur les particularités de cette entreprise. Il suffît de dire que le Roy de Danuemarc, qui estoit bien àverty de l'intention des Suédois, avoit donné de si bons ordres à tons les postes, que les ennemis n'en gagnèrent pas un seul. Au contraire ils perdirent tant de hauts officiers, et un si grand nombre de bons soldats en cette rencontre, que l'on peut dire, que cette perte fut en partie cause de toutes celles que le Roy de Suéde fit après cela, et que ce fut le commencement du déclin de ses affaires. En faisant aller ses soldats à l'assaut d'une place, où il n'y avoit point de bresche, ny apparence de bresche, il leur promit d'y exercer toutes les violences qu'ils ont accoustumé de se donner dans une place forcée; mais ils y trouvèrent une résistance d'autant plus vigoureuse qu'elle estoit légitime et nécessaire. Les deux Rois eschaufferent le combat par leur présence ; mais le Roy de Danuemarc uvoit de très grands avantages de son coste*. Il avoit auprès de luy l'Amiral Hollundois, avec les troupes, que le Colonel Puglcr commandoit. Elles se distinguèrent fort dans cette occasion, aussy bien que les trois cens matelots, que Ton avoit tirés des vaisseaux, et qui estant fort adroits à manier le canon, employèrent si utilement l'artillerie de la ville, qu'ils cou* tribucrent beaucoup à la victoire de cette nuit la. Les Suédois, après s'estre opiniastrés au combat, plus de trois heures, furent repoussés, et contraints de se retirer dans leurs quartiers, devant que le jour pust découvrir leur perte. Cette disgrâce, une des plus grandes et des plus sensibles que le Roy de Suéde ait eues dans toutes ses gutrres, l'obligea à convertir le siège de Coppenhague
Traitté entre la France et P Angleterre pour let affaires de Suéde et de Dann. 5 73
en blocus; tellement qu'il ne songeoit qu'à donner plus d'est en due aux fortifications de Cronenbourg, et à fortifier quelques postes dans l'isle de Zeelande, qu'il prétend oit garder, quelques propositions de paix qu'on luy pust faire.
Le Roy de Dannemarc faisoit cependant présenter à la Haye Festat de ses affaires et presser le secours, que le Collonel Killegrey luy devoit amener, et que la gelée avoit empèse hé de partir au mois de Novembre. La mesme incommodité s'y opposoit encore, et d'ailleurs les vaisseaux, que l'on armoit en ce pais, et qui dévoient servir au transport et à l'escorte de ces troupes, ne pou voient pas estre prests encore dans le mois d'Avril. Les Anglois estoient armés. G o o d s o n estoit avec quinze vaisseaux dans la Baye d'Osoley, entre Harvitz et Jarmouth : à Chattam il y en avoit trois en estât de faire voile. Avec cela George Ascue avoit armé, avec la commision du Eoy de Suéde, cinq fregattes et un brûlot, et avoit levé bon nombre d 'officiers et de canoniers en Angleterre, pendant que D o u b a 1 d emmenoit les gens de guerre, qu'il avoit levés pour le service du mesme Roy de Suéde. Le Protecteur Richard gouvernoit, si ce n'est qu'on aime mieux dire, qu'il estoit gouverné, par le mesme Conseil, qui avoit eu la direction des affaires sous son père, et on estoit bien âverty, que la France et l'Angleterre avoient fait un traitté formel, où elles s'estoient promis, qu'elles ne souffriroient point, que le Roy de Suéde fust ruiné par la maison d'Autriche, et par les Princes qui s'estoient joints à elle (1). Les Estats des Provinces Unies avoient le mesme interest à ce que que la puissance des deux Rois du Nort fust si bien balancée, que l'une ne fust pas seule considérée dans la Mer Baltique au préjudice de l'autre. Le commerce des habitants se ruihoit: les finances de l'Estat estoient extrêmement incommodées par la grande dépense que Ton estoit obligé de faire, en mettant eu mer une armée navale de plus de quatre vingts ▼aisseaux, en entretenant six mille hommes pour le service du Roy de Dannemare, en luy fournissant toutes sortes de munitions, de bouche et de guerre, et en luy avançant mesines de très considérables sommes de deniers, pour la subsistence de son armée et de sa Maison ; mais ce qui em bar assoit le plus, c'estoit la crainte que l'on avoit pour que les secours, que l'on envoyoit au Roy de Dannemarc, n'engageassent l'Estat en une rupture formelle, ou
(]) Aitzema, S. van Staet. IV. 39. p. 502; Basnaçe, Anna- Ut. I. p. 554, 555.
