II
642 Le* plu* importants article* du traitté.
amitié et bonne intelligence entre les deux Rois de Dannemarc et de Suéde, leurs Roiaumes et sujets. Que de part et d'autre ils renonceraient aux traittés qu'ils pourroient avoir faits au préjudice de cette amitié. Que les navires et les marchandises des Suédois seroient exemts du péage qui se paye au Sond. Que k baillagc de Bah us et les provinces de Schone, Bleking etHaland demeureroient à la Couronne de Suéde, conformément au traitté de Roschild. Que la connoissance du différend que Ton avait pour Tisle de Bornholm, seroit remise à un autre temps. Que le Roy de Dannemarc payeroit tous les ans à celuy de Suéde une somme d'argent, pour les feux que Ton est obligé d'allumer la nuit en la coste de Schone, pour la seureté des vaisseaux qui passent par le Sond. Que les vaisseaux de guerre Suédois salueroient le chasteau de Cronebourg lors qu'ils passeraient par le Sond. Que lors que le Roy de Suéde y voudroit faire passer des troupes, ou une armée navale considérable, il seroit obligé d'en Avertir trois semaines auparavant. Que le Roy de Dannemarc cederoit à celuy de Suéde les prétentions qu'il a sur l'isle de Ruguen. Qu'il payeroit le surplus de la valeur du sel, dont les trois navires, qui furent arrestés au Sond, estoient chargés. Que les habitants des Provinces que le Roy de Dannemarc cedoit à . la Suéde feraient le serment de fidélité à cette Couronne, en leur laissant la propriété des biens qu'ils y possedoient. Que les actes et les archives seroient délivrés avec les places. Que le Roy de Suéde restitucroit à celuy de Dannemarc ce qu'il avoit occupé en Zeclandc, et les isles de Laland, Falster et Meun, avec leurs chastcaux et places, sans refusion des frais qui pourroient avoir esté faits à leurs fortifications, comme aussy le baillage de Drunthem, et qu'il renoncerait aux droits et aux prétentions qu'il pourrait avoir sur Ditmarsc et Delmenhorst, à cause de l'Eglise Cathédrale de Brème. Qu'il remettrait les quatre cents mille escus qui luy avoient esté promis pour le dédommagement de l'affaire de Guinée. Que le Roy de Suéde pourrait faire emmener toute l'artillerie et toutes les munitions, à la reserve de celles de Cronenbourg. Qu'il pourroit faire serrer dans les magasins des places qui seroient restituées, quelques munitions de guerre et de bouche, jusqu'à ce qu'il eust fait retirer ses troupes. Que les prisonniers seroient mis en liberté de costé et d'autre. Qu'il se ferait une restitution générale et réciproque de tout ce qui avoit esté pris depuis le traitté de Roschild. Qu'on fourniroit des vivres aux Suédois jusques à leur retraitte. Qu'il seroit
Pais entre la Pologne et la Suéde. 643
permis aux habitants des isles de s'aller establir où bon leur semblerait. Que les traittés précédents qui ont esté faits entre les deux Couronnes subsisteroient, et entre autres qu'on executeroit le vingt deuxième article du traitté de Roschild, qui parle des interests du Duc de Uolstein. Qu'il y auroit une amnistie entière de tout ce qui s'estoit passé entre le Roy de Dannemarc et le Duc de Holstein Gottorp. L'Empereur, la Couronne de Pologne, l'Electeur de Brandebourg, le Comte d'Oldenbourg, avec •es héritiers, et les villes Anseatiques furent compris au traitté.
Ce fut là la fin de la guerre du Nort, parce que la Pologne avoit desja fait son traitté. Les alliés esperoient que le decés du Roy de Suéde apporter oit du changement aux affaires, et ils ne s'y trompoient point. Les Polonois, qui vouloient faire la paix à quelque prix que ce fust, ainsy que nous venons de dire, en parloient comme d'un accident qui la leur donneroit aux conditions qu'ils sou h ait ter oient ; mais de peur que les autres alliés ne les prévinssent, ils résolurent de conclurre le traitté, bien que les Ambassadeurs de Site de n'eussent point de pouvoir, puis que celuy qu'ils avoient du Roy défunt, estoit exspiré avec sa vie, et que le successeur ne leur en avoit pas encore envoyé. Les Suédois de leur costé ne rejettoient pas absolument la médiation de van den Honart, et disoient mesmes qu'ils croyoient qu'elle ne serait pas désagréable au Roy, leur Maistre, mais que n'ayant point d'ordre exprés pour cela, ils ne l'osoient pas accepter positivement. Le mois d'Avril estoit desja bien avancé, aussy bien que le traitté, lors que les Ministres de Suéde luy dirent, qu'ils avoient ordre d'accepter sa médiation, et de luy faire part de ce qui s'estoit passé en toute la negotiation; et neantmoins ils n'en firent rien, i et conclurent le traitté sans luy. Il fut signé au couvent d'Olive le 3 May (1), et convertissant en une paix perpétuelle la trêve qui avoit esté faite à Strumsdorf en 1635, il regloit au fond les différends qui avoient esté cause de tant de guerres entre les deux Rois pour la Couronne de Suéde, et entre les deux Roiaumes pour la Livonie. Par ce traitté le Roy de Pologne renonça aux prétentions que le Roy de Pologne avoit sur la Suéde, en se reservant pour sa personne, pendant sa vie, les armes et le tiltre en toutes ses lettres, si non en celles qui
(1) 23 Avril V. S. Aitzema, S. ma Slaet. IV. 40. p. 514 svv. Corps univ. diplom. VI. 2. p. 303 svv.
