ENSEIGNEMENT SECONDAIRE
Les programmes de l'enseignement historique dans les lycées, entièrement refondus par le Conseil supérieur de l'instruction publique, ne pouvaient manquer d'augmenter la place faite jusqu'à présent aux notions
Facultés de théologie catholique ou protestante, à côté de renseignement laïque et indépendant de l'Histoire des religions. Voici, par exemple, ce qui s'est passé en Hollande : « L'Eglise réformée (calviniste), nous dit M. van Haœel, ainsi que les Églises luthérienne, remontrante et raemnonite, se sont empressées de changer leurs règlements de façon à faire profiter leurs futurs ministres de l'enseignement théologique de l'État. Un certain nombre de cours supplémentaires donnés, dans l'Église réformée, par des professeurs spéciaux, doivent combler les lacunes que cet enseignement présente au point de vue de la préparation des étudiants à l'exercice de leur ministère. » (Article cité). M. Réville a prononcé, d'autre part, du haut de la chaire du Collège de France, les paroles suivantes, pleines de tact et de délicatesse, auxquelles nous nous associons sans réserve : » Le cours (dont les premières leçons se trouvent ici condensées), est à vrai dire un cours de théologie, mais de théobgie absolument laïque. On reconnaît, en effet, dans la théologie vraiment scientifique, que le christianisme ne peut être compris, que la Bible ne peut être sainement appréciée, qu'à la condition de les comparar l'un et l'autre aux religions du monde entier, à leurs traditions et à leurs livres sacrés. Ce point de vue n'iutirme en rien la légitiuiité des études théologiques poursuivies eu vue du ministère dans une Église quelconque. Toutes choses égales, il vaut inlinimeut mieux que les ministres d'une société religieuse soient instruits et scientifiquement préparés à l'exercice de leurs fonctions, que s'ils étaient abaadoaaés sans défense aux illusions de l'igoorauce. Mais nous
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d'Histoire religieuse. Du moment, en effet, où l'on attachait plus d'importance que par le passé aux institutions qui sont le vrai fond de la vie des peuples, —tandis que les événements politiques, les guerres et les dates n'en constituent que le cadre, — on devait faire une place aux idées et aux rites consacrés par la religion. Nous allons passer en revue ce qui a été fait dans cet ordre d'idées, et marquer les nouveaux progrès que nous attendons de l'avenir.
Dans le programme d'histoire ancienne (classe de sixième) le mot de religion figure pour l'Egypte et pour l'Assyrie-Babylonie dans l'entourage suivant: Monuments, religion, mœurs et coutumes. Nous n'en demandons pas davantage. Pour la Palestine et l'histoire juive, au contraire, silence complet à l'égard des idées religieuses et du culte. Il faut croire que les auteurs du programme ont préféré une lacune des plus graves à une hardiesse, qui serait ici purement et simplement de la logique. L'exposé des faits sera bien sec, le squelette bien rebutant sans ses muscles et sa peau. Dans un programme étudié par la Société d'enseignement secondaire, cette lacune est quelque peu comblée par ces mots : Histoire primitive du monde d'après la Genèse, la Bible 1. On pourrait, on devrait sans crainte
pouvons revendiquer, pour le terrain où nous nous plaçons, l'avantage d'un complet désintéressement, et mesurer nos sympathies pour la théologie ecclésiastique ou d'application, au degré d'indépendance et de véritable esprit scientifique dont elle fait preuve. » (Ouvrage cité, p. 258.)
1 Bulletin de la Société, etc., 1880, p. 441. Programme rédigé par M. Pigeonneau, professeur suppléant à la Faculté des Lettres de Paris.
aller plus loin et inscrire: Traditions relatives aux temps primitifs et aux ancêtres des Israélites, religion, livres sacrés'.
Si le Conseil a hésité à aller à cet égard au bout de sa pensée, c'est sans doute qu'il venait de prendre une grave résolution en retranchant l'histoire sainte du programme officiel, où elle avait jusqu'ici occupé la première place. Cette suppression se justifie. Si les traditions des Israélites relatives aux temps primitifs ont conservé pour nous un intérêt extraordinaire, très supérieur à celui que provoquent les traditions correspondantes des autres peuples, ce n'était point une raison pour les mettre sur le pied de l'histoire proprement dite, sous peine d'entretenir une confusion fâcheuse. Le Conseil a donc eu raison de la faire cesser ; d'autre part, les hommes distingués qui le composent ne pensaient certainement pas que les traditions hébraïques de la création, du déluge, que les récits relatifs à un Abraham, à un Isaac, à un Jacob, à un Joseph, que l'entourage merveilleux de la sortie d'Egypte et du séjour du peuple Israélite au désert, pussent être supprimés d'un trait de plume de l'éducation, tandis que nos arts, notre littérature, nos mœurs, nos habitudes les rappellent à chaque pas et y font de constantes allusions. Il y a donc eu, à notre sens, un scrupule excessif, — après avoir rétabli dans l'histoire de l'Orient
1 La Phénicie a été placée après la Palestine et l'histoire israélite ; c'est à tort : la civilisaliou de la côte sidonienne est bien antérieure au commencpnient de l'histoire juive proprement dite. De plus, on rompt le lien naturel qui rattache les Hébreux aux populations de la Syrie (septentrionale).