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674 Ouvertwret jxmr ttccmmoément de* ému ÈoU ém NoH,
du moins qu'ils ne le jettassent dans une très mauvaise intelligence avec les Puissances voisines, qui s'estaient très étroitement liées ensemble pour la conservation du Boy de Suéde. Le traitté, qui avoit esté fait à Londres entre la France et l'Angleterre ta commencement du mois de Février 1659, portait en des ternes exprès: due si à cause, ou à l'occasion du secours que l'Angleterre envoyoit, ou envoyeroit à l'avenir au Boy de Suéde, eDe estait obligée d'entrer en guerre avec quelque Prince ou Estât, la France serait tenue de rompre en mesme temps, et de se déclarer contre les ennemis du Parlement. Les interests du Boy de 8oede estaient recommandés et sollicités à Londres par George Flidtou d (IX qui estait à son service, et ils y estaient tellement considérés, que sous le crédit de Henry Yane, d'Artua Haselrig et de quelques autres, et sans la révolution qui changea toat le gouvernement, la flotte Angloise, qui partit de Solsbay au mois d'Avril, se serait jointe à celle de 8uede, contre les forces maritimes de Dannemarc et des Provinces Unies. Elle devoit eatre considérée comme Françoise, aussy bien que comme Angloise, à esnse de l'obligation, où la France estait entrée, ainsy que noua venons de marquer. Car encore que l'on n'y ignoras* point, quelle estait la foiblesse du gouvernement d'Angleterre, où on voyoit des espérances presque infaillibles du rétablissement du Boy, le Cardinal Ha tarin, qui couvrait tausjours ses véritables intentions d'une profonde dissimulation, l'affectait particulièrement avec les Anglois, dont il se defioit, pendant qu'il se servoit d'eux pour incommoder cet Estât, aussy bien que l'Espagne. C'est pourquoy les Estats de Hollande, faisant réflexion sur l'avis qu'on avoit eu, qu'il y avoit dans le Parlement d'Angleterre, qui estait assemblé en ce temps là, des esprits qui avoient fort déclamé contre le procédé* de cet Estât, comme s'il avoit joint ses armes à celles de la saison d'Aastriche et des autres Princes, qui avoient conspiré la raine du Roy de Suéde, et ce dans le dessein de se rendre maistre du passage du Sond et du commerce de la Mer Baltique, considérèrent d'ailleurs la déclaration que l'Ambassadeur de France et le Ministre d'Angleterre avoient faite plus d'une fois, touchant l'inclination que leurs Maistres avoient à pacifier les affaires du Nort C'est pourquoy ils jugèrent, qu'il serait à propos que l'on disposast les mesmes Ministres à faire, de leur mouvement, ouvertore des moyens, qui pourraient porter les deux Bois à la paix: et
il) Fleetwood.