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Il ne se peut qu'en lisant ce qui vient d'estre dit on n'ait parque quelque bizarrerie en la conduite des Ministres d'An* déterre, dont il ne sera pas hors de propos de dire la cause et les circonstances. Les dernières années de l'usurpation d'Olivier Cromwell n'uvoient pas esté soutenues avec la mesme vigueur que les premières, tant ptirce que les peuples n'a voient plus la mcsine a tic et ion pour le gouvernement, qui u'utoil fait que changer de nom, que parce que faute de convoquer le Parlement il n'y a voit point d'argent pour payer les gens de guerre. Cela punit incontinent «prés son decés; de sorte que ce défaut et la tuiblcsse de Kichard, son fils, firent bientost juger, que la dignité de Protecteur ne se conserveroit pas longtemps dans su Maison. Les séditions continuelles des gens de guerre, et lei cabales de leurs Chefs, qui ne reconnoissoient point de supérieur, faisaient ïibhnrrer l'anarchie, et le souvenir de la pétulance de certaine sorte de gens, dont le Parlement estoit composé depuis quelques années, faisoit regretter la douceur et l'abondance ilu dernier renie et soupirer après le retour du légitime héritier <k
Affaires <F Angleterre. 645
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644 Teneur du traitié.
rcgardcroicnt la Sucdc. Le Boy et les Es ta ta de Pologne et de Lituanie, y cédèrent au Boy et à la Couronne de Suéde cette partie de la Livonic, qui est delà la rivière de Dune, avec l'isk de Runen, en la mesme manière que la Suéde Ta voit possédée pendant la trêve, avec l'Esthonic et l'isle d'Oesel, la partie méridionale de la Livonie demeurant à la Pologne, comme elle en avoit joiïy durant la trêve. L'Empereur et l'Electeur de Brandebourg, qui n'a voient pris les armes qu'à l'occasion de la guerre de Pologne, traitterent en mesme temps. Ils avoient l'un et l'autre perdu l'espérance de faire des conquestes sur la Suéde, depuis le mauvais succès du siège de Stettin. D'ailleurs le Boy de France avoit fait déclarer aux Députés des Estats de l'Empire, qui estoient assemblés à Francfort, que l'invasion que les armes de l'Empereur et de l'Electeur de Brandebourg avoient faite en Pomcranic, estoit une infraction des traittés de Westfalie, que le Boy estoit obligé de garantir et de faire exécuter. Cette déclaration fit un grand effet. Car les Députés représentèrent à l'Empereur la conséquence de cette puissante intercession, et le prièrent de retirer ses troupes ou de ne pas trouver mauvais, qu'ils donnassent ordre à ce que le repos de l'Empire ne fust point troublé par des armes es tran gères. Les Princes de l'alliance du Bbin n'eurent point de peine à faire prendre cette resolution.
11 ne se peut qu'en lisant ce qui vient d'eatre dit on n'ait remarqué quelque bizarrerie en la conduite des Ministres d'Angleterre, dont il ne sera pas hors de propos de dire la cause et les circonstances. Les dernières années de l'usurpation d'Olivier Cromwell n'avoient pas esté soutenues avec la mesine vigueur que les premières, tant parce que les peuples n'avoient plus la mesme affection pour le gouvernement, qui n'avoit fail que changer de nom, que parce que faute de convoquer le Parlement il n'y avoit point d'argent pour payer les gens de guerre. Cela parut incontinent après son decés; de sorte que ce défaut et la foiblcssc de Richard, son fils, firent bientost juger, que la dignité de Protecteur ne se conserveroit pas longtemps dans sa Maison. Les séditions continuelles des gens de guerre, et les cabales de leurs Chefs, qui ne reconnoissoient point de supérieur, faisoient abhorrer l'anarchie, et le souvenir de la pétulance de certaine sorte de gens, dont le Parlement estoit composé depuis quelques années, faisoit regretter la douceur et l'abondance du dernier règne et souspirer après le retour du légitime héritier de
Affaires $ Angleterre. 645
la Couronne. Tout le monde attendoit avec impatience ce bonheur, mais peu de personnes entreprirent de le faire revenir, et on peut dire que le General Monck fut presque le seul qui mist la main à ce grand ouvrage, et qui eust la gloire de l'achever. Dés le commencement de Tan 1660, le Vice Amiral Lawson et les officiers de sou escadre se déclarèrent pour un Parlement libre. La pluspart des officiers de l'armée, qui avoient formé un Conseil entre eux, entrèrent dans les mesmes sentiments. Le Maire et le Magistrat de Londres secondèrent ces bonnes intentions, et firent dire à Fleetwood, qui estoit Chef de l'armée, qu'il eust à faire en sorte que le Parlement fust restably dans Testât, où il estoit devant que le traitté que l'on ncgotioit avec le feu Roy dans l'isle de Wigt, fust rompu. On y proposa, que tous les Députés dont le Parlement seroit composé, feroient serment qu'ils ne reconnoistroient jamais ny Roy ny dignité Royale en Angleterre; mais ce ne fut que pour n'effaroucher point les esprits, qui avoient aidé à la destruire, et qui avoient encore assés de crédit parmy les gens de guerre pour les faire déclarer contre les auteurs de la révolution, s'ils eussent pu pénétrer leur dessein. Le Parlement ne laissoit pas cependant de s'asseurer des officiers que l'on scavoit estre bien intentionnés, et de se défaire de ceux dont il avoit sujet de se défier, en licentiant un bon nombre d'Anabaptistes et d'Indépendants. Il chassa Henry Vane, qui estoit ennemy déclaré et irréconciliable de la Monarchie, et éloigna quelques uns des principaux officiers de l'armée, qui estoient créatures de Cromwell, afin de leur oster le moyen de troubler le repos de la ville de Londres. Les animosités n'y estoient pas encore si bien esteintes, qu'il ne fallust employer les troupes que Monck commandoit, pour les retenir dans l'obéissance. Neantmoins pour ne point gaster l'affaire, dont dépendoit absolument le restablissement du Roy ou sa ruiâe, par une déclaration trop précipitée, Monck souffrit qu'on obligeast les nouveaux Membres ou Députés du Parlement à promettre qu'ils seroient fidelles et loyaux à la Republique d'Angleterre, et à son gouvernement présent, libre et sans Roy, ou domination de personne singulière. Il trouva la ville de Londres disposée à rentrer dans son devoir. Il fit rentrer au Parlement les Députés qui en avoient esté chassés en 1648. Il en fit sortir ceux qui s'estoient trouvés au jugement de mort du feu Roy, avec les usurpateurs de la Souveraineté; et ayant en suitte fait convoquer le meame Parlement libre, qui estoit autrefois composé
