II
626 la réponte âet StiaU.
ses alliés; qu'il n'nvoit point parlé de renouveiler les traittés d'alliance que ses prédécesseurs aboient avec cet Estât; au contraire, que ses Commissaires a voient déclare en 1656 expressément, qu'il n'y en avoit point qui pussent obliger le Roy, leur Maistre. Et de fait, qu'il avoit bien fait connoistre qu'il n'y en avoit point, puis que les vaisseaux de guerre, qu'il avoit envoyés sur la rivière de Dantiig, exigeoient des droits excessifs des navires marchands de ces pais, directement contre ce qui avoit este* convenu entre la Suéde et cet Estât. Qu'il avoit voulu obliger l'Electeur de Brandebourg a hausser, au préjudice des traittés formels qui l'en empeschoient, les droits qu'il levé dans les ports de Prusse, et qu'il avoit fait tous les efforts imaginables pour éloigner le Roy de Dannemarc des bons sentiments qu'il avoit pour cette Republique, et qu'il l'avoit obligé en effet, par le traitté de Roschild, à exclurre les vaisseaux de guerre de cet Estât de la mer Baltique. Que leur intention avoit tousjoun esté de ratifier le traitté d'Elbing, et qu effectivement ils avoient envoyé l'acte de ratification & leurs Ministres; mais qu'il leur estoit permis de demander l'éclaircissement de quelques points, qui estaient couchés en des termes si obscurs, que le mauvais sens qu'on leur pouvoit facilement donner, estoit capable d'énerver tout le traitté. Que s'ils se sont intéressés en la conservation de la ville de Dantzig, ils y ont esté obligés à cause de h liberté du commerce que le Roy de Suéde troubloit, en envoyant ses vaisseaux de guerre sur la Vistule. Que les traittés qu'ils avoient avec le Roy de Dannemarc les obligeoient à le secourir, particulièrement depuis que celuy de Suéde eust violé le traitté de Roschild, et que c'estoient les Suédois qui les avoient contraints de combattre leur armée navale, pour se faire passage par le Sond. Au reste que leur secours n'avoit eu pour objet que la conservation du Roiaumc de Dannemarc, et la paix que l'on desiroit faire entre les deux Rois du Nort, à des conditions justes et raisonnables, et qu'ils avoient crû y pouvoir réussir, s'ils en concertaient les moyens avec les Ministres de France et d'Angleterre, puis qu'ils avoient aidé à faire le traitté de Roschild, qui servoit de fondement à celuy de la Haye. Mais que tout le passé ne les empescheroit pas d'écouter toutes les ouvertures, que Ton voudrait faire pour porter les deux Rois du Nort à un bon accommodement, et qu'on luy donneroit des Commissaires, qui entreroient en conférence avec luy sur une si bonne oeuvre.
Le* Estais envoient van den H on art au Roy de Pologne.
La guerre de Dannemarc n'es toit qu'une suitte de celle de Pologne, de sorte qu'on ne la pouvoit pas faire cesser d'un costé que l'on ne fist la paix de l'autre; c'est pourquoy les Estats, qui avoient leurs Ministres auprès des Rois de Dannemarc et de Suéde, résolurent d'envoyer aussy un au Roy de Pologne. Ils y employèrent Jean van den Honart, Député de la part de la ville de Dordrecht au Conseil d'Estat de Hollande (1) et luy donnèrent ordre d'offrir la médiation de cet Estât, pour l'accommodement qu'on pourroit faire avec le Roy de Suéde. Il devoit aller à Tborn, où on croyoit que les Ministres des deux Bois se rendraient pour cet effet; mais en y arrivant il apprit que le Roy de Suéde faisoit difficulté d'y envoyer ses Plénipotentiaires, et que le Roy de Pologne en faisoit d'envoyer les siens au lieu que le Roy de Suéde luy faisoit proposer, de sorte que le Ministre médiateur résolut d'aller à Warsavie, pour tascher d'y faire régler les préliminaires. En Hollande il y a peu d'esprits qui s'elevent jusques à cette sorte d'emplois, et il n'y en a presque point qui se donnent la peine d'apprendre quelles en sont les fonctions, ou qui scachent les civilités qui en sont inséparables. Van den Honart, qui croyoit pouvoir faire l'Ambassadeur dans sa qualité de Député Extraordinaire, estant arrivé dans le voisinage de Warsavie, en donna avis et fit connoistre son caractère, afin qu'on reglast le temps de son entrée et les cérémonies de sa réception. On ne luy en fit point du tout, et on se contenta de marquer à son homme une meschante petite maison qui n'avoit que les quatre murailles, où il pouvoit loger s'il le trouvoit à propos. Un clerc ou commis du Chancelier le conduisit à l'audiance du Roy, qui demeura debout, et ne se couvrit point, afin de l'obliger à se tenir dans le respect. La Reine ne le receut pas mieux, quoy que les offres qu'il fit de la médiation des Estats pour l'ajustement des différents que le Roy pouvoit avoir avec le Roy de Suéde, ne fussent pas desagréables, non plus que les protestations de l'inclination que les Estats, ses Maistres, avoient à faire faire la paix du Nort. Au sortir de l'audiance il ne dissimula point le ressentiment qu'il avoit de l'indigne traittement que l'on faisoit à l'Estat en sa personne, et il s'en plaignit aux Estats qui luy ordonnèrent, je ne scais par quelle raison, ny par quelle justice, puis qu'il n'avoit pas le caractère représentant au premier degré, de ne point voir les Mi-