Difficulté* qui s'y rencontrent. 575
que cela se pourroit faire si ces trois Estats s'obligeoient à ne point donner de secours à ccluy des deux Bois qui refuseroit de la faire aux conditions que la France, l'Angleterre et les Provinces Unies jugeroient raisonnables. L'intention des Estats de Hollande estoit de faire cet accommodement sur le pied du traitté de Bromsebro, dont il a esté parlé plusieurs fois: et si on ne le pouvoit pas obtenir du Roy de Suéde, de faire au moins exécuter celuy de Roschild, qui avoit esté fait sans la participation de cet Estât. Ils estoient persuadés que cette proposition ne déplairait pas au Roy de Suéde, parce qu'il en tiroit des avantages incomparables, particulièrement du dernier; comme de l'autre costé le Roy de Dannemarc ne pouvoit pas trouver mauvais, qu'on luy proposast l'exécution d'un traitté, qu'il avoit fait de son propre mouvement, sans l'avis de ses alliés. Ce fut dés le mois de Février 1659, que Ton commença à en parler en ces termes: et un mois après, de Witt, Conseiller Pensionaire de Hollande, demeura d'accord avec les deux Ministres, dont nous venons de parler, qu'ils tascheroient de faire consentir le Roy, le Protecteur et les Estats des Provinces Unies à un traitté, qui les obligeroit très étroitement entre eux de porter les deux Rois à la paix, sur le pied du traitté de Roschild, à la reserve du troisième article, où les deux Rois promettent, qu'ils ne permettront point que des flottes ennemies, c'est à dire aucunes armées navales estrangeres, entrent, par le Belt ou par le Sond, dans la Mer Baltique: de faire en sorte que le Roy de Dannemarc n'augmentast point les droits qui se lèvent au passage du Sond, et que le Roy de Suéde n'y en levast point du tout ; que le Roy de Dannemarc ne payast pas les quatre cents mille escus, qu'il avoit esté contraint depuis le traitté de Roschild, de promettre de payer, pour le dédommagement d'une prétendue insulte, que les Suédois disoient leur avoir esté faite à Cabo Corso, en la coste de Guinée, dont il sera parlé ailleurs; et que l'on tascheroit aussy de régler quelques difficultés touchant quelques droits en Norvegue, et touchant l'isle de Bornholm, dont les habitants avoient chassé la garnison Suédoise, et s'estoient remis sous l'obéissance du Roy de Dannemarc, leur Souverain naturel. Les trois Ministres convinrent aussy, que les trois alliés obligeaient le Roy de Suéde à achever le traitté d'Elbing, et à donner satisfaction à cet Estât sur les points dont on demandoit l'éclaircissement; parce qu'il ne seroit pas juste que les Estats, qui s'employ oient, avec tant de peine et d'application, à faire faire la paix dans le Nort, de-
576 le trmtié de la Bmje.
meurassent eux mesmes exposés au hasard d'entrer en guerre avec le Boy de Suéde. — due les trois Potentats garantiraient l'execution de tout ce qui vient d'estre posé, et qu'ils ne donneraient point de secours, directement n'y indirectement, à oeluy desdeax Rois qui refuserait d'accepter ces conditions; mais qu'il serait permis de secourir celuy qui les agréerait. Il fat aussy convenu à l'égard de la Pologne et de la Suéde, que Ton tascheroit de disposer le Boy de Pologne à renoncer non seulement aux prétentions qu'il avoit sur la Cour de Suéde, mai* aussy aux titres, et que la République laissast la Livonie à la messie Cour. Moyennant quoy, et une somme d'argent que la Pologne payerait, le Boy de Suéde restituerait les places qu'il avoit prises, et qu'il tenoit encore en Prusse.
