‹ L'histoire des Provinces-Unies, des Pais-Bas. PublChapitre 55 sur 61 · II · texte numérisé non relu

II

010 Le Duc de Lorraine ta aux fyrénée* pour recommander $e$ ùUewb.

que le Cardinal eust autre raison de lay ester la connoissance de cette negotiation, sinon qu'il n'en touloit faire part à personne, parce que c'est oit son affaire, et il touloit s'en faire honneur. Aussy n'y avoit il point d'apparence d'y admettre la Hcpublique, pendant qu'on exclu oit le Pape.

Il n'y avoit point de Gouvernement du tout en Angleterre. Ce n'estoit qu'une confusion et une pure anarchie; c'est pour quoy elle ne fut pas fort considérée. On ne fit pas grande réfection non plus sur le Portugal. Le traitté, qui avoit esté fait entre les deux Couronnes au mois de Juin 1641, n'obligeait la France qu'à faire son possible à ce qu'elle eust tousjours b liberté d'assister le Roy de Portugal en ses justes prétentions: i quoy on ajousta des conditions qui ne furent point exécutées de part ny d'autre.

Mais de tous les Princes, dont les interests furent discutés en cet conférences, il n'y en eut point qui fust plus mal traitté que le Duc de Lorraine. Il avoit esté détenu prisonnier dans le chnsteau de Tolède depuis 1654, et n'avoit eu la liberté de se divertir à la ville et à la chasse, que depuis que la Cour de Madrid estoit asseurée de la conclusion du traitté. Elle luy permit enfin d'aller aux Pirenées, afin qu'il y sollicitast ses interests auprès des deux Ministres, lors qu'ils les avoient desja réglés entre eux sans luy. Mais soit que le Boy d'Espagne n'eust pu rasseuranec de voir le visage d'un Prince, qui luy pouvoit avec justice reprocher l'indigne traittement qu'il luy avoit fait faire, après avoir esté dépouille de ses Estats pour avoir eu trop d'affection pour la maison d'Austrichc, ou que les Ministres appréhendassent d'admettre à la présence du Roy celuy, qui tenant rang de Souverain, auroit pu manquer à la profonde vénération que les Kois, et particulièrement ceux d'Espagne, ont accoustumé de se faire rendre, on l'obligea à partir sans prendre congé. En arrivant au lieu du congrès, il trouva que le Cardinal et le Comte avoient desja disposé* de son pais et de ses interests, sans sa participation; qu'on luy ostoit tout le Duché de Bar, le Comte* de Clcrmont, avec les Seigneuries de Stcnay, Dunet et Jametz, et que tout l'avantage qu'on luy faisoit, ce fut de luy laisser le choix de recevoir garnison Françoise dans Nancy, ou bien de souffrir qu'on en déinolist les fortifications. H vit Don Louis, et il eut plusieurs conférences avec Lionne, tant sur les frontières qu'à Paris, mais il n'y avança rien, et fut contraint de se

Les avantages que la France (ire du trait té. 611

contenter de la part que la plus grande Puissance luy voulut foire.

Le Cardinal, qui ne pouvoit pas douter du succès de sa ne* gotiation, parce qu'il scavoit que dès qu'il se relascheroit sur les interests du Prince de Condé, le traitté seroit conclu, n'en voulut pas attendre la fin, pour achever l'affaire du mariage, sans lequel la paix ne se faisoit point; c'est pour quoy il fit partir le Mareschal de Graraont, qui devoit faire le premier compliment et demander dans les formes l'Infante d'Espagne pour le Koy son Maistre. Le Mareschal fit le voyage en courrier d'amour, et en poste: mais afin que l'on ne s'imagine pas qu'il le fist en diligence, en changeant de chevaux à chaque relais, il faut scavoir qu'il fut vingt jours en chemin, et qu'il ne prit la poste que dans un village qui est à un quart de lieue à Madrid, pour traverser la ville en galop avec une suitte de quarante gentilshommes. Il ne demeura à Madrid que deux jours, de sorte que toute cette ambassade ne fust qu'une cérémonie, que la nature de l'affaire rendoit pourtant nécessaire. La consommation du mariage fut remise à l'année suivante, parce que celle cy estoit si avancée, qu'on ne pouvoit pas faire partir la Princesse avec le Boy qui la vouloit accompagner, sans hasarder la santé de l'un et la vie de l'autre.