646 Le Q citerai Monck contribué le plus sm reêtablissement dm lUg.
de deux chambres, suivant les loix fondamentales du Roiaume, il y fit résoudre le rappel et le resta bli s sèment du Boy. Il y en a qui veulent faire croire, que ce fut contre son intention, et qu'il avoit tout autre dessein; et pour faire voir que ce n'est pai sans fondement qu'ils en jugent ainsy, ils disent: Que lors que Monck fit prendre séance dans le Parlement aux Députés qui en avoient esté chassés auparavant, il y représenta, qu'il n'y avoit rien d'apparence de restablir l'autorité Royale, puis que tout le peuple estoit prévenu de l'opinion de la liberté. Que ai on faisoit revenir le Roy il y auroit lieu de craindre, qu'il ne gouvernast despotiquement. Qu'il restabliroit, sans doute, l'Hiérarchie dans l'Eglise, comme estant plus conforme au gouvernement Monarchique, et que la ville de Londres floriroit mieux, sans comparaison, sous un gouvernement Aristocratique que sons la Monarchie. C'est ce que l'on ne peut nier, mais il est vray aussy, que ce fut de son avis que le nouveau Parlement fut convoqué, que l'on fit cesser la vente des biens de ceux que Ton appelloit Malignant8} et que le Maire et les Eschevins de Londres firent oster l'infâme inscription, que l'on avoit mise sous U statue du Boy défunt au Nouveau Change. Mais il me semble, qu'on doit dire pour sa justification, qu'il n'y a point de meilleur témoin, ny de plus juste juge de ses intentions que le Roy mesme, qui en ayant une parfaite connoissance a bien voulu avouer publiquement que c'estoit à luy principalement qu'il estoit obligé de la révolution des affaires de son Roiaume, et reconnoistre cette obligation en sa personne et en sa postérité. Ce qui me fait dire, que Ton ne doit pas àjouster foy à ce que l'envie ou la malice a publié au préjudice des illustres témoignages que le Roy a bien voulu rendre aux services d'un si fidelle sujet. M o o r 1 a n d , premier Commis de T h u r 1 o e , qui estoit Secrétaire d'Estat sous Cromwcll, avertissoit le Roy fort pertinemment de tout ce qui se passoit en Angleterre pour le bien de son service; de sorte que sur les avis qu'il eut des espérances infaillibles de son restablissement, il se retira de Bruxelles à Breda, auprès delà Princesse Royale, sa soeur, veuve du défunt Prince d'Orange, à dessein de passer de là en Hollande pour s'y embarquer. Le Marquis de Caraccne, Gouverneur des Païsbas de l'obéissance du Roy d'Espagne, luy offrit les ports de Flandre, pour faciliter le transport de sa personne, et le convia à une entreveùe qui se devoit faire à Anvers; mais le Roy se contenta d'y envoyer le Duc de Yorc, son frere, et se défendit des civilités que Ton
Le Roy ne se fie point aux Espagnol* et passe dans les Prov. Unies. 647
offrait de luy faire dans un pais où il en avoit desja tant receu, qu'il n'auroit pu honnettement refuser la restitution de Dunquerque, dont les Anglois avoient fait un poste capable de donner de la jaloasie à la France aussy bien qu'à l'Espagne,
La Hollande eut l'honneur de voir le Roy s'embarquer sur ses costes; et comme le voyage qu'il fit en cette Province fait un des plus beaux endroits de nostre Histoire, j'en marqueray icy quelques particularités, qui sont assés considérables et fort nécessaires. Je ne crains point que Ton me reproche de les avoir prises dans une Relation qui fut imprimée en ce temps là, et qui en dit toutes les circonstances (1). Car outre que j'ay eu accès aux mesmes registres dont elles ont esté tirées, c'est avec la permission de l'auteur que j'en enfle icy une partie de mon ouvrage, sans que je puisse passer pour plagiaire.