628 DUpontion de la Cour de Pologne.
nistres de la Cour de Pologne, que cette irrégularité n'eust esté reparée. Les Folonois disoient qu'il n'y en aîoit point en leur procédé. Qu'ils ne connoissoient point la qualité de Députe Extraordinaire. Qu'ils a'en avoient jamais veu qu'un seul que le Koy de Danncmarc y avoit envoyé, et qui ne fut pas autrement traitté, quoy qu'avec sa qualité de Député il eust encore celle de Plénipotentiaire; mais qu'on ne laisseroit pas de le reconnu istre pour Ambassadeur, sur les mesmes lettres de créance, et de luy faire les mesmes civilités que Ton a Rccoustumé de faire aux Ambassadeurs des Testes Couronnées, s'il vouloit prendre la mesme qualité, ce qu'il ne pou voit pas faire. Le Chancelier luy fit pourtant l'honneur de le visiter, et le Boy mesme, désirant s'entretenir avec luy, l'envoya prendre à sa maison dans no de ses carosses, par quelques gentilshommes de sa chambre (1). La Pologne desiroit la paix avec passion, mesmes stas aucune considération de ses alliés. La Reine, qui estoit Françoise de naissance et d'inclination, et qui s'estoit veûe fugitive hors du Koiauine, sans secours et sans consolation, suiroit aveuglement tous les conseils de Lumbres, Ambassadeur de France , qui avoit ordre de porter les affaires^ à un accommodement avec le Boy de Suéde. Le Moscovite incommodoit la Lituanie, et la Pologne estoit tellement exténuée, qu'il n'y avoit que la paix qui la pust remettre. Les partisans de la Beine pnblioient, que la conservation de la Pologne avoit servy de prétexte à l'nmbition de l'Empereur: que le Roiaume n 'avoit psi moins souffert des logements des troupes auxiliaires que de 1* violence de ses ennemis déclarés. Que l'intention de la Cour de Vienne estoit d'achever de ruiner la Pologne pour l'assujettir d'autant plus aisément à la maison d'Austriche, et que par ses artifices elle avoit fait retarder dans la Chancellerie l'expédition des passeports que le Roy avoit commandé qu'on dépeschast pour les Ministres de Suéde; de sorte que les Conseils de l'Empereur et de l'Electeur de Brandebourg, qui n'agissoit pas moins pour ses interests particuliers que l'autre, estant suspects aussy bien que leur secours, les Polonois, au lieu de déférer aux ans qu'on leur donnoit, et aux instances que les alliés faisoient, à ce qu'on ne fist point de traitté à l'exclusion du Roy de Dannemarc, alloient avec précipitation à la conclusion de la paix. U n'y avoit pas longtemps que le Besident de Pologne avoit prié
(1) Aitzema, S. van Staet. IV. 39. p. 484 sv.
Van den "S on art prend son audiance de congé. 629
les Estats de ne la point faire sans le Boy, son Maistre, et v a n den Honart avoit ordre de faire les mesmes devoirs en Pologne à l'égard du Boy de Dannemarc. Mais on croyoit dans la Cour de Warsavie, que les Estats ne la considereroient pas beaucoup, s'ils pouvoient tirer le Boy de Dannemarc d'affaires. Pour dire la vérité, elle ne se trompoit point. Ils n'a voient réglé l'éclaircissement du trait té d'Elbing avec la Couronne de Suéde et renouvelle l'amitié avec elle, que dans le dessein de se servir de la Pologne à l'avantage du Boy de Dannemarc. Les Polonois le firent bien connoistre dans l'indifférence qu'ils avoient pour les offices de van den Honart. On agreoit bien ses offres de médiation, mais ce n'estoit que parce qu'on y scavoit qu'elles n'est oient pas agréables au Boy de Suéde; veu qu'on (1) ne luy communiquoit rien, et qu'il n'a voit point de part à ce qui se negotioit, tant parce que les Polonois se dénoient de luy, et apprehendoient qu'il ne voulust retarder le traitté au lieu de l'avancer, afin de donner au Boy de Dannemarc le loisir d'achever le sien, que parce qu'on en vouloit reserver tout l'honneur à l'Ambassadeur de France. Ce qui fit résoudre van den Honart à quitter cette Cour là, pour aller à Dantzig, afin d'y faire du moins quelque grimasse de negotiation avec le mesme Ambassadeur. Devant que de partir de Warsavie, il prit son audiance de congé, ou il fut conduit en cérémonies. Le Comte de Denhof, Chambelan du Boy, le receut au sortir du carosse: le Boy luy fit donner une chaise à bras, ce qui ne se fait point dans les Cours des autres Princes de l'Europe, où on ne le donne qu'au Légat, et le fit couvrir. La Beine luy fit les mesmes honneurs, de sorte que ce Ministre, qui n'avoit rien fait en cette Cour là, ne laissa pas d'en partir fort satisfait, pour se rendre au congrès d'Olive. Cela ne se fit qu'au commencement de l'année 1660, quelque temps après qu'Otton Krag et Godske ou Godscalc de Bugwald furent arrivés à la Haye.
Le Boy de Dannemarc, prenant ombrage de la negotiation que Coyet y pourroit faire, fit partir ces deux Ministres, avec le caractère d'Ambassadeur Extraordinaire. Je ne pretens pas faire celuy de leurs personnes, parce qu'on le trouvera dans l'égalité qu'on remarqua en leur conduite, pendant le séjour qu'ils firent en Hollande. Le jour de leur entrée les fit entrer dans un fascheux deroeslé aveo l'Ambassadaur de France pour le rang de leurs
(1) Lis.: Aussy on ne luy etc.
C30 Krag et Bug te a là Ambassadeurs de Dtunemarc à la Baye.
