LIVRE DOUZIEME
SOMMAIRE
Les sut lies du combat de Funen. Traitté de réconciliation avec U Roy de Suéde, qui consent à l'éclaircissement dm traitté oVElbing, dont on mnwqm les principaux points. Coyet tient de sa part à la Haye, ou il présente un mémoire. La réponse des Estais. Disposition de la Cour de Pologne, m) les Estais envoient van den Honart. Krague et Bugwald arrivent à la Haye de la part du Roy de Dannemare. Différend avec F Ambassadeur de France pour le rang des carosses. Leur negoliation. Le Roy de Dannemarc voudroit continuer la guerre: les Estais veulent la pais. Le Roy de Suéde meurt. La Pologne fait la paix. Elle se /ait en stàtts entre les Couronnes de Suéde et de Dannemarc, Les plus importants articles du traitté. Relation du restablissemeut du Roy de la Grande Bretagne, où le General Monch contribue le plus. Le Roy me se fie point ami Espagnols: passe dans les Provinces Unies qui le font complimenter à Breda. Les Estais de Hollande Iny font civilité à remirée de la Province, Il est receu, logé et de/rayé. Les Estais Généraux et quelques unes des Provinces le font haranguer. Les Ettats de Hollande luy font un grand festin, et des présents considérables à luy et aux Princes ses frères. Il prend audianee dans r Assemblée des Estais Généraux, et en suitte dans celle des Estats de Hollande. Il recommande la personne et les interests du Prince d'Orange, son neveu. Il s* embarque, part, arrive en r Angleterre et fait son entrée à Londres. Les Estats encoyent une Ambassade solennelle en Angleterre. L'instruction qu'ils donnent aux Ambassadeurs. Une astre Ambassade en France, et une troisième en Espagne. A cette occasion on parle des affaires d'Orange. Ijes différends des deux Princesses Douaneres. Le Roy de France fait assiéger le chasteau d'Orange, et contraint le Comte de Don a de se rendre. La Princesse Royale passe en Angleterre, tasche de faire régler r affaire de r éducation du Prince son fils, mais n'y réussit jms, et meurt à Londres. La Doùariere demande qu'on fasteure des charges de Capitaine General et Amiral. Les Estats de Zeelande donnent dans les mêmes sentiments : leurs raisons. La qualité de Premier Soble de
(1) Le texte de ce Sommaire, comme on le trouve dans les MSS., est tres incomplet, et contient plusieurs erreurs que nous avons corrigées.
cette Province-la; le Roy <F Angleterre les en remercie. Ils envoient leurs Députés à la Haye, où leur Conseiller Pensionaire fait une grande harangue sur ce sujet dans P Assemblée des Estais de Hollande, et après cela dans celle des Estais Généraux. Les sentiments de ceux de Oueldre, de Frise et tFOveryssel. V affaire de Munster et la part que les Estais y prennent. Le Roy de Dannemarc se fait souverain et sa couronne héréditaire. Résolution des Estais ff Utrechi au sujet de la desobéissance de quelques Ministres predicants. Traitté avec ceux de Salé.
