‹ L'histoire des Provinces-Unies, des Pais-Bas. PublChapitre 56 sur 61 · V. 1. XIII · texte numérisé non relu

V. 1. XIII

(2) ,AIs ic-k kort daeroa eens quam te spreken met den Ambassadeur de Thou, sevde al lachende: cen groote eer, de koninck vaa g Spangien eomprelicndecrt haer, mae& steltse aen de zijde van den w Prince van Guastallo, une Principauté comme Rijswijck, willendc è alsoo bespotten endc extenueren deselve inclusie; maer inderdaet #Vrawkryck dede niet met al, alsoo dat het noch eerst door deAmw bassadeurs vau dezcu Staet moest worden versocht." Aitzema, 8. van Muet, IV. 40. p. 703.

Suitte des affaires du NorL 613

commerce et de la navigation; mais elle avoit une si grande indifférence pour cet Estât depuis ce temps là, mesmes lors qu'elle faisoit encore la guerre à l'Espagne, qu'il n'y avoit plus rien à espérer, présentement que la paix estoit faite. Au contraire on le negligeoit, on méprisoit l'amitié des Estats, et on permettait que les François armassent avec des commissions Portugoises et Suédoises, et les armateurs estrangers, qui continuoient leurs courses et leurs déprédations nonobstant la déclaration du Roy, ne laissoient pas de trouver retraitte dans les ports de France.

Pendant que les deux Ministres de France et d'Espagne negotioient et achevoient si heureusement leur negotiation, tout le Nort estoit en feu, et le Boy de Suéde si peu disposé à faire la paix, que bien qu'il vist partir la flotte Angloise, il ne laissa pas de déclarer, qu'il ne traitteroit point sur le concert de la Haye ny sur les propositions que les Ministres des trois Estats lay faisoient. Sur cette déclaration les Députés des Provinces Unies sommèrent ceux d'Angleterre de faire exécuter ce qui avoit esté concerté entre les Ministres des deux Estats à la Haye: c'est à dire de faire agir leurs forces contre celuy des deux Rois qui refuseroit d'accepter les conditions, et de déclarer le Roy de Suéde refusant. Ils leur représentèrent, que les quinze jours du dernier traitté estoient exspirés dés le 1 jour de Septembre, et que cependant la flotte Angloise, qui devoit aider a contraindre le Roy de Suéde, estoit partie. Les Députés Anglois, Sidney et Honniwood, protestèrent qu'ils n'avoient point de part à la resolution que Mont aigu avoit prise, et qu'il s'estoit retiré, sans que le Parlement ou le Conseil d'Estat luy eust donne ordre pour cela: qu'au contraire l'un et l'autre luy avoient donné ordre exprés de faire exécuter punctuellcment ce qui avoit esté concerté à la Haye. Qu'ils avoient prié le Parlement d'envoyer au plustost des vivres pour le raffraischissement de l'armée navale, et qu'ils en attendoient lorsque Montaigu estoit party. Les Ministres de Hollande, voyant cependant que le Roy de Suéde continuoit de s'opiniastrer, et de refuser d'accepter les conditions du traitté de la Haye, bien que les quinze jours fussent exspirés, ordonnèrent à Obdam et aux autres officiers de la flotte, de la faire agir pour le Roy de Dannemarc, au transport des troupes de l'Electeur de Brandebourg, et sous ce nom de celles de l'Empereur et du Roy de Pologne, là et ainsy qu'il le jugeroit à propos pour le bien de son service. Les Estats furent fort faschés de la retraitte de l'armée navale d'Angleterre, et dépescherent un