carosses. Les Ambassadeurs de Danneroarc en aroient deux, et vouloient qu'ils se suivissent immédiatement après celuy de l'Estat. Jaques Auguste de Thou, Ambassadeur de France, soustenoit au contraire, que les deux Ambassadeurs ne pouvoieut avoir qu'un seul carosse, auquel il donnoit ra qualité de représentant, et que sou carosse, comme celuy de l'Ambassade de France, devoit prendre rang immédiatement après le premier des Ambassadeurs Danois. Sur ce principe l'escuyer de M. de Thou voulut couper le carosse de M. de Bugwald, qui estait le deuxième, afin de pouvoir suivre immédiatement celuy de M. Krag, qui estoit le premier. Il y eut des espées tirées et quelques laquais blessés, et le desordre auroit esté plus grand, si les Députés des Estât s, commis à la réception de ces Ambassadeurs, ne l'eussent fait cesser. Le carosse de l'Ambassadeur de France y receut pourtant une espèce d'affront, parce que son escuyer fut contraint de ceder aux Danois qui se trouroient mieux suivis et accompagnés. Us s'en prit aux Députés, comme s'ils eussent réglé le rang et adjugé l'avantage aux Ambassadeurs. de Dannemarc, mais ils s'eu justifièrent, et toute la satisfaction que M. de Tbou en eut, ce fut que les Ambassadeurs Danois chassèrent deux ou trois de leurs vallets de pied, parce qu'un de ses domestiques avoit esté blessé en cette reu contre (I). M. de Tbou poursuivit la mesme prétention avec la inesme chaleur, lors que les Ambassadeurs Danois dévoient prendre leur première audiance, et comme il ne voulut rien médiocrement, il s'y opiniastra si fort, que les Ambassadeurs Danois, qui ne vouloient point faire de nouveaux cunemis au Boy, leur Maistre, aimèrent mieux ne se point servir de leurs propres carosses et se contenter du carosse de l'Estat que de se faire une affaire avec de Thou, qui eut l'honneur de faire paroistre son carosse seul dans une cérémonie, où il devoit faire civilité à celuy de l'Ambassadeur de Dannemarc. 11 semble que tout ce que l'Ambassadeur de France put prétendre, c'est de faire donner au Roy, son Maistre, et à tout ce qui le représente, le premier rang par dessus tous les autres Rois de la Chrestienté, et de s'opposer à tous ceux qui s'y voudroient opposer; mais c'est de quoy il n'estoit pas question icy, puis que le Boy Très Chrestien trouve bon, qu'en ces occasions le carosse de son Ambassadeur fasse honneur ù celuy à qui on fait entrée: de sorte qu'il faut considérer, si
(1) Aitzcma, S. tan Staet. IV. 40. p. 531—533.
Leur différend avec V Ambassadeur de France pour le rang des tarasses. 631
de Thou, en laissant précéder les carosses des deux Ambassadeurs Danois, faisoit préjudice au rang de Sa Majesté Très Chrestienne. Il est certain, que le nombre des Ambassadeurs ne fait point de distinction dans l'Ambassade, ny inesmes en la dignité de la personne des Ambassadeurs, quand ils représentent une teste couronnée. L'histoire moderne en fournit une infinité d'exemples, mais il suffira de n'en marquer qu'un, qui fera juger de l'équité de la prétention de M. de Thou. D'A vaux et Servien n'est oient point apprentifs de leur mestier. Munster estoit le lieu où ils dévoient faire voir ce qu'ils en sca voient, et ils ne cedoient rien que sur des ordres exprès ou sur des raisons invincibles. Néant moins lors que les Ambassadeurs Plénipotentiaires des Eslats des Proviuces Unies y firent leur entrée, les carosses des Ambassadeurs de France cédèrent, sans la moindre contestation, à tous les carosses de ceux à qui ils vouloient faire civilité en cette occasion. Il y a de la chicane et des chicaneurs, de la pédanterie et des pédants en toutes sortes de mestiers et de professions.
La première audiance (1) des Ambassadeurs Danois ne fut employée qu'à justifier les armes du Roy de Dannemarc, ce qu'ils n'eurent pas beaucoup de peine à faire auprès des esprits prévenus et persuadés. Ils remercièrent aussy les Ëstats de leurs secours continuels, et une partie de leur discours servit à les animer contre le Hoy de Suéde. Après qu'ils eurent achevé de parler, ils donnèrent leur harangue par escrit en François et en Flamen. Et afin que la postérité y lise ce que l'Estat avoit fait pour le Boy de Dannemarc d'uu costé, et que de l'autre elle y voye des marques d'une reconnoissance d'autant plus rare, que c'est une vertu que les Souverains ne connoissent point, j'ay crû en devoir tirer quelques passages, qui ne pourront pas déplaire à ceux qui voudront bien s'en souvenir pour suivre un si illustre exemple. Vous avez agy, dirent ils aux Estats, dans l'oppression, où Sa Majesté s'est trouvée avec tout son Eoiaumc et à laquelle elle avoit donné si peu de sujet, en amis sincères et comme de véritables alliés. Et ce d'une manière que ny ceux qui vivent aujourdhuy, ny ceux qui viendront à l'avenir ne se pourront pas assés louer de vostre procédé. Vous avez sauvé Coppenhague, et avec cette ville le sceptre, la couronne et le Roiaume mesme. Non contents d'avoir secouru le Boy de Dannemarc d'une armée
(1) Aitzema, S. van Staet. IV. 40. p. 533—536.
632 AudUinee et rmercimenU iet Amb*a*demrt Dcnoi*.
navale considérable, sous l'Amiral d'Opdam, et d'an corps d'infanterie, sous le Collonel Pugler, tous y avez encore envoyé une autre armée plus forte que la première sous Buiter, et d'autres troupes sous Kilgrey. Il s'est trouvé des alliés, qui ont secouru des villes assiégées, mais vous avez fourny à la ville de Copenhague des vivres et des munitions, de l'argent etc. Ce sont des actions sans exemple, qui obligent la nation et toute la postérité à une dernière reconnoisaance. Les Ambassadeurs disoient la vérité, et ils n'en pou voient pas trop dire; mais on pourrait douter, si les règles de la prudence permcttoicnt, qu'ils laissassent dans les archives d'un Estât estranger de si fortes marques d'une obligation, qui engageoit le Roy de Dannemarc et tous ses successeurs à une gratitude éternelle. Es tascherent particulièrement d'excuser la liaison, que le Boy, leur Maistre, a voit prise avec l'Empereur, avec le Boy de Pologne et avec l'Electeur de Brandebourg, dont ils cherchoient la cause en la nécessite indispensable et dans l'extrémité désespérée, où le Boy s'estoit trouvé dans une saison, où ne pouvant espérer du secours du costé de la mer, il avoit fait entrer les troupes des alliés dans le païs de Holstein, au duché de Slesvic et en Jutlandc, que les Suédois avoient esté contraints d'abandonner. La conclusion de leur harangue fut, qu'on ne devoit pas négliger la poursuitte de la victoire de Funen, et qu'au lieu de faire on traitté particulier avec le Roy de Suéde, il falloit se joindre aux armes de tous les intéressés, afin de le forcer de faire la paix, à des conditions qui remissent les affaires en Testât où elles estaient devant la guerre, et qui fussent capables de faire mettre dans une juste balance les puissances de ces quartiers là. Dans les conférences particulières ils faisoieut instance pour les recreùes des six mille hommes que les Estats s'estoient obligés d'entretenir en Dannemarc, dont le nombre avoit esté fort éclair* cy par les actions et par les fatigues continuelles: qu'on secourust le Boy de Dannemarc d'une fort considérable somme de deniers, afin qu'il pust payer ses troupes et armer quelques vaisseaux de guerre, et que ce secours d'argent ne fust pas moins de vingt quatre mille escus par mois, pour le payement de la garnison de Coppeu bague, et d'une armée navale de trente vaisseaux de guerre (1).