Le Roy de Suéde avoit eu de la peine, devant la défaite et la réduction de Funen, à admettre les Ministres des Estât s des Provinces Unies, et ne pouvoit se résoudre à les reconnoistre pour Médiateurs, tant à cause du traitté de la Haye, qu'il considérait comme une loy qu'on luy vouloit imposer, que parce qu'ils secouroient ouvertement le Boy de Dannemarc, et avoient sous leur pavillon exercé des hostilités déclarées. Il avoit sur les bras les deux Rois de Pologne et de Dannemarc, l'Empereur et l'Electeur de Brandebourg, mais ce qui l'incommodoit le plus c'estoit l'armée navale de Hollande. Le traitté d'Elbing ne l'en dechargeoit point, et il n'estoit pas en estât de s'opposer à toutes les Puissances qui s'estoient liguées contre luy, et qui avoient esté obligées, pour dire la vérité, à s'armer contre un si terrible voisin et si heureux conquérant. En concluant avec la Pologne, il renvoyoit bien les troupes de l'Empereur et de l'Electeur de Brandebourg, mais en continuant de faire la guerre au Roy de Dannemarc, il ne se défaisoit point des forces des Provinces Unies, qui avoient remporté une victoire signalée sur son armée navale, et qui venoient de luy donner un si fascheux eschec dans l'isle de Funen. C'est pourquoy il en vouloit faire ses amis, ou du moins faire en sorte qu'ils ne fussent plus ses ennemis. Afin d'y pouvoir réussir et d'achever le traitté d'Elbing, il estoit nécessaire de commencer par un acte d'amnestie et de reconciliation, qui devoit servir de fondement au restablissement de l'ancienne amitié et de la bonne correspondance, que l'on vouloit renouveller entre la Cour de Suéde et les Provinces Unies, et donner par là la dernière perfection à ce traitté, dont on n'avoit pu obtenir la ratification depuis trois ans. Toute la politique du Roy de Suéde n'alloit qu'à se défaire de quelques uns de ses ennemis, afin de combattre les autres avec d'autant plus d'avantage. Il vouloit bien s'accommoder avec le Roy de Dannemarc, et mesmes avec le Roy de Pologne, mais à des conditions que les mitres ne pouvoient pas accepter, et à dessein de
632 Ttaitté de réconciliation avec la Suéde,
porter ses armes dans les pais héréditaires de l'Empereur, où il ne croyoit pas trouver tant d'ennemis, ny une si forte opposition. Mais c'est à quoy les autres alliés n'auroient pas consenty, et ce fut la raison pourquoy il vouloit bien enfin, que Ton expliquast et éclaircist quelques termes du traitté que Ton jageoit estre ambigus, quoy que cette ambiguïté ne fust découverte que depuis que le Roy de Dannetnarc se fust opposé à la ratification. On en fit un nouveau projet qui fut signé à Elseneur le 9 Décembre 1659 (1) à condition qu'il n'auroit son effet qu'après que la paix seroit faite entre les deux Couronnes de Suéde et de Dnniiemarc.
Les Estats disoient, que les termes du traitté d\Elbing qui parloient des droits d'entrée et de sortie qui se lèvent en Suéde, estoient obscurs, et a voient besoin d'explication. Ils portoient que les droits qui se payent, tant en Suéde et dans les autres provinces qui dépendent de la mesme Couronne, que dans les Provinces Unies, se leveroient sur le mesme pied qu'ils se levoient lors qu'on fit les traittés de 1640 et 1645, ou pendant quelques années suivantes. Et en cas que l'un des deux alliés voulust, ou fust obligé par la nécessité de ses affaires, à imposer de nouveaux droits, ou à augmenter les anciens, les sujets de l'un ne seroient pas tenus de payer plus que les habitants du païs, où cette nouvelle imposition ou augmentation se feroit. Il y a voit lieu de douter, si cette égalité que l'on pretendoit establir entre les sujets de l'un et de l'autre allié, s'estendroit jusques à tous les droits indistinctement, c'est à dire, tant à ceux qui se levoient devant la conclusion de ces deux traittés, qu'à ceux qui ont esté imposés depuis, ou que Ton pourroit imposer à l'avenir. Et en cas qu'elle ne pust estre entendue que des nouveaux droits, en quel temps cette nouveauté devoit commencer. C'est pourquoy on demeura d'accord, que cette égalité n'auroit lieu qu a l'égard des droits imposés depuis Tan 1640. Et d'autant que mesmes devant l'an 1640 il y avoit quelque inégalité à l'égard des navires Suédois et estrangers, et des marchandises qui y estoient chargées, et qu'en 1645 cette inégalité fut levée à l'égard des marchandises seulement, et continuée à l'égard des navires, il fut convenu qu'à l'avenir il n'y aurait
(1) Ou le 50 Novembre V. S. Aitzcma, S. van Staël. IV. 39. p. 437 sv. Corps Univ. DijtL VI. 2. p. 293.