614 Soins des Estât* pour la conservation dm Roy de Bannenwrc.

exprés à l'Ambassadeur qui estait de leur part à Londres, à qui ils commandèrent de reprocher an Conseil d'Estat la contraveation manifeste au traitté de la Haye, et à tout ce qui y avoit esté concerté avec leur Ministre, et de faire instance à ce qu'on envoyast au devant do Mont aigu, pour l'empescher d'entrer dans les ports, et s'il y estait entré qu'on le renvoyast incontinent, ou que Ton y envoyast d'autres vaisseaux (1). Le Parlement désavoua l'action de Montaigu, et luy osta le commandement de l'armée; mais comme l'autorité de cette Assemblée estait si languissante, que les gens de guerre ne la reconnoissoient point, la flotte ne la vouloit point reconnoistre non plus, et dépeadoit entièrement de Montaigu. La prétendue République se mit bien en devoir de faire quelque armement, mais c'estoient da efforts d'un gouvernement agonisant, de sorte qu'elle fut obligée de couvrir sa faiblesse d'une mesebante excuse, quoy que l'année passée leur armée navale se fust mise en mer au mois de Décembre. Pour dire en un mot, les Anglois, au lieu de seconder les intentions de cet Estât en exécutant le traitté de la Haye, n'en voulurent rien faire: jusques là qu'ils refusèrent de contribuer quoy que ce soit pour le secours du Roy de Dannemut, mesmes d'exemter du payement des droits ordinaires le charbon de terre que les Estats y faisoient achetter pour le soulagement, ou plustost pour la conservation de la ville de Coppenhague. Et bien loin de se déclarer contre le Boy de Suéde, de faire revenir les officiers et les gens de guerre qui estaient à son service, et d'attaquer les vaisseaux Suédois, quelque part qu'ils les rencontrassent, et eux et les François permettaient que les armateurs fissent leurs armements dans leurs ports avec des commissions Suédoises, et dounoient protection aux pirates qui y amenoient et vendoient librement les prises qu'ils faisoient sur les habitants de ces Provinces. Les Estats en usoient tout autrement. Us ne permettaient point, que les vaisseaux que l'on prenoit sur les Anglois, et que l'on amenoit dans les ports de ces pais, fussent vendus, ny que les marchandises dont ils estaient chargés, fussent distraites; mais ils en faisoient donner main levée sur les premières plaintes de Downing. Et pour les affaires du Nort, ils se chargèrent seuls de 1 exécution du traitté de la Haye (2). Ils

(1) Résol. Secr. des Etats de Holl. du 16 Sept, et 11 Oct. 1659.

(2) V. ci-devant p. 696.

Siège de Stettin où Wirtz fait des miracles. 615

se contentèrent de faire revenir leur Lieutenant Amiral avec une partie de la flotte, qui avoit esté un an entier en Dannemarc, où ils laissèrent un assés grand nombre de vaisseaux pour pouvoir affronter l'armée navale du Boy de Suéde, s'il estoit besoin (1). Ils en donnèrent le commandement à Ruiter, et luy ordonnèrent, comme aussy à leurs Députés, de faire agir les forces de T Estât et de ne point souffrir qu'elles fussent diverties par qui que ce fust, ou pour quelque cause qu'on pust faire naistre. Ils envoyèrent à Coppen bague toutes les choses nécessaires; non seulement pour la subsistance de leurs gens de guerre, mais aussy pour celle de la garnison et des habitants, et pour la conservation de la ville. Tellement qu'ils curent seuls la gloire d'avoir relevé les affaires du Roy de Dannemarc mesme, pendant que ses autres alliés n'agissoient que par diversion, en employant leurs armes en des lieux, où leur interest particulier les attiroit plustost que la considération de la cause commune. Montecuculi, qui commandoit l'armée de l'Empereur en Holstein, et l'Electeur de Brandebourg avoient envoyé un grand détachement en Pomcranie sous Souches et sous Chrestien, Comte de Dona, pour y donner de l'occupation aux armes du Roy de Suéde. Ces deux Généraux mirent le siège devant Stettin, ville capitale de la province, et la plus importante après Stralsond, parce qu'on s'iraaginoit que sa perte seroit suivie de celle de tout ce que les Suédois possedoient en Allemagne. La garnison de la place estoit assés foible, parce que le Roy de Suéde qui avoit trop d'ennemis sur les bras pour leur pouvoir opposer des forces égaies partout, avoit esté obligé de négliger si fort la Pomeranie, que lors que Wranguel y arriva, il y trouva une si grande confusion, un si grand desordre et un défaut si général de toutes les choses nécessaires, qu'il desesperoit presque de pouvoir conserver cette province à la Couronne de Suéde. Les assiégeants avoient avancé leurs travaux jusques sur la contrescarpe, où ils avoient fait trois batteries, qui commençoient à abattre les défenses de la place, et faisoient espérer qu'elle seroit prise dans peu de jours, lors que Paul Wirtz s'y vint enfermer, n'amenant avec luy pour tout secours que son courage et sa conduite, qui le pouvoient mettre au nombre des premiers Capitaines de l'Europe. Il estoit

(1) L'anrral Wasscnaer se présenta le 15 Novembre à l'As semblée des Etats Généraux pour faire son rapport.

016 Les alliés entrent dans Piste de Fusse*,

General de l'infanterie du Roy de Suéde, et Commandant General de toutes les places de Pomeranie sous Wranguel. Il renoit d'acquérir une haute réputation en Pologne, où il a voit défendu la ville de Crncovie contre les forces unies de la maison d'Anstriche et de Pologne, quoy qu'il n'eust point d'espérance de secours, et que le Koy, son Maistre, luy eut permis de capituler plusieurs mois devant qu'il rendist la ville. Je me trouve obligé à dire icy, qu'en Hollande on n'a connu son mérite que trop tard, et lors qu'on avoit desja préféré à luy un homme plus capable de parler de la guerre que de la faire (1).