L'Ëstat ne vouloit pas laisser périr le Boy de Dannemarc,
(1) V. ltésol. Sccr. des Etats de Hollaude du 23 et 24 Janvier 1660.
Mort du Uoy de Suéde. 633
mais aussy ne luy vouloit on pas donner le moyen de continuer la guerre. Au contraire on luy vouloit oster toute espèce de secours, afin de l'obliger à porter toutes ses pensées à la paix. C'est à quoy les Ministres, qui estoient auprès des deux Bois, travailloient continuellement; mais ils y rencontroient des obstacles, qui auroient esté invincibles à toute autre patience, fermeté et adresse que la leur. La défaite de Funen avoit donné une grande mortification au Boy de Suéde ; elle ne l'a voit pas si fort abattu, qu'il eust perdu l'espérance de s'en pouvoir relever. Son courage estoit indomtable, et ses affaires n 'estoient pas sans ressource, parce que la France et l'Angleterre n 'auroient pas consenty à sa perte. Les Estats de son Boiaume de Suéde, qu'il avoit traittés avec hauteur et avec beaucoup de dureté, n'a voient regardé qu'avec jalousie les grands progrés de ses armes, qui ne font jamais le bonheur des sujets, et ne consentoient qu'avec répugnance à la continuation des subsides et des contributions, sans lesquels il ne pouvoit pas faire la guerre, mais aussy ne pouvoient ils pas se résoudre à abandonner un Prince, qui faisoit la gloire de la nation. Il les avoit convoqués au mois de Février 1660 dans la ville de Gottenbourg, mais il n'en vit pas la closture, parce qu'il mourut la nuit du 22 au 23 du mesme mois, après une maladie de fort peu de jours.
Il avoit eu quelques accès de fièvre au commencement de l'année, et on le croyoit remis en parfaite santé, lors qu'il se sentit frappé d'une fièvre maligne, accompagnée de plusieurs fascheux symptômes: d'une oppression d'estomach, qui luy rendoit la respira tipn très difficile, de diarrhée, de pleurésie et du pourpre, qui le firent mourir le sixième jour de sa maladie. Il falloit certes qu'un si grand nombre de maladies vinssent comme en troupe assaillir une si illustre vie, et qu'elles conspirassent ensemble, pour tuer ce Prince qui possedoit seul tant d'em in entes qualités qu'elles pouvoient former plus d'un de ces héros et de ces grands Capitaines, dont la mémoire vit encore dans les histoires, anciennes et modernes. Il avoit l'esprit vif et présent: la repartie promte, une éloquence mâle et forte, l'abord facile et agréable, la conversation charmante, le corps infatigable, nonobstant l'incommodité de sa taille, et la mine si avantageuse qu'on peut dire sans hyperbole, qu'il estoit impossible de représenter mieux le dieu de la guerre, qu'en faisant le portrait de Charles Gustave, tel qu'on le voyoit à la teste de ses armées. Il est vray, que la personne, la vie et les actions de Gustave
632 Audiance et remercimenis det Ambanade*
navale considérable, sous l'Amiral d'Or d'infanterie, sous le Collonel Puglcr ^ '(f*
voyé une nutre armée plus forte que ^ a
et d'autres trouas sous Kilgre* >ouned I «ji-
qui ont secouru des villes assiégé .ûerdomV u>;
ville de Copenhague des vivr* a réglées pw k
etc. Ce août des actions sar ..arquer, qu'il mourut
et toute la postérité à une d -ure qu'un antupanunt
sadeurs disoient la vérité. iile de Coppenhague, et il )
mais on pourrait douter présentement, que dans YaXxt-
toient, qu'ils laissasse^ ^iritious et des visions diabolique* de si fortes marquée •* conscience, quoy que Ton ne doive Dannemarc et tout ces inquiétudes que dans les vapeurs qui tnscherent particulr Ja constitution du cerveau en cette sorte de Maistre, avoit r
avec l'Electeur ■ ê decés du Boy de Suéde, celuy de France avoit la nécessité , £* Généraux qu'il avoit esté bien aise d'apprendre Roy s'esto',^* reconciliés avec un Prince qu'il considérait; secourt î f '^st joye n'eatoit pas bien pure, parce qu'il appreooit alliée i /*£ «adroits, que les ettrangera faisoient des intrigues et lande /'peu ces pais, pour empescher la ratification du traitté eone ^^■esmes avec son éclaircissement, et qu'ils vouloieot po* i^f au Estats qu'il falloit profiter de la victoire de Fa* i* rfriû estoit bien asseuré, que le Koy de Suéde estoit en- ^^\ disposé à faire la paix à des conditions raisonnables. ^Jraloit bien mieux luy accorder quelques petites compensa- ^ qui n'avoient point de proportion avec ce qu'il offroû de ^ter au Koy de Du n Denture, que de se résoudre à uue noujlj rupture, qui deconcerteroit toutes les affaires de l'Europe (1). fi ne peut nier que le Koy de Suéde n'eust consenty que le giisiéme article du traitte de Itoschild en fust osté, parce qu'il jpnnoit bien autant de scandale à. la France et à l'Angleterre qe% cet Estât, puis qu'il fermoit le passage du S on cl à tous les «aisseaux de guerre cstmngcrs indistinctement. Il est vray encore, qu'il disoit qu'il n'iiuroit point de répugnance à restituer le bai liage de Drunthcra avec ses dépendances. Il prometioit aussy, qu'il ne leveroit point de droits au passage du Sond, et que les trois nations seroient également bien traînées dan? ton*
(1) Aitzenia, S. tau Slatt. IV. 40. p. 542.