La resolution du Parlement qui restablissoit le Roy fut prise le 11 May; elle fut portée à Breda le 14, et à la Haye le 15 du mesme mois. On en fut si peu surpris, que les Estats de Hollande, qui estoient assemblés en ce temps là, avoient résolu dés le 13 de luy envoyer des Députés, pour luy témoigner la part qu'ils prenoient à sa satisfaction, et pour le prier d'honorer l'Estat de son amitié, et la Province de son passage et de son embarquement. Ils firent prendre une semblable resolution dans l'assemblée des Estats Généraux; mais afin que l'on ne crust point qu'on vouloit prévenir le Parlement, et le rcconnoistre pour Roy devant que l'Angleterre l'eust reconnu, ils jugèrent qu'il seroit à propos de ne point faire partir les Députés qu'après que le Parlement luy auroit fait scavoir la disposition de tout le Roiaume. Neantmoins dans l'impatience que les Estats de Hollande avoient de donner au Roy une preuve de leur affection, ils firent partir Louis de Nassau, Seigneur de la Lecque, de Beverweert etc., qui sous prétexte de rendre une visite particulière au Marquis d'Ormont, dont le fils avoit épousé sa fille* avoit ordre de faire le premier compliment (2). Il arriva à Breda le mesme jour que Don Jean de Monroyy vint faire offre de service au Roy de la part du Marquis de Caraccne, et il n'eut point de peine à obtenir de Sa Majesté ce que les Estats
(1) V. Aitzema, S. van StaeL IV. 40. p. 585—605.
(2) V. la lettre de de Witt au Seigneur de Beverwecrt du 17 Mai 1660 (Archives du Royaume). Résol. des Etats de Hollande du 13 et du 15 Mai.
648 Rewt.d.BêtaUGen.Hd.BsiaUfoHoU.povrdtpuierauRcyetUdefrqeT.
de Hollande désiraient d'elle, parce qu'il estoit trop incommode à Breda, où on commençoit à manquer de vivres, et parce qu'il se hastoit d'aller au devant des Députés que le Parlement luy de? oit envoyer. Sur l'avis que Beverweert donna que les offices des Estnts de Hollande avoient esté bien receus, il fut résolu (1) qu'on feroit partir les Députés, et que l'Ëstat se chargerait de la dépense que le Roy feroit pendant son séjour, mais que les Estats de Hollande le défrayeroient dés qu'il entrerait dans la Province, et le jour qu'il arriverait à la Haye, comme faisant partie de son voyage. Ce qu'il y eut de remarquable en cela fut, que les deux depatations des Estats Généraux et des Estats de Hollande se devant en mesme temps trouver auprès du Roy, il y eut quelque contestation sur le rang que les Députés de Hollande prendraient - en la Hollande mesme, où ils représentaient les Souverains de la Province. Mais l'Assemblée des Estats Généraux, qui est composée de Députés qui prétendent et possèdent les mesmes droits de Souveraineté, le laissa sans répugnance à ceux de Hollande, et consentit que ses Députés, après avoir fait les civilités dans un lieu où ils représentent la Souveraineté (2), demeureraient sans fonction et sans caractère dés que Ton seroit entré dans la Province de Hollande. A condition que les Députés de Hollande fer oient les honneurs de la maison chez eux, et traitteroient ceux de In Généralité comme estrangers avec civilité, en leur offrant la main et le pas quand ils se rencontreraient ensemble.
Les Estats Généraux nommèrent huit Députés, un de chacune des sept Provinces, et deux de Hollande, et cette Province en nomma quatre: un du corps de la Noblesse, et un Député de chacune des trois villes de Dordrecht, d'Amsterdam et d'Alcmar (3). Les uns et les autres n'a voient que la qualité de De-
(1) à l'Assemblée des Etats Généraux. V. Aitzema, S. va* Statt. IV. 40. p. 586.
(2) à Breda.
(3) Les Etats Généraux se firent représenter par les Députés: Ripperda tôt Buirsc, de Merode, Guldewagen, Vrybergen, Renswoudc, Velsen, Ysbrants. La Province d'Overyssel n'était pas représentée, ses Députés se trouvant absents. V Aitzema, Le. Les Etats de Hollande par les Députés Louis de Nassau, Seigneur de la Lccquc (du corps de la Noblesse), Cornelis van Bcveren, Sr. de Strevclshocck (Dordrecht), Cornelis van Vlooswyek, (Amsterdam), et Cornelis van Teylingeu (Alcmar). RésoL des Etats de Hollande du 13 Mai 1660.
Les uns et les autres le font complimenter à Breda. 649
pûtes, et ne pouvaient pas avoir le caractère d'Ambassadeur dans leur païs, et dans un lieu ou ils estoient comme les Souverains, quoy qu'ils ne le fussent pas; mais cela n'empescha point, que le Boy ne leur fist les mesmes honneurs qu'il auroit pu faire au caractère mesme. Le Lord Gérard, l'un des gentilshommes de la Chambre du lict, ou des premiers gentilshommes de la Chambre, les alla prendre à leur logis, pour les conduire à Taudiance. Le Lord d'Or mont, le premier Seigneur de la Cour après les Princes, les receut au haut de l'escalier, et le Roy mesme fit quelques pas au devant d'eux. Lors qu'ils commencèrent à parler, le Roy fit mine de se vouloir couvrir, et leur fit signe d'en faire autant, mais voyant qu'ils demeuroient dans le respect, il voulut bien demeurer découvert aussy. Le Roy fit la mesme civilité aux Députés de Hollande, et les Princes, ses frères, eurent la bonté de conduire les uns et les autres jusques à la porte de leur appartement. Ce que j'ay crû devoir remarquer afin de faire voir, qu'il y a des occasions où les Princes se dispensent des règles, que la coustume a establies pour cette sorte de cérémonies, et qu'ils le peuvent faire sans préjudice de ce qui leur est deu, et de ce qu'ils peuvent se faire rendre quand il leur plaist; bien que ce que le Roy fit en cette rencontre dans le territoire d'autruy, ne puisse pas estre tiré à conséquence. Ce ne furent que des compliments de part et d'autre; et quoy que dans les conversations, où on entra après les audiances, le Roy se laUsast eschapper quelques expressions en faveur du Roy de Dannemarc (1), on pouvoit dire pourtant que ce n'estoient encore que des compliments, qu'il scavoit n 'estre pas desagréables aux Estats. On en peut dire autant de la réponse obligeante que le Roy fit sur la proposition que les Députés des Estats luy firent après cela, et assés hors de saison, d'une plus étroite alliance.