Wirtz ne fut pas si tost entré dans Stettin, qu'il fit une sortie, en laquelle il chassa les ennemis de la contrescarpe, et rendit leurs batteries inutiles. Dans une seconde sortie qu'il fit sur le quartier du Comte de Dona, il enleva ou ruina tous les vivres des assiegeans, qui ne pouvant plus subsister après cela, furent contraints de décamper le 13 Novembre. Wranguel y estoit entré par la rivière la nuit du 4 ou 5 du mesme mois, mais il n'y demeura que fort peu d'heures, et ne contribua quoy que ce soit à la conservation de la place, puis qu'il n'y amena point de troupes, et ne secourut Wirtz ny de vivres ny de munitions, ny aussy de cavallerie, dont il avoit le plus de besoin pour soutenir les sorties. Souches et Dona manquoient d'infanterie, parée que le siège en avoit consumé une partie, et Montecuculiet l'Electeur eraployoient l'autre devant Demmin. Ils avoient aussy laissé quelques régiments en Holstein.

Les nouvelles de la levée du siège de Stettin furent d'autant plus agréables au Roy de Suéde, que presque en mesme temps on luy apporta celle de la perte de ses meilleures troupes, qui avoient esté défaites dans l'isle de Funen (2). Il la considèrent comme un poste, dont dépendoit tout ce qu'il possedoit en Dannemarc, c'est pourquoy il y avoit laissé quatre mille hommes, qui y subsistoient sous le commandement du Prince Palatin de SulUbach, et avoient esté renforcés de quinze cens hommes de pied, parce qu'on craignoit que les Alliés ne l'attaquassent. Mais cette prévoyance ne prévint pas une des plus grandes défaites, dont on ait jamais oui parler, et une des plus grandes disgrâces qui soyent

(1) Le Comte de Waldeck.

(2) Aitzema, S. tan Staël, IV. 39. p. 431— 436. Brandt, Levés van de Ruiter, p. 187 sv.

où ils défont les meilleures troupes du Boy de Suède. 617

arrivées à de vieilles troupes, qui ne scavoient ce que c'estoit de combattre sans vaincre. Celles des Alliés, qui ne s'estoient pas embarquées ensemble, ne purent aussy débarquer dans un mesme endroit de l'isle; de sorte qu'on jugeoit qu'il auroit esté aesés facile aux Suédois d'empescher leur descente ou leur jonction. Ils ne firent ny l'un ny l'autre, et n'acquirent pas grande réputation au combat, qui se donna après la jonction des troupes des Alliés. Car encore que d'abord les Suédois poussassent quelques escadrons Polonois et Danois, en sorte qu'il auroit esté fort facile de les renverser sur l'infanterie, s'ils eussent poursuivy leur avantage, ils lascherent pourtant le pied dés qu'ils virent les bataillons Hollandois, commandés par les Colonels Kiliegrey et Me ter en, venir à eux les piques baissées, et se retirèrent en desordre dans la ville de Nibourg, d'où le Prince de Sultzbaoh et Steinboc, Mareschal de Camp, se sauvèrent à la fareur de la nuit, dans une barque qui les porta auprès du Koy de Suéde. Les officiers Suédois, voyant que leurs Généraux les avoient abandonnés, et se trouvant dans une ville, où il estoit impossible de faire subsister la cavalleric un seul jour, employèrent le reste de la nuit à consulter comment ils sortiraient de ce meschant passage. Kuiter qui parut avec le jour à la veûe do la ville du costé de la iner, la canonnant continuellement de toutes ses batteries; les contraignit de se rendre à discrétion. Cette victoire fut fort complète, puis qu'à la reserve des deux Chefs, que je viens de nommer, tous les autres officiers, Généraux, Colonels, Capitaines et soldats furent tués ou faits prisonniers. On y prit aussy plus de cent pièces de canon, cent dix tant drapeaux qu'esta nd arts, et grande quantité de boulets, de poudre à canon, de munitions et d'instruments de guerre. C'est à l'histoire de Dannemarc à s'estendre sur les grandes actions des Généraux Danois; mais la postérité doit scavoir, que mesmes de l'aveu des Ambassadeurs que le Boy de Dannemarc envoya quelque temps après en Hollande, le succès de cette -belle rencontre est deûe h la resolution et à la conduite des deux Colonels, qui estant à la teste des trois mille hommes du secours des Ëstats, s'opposèrent au desordre, et arresterent la cavallerie Suédoise, laquelle sans cela achevoit de défaire la Danoise; quoy qu'après la victoire les Généraux de Dannemarc en prissent tous les avantages pour eux, et ne laissassent aux Hollandois que celuy de la gloire qu'ils ne leur pou voient pas ravir. Ru i ter, en battant la ville de Nibourg en ruine, contribua beaucoup à sa

61S T* Roy de Suède t% et* fort mortifié,

réduction, et il faut avouer que le Sr. du Buat (1), qui commandoit la compagnie de cavallerie des gardes en Hollande, et qui t'c8toit embarqué comme volontaire, y fit une 1res belle action, en 8e jettant le premier dans l'eau, et se mettant à la teste de ceux qui avoient aasés de courage pour le suivre et pour chasser les Suédois d'un retranchement qu'ils avoient fait sur le bord de la mer.