Tfiou prend awliance sur ce sujet. 635
is les compensations n 'estaient pas si faire accroire. En rendant Druntr ^ '« Danncinarc luy cedast une
v % ■• -toit sans comparaison plus
*''4< . .'.a use de ses ports et havres,
***>, %t^ ,r ^rvegue du Koiaume de Dannc-
*fc.„ " ^ -? quelques uns de ses vaisseaux de
ty ^ * .ie fort grande somme d'argent; encore
r '^/ .eux mille fantassins; la propriété de tou-
^b> uonc; la restitution de l'isle du Bornholm,
% . sans amnistie pour les habitants, qui avoient
,;e à la garnison Suédoise; une partie du comté arg, qui l'accommodoit en sa principauté de Brème, jurs autres choses de cette force, ambassadeur de France, prenant une audiance particulière tir la mesme affaire, et enchérissant sur la lettre du Jtoy, son Maistre, dit, que la seconde rupture qui s'estoit faite entre les deux Bois, n'a voit eu pour sujet, ou pour prétexte, que l'inexécution du traitté de Koschild. Que leurs amis communs, la France, l'Angleterre et cet Estât, avoient jugé que la paix se devoit faire sur le pied du mesme traitté, de sorte que tout le différend n'estoit présentement que de quelques compensations ou eschanges, que l'on pourroit faire examiner par tous les Ministres des intéressés, et que le Roy, son Maistre, entendoit que si les deux Bois n'en pouvoient pas convenir entre eux à l'amiable, ou par le moyen d'arbitres, que le traitté de Koschild fust exécuté en tous ses points, à la reserve du troisième article, due si on ne pouvoit pas obtenir cela du Roy de Dannemarc, il se déclarer oit pour le Boy de Suéde, et l'assistcroit de toutes les forces de ses armes. Qu'il devoit cette assistance à la fidélité et à la constance, avec laquelle la Cour de Suéde a voit embrassé les interests de la France pendant la guerre et dans la negotiation de la paix d'Allemagne; et qu'il n'y pouvoit pas manquer, à moins de manquer aux principes d'honneur et de reconnoissance, dont il feisoit une profession particulière. On répondit par escrit à l'Ambassadeur: Que ces différends ne pouvoient pas estre démeslés à la Haye, tant parce que les Ministres des deux Bois n'avoient
(1) V. la lettre de Vogelsang à de Witt du 6 Janvier 1660. Brieve*, VI. p. 313 sv.
634 lettre du Boy de France au sujet dm Roi de Suéde.
Adolfe marquent quelque chose de plus grand et de plus illustre, mais son règne fut plus long, et une heureuse constellation envoyoit de si favorables influences sur toutes ses actions, qu'on les doit considérer comme des miracles plustost que comme des productions ordinaires. Ceux qui s'amusent à chercher des mystères dans les choses que la Providence Oivine a réglées par le cours ordinaire de la nature, ont voulu remarquer, qu'il mourut le mes me jour et presque à la mesme heure qu'un an auparavant il a voit fait donner l'assaut à la ville de Coppenhague, et il y eu a qui sont encore persuadés présentement, que dans l'extrémité de sa maladie des apparitions et des visions diaboliques troubloicut le repos de sa conscience, quoy que l'on ne doive chercher la cause de ces inquiétudes que dans les vapeurs qui d'ordiuaire altèrent la constitution du cerveau en cette sorte de maladies.
Dés devant le decés du Roy de Suéde, celuy de France avoit escrit aux £stats Généraux qu'il avoit esté bien aise d'apprendre qu'ils s'estoient réconciliés avec un Prince qu'il considérait; mais que cette joye n 'estoit pas bien pure, parce qu'il apprenoit de plusieurs endroits, que les estrangers faisoient des intrigues et des cabales en ces païs, pour empescher la ratification du traitté d'Elbing, mesraes avec son éclaircissement, et qu'ils vouloieat persuader aux Ëstats qu'il falloit profiter de la victoire de Fanen. Qu'il estoit bien asseuré, que le Roy de Suéde estoit entièrement disposé à faire la paix à des conditions raisonnables. Qu'il valoit bien mieux luy accorder quelques petites compensations, qui n'a voient point de proportion avec ce qu'il offroit de restituer uu Roy de Dunnemarc, que de se résoudre à une nouvelle rupture, qui déconcertèrent toutes les affaires de l'Europe (1). On ne peut nier que le Roy de Suéde n'eust consenty que le troisième article du traitté de Roschild en fust osté, parce qu'il donnoit bien autant de scandale h la France et à l'Angleterre qu'à cet Estât, puis qu'il fermoit le passage du Sond à tous les vaisseaux de guerre estrangers indistinctement. Il est vray encore, qu'il disoit qu'il n'auroit point de répugnance à restituer le bailliige de Drunthcra avec ses dépendances. Il promettent aussy, qu'il ne leveroit point de droits au passage du Sond, et que les trois nations seroient également bien traittées dans tous
(1) Aitxema, & van Staet. IV. 40. p. 542.
De TA ou prend auiïiance sur ce sujet. 635
les ports de Suéde. Mais les compensations n'est oient pas si petites que la France vouloit faire accroire. En rendant Drunthem, il demandent que le Roy de Dannemarc hiy cedast une autre province de Norvegue (I), qui estoit sans comparaison plus considérable que ce baiilage, tant à cause de ses ports et havres, que parce qu'elle cl éta choit la Norvegue du Hoiaume de Dannemarc. 11 demandoit aussy quelques uns de ses vaisseaux de guerre du premier rang; une fort grande somme d'argent; encore deux mille chevaux et deux mille fantassins; la propriété de toutes les terres de Schone; la restitution de l'isle d« Bornholm, sans condition et sans amnistie pour les habitants, qui avoient coupé la gorge à la garnison Suédoise; une partie du comté d '01 dem bourg, qui l'accommodoit en sa principauté de Brème, et plusieurs autres choses de cette force.