Les Ministres de France et d'Angleterre promettoient de tar costé, de s'employer pour cela auprès du Boy de Suéde, qui ne pouvoit pas douter que le Boy Très Chrestien et le Protcetenr n'eussent de très fortes considérations pour ses interests, et les Estats y dévoient disposer le Boy de Dannemarc, qui n 'avoit pu sujet de se défier d'eux, parce que c'estoient ses meilleurs et ses plus fidelles amis: et il y avoit de l'apparence que de cette manière ils y réussiraient les uns et les autres. Mais les deux Ministres, qui n'eatoient pas suffisamment instruits ny autorisés, fiûsoient de temps en temps naistre des difficultés, qui faisoient désespérer du succès de la negotiation. Il y avoit des conférences, où ils ne pouvoient pas se résoudre à s'ériger en arbitres, ou a quelque chose de pis; et dans d'autres ils faisoient des propositions capables d 'empèse lier qu'on fist partir les deux armées navales. Douning, Ministre d'Angleterre, ne fit point de difficulté* de répondre de l'intention du Protecteur, et donna roesmes des asseuranecs formelles que la flotte d'Angleterre ne partirait point, ou si clic estoit partie qu'on la ferait revenir, pourveuque les Estats en usassent de la mesme manière à l'égard de celle qu'ils alloient faire partir, et qu'ils fissent revenir celle qui estoit desja sur le lieu. De Witt fnisoit espérer de son costé, que les Estats y pourraient aussy estre disposés, mais il y ajoustoit, qu'il ne falloit pas croire, qu'ils permissent que leurs vaisseaux demeurassent tout Testé dans les ports, tant parce qu'ils ne vouloient pas que la dépense qu'ils avoient faite, fust inutile, que parce que sans secours le Boy de Dannemarc périrait indubitablement; tellement qu'il ne pourroit pas répondre de l'intention des Estats, comme le Ministre Anglois faisoit de celle du Protecteur. Pour
Le traitée de ta Haye. Wl
l'armée navale que leur Lieutenant Amiral commandent, qu'ils ne pourraient pas se résoudre à la rappeller, parce que le salut ou la perte de ce Boiaume là en dépendoit entièrement. Il insistoit particulièrement à ce que les trois Estats demeurassent d'accord, qu'on reduisist les affaires aux termes du traitté de Brorasebro, parce qu'on jugeoit que la paix du Nort ne pouvoit pas estre mieux garantie, qu'en rendant les forces des deux Rois en quel* que façon égales, comme elles Testaient devant que les Suédois fissent cette terrible invasion dans le Roiaume de Dannemarc en Tan 1644. Les deux autres Ministres soustenoient, que cela n'es-. toit ny juste ny possible. Ils disoient, que le Roy de Suéde estait si fier, qu'on ne le pourroit pas obliger à restituer volontairement ce qui luy avoit esté cédé par un traitté formel, et qu'il n'y avoit point de justice à l'y contraindre.
Apres plusieurs conférences et contestations, les Ministres de France et d'Angleterre signèrent enfin le 21 May, un traitté avec les Députés des Estats, qui n'estoit proprement qu'un concert ou project, auquel on donna depuis le nom de traitté de la Haye (1). Il portait, que les trois Estats s 'obligeaient à faire faire la paix entre les Rois de Dannemarc et de Suéde sur le pied du traitté de Roscbild, à la reserve du troisième article, qui en seroit osté, ou du moins expliqué en sorte que les trois Estats n'en fussent point incommodés en leur commerce, et en la navigation de la lier Baltique. Bien entendu, que si les deux Rois, ou l'un d'eux vouloit faire changer ou altérer quelque chose au traitté de Roscbild, à cause de la seconde invasion ou rupture du Roy de Suéde, les trois Estats tascheroient de les disposer à ce que ceux cy jugeroient raisonnable, et d'accommoder les différends par la ▼oye de la douceur, due de trois semaines, à compter du jour que l'Amiral Anglois auroit avis de ce concert, ny luy ny R u i ter, qui commandoit les vaisseaux que les Estats faisoient partir, ne pourraient pas agir en faveur de l'un des deux Rois, et que Buiter ne pourroit pas se joindre à Obdam, ny mesines passer dans la Mer Baltique ; qu'O b d a m mes me ne pourroit pas servir à transporter des troupes pour le secours du Roy de Dannemarc, n'y agir offensivement contre le Roy de Suéde. Qu'on
(1) On trouve les détails de cette négociation dans le Recueil des Résol. secrètes des Etats de Hollande, II. p. 38—72. V. aussi Aitsema, S. van Staet. IV. 39. p. 383, 384; Corps Univ. Diplom. VI. 2. p. 352, 253.