qui consent à r éclaircissement de celuy d'Elbing. 623
point d'inégalité qu'à l'égard des navires, en sorte neantmoins que l'on ne pourroit exiger des marchandises qui seroient chargées en des navires Hollandois qu'un pour cent plus que ce qu'elles payent lors qu'elles sont chargées en des navires Suédois, montés de quatorze pièces de canon, et un demy pour cent plus que celles qui sont chargées en des navires Suédois qui ne sont point armés. Et pour les droits de sortie des marchandises qui seroient chargées en des navires Hollandois, ils seroient payés sur le pied du tarife, qui a voit esté inséré dans l'acte d'éclaircissement ou elucidation, bien entendu qu'à l'égard des droits nouvellement imposés ou augmentés, il y auroit une si grande égalité entre les sujets de l'un et de l'autre Estât, tant à l'égard des navires que des marchandises, que l'on n'y pourroit pas faire la moindre distinction pour quelque cause que ce fust; tellement que pour cet égard les droits se payeroient selon le tarife fait en l'an 1640, en quelques navires que les marchandises fussent chargées, et que cette égalité auroit lieu mesmes à l'égard des Compagnies privilégiées, qui ne pourroient pas jouir de Texemtion des droits imposés depuis l'an 1640. Il fut aussy stipulé, que l'Electeur de Brandebourg et la ville de Dantsig seroient compris au traitté d'Elbing, pourveu qu'ils demandassent à y estre compris dans un mois après qu'ils auroient connoissance du traitté. Il fut aussy dit, que les mesmes avantages que le traitté et l'acte d'elucidation accordoient aux habitants des Provinces Unies, leur seroient communs avec les sujets du Roy de France et de la Republique d'Angleterre (1), bien que l'un n'eust rien fait du tout pour l'exécution du traitté de la Haye, et que l'autre, en faisant retirer son armée navale, et en refusant de secourir le Roy de Danncmarc contre celuy de Suéde, yeust contrevenu manifestement.
Apres cela le Roy de Suéde, voulant faire connoistre que l'amitié des Estats ne luy estoit pas indifférente, fit partir Jules Coyet, en qualité d'Envoyé Extraordinaire, avec ordre de protester à la Haye qu'il avoit toute l'inclination que l'on pouvoit désirer à faire la paix avec le Roy de Dannemarc, pourveu que sa réputation n'y fust point blessée. Les Ministres de Dannemarc et de Brandebourg s'allarmerent de cette deputation. Ils
(1) Ajouter, et les sujets du Roi de Dauuemarc, si ces Puissances témoignaient le désir d'être comprises au traité.
624 Cowei rient à la Haye de U part dm Boy de Suéde.
représentèrent aux Estats, que le Boy de Suéde ne se servoit de cet artifice que pour amuser la République, à dessein de détacher tous les alliés des interests du Boy de Dannemarc, pendant qu'il feroit un traitté particulier avec la Pologne, et firent instance à ce que Coyet ne fust point admis. Mais quelle apparence y a voit il de ne point admettre un Ministre de Suéde, qu'un vaisseau de guerre de l'Estat amenoit, pendant que le Boy de Suéde admettoit les Ambassadeurs de l'Ëstat, et negotioit tous les jours avec eux. La vérité est, qu'ils n'y avoient pu tousjours esté également traittés, mais les Estats avoient l'adresse de dissimuler le juste ressentiment qu'ils en pouvoient avoir, parce que leur interest ne permettent pas qu'on negotiast en ces quartiers là sans leur participation, de peur que les Ministres de France et d'Angleterre n'y fissent leurs affaires aux dépens de cet Estât, comme ils avoient fait au traitté de Boschild. Ht déclarèrent donc, que' Coyet pouvoit venir, et qu'il seroit reeeo avec les mesmes civilités que l'on a accoustumé de faire aux Ministres qui se trouvent revestus de ee caractère, mais que s'il pretendoit parler de conditions plus Avantageuses pour le Boy son Maistre, ou plus