L'Ambassadeur de France, prenant une audiance particulière pour la mesme affaire, et enchérissant sur la lettre du Roy, son Maistre, dit, que la seconde rupture qui s'estoit faite entre les deux Bois, n'avoit eu pour sujet, ou pour prétexte, que l'inexécution du traitté de Koschild. Que leurs amis communs, la France, l'Angleterre et cet Estât, avoient jugé que la paix se devoit faire sur le pied du mesme traitté, de sorte que tout le différend n'estoit présentement que de quelques compensations ou eschanges, que l'on pourroit faire examiner par tous les Ministres des intéressés, et que le Boy, son Maistre, entendoit que si les deux Bois n'en pouvoient pas convenir entre eux à l'amiable, ou par le moyen d'arbitres, que le traitté de Boschild fust exécuté en tous ses points, à la reserve du troisième article, due si on ne pouvoit pas obtenir cela du Boy de Dannemarc, il se déclarer oit pour le Boy de Suéde, et l'assisteroit de toutes les forces de ses armes. Qu'il devoit cette assistance à la fidélité et à la constance, avec laquelle la Cour de Suéde a voit embrassé les interests de la France pendant la guerre et dans la negotiation de la paix d'Allemagne; et qu'il n'y pouvoit pas manquer, à moins de manquer aux principes d'honneur et de reconnoissance, dont il foisoit une profession particulière. On répondit par escrit à l'Ambassadeur: Que ces différends ne pouvoient pas estre démeslés à la Haye, tant parce que les Ministres des deux Bois n'a voient
(1) V. la lettre de Vogelsaug à de Witt du 6 Jauvicr 1660. Britvcn, VI. p. 313 sv.
636 Réponse de» B*t*U.
point de pouvoir pour cela, que parce que sur chaque incident ils scr oient obligés de demander de nouveaux ordres et de nouvelles instructions. Que de l'autre costé* cela n'embarasseroit pas moins les Ministres, qui est oient en ces quartiers là de la part de la France, de l'Angleterre et de cet Estât, parce que chacun des deux Kois voudroit régler ses interests sur les avantages, que l'adresse de ses Ministres ménagerait en Hollande, et ainsy qu'on ne conclurroit rien, ny en Dannemarc ny en Hollande. Qu'il n'y avoit autre chose à faire qu'à exécuter les traittés de la Haye, et à contraindre par les armes celuy des deux Bois, qui refuseroit de faire la paix sur ce pied là. Que Ton ne pouvoit pas douter que ce ne fust le Boy de Suéde qui la refasoit. Que c'estoit au Boy de France à exécuter le traitté de la Haye, et à y disposer le Koy de Suéde. Que ce n'estoit pas par une animosité particulière qu'ils eussent contre le Boy de Suéde, mais par une nécessité indispensable qu'ils secouroient le Boy de Dannemarc. Qu'ils estoient obligés par des traittés formels, aussy bien que par des mouvements d'humanité, à ne point abandonner un Boy leur allié, qu'une puissance voisine et redoutable alloit opprimer et abismer. Qu'il ne tenoit qu'au Boy de Suéde de faire la paix à des conditions que les médiateurs a voient jugé estre justes et équitables, et qu'il avoit d'autant moins de sujet de craindre d'y succomber, que cet Estât mesme l'assisteroit puissamment, si le refus que le Boy de Dannemarc pouvoit faire de consentir à la paix, avoit réduit le Boy de Suéde à quelque extrémité. Ainsy que l'Ambassadeur de France se seroit bien passé de remplir ses mémoires d'expressions, qui estoient bien favorables au Roy de Suéde, mais qui estoient fort opposées aux conventions de la Haye, et à la parole du Roy, son Maistre.
Le mesme Ambassadeur avoit témoigné dans son Mémoire le ressentiment que le Roy avoit des devoirs que les Estats faisoient faire en Angleterre et auprès des villes Anseatiques contre les nouvelles vexations, dont on incommodoit le commerce, par l'imposition de cinquante sols par tonneau sur les vaisseaux qui chargent en France. C'est ce 'que le Roy ne peut souffrir, disoit il, sans en témoigner le dernier ressentiment, et vous déclarer par ma bouche, que si directement ou indirectement vous persistez à continuer ces sollicitations en Angleterre ou à Lubeck, que Sa Majesté ne peut considérer que comme des pratiques et des menées pour former une ligue contre son Estât, il donnera au vostre les dernières marques de ressentiment et
Negot. entre Ut Minist. des 3 Estats pour la paix entre la Suéde et le Dannem. 637
d'indignation, qui seront en son pouvoir. Il y àjousta, en achevant de haranguer: Qu'il s'asseuroit que les Estats n'auroient point de peine à se porter à ne plus donner à Sa Majesté les dégousts, qu'ils luy ont donnés depuis quelque temps en plusieurs rencontres, qu'il ne vouloit point particulariser. Et afin qu'on ne pust plus douter de l'intention de la Cour de France, il s'en expliqua dans un autre Mémoire du 27 Avril, où il parloit en ces termes: L'Ambassadeur a ordre, non seulement de confirmer les déclarations qu'il a faites dans sa dernière audiance, mais aussy d'y en âj ouater de nouvelles, et de déclarer, que le Boy mettra le tout pour le tout, pour conserver et maintenir le jeune Roy et la Reine de Suéde dans les avantages, qui leur sont légitimement acquis par le traitté de Roschild (1).