La Cour avec toute sa suitte, partit de Breda le 24 May, et dans le mesme temps les Estats Généraux croyant avoir trop cédé à ceux de Hollande, en souffrant que le rang fust réglé de la manière que nous venons de dire, jugèrent qu'il y alloit de l'honneur de l'Estat en gênerai, et que si les Estats de Hollande
(1) De Witt recommanda aux Députés des Etats de Hollande de maintenir le Roi d'Angleterre dans des sentiments favorables envers le Roi de Dannemarc. Lettre du 23 Mai 1660 {Archives du Royaume).
650 Lu Edité âê HoUtmée /*r fmU cinHié à F entré» de U Pnrnvt.
allant en corps recevoir le Boy entre Delft et Rotterdam, les Estats Généraux dévoient aussy aller en corps an devant de Iny jusque* au lieu, où on a accoustumé de recevoir les Ambassadeurs entre Delft et la Haye; que là ils prendraient le rang qu'ils croy oient leur estre deu, et feroient marcher leurs caresses immédiatement après celuy du Boy. Les Estats de Hollande qui estoient persuadés, que les Estats Généraux n'avoient que trop entrepris sur leur Souveraineté, et qui ne se souvenoient que trop de ce qui s'estoit fait à leur préjudice, particulièrement dans les années 1618 et 1650, s'y opposèrent, et firent résoudre, qu'on feroit aux Députés des Estats Généraux tout les honneurs qu'ils pou voient désirer, et consentirent mesmes que leurs caresses suivissent immédiatement celuy du Boy, mais qu'ils ne recevraient ces honneurs que comme estrangers, à qui les Estats de Hollande en vouloient bien faire comme à leurs hostes (1).
On craignoit aussy, qu'il n'arrivast du desordre entre les Ainbassadeurs et Ministres estrangers, pour le rang de leurs carottes, qui n'a pas encore esté réglé, et ne le sera de longtemps; c'est pourquoy on les fit prier de ne les point faire paroistre en cette rencontre, où les Estats seuls dévoient faire les honneurs de la feste (S). Les Ambassadeurs acquiescèrent aux désirs des Souverains, qui en ces occasions en disposent aînsy qu'ils le jugent à propos pour leur honneur et pour leur satisfaction. Gomme en effet, les Estats de Hollande ayant résolu de faire recevoir le Roy à Delft, et ayant donné les ordres nécessaires pour cela, firent prier les Estats Généraux d'bonnorer cette cérémonie de leur présence, et d'y assister par Députés, comme ils firent.
La première réception se fit au Mourvart, à l'entrée de la Province de Hollande, où le Roy, les Princes, les Seigneurs de leurs Maisons, et les Députés des Estats s'embarquèrent en plusieurs jagtes ou pa taches, qui les portèrent le lendemain matin aux portes de Delft. 11 y trouva les Députés des Estats de Hollande, c'est à dire un de chacun de ses membres, avec un très grand nombre de carosscs. Celuy de la Princesse Royale, qui se mit au fond auprès du Boy, portoit toute la famille Royale, les Ducs de Yorc et de Gloccstre se mettant vers le cocher.
(1) Résol. des Etats de Hollande du 24 et du 35 Mai 1660.
(2) Résol. des Etats de Hollande du 24 Mai 1660.
Les Estai* Généraux vont en corps saluer le Boy. 651
et le Prince d'Orange à Tune des portières. Les bourgeois de Delft estoient sous les armes, mais le Roy ne fit que traverser la ville, et arriva à la Haye avec une suitte de soixante douze carosses, celuy de la Princesse Royale n'estant précédé que du ca rosse du Seigneur de Wimmenum, qui tenant une des premières places parmy la Noblesse de la Province, voulut bien, dans cette occasion, faire la fonction de Maistre des Cérémonies, dont il s'acquitta parfaitement bien. Les deux carosses des Estats Généraux prirent place immédiatement après celuy du Roy, et estoient suivis des six, que les Députés de Hollande remplissoient. Les bourgeois de la Haye et le régiment des gardes estoient sous les armes, et faisoient une double haye jusque s à rhostel du Prince Maurice de Nassau, que Ton avoit préparé pour le logement du Roy. Dés que les premiers carosses furent entrés dans la cour, et que le Roy eust mis pied à terre, les Députés des Estats Généraux, qui l'avoient accompagné depuis Breda, se retirèrent et laissèrent l'honneur de la réception et du traittement de ce jour là aux Estats de Hollande.
Le lendemain, les Estats Généraux furent en corps saluer le Roy chez luy. Ils estoient au nombre de vingt cinq, qui s'estant rendus dans la salle ordinaire de leur Assemblée, en sortirent deux à deux, ayant devant eux le Prince Guillaume de Nassau, Gouverneur de Frise et de Groningue, le Ringrave, Commissaire General de la cavallerie et Gouverneur de Mastricht, et le Collonel Hauterive-Chasteauneuf, Gouverneur de Breda, et plusieurs autres hauts officiers, qui avoient tous la teste découverte. Ils furent receus à l'entrée du logis par le Lord Craft, l'un des quatre gentilshommes de la Chambre du lict, et au haut de l'escalier par le Marquis d'Ormont, qui les introduisit dans la chambre du Roy. Le Baron de Guent (1), Premier Député de la Province de Gueldre, porta la parole pour toute l'Assemblée, et fit un discours fort poly et très judicieux. Le Roy, qui n'avoit pas seulement fait mine de se couvrir pendant l'audiance, parce que les Estats demeurèrent découverts, leur fit une réponse très obligeante. Le Conseil d'Estat et la Chambre des Comptes furent à l'audiance après les Estats Généraux. Le Prince de Nassau, parlant pour le premier, où il presidoit,
(1) Le même qui en 1649 avait fait au Roi le compliment de condoléance à l'occasion de la mort du Roi Charles I.