Le Koy acquit par ce traitté les villes et les baillages d'Arras, de Hesdin, de Bapaurne, de Bethune et le Comté de St. Pol, avec tout le reste du Comté d'Artois, à la reserve des villes d'Aire et de St. Orner. On en exceptoit aussy Rcnty, s'il se trouvoit que ce fust une dépendance de quelque autre place qui demeuroit au Koy d'Espagne, Graveline, les forts Philippes, de l'Escluse, de Hennin, Bour bourg et St. Venant au Comté de Flandre; Landrecy et du Quesnoy, avec leurs Baillages, Prevostés et Chasteleinies en Hainault; Thionville, Montmedy, Damvillers, les places et Prevostés d'Ivoy, Chavaucy et de Marville dans le Duché de Luxembourg; Avesnes, Philippeville et Marienbourg entre Sambre et Meuse. Et du costé de l'Espagne, les Comtés et Vigueries de Koussillon et de Conflans, à lu reserve de ce qui est dans les Pirenées vers l'Espagne. Il restitua au Koy Catholique Ypre, Dixmudc, Audenarde, Fumes, Mcnin, Commines, Bergues St. Winox, la Bassée et quelques autres places et forts en Flandre; St. Amour, Bleterans, Joux, et quelques autres postes dans la Franche Comté; Valence et Mortara en Italie; la ville de Roses, Cap de Quiers, la Ceu d'Urgel, et quelques autres

612 La France ne comprend pat les Provinces Urnes au traitté.

places, avec le Comté de Cerdagne, du cotte* de l'Espagne; si Ton n'aime mieux dire que le Boy de France fit présent à celny d'Espagne, de tout ce qu'il ne luy ostoit point dans les Pais Bas, parce que dés ce temps là les Espagnols n'estoient pas en estât de i'empescher d'en faire la conqueste entière.

Les mesmes Ministres réglèrent aussy les différends, qui avoient depuis quelques années divisé l'Italie et une partie de la Chres* tienté à cause des prétentions que le Duc de Savoye avoit contre les Ducs de Mantouë et de Modene. On fit restituer au Duc de Savoye les villes de Verceil et de Cencio : on obligea les uns et les autres à exécuter le traitté qui avoit esté fait à Querasqoe, en l'an 1631, et on fit payer au mesme Duc le dot de l'Infante Catherine. Mais comme ces affaires sont trop éloignées de nostre sujet, nous ne dirons plus rien du traitté des Pire nées, dont il a fallu parler nécessairement, pour l'intelligence de ce qui se dira dans les livres suivants; sinon que du costé de la France on ne songea pas seulement à comprendre les Provinces Unies au traitté, par m y un très grand nombre de Princes et Estats, qu'elle y voulut bien nommer, quoy que celuy que Servi en et la Tuillerie firent en 1647, l'obligea st à garantir formellement à cet Estât tout ce qu'il possederoit lors que la paix se feroit en* tre les deux Couronnes (1). Cette inclusion n'est proprement qu'une civilité, qui n'oblige les Princes qui traittent à quoy que ce soit, quoy qu'il y en ait qui en prennent quelque fois prétexte pour faire des affaires à ceux à qui ils en veulent. Le Roy d'Espagne qui depuis la paix de Munster avoit fort recherché l'amitié des Provinces Unies, les voulut bien faire comprendre nommément au traitté des Pirenées(2). Elles auroient bien désiré faire un traitté d'allianec défensive et de garantie réciproque avec la France, sur le pied de ce qui avoit esté proposé devant que l'on conclust à Munster, et passer en suitte à un règlement pour la seureté do

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