Le Roy de Dannemarc déclara dés le mois de Septembre 1659 qu'il acceptoit les traittés de la Haye; mais voyant enfin que l'armée navale d'Angleterre, au lieu d'exécuter les mesmes trait-* tés, s'estoit retirée, et que la France continuoit de favoriser les interests de son ennemy, il fit dire aux Ministres médiateurs, qu'il ne croyoit pas estre tenu à sa déclaration, et qu'il la tenoit pour nulle et pour non faite, puis qu'au99y bien les affaires n'estoient plus en Testât où elles estoient en ce temps là. Les Ministres de France et d'Angleterre en furent tellement offensés, qu'ils voulurent obliger ceux des Estats à déclarer que c'estoit le Roy de Dannemarc qui refusoit d'agréer les conditions du concert de la Haye. Mais tout ce qu'ils purent obtenir, ce fut qu'il fut résolu que tous les Ministres feroient un projet de traitté sur le pied de celuy de Roschild, dont on retrancheroit le troisième article, et on y feroit entrer les reserves contenus aux trois traittés de la Haye. Sur ce projet les Commissaires Suédois acceptèrent les traittés en des termes généraux : et quelques jours après, les Ministres d'Angleterre, qui n'avoient dit mot, lors qu'au mois de Septembre le Roy de Dannemarc avoit accepté le traitté de la Haye, et que celuy de Suéde l'avoit rejette, eurent bien l'asseurance de déclarer à ceux des Estats, que s'ils ne faisoient revenir le secours, que l'Estat avoit envoyé au Roy de Dannemarc, ils en protesteroient comme d'une action directement contraire aux traittés, et qui violoit l'amitié qui estoit entre les deux nations. Ils eurent cette audace, bien que nonobstant les mesmes
(1) Aitzema, S. van Staet. IV. 40. p. 543, 544.
638 Mauvais offices des Mixislres de Fraare et & Angleterre.
traittés, leur armée navale se fust retirée et eust refusé d'agir contre le Roy récusant. Neantmoins les Députés HoUandois voulurent bien s'accommoder a leur humeur, et firent cesser les hostilités, en tirant parole des Ministres de Suéde, qu'ils feraient révoquer les commissions des armateurs qui incommodoient le commerce des habitants de ces Provinces. Les Estats ne furent point du tout satisfaits de cette suspension d'armes, parce qu'elle estoit contraire aux ordres exprés qu'ils a voient donnés à leurs Ministres, de faire agir leurs armes avec vigueur, jusques à ce que la paix fust absolument faite, et il s'en falloit beaucoup qu'elle le fust, parce que les Commissaires Suédois, en déclarant qu'ils desiroient faire la paix, s estaient expressément réservés la faculté de changer quelque chose au traitté de Roschild, d'en retrancher ou d'y ajouster ce qu'ils jugeroient à propos. C'est pourquoy les Estats ordonnèrent encore à leurs Ministres de faire agir l'armée navale et les troupes, incessamment, jusques à ce que les Suédois se seroient expliqués en sorte qu'on ne pourrait plus douter de la paix, et de faire voir aux Ministres de France et d'Angleterre, que ces ordres estoient entièrement conformes aux conventions de la Haye. On avoit cependant eu la confirmation des 6vis de la mort du Roy de Suéde et à cause de cela on remarquent qu'il n'y avoit plus tant de fierté au procédé des Commissaires Suédois que par le passé. Ils ne parloient plus de compensation ny d'équivalent du bailla ge de Drunthem, et ils n'appuyoient plus si fortement les demandes hautaines que le défunt avoit faites.
Ce changement que Ton appercevoit en leur manière de negoticr, achevoit de fortifier l'espérance qu'on avoit en Hollande de voir bientost la fin de la guerre, et mesmes d'obtenir quelque dédommagement pour le Roy de Dannemarc. Cela estoit infallible, sans les mauvais offices que les Ministres de France et d'Angleterre faisoient auprès des Commissaires de Suéde, tant sur ce sujet que pour le différend des quatre cens mille escus que le Roy défunt s'estoit fait promettre depuis le traitté de lioschild. Ils s'y employoient avec tant de passion, que non seulement on ne pouvoit pas croire, que leur intention fust de faire faire la paix à des conditions raisonnables, mais aussy qu'ils faisoient connoistre visiblement qu'ils vouloient détruire les bonnes inclinations que les Commissaires Suédois témoignoient avoir depuis la mort de leur Roy, jusques là que les Ministres des Estats ayant ajusté avec eux presque tous les articles du traitté,
Entier arreste dix vaisseaux de guerre Suédois. 639
de sorte que Ton commença à parler de la conclusion avec beaucoup d'apparence, les Ministres de France et d'Angleterre y formèrent des difficultés, dont ceux de Suéde ne s'estoient point avisés, et donnèrent aux paroles des uns et aux expressions des autres un sens bien contraire à leur intention. Us disoient que ceux des Estats n'avoient pas bien compris les discours des Commissaires Suédois, et que ceux cy s'expliqueroient.en sorte que l'on y trouveroit un jour bien opposé à celuy qu'on leur donnqit. Les Ambassadeurs d'Angleterre insistèrent particulièrement à ce qu'il ne fust point parlé de la ratification du traitté d'Elbing, qui à ce qu'ils disoient, faisoit un grand préjudice à leurs Maistres, en ce que la confirmation des traittés précédents, dont il estoit parlé, obligeoit les alliés à un secours réciproque. Ce procédé mit les Ministres Hollandois dans une si grande incertitude du succès de leur negotiation, qu'ils résolurent d'ordonner à Ruiter d'agir avec sa flotte conformément à l'intention et aux commandements de leurs Maistres. Le traitté d'Elbing n'avoit rien de commun avec celuy qui se negotioit entre les deux Bois, et les paroles ambiguës des Suédois faisaient bien fort douter de la sincérité de leurs intentions. Pour se mettre à couvert du reproche qu'on leur pourroit faire, que c'estoient eux qui estoient cause du retardement de la paix, ils protestèrent qu'ils s'en rapporteroient à tout ce que les Médiateurs en ordonneroient," et qu'ils s'y resigneroient entièrement. Us scavoient que ceux de France et d'Angleterre parleroient pour leurs interests, et croyoient satisfaire en se conformant à leurs resolutions, qui seroient sans doute contraires aux sentiments des Ministres de Hollande, quand mesmes elles le seroient aussy aux conventions de la Haye.