652 QaettioM mu wjet des Ambanadeur* qm vomi à ramdiamre dm Roy.
et Jacob de Reiguersberg, Seigneur de Couwerven'etc., d'une des premières et des plus anciennes familles de Zeelande, fit le compliment pour l'autre.
On mit en délibération chez le Boy, si on admettroit les Ambassadeurs et Ministres estrangers qui demanderaient audiance, ou. si en les admettant, on souffriroit qu'ils se couvrissent. On disoit, qu'il n'y a que la lettre de créance qui donne le caractère, et pas un de tous les Ambassadeurs ayant des lettres pour le Koy, il n'estoit pas obligé* de les considérer, si non comme des particuliers. Ce qui estoit vray, mais aussy les Ambassadeurs n'estoient pas obligés de faire civilité à un Prince, qui refuseroit d'en faire à leur caractère. Qu'ils n'a voient point de lettres pour le Koy, mais ayant des générales, et ordre de faire tout ce qu'ils jugeroient devoir faire pour le service et pour la satisfaction de leurs Maistres, ils ne se pouvoient pas dispenser de voir le Roy, pourveu qu'il eust de la considération" pour leur qualité et pour la dignité de leurs Maistres. On disoit bien, que le Roy ne devoit pas trop faire ce qu'il estoit, parce qu'il n'a voit pas encore pris possession de la Royauté; mais c'estoit uue grande incongruité. Il estoit Roy de naissance, la déclaration du Parlement ne faisoit autre chose, si non fnire connoistre le droit qu'il avoit desja, et il avoit esté couronné en Escosse. En toutes les audiences qu'il donna aux Ambassadeurs, il fit bien voir qu'il scavoit faire le Roy. M. de Thou, qui y alla le premier, fut reccu dans la cour par un gentilhomme de la Chambre, et au haut de l'escalier par le Capitaine des gardes du corps. Les Ambassadeurs Extraordinaires de Dannemarc voulurent mesler les interests du Roy, leur Maistre, avec les compliments; mais le Roy leur fit connoi«trc qu'en Pestât où il estoit il ne pouvoit pas entrer dans la discussion de cette sorte d'affaires, ny s'y intriguer, que celles de son Roiaume ne fussent réglées. L'Ambassadeur d'Espagne, qui estoit allé au devant du Roy jusques à Brcda, le vit comme particulier, et sans demander audiance. Tl n'y eut que Don Enrique de Sousa de Tavnres, Comte de Miranda, Ambassadeur Extraordinaire de Portugal, qui ne fut point admis; mais le lendemain le Roy luy fit dire, par l'un de ses Secrétaires d'Estat, qu'il croyoit estre obligé d'en user ainsy, parce qu'il ne pouvoit pas, de bonne grâce, sans aucune nécessite, et sans aucun avantage pour l'Ambassadeur, donner audiance au Ministre de l'cnuemy déclare du Roy d'Espagne, qui luy avoit fait faire mille civilités, et qui luy avoit donné rctraitte dans sou
Les Estais de Holl. receusp. le Roy av. /. même* honneurs que l. Estais Oen. 663
pais. Neantmoins si l'Ambassadeur avoit des lettres de créance pour luy, qu'il l'escouteroit volontiers, comme lors qu'il seroit dans son Roiaume, il ne manqueroit pas d'admettre les Ministres que le Boy son Maistre luy voudroit envoyer.
Les Estats de Hollande eurent leur audiance dans les mesmes formes, et avec les mesmes cérémonies que les Estats Généraux Ta voient eue; si non qu'il n'y eut que leSr. de Starenbourg, Colonel de leurs gardes, qui marchast devant eux. Ce fut leur Conseiller Pensionaire qui fit la harangue (1), et qui à cause de cela en allant à l'audiance, prit place parmy la Noblesse, afin de n'estre pas obligé de fendre la presse, et ne causer point de confusion en voulant approcher du Boy pour luy parler. Autrefois il n'y avoit point de collège à la Haye, ny dans la Province, qui ne se produisist en de semblables rencontres. Non seulement les Cours de Justice, qui faisoient anciennement le Conseil du Souverain, et la Chambre des Comptes, mais aussy l'Université de Leide et le Consistoire de la Haye se méloient de faire des harangues, et pretendoient faire une espèce de corps Souverain dans la Souveraineté mesme; mais les Estats de Hollande, qui commençoient à se connoistre, voulurent abolir cette coustume, et défendirent à tous ces collèges subalternes composés de sujets, d'y paroistre, et leur ordonnèrent de reserver ces devoirs pour leurs Souverains, au lieu d'idolâtrer les estrangers (2). Après l'audiance, le Roy souffrit que de Witt l'entre tin st des affaires du Nort, et mesmes que les jours suivants le mesme Ministre le vist souvent, et qu'il luy parlast de l'alliance qu'on pourroit faire avec l'Angleterre, dont le Roy asseuroit et amusoit ce Ministre, qui ne pouvoit pas estre agréable après ce qui s'estoit passé avec Cromwell en 1654, dont de Witt avoit eu toute la direction.