desavantageuses pour le Boy de Dannemarc, que celles qui avoient esté concertées avec les Ministres de France et d'Angleterre, et que le Boy de Dannemarc avoit desjt agréées, il n'avoit que faire de se donner la peine de venir, parce qu'on ne l'écouteroit point. Coyet eut son audiance vers la fin de Novembre 1659 (1), et s'estendit fort sur la punctuabté, avec laquelle le Koy et la Couronne de Suéde avoient exécuté les traittés qu'ils avoient avec cet Estât, et accusa l'Assemblée indirectement de les avoir violés en plusieurs rencontres. Il parla en suitte de l'intcrest et de la passion de quelques particuliers, qui avoient fait différer la ratification du traitté d'Elbiug; et après avoir dit un mot de la continuation de l'animosité présente, il pria les Estats de luy donner des Commissaires, à qui il pust plus particulièrement faire entendre les intentions du Boy, son Maistre. Il donna sa proposition par escrit, et la fit imprimer en Flnmaud. On estoit fort scandalisé de quelques périodes offensantes qu'il y avoit fait couler, où il parloit du procédé et
(1) Le 25 Novembre. V. Aitiema, S, ta* Staet. IV. 39. p. 421 »v. L'unimosité contre la Suéde était telle, que les Députés des ttttta Généraux refusèrent d'assister au dîner d'usage. 1. c. p. 425.
Il présente un Mémoire. 625
de la mauvaise volonté de quelques uns des Estats, sans les nommer, qui trouvant mieux leur compte dans le trouble que dans le repos, et préférant leur interest particulier à celuy du public, s'estoient opposés à la ratification du traitté d'Elbing: tellement que c'estoit par les artifices de quelques particuliers plustost que par un mouvement gênerai, et par un zèle pour le bien public, que Ton avoit porté les affaires jusques aux dernières extrémités. C'est pourquoy quelques uns des Députés de l'Assemblée furent d'avis, qu'il luy falloit demander qui estoient ces particuliers, dont il parloit dans son Mémoire; mais on se contenta de luy faire une réponse par escrit, où les Estats disoient (l): Qu'ils auroient souhaitté, que l'Envoyé au lieu de rappeller la mémoire du passé, eust proposé des moyens capables de reunir les esprits pour l'avenir. Mais puis qu'il vouloit bien faire accroire, que la Suéde avoit religieusement observa les traittés, -et que les Estats les avoient violés plusieurs fois, on se trouvoit obligé de luy dire: Que lors que pendant la dernière guerre d'Angleterre les Estats firent sommer la Suéde de les secourir, conformément aux traittés de 1640 et 1645, elle ne craignit point de déclarer, que ces traittés ne la pouvoient pas obliger, puis que celuy que les Estats avoient fait avec le Roy de Dannemarc en 1649 les avoit entièrement détruits. Tellement que la Suéde bien loin de témoigner en ce temps là quelque reconnoissance de ce que cet Estât avoit fait en sa faveur en plusieurs occasions, et surtout en 1644, ou de donner une seule preuve de son affection, avoit donné toutes ses inclinations à ceux qui leur faisoient In guerre. Que l'on n'en avoit veu que trop de marques en la negotiation, que la Cour de Suéde avoit fait faire pour détacher le Boy de Dannemarc des interest s de cet Estât. Qu'elle avoit fait des défenses de transporter du canon hors du Roiaurae, dans le temps qu'elle scavoit que les Estats y en avoient fait acheter quantité pour la monture de ses vaisseaux de guerre. Que dans le mesme temps elle avoit fait violence à plusieurs Hollandois, qui se trouvoient à Stocolm, dont les uns furent mis en prison, et on saisit les effets des autres. Que lors que le Roy d'aujourdhuy eust succédé à la Couronne, il n'avoit pas daigné mettre les Estats au nombre de
(1) La réponse à Coyet est du 30 Décembre, mais elle ne lui fut remise que le 15 Janvier 1660. Aitzema, 8. van Staet. IV. 40. p. 537, 538.