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ancien la chronologie et la succession des faits qui s'accordent seules avec l'état actuel des recherches modernes, après avoir replacé la Palestine et le Judaïsme à la suite de l'Egypte et de l'Assyrie, dont les civilisations sont de date beaucoup plus ancienne, — à garderie silence sur un chapitre aussi attrayant de l'antiquité, où le mérite littéraire de la tradition rend la tâche du profeesseur particulièrement facile. On trouvera sans grand effort le ton qui conviendra à cette exposition ; la tradition hébraïque sera abordée avec la même curiosité sympathique que la tradition babylonienne ou phénicienne, que la tradition grecque ou hindoue. Ce qui aurait pu constituer un dangerau moment où ces documents immortels étaient l'objet d'une polémique vive et ardente — qui s'adressait en réalité atout autre chose qu'eux — n'est plus à craindre en un temps, où quiconque s'occupe d'histoire ancienne trouve dans la Genèse la forme la plus complète, la plus haute et la plus littéraire qu'aient revêtue les traditions propres aux populations de la Babylonie et de la Syrie. La force des choses amènera donc la suppression de la lacune que nous regrettons. Le Judaïsme se fera sa place, sans révolution aucune, sans troubles, sans alarmes. La Bible hébraïque prendra la place d'honneur qui lui revient dans l'histoire des civilisations anciennes.
Dans la même classe de sixième, on peut voir que les religions de l'Inde et de la Perse ancienne seront traitées comme il convient. Le programme énumère les Védas, la société brahmanique, les lois de Manou, le bouddhisme, Zoroastre,
En cinquième et en quatrième, les mentions relatives à l'histoire des religions grecque et romaine sont très succinctes : La race hellénique, la religion ; les légendes ; la guerre de Troie, l'oracles de Delphes, etc. Notions sur la religion romaine. — Je suis convaincu que le professeur prendra ces indications sommaires pour un simple point d'attache, et qu'il saura faire constamment ressortir le rôle essentiel des idées et des pratiques religieuses dans la vie privée et publique, dans la politique, dans la littérature, dans les arts. Je loue toutefois le programme de s'être servi du terme de religion et non de celui de mythologie, auquel l'usage adonné, en matière d'histoire et de littérature classiques, un sens étroit : notions détachées, sans lien intime, utiles pour l'intelligence des œuvres littéraires et artistiques. — Mais, aux approches de l'ère chrétienne, il était essentiel de reprendre les notions relatives à la religion et de montrer les nouveaux caractères dont elle fut redevable soit aux progrès du mouvement philosophique, soit à son extension et à sa propagation dans un cercle beaucoup plus vaste que celui dans lequel elle avait pris naissance. Aux dernières lignes du programme de l'histoire de la Grèce : Diffusion de l'esprit grec en Orient, le commerce, les lettres et les arts à Alexandrie et à Pergame ; Diffusion de l'esprit grec en Occident, — il serait utile d'ajouter : La religion grecque après Alexandre ; son introduction en Orient et en Occident. Dans la partie correspondante du programme de l'histoire romaine, je réclame également deux additions capitales : 1° Caractère de la religion romaine
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SOUS Auguste et les premiers empereurs ; syncrétisme religieux gréco-romain-oriental ; 2° la religion juive après le retour de l'exil :1a loi ; les Synagogues ; propagande dans l'empire. — Il n'est pas admissible que l'élève arrive à l'époque de l'organisation du christianisme sans savoir à quoi celui-ci succède et par quoi il a été préparé.
Malheureusement le programme officiel, est, à son tour, aussi muet sur les origines du christianisme qu'il l'était sur la religion juive. Les mêmes scrupules ont sans doute arrêté, en ce double point, le Conseil. Le programme de la Société de l'enseignement secondaire, sans pousser bien loin la hardiesse, n'a pas su se résigner à cette lacune, disons le mot, à cette suppression. Il a inscrit : Naissance et progrès du christianisme ; Les premières persécutions. — Cela est sans doute insuffisant, mais vaut mieux que rien du tout. Dans le programme officiel, à la suite d'un long et intéressant paragraphe qui traite de : Les Antonins ; Gouvernement intérieur, le Sénat et le consistoire, administration des provinces ; Les grands jurisconsultes; Extension du droit de cité romaine ; Lettres et arts depuis la mort d'Auguste jusqu'au règne de Marc-Aurèle, — nous trouvons, en tout et pour tout, cette brève mention : Développement du christianisme.
Mais ce christianisme, d'où vient-il, d'où sort-il ? quel pays, quel homme lui ont donné naissance ? Quelles causes ont assuré ses progrès ? Comment se sont organisées les premières Églises, comment s'est constituée la doctrine, comment le culte? — Là-dessus, l'élève
est condamné à ne rien apprendre. Quoi ! vous employez sept années (de la sixième à la philosophie) à retracer à vos élèves les principaux événements du passé, qui doivent lui livrer le secret de l'ordre politique, social, intellectuel du temps présent, et vous éliminez purement et simplement du champ de l'histoire le plus grand des événements connus, celui quia fait l'Europe et la société contemporaines ce qu'elles sont! Le jeune bachelier connaîtra tous les rouages de la machine ; mais l'arbre de couche est enlevé. C'était le cas ici de se mettre au-dessus d'un préjugé, dont notre enseignement public doit à tout prix se débarrasser, s'il ne veut pas perpétuer de funestes malentendus. Le respect dont nous entourons, et dont notre enseignement officiel, à ses différents degrés, continuera d'entourer la doctrine, les enseignements, les rites des Églises chrétiennes contemporaines, ira-t-il jusqu'à nous faire garderie silence sur les circonstances historiques qui ont présidé, il y a dix-huit siècles, à la naissance de ces mêmes Eglises ? Il faut donc qu'en ceci comme ailleurs, l'enseignement secondaire transmette avec une parfaite modération de forme, les données qui prévaudront dans les chaires des Facultés des lettres dont nous avons demandé plus haut la création. — Par une considération rétroactive, il importe que les futurs maîtres de l'enseignement secondaire sachent, sans trop tarder, où trouver un exposé mûri, sage, posé, des résultats