Les Estats Généraux avoient fait un fonds de trois cens mille florins pour la dépense de la bouche du Roy, et il y avoit tousjours huit Députes, qui se trouvoient à ses repas quand il mangeoit en public, en quoy ils se faisoient bien autant d'honneur et de plaisir qu'au Roy. La table estoit faite en double potence, où le Roy s'asseoit au milieu entre la Reine de Bohême, sa tante, et la Princesse Royale, sa soeur, quand elles y estoient; les
(1) Résol. Secret, des Etats de Hollande du 26 Mai 1660.
(2) Rlsol. des Etats de Hollande du 26 Mai 1660. Voir aussi T. L p. 255.
664 Pordr* dm r*pat dm Roy.
Princes, ses frères, occupoient Tan des bouts, et le Prince d*0range l'autre; le manche de la potence demeurant pour les Députés des Estats (1). Il y en a?oient qui jugeoient que c'estoit une civilité du pais, et que les Estats en usoient bien familièrement, en se conviant eux mesmes à disner chez le Boy, quoy qu'ils en fissent la dépense. L'auteur de la Relation du voyage du Boy remarque sur ce sujet: que la table du Boy estoit servie en de grands bassins en ovale à cinq services de sis plats et de douze assiettes, parce qu'on changeoit les assiettes deux fois à chaque service, et les plats estoient si forts, qu'il y avoit jusques à deux douzaines de faisans dans un plat, et les autres plats estoient de la mesme force. Il y avoit outre cela cinq autres tables pour les Seigneurs, et une pour les dames, qui estoient toutes servies comme celle du Boy, à la reserve des entrées que Ton servoit après les potages et devant le rosty. On donnoit toutes les confitures au pillage, et il n'y avoit pas seulement abondance de toutes sortes de vins et de liqueurs; mais aussy on faisoit jour et nuit couler des sources qui ne tarissoient point, ny pour les Anglois, ny pour les habitants de la ville. Chaque table estoit de douze couverts, et avoit son maistre d'hostel, ses quatre sommeliers, autant d'aides et douze vallets pour porter la viande et pour servir à boire. Il y avoit un escuyer et quatre cuisiniers pour les potages, les entrées, la pâtisserie, le rosty et les entremets de la bouche du Boy.
L'armée navale d'Angleterre se trouva sur les fers à la rade de Scheveningue devant que le Koy fust arrivé à la Haye, et les Députes des deux Chambres du Parlement, avec ceux de la ville de Londres, s'y rendirent en mesme temps. Leurs soumissions et leurs harangues ne sont pas de nostre sujet, non plus que ce qui se passoit aux visites, que le Boy rendoit presque tous les jours à la Heine de Bohême, et au festin que l'Ambassadeur d'Espagne luy fit. 11 n'est pas nécessaire non plus de parler des a ud innées qu'il donna aux Ministres de l'Empereur et de Suéde, parce que cela se fit sans cérémonies ; mais il faut nécessairement parler de celle qu'il donna aux Députés de la ville d'Amsterdam, qui voulut se faire distinguer en cette rencontre (2). Ils prièrent
(1) Rcsol. des Etats de Hollande du 22 Mai 1660.
(2) Les magistrats d'Amsterdam avaient souvent assisté le Roi d'Angleterre, lorsqu'il lui manquait de l'argent. Aitzcma, S. w« Siaet. IV. 60. p. 587.
Complaisance des Estats de Hollande. 655
le Roy de rendre une visite à leur ville, ce qui estoit encore une civilité du pais, afin d'y recevoir les marques de zèle et de respect que le Magistrat pretendoit loy donner, et en mesme temps luy faire présent d'un jagte, qui pourroit servir à son divertissement sur la Tamise. Il s'en excusa sur Pestât des affaires de Bon Roiaume qui requeroient sa présence, et sur les instances continuelles que les Députés du Parlement faisoient pour son embarquement; recevant parfaitement bien les offres de service que la ville luy fit faire par la bouche de Pierre de G root, alors son Pcnsionaire, et depuis Ambassadeur en Suéde et en France. La ville de Rotterdam luy fit aussy une deputation particulière avec le mesme succès, et après cela les Estats de Zeelande et de Frise en firent autant.
Les Estats de Hollande pour complaire au Roy, donnèrent plusieurs charges militaires à des Anglois à sa recommandation, et croyant luy donner une dernière preuve de leur affection, ils résolurent de luy faire un grand festin, où ils offroient de se trouver en corps, 9i le Roy l'avoit pour agréable (1); si non d'y envoyer leurs Députés comme ils firent (2). Wimmenum en fit toute l'ordonnance, et après avoir fait dresser les tables de la manière qu'il vient d'estre dit, il les fit servir de la mesme fa* çon; avec cette différence pourtant, qu'avec les six bassins il y en avoit encore deux de travers; que sur la table il y avoit vingt huit plats et plusieurs assiettes, et qu'à celuy des Estats il n'y eut que quatre services au lieu qu'il y en eut cinq à celle du Roy, qui dit le lendemain, qu'il avoit veu plusieurs grands festins, et entre autres celuy que l'Archiduc Leopold fit devant que de sortir de son gouvernement des Païsbas, mais qu'il n'avoit jamais rien veu de si magnifique ny de si bien ordonné, que le souper du jour précèdent. Il y avoit quelque chose de plus grand et mesmes de plus galand dans l'ordre, que les Estats de Hollande donnèrent de faire porter dans la flotte Angloise toutes sortes de vivres et de raffraischissements, en si grande
(1) Den Heere van Wimmenum .... heeft ter Vergaderinghe gerapporteert .... dat sijne Majesteyt door het excessyf aental van Persoonen, en het gcdrangh daer uyt resulterende, niet ten besten was gedient. Résol. des Etats de Hollande du 27 Mai 1660.