Ils sortirent de cet embaras par une rencontre que la fortune fit naistre, et qui fit conclurre la paix lors que Ton n'y songeoit point, contre l'opinion des intéressés, contre la croyance de tout le monde, et nonobstant les traverses et les oppositions des Ministres Médiateurs de France et d'Angleterre. Ruiter, ayant veu sortir dix vaisseaux de guerre Suédois du havre de Lantscroon, ville de Schone, à dessein de prendre la route de la mer Baltique, et ne scachant ce qu'il devoit juger de leur intention, les fit venir à l'ancre dans la portée du canon de son armée navale, qui estoit aussy sur les fers, composée des dix huit vaisseaux de son escadre, veillant à ce que quelque nouvelle hostilité ne deconcertast la negotiation. Les Ministres des Provinces Unies
640 Menaces des Mimùtre* de France et d^AngUierrt.
en donnèrent avis à ceux de France et d'Angleterre, à qui ils représentèrent, qu'on ne devoit pas souffrir, que les Suédois, en tirant la negotiation en longueur, fissent perdre au Boy de Dannemarc des avantages qu'il ne pourrait jamais recouvrer, et qu'A estoit temps de faire réussir l'intention des trois Estais exprimée dans les traittés de la Haye. Qu'en cette considération, et dans la nécessité, ou ils se trouvoient d'empescher qu'elle fust éludée par des entreprises qui pourraient éloigner la conclusion de la paix, et donner occasion à une nouvelle rupture, ils avoient jugé nécessaire de faire arrester les dix vaisseaux de guerre Suédois, dont ils ne pouvoient pas deviner le dessein, ny pourquoy ils estoient sortis de Landscroon dans la présente conjoncture d'affaire». Cet Avis fut receu d'abord avec civilité, sans que les Ministres de France et d'Angleterre témoignassent le moindre chagrin de cette rencontre; mais dés que les Commissaires Suédois leur en eurent fait des plaintes, les mesmes Ministres, qui avoient agréablement receu le premier Avis, ou du moins avec indifférence, entreprirent de forcer cet Estât de relascher les vaisseaux, et déclarèrent que si on ne le faisoit incontinent et sans remise, ils renonçoient à la qualité de médiateur, pour prendre celle de partie, parce que ce n 'estoit pas à la Suéde qu'on faisoit cet affront, mais à la France et à l'Angleterre, qui ne manqueraient pas de s'en ressentir. Ce qui se fit avec tant d'emportement et d'impétuosité, que Ter Ion, Ambassadeur de France, tranchant du Souverain, et faisant en mesme temps l'héraut, dit brusquement aux Députés des Estats, qu'il declaroit la guerre aux Provinces Unies, en parlant à leurs personnes. Avec tout cela, ny leurs déclarations, ny leurs protestations, ny leurs menaces ne firent rien. Au contraire, les Ministres Hollandois demeurèrent fermes, et estant fort résolus de faire réussir l'intention de leurs Committents, et d'executer leurs commandements, ils ordonnèrent à Kuiter d'observer les vaisseaux Suédois, en sorte qu'il en pust rendre bon compte (1). Ils firent cependant un dernier effort sur les Ministres de la Cour de Dannemarc, pour tascher de les disposer à acquiescer à tous les points qui avoient esté réglés entre les Médiateurs, à quoy ils travaillèrent avec d'autant plus d'application et d'empressement, que les François et lesAn-
(1) Aitzema, S. tan Stati. IV. 40. p. 553 sv. Basnage, An- Hait* I. p. 595, 596.
Paix entre les Couronnes de Suéde et de Dannemarc. 641
gloîs y vouloient donner une mauvaise impression de l'intention des Estats. Ils vouloient faire accroire que les Estats, sous prétexte de se faire rembourser de la dépense qu'ils a voient faite au delà de celle qu'ils estoient obligés de faire en vertu des traittés, prendroient un si grand empire sur le Boy de Dannemarc qu'ils le feroient entièrement dépendre d'eux. A quoy se rapportoit fort le Mémoire dont il a esté parlé cy dessus, où d e Thou disoit: Que dautant que la France par une modération et par une générosité sans exemple, n'avoit rien voulu ménager pour elle, les Estats ne dévoient pas aussy se procurer des avantages particuliers, qui pourroient donner de l'ombrage et de la jalousie. Les Estats avoient secouru le Boy de Dannemarc par mer et par terre, et ils s'estoient mis à la bresche pour luy. Mais que pouvoit prétendre la France, qui n'y avoit pas dépensé un seul denier, et qui luy avoit fait beaucoup de mal, mais point de bienP Les Médiateurs François et Anglois en vouloient user comme ils avoient fait au traitté de Boschild, et faire faire la paix sans l'intervention des Hollandois. La médiation des Provinces Unies estoit armée, et en estât de faire faire le traitté sur le pied de la convention de la Haye. Leur conduite avoit esté trop honneste à l'égard du Boy de Dannemarc, et celuy cy avoit trop de preuves de la constunce de leur amitié désintéressée, pour se pouvoir résoudre à traitter à leur exclusion, et on ne pouvoit pas nier, que la Suéde mesme ne leur fust obligée des conditions avantageuses que la convention de la Haye luy faisoit obtenir, dans un temps où la France et l'Angleterre ne les pouvoient pas empeseber de mettre tous les avantages du costé du Boy de Dannemarc. Les Ministres d'Angleterre n'avoient point de Maistre depuis la dernière révolution des affaires de Londres, et la conduite de l'Ambassadeur de France, qui n'avoit ny l'estime de sa Cour, ny la confidence du premier Ministre, estoit extrêmement estourdie, et fort sujette à estre désavouée. Tellement que la Suéde, qui vouloit sauver ses dix vaisseaux de guerre, y donnant les mains, et le Boy de Dannemarc estant obligé de suivre les mouvements que les Ministres de Hollande luy inspiroient, toutes les oppositions de ceux de France et d'Angleterre devinrent inutiles et ne purent pas empescher que le traitté ne fust signé le 6 Juin 1660 (1). Ilportoit: Qu'il y auroît
(1) 27 Mai V. S. Aitzema, S. van Staet. IV. 40. p. 557 svv. Corps univ. diplom. VI. 2. p. 319 svv.