La perte que le Roy de Suéde fit en cette occasion de ses meilleures troupes, et d'un de ses plus avantageux postes, luy fat si sensible, que ceux qui ont observé sa personne et ses actions, pendant le peu de temps qu'il survesquit à cette disgrâce, ont remarqué que ce courage, qui estoit sans doute la première de ses eminentes qualités, ne paroissoit plus avec tant d'éclat, ny sur son visage ny dans sa conversation, mais que l'on y voyait un chagrin, qui presageoit quelque chose de plus funeste. H est pourtant certain, qu'il n'en dit jamais un seul mot au Prince de Sultsbach: soit par un excès de douleur, parce qu'il n'y a que la médiocre qui parle, ou parce qu'il jugeoit, que le ressentiment qu'il luy en témoigneroit ne gueriroit et ne soulageroit pas son mal. Les premières nouvelles de cette victoire furent receues en Hollande avec une joye proportionnée à l'animosité que l'on y avoit contre le Boy de Suéde. Elle alla à un tel excès, que les Députés d'une des premières villes de Hollande, jugeant qu'après cet avantage le Roy de Danneroarc ne laisser oit pas de le poursuivre, quand mesmes celuy de Suéde accepterait le traitté de lt Haye, dirent dans l'Assemblée des Estats de cette Province, qu'il falloit ordonner aux Ministres qui estoient sur le lieu, de ne point empescher les armes de cet Estât de faire des progrés en ces quartiers là, mais de les faire agir avec vigueur; puis qu'aussy bien on n'estoit plus engagé au traitté de la Haye, que les autres alliés avoient violé manifestement, quand mesmes les affaires ne scroient pas tellement changées que l'on n'y pouvoit plus avoir égard (2). Mais d'autres plus modérés représentèrent qu'il n'y avoit rien qui pust dispenser l'Estat de l'exécution du traitté de la Haye; qu'on pouvoit excuser la retraitte de la flotte Angloise, parce qu'elle manquoit de vivres; que Montaigu avoit esté dis-

(1) Henri Flcury de Coulau, Sr. de Buat, qui en 1G6G perdit la tête sur l'écliafaud.

(2) Les députés d'Amsterdam; v. les lettres de de Witt à Vogelsangh du 12 et du 22 Décembre 1659. Brieven.ll. p. 292—295, 302

et meurt de chagrin. 619

gracié et éloigné de son employ ; que le Parlement d'Angleterre ne secouroit point le Boy de Suéde, et que ç'avoit esté mesmes avec la participation et de l'aveu des Ministres Anglois, que les forces de cet Estât avoient esté employées contre luy; que de l'autre costé l'Ambassadeur de France a voit voulu obliger le Roy de Suéde à souffrir qu'on alterast plusieurs points du traitté de Boschild en faveur du Eoy de Dannemarc et de ses alliés. On représenta aussy, que la continuation de la guerre du Nort feroit indubitablement revivre celle d'Allemagne, où la France et l'Angleterre ne manqueroient pas de prendre part, ce qui la rendroit éternelle, contre l'intcrest et contre l'intention de l'Estat. On se rendit à la force de ees raisons, et il n'en fut plus parlé (1). Les armes Suédoises n'est oient pas plus heureuses en Norvegue, où les Danois prirent plusieurs forts, firent des courses en Suéde, et mirent plusieurs provinces sous contribution. Le Eoy avoit d'ailleurs si peu de satisfaction du Prince Adolfe, son frère, qu'il fut obligé de luy oster la conduite des affaires de Prusse et de le renvoyer, comme relégué en Suéde. Le Roy, qui jusques alors avoit esté le plus heureux Prince de son temps, taschoit bien de cacher son chagrin, mais ne le pouvant pas vaincre, il en mourut, ainsy que nous verrons dans le Livre suivant, pour lequel nous reservons le récit des choses, qui produisirent un changement de théâtre el d'affaires presque dans toute la Chrestienté.

(1) #Holland, welches Karl X demiïtbigeu und seine weitere Vergrôszerung verhinderen wollte, wollte doch niebt seinen Fall." Carlion 1. c. IV. p- 345. Les Danois et leurs alliés faisaient au contraire de leur mieux pour changer cette exécution du traité de la Haye, seul but que les Provinces Unies se proposaient, en une rupture formelle avec la Suède. Aitzema, S. van Staël y IV. 39. p. 421.

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