(2) Savoir deux du Corps de la Noblesse (les Seigneurs- de Wassenaer et de Wimmenum), un membre de chacune des dix-huit villes, ainsi que le Conseiller Pensionnaire et le Secrétaire.
656 Atu mué de Nicolas Sttllingwerf.
abondance, que les Anglois, qui y sont nourris, en furent surpris, et ne purent pas assés admirer cette profusion de fin, de bière, de viande, de citrons, d'oranges et de confitures, qui furent distribués de Tordre de l'Amiral Anglois dans les vaisseaux dont le nombre s'estoit augmenté jusques à trente huit.
La dépense que Ton estoit obligé de faire pour cela et pour les présents, dont il sera parlé bientost, montant à une somme très considérable, les Ëstats de Hollande firent un fonds extraordinaire de six cens mille livres. L'auteur de la Relation le marque aussy; mais comme elle ne devoit rien dire de faseheux, elle n'a pas voulu parler de l'action d'un particulier, que l'Histoire ne doit pas oublier. Lors qu'on délibéra sur ce fonds dans leur Assemblée, Nicolas Stellingwerf, Secrétaire de la petite ville de Medemblic (1), et ennemy déclaré des Monarques et de la Monarchie, qui y avoit acquis du crédit, parce qu'il parloù avec une liberté qui approchoit de l'audace et de l'insolence, dit, que l'argent qui se dissipoit en cette sorte de profusions, seroit bien mieux employé à l'achat de la poudre à canon et du plomb, et à l'armement de quelques vaisseaux. Cet homme, qui ne raanquoit point de sens, prevoyoit bien qu'une dépense de cette nature, qui mesmes à l'égard des particuliers ne fait que passer par l'esprit, ne feroit point d'impression sur celuy du Roy, et n'effaceroit point le souvenir de l'inclination que la Hollande avoit autrefois témoignée pour le Parlement, et que la Cour d'Angleterre ne mnnqucroit pas de s'en ressentir. Et de fait la trop grande civilité des Anglois, qui d'ordinaire n'en ont pas beaucoup pour les estrangers, estoit fort suspecte à ceux qui ne pouvoient pas gouster l'affectation, avec laquelle le Roy exprimoit ses protestations d'amitié, quoy qu'elles fussent fort générales, qui ne l'engageoient point, pendant que quelques Seigneurs de sa suitte et de son conseil ne craignoient point de découvrir ses véritables sentiments à leurs confidents, et particulièrement à ceux qu'ils senvoient n'estre pas amis du gouvernement présent.
Neantmoins après que le Roy eust arresté le jour de son em-
(1) Stellingwerf, un des six prisonniers à Louvestein en 1650 (V. T. I. p. 302), était un des confidents du Conseiller Pensionnaire de Witt. Nonobstant son invective, il figure pourtant au nombre des Députes qui furent désignés pour assister au grand festin, que les Etats de Hollande donnèrent au Roy d*Angleterre. Résol. des dits Etats du 27 Mai 1660.
Le Roy prend audianee dans P Assemblée des Estais Généraux. 657
barquement, et qu'il eust sceu que les Estât s a voient ordonné qu'on accommodant plusieurs heus (1) et autres bastiments pour le transport de son bagage, il voulut bien reconnoistre toutes les civilités qu'on luy avoit faites, et répondre à l'affection qu'on luy avoit témoignée, par une action fort éclatante, mais qui ne luy coustoit rien, et qui n'estoit en effet qu'une vaine apparence d'une amitié imaginaire. Le dernier jour de May il fit scavoir au Président des Estats Généraux, que le lendemain il se trouveroit en personne dans leur Assemblée, pour les remercier du bon traittement qu'il en avoit receu, pendant le séjour qu'il avoit fait dans le pais. Sur cela ils envoyèrent à l'heure que le Roy leur avoit marquée, un Député de chaque Province jusques à l'Hostel où il estoit logé, auprès de la porte de la Cour du costé de la Plaine (2), pour le conduire jusques au lieu où ils dévoient venir en corps au devant de luy. Il refusa de se servir des carosses qu'on luy avoit amenés, et voulut faire à pied le peu de chemin qui fait la distance entre la Cour et l'Hostel de Nassau. Les Estats Généraux avoient prié ceux de Hollande de leur prèster le régiment de leurs gardes, qui fit une double haye le long du passage du Boy. Le Prince de Nassau, Gouverneur de Prise et Grand Maistre de PArtillerie, comme le premier officier de guerre de l'Estat, marchoit la teste nue immédiatement devant le Roy, qui estoit aussy découvert. Estant arrivé au bas de l'escalier de la grand' salle, il y rencontra les Estats Généraux en corps, qui après luy avoir fait une très profonde révérence, s'ouvrirent pour le faire passer au milieu d'eux, et pour le faire marcher à leur teste, jusques à la salle de l'Assemblée. Cette salle est plus longue que large, et une grande table de la longueur de la salle, l'occupe presque toute. Le Président de l'Assemblée se met d'ordinaire dans une chaise à bras au milieu de la table du costé où sont les portraits des quatre derniers Princes d'Orange, de la Maison de Nassau, qui ont esté Capitaines Généraux de l'Estat; mais dans cette occasion il céda sa place au Roy, ce qui n'estoit jamais arrivé, pour s'aller asseoir de l'autre costé de la table vis à vis de Sa Majesté, à l'endroit où
(1) #Heude, hode" (kiliàbn). ,Heu, vaisseau du port de 300 tonneaux, dont se servent ordinairement les Rollandois, Flamands et Anglois, qui tire peu d'eau." (Furetière).
(2) Plein; c'est le nom d'une place à la Haye, ou l'on vient en sortant du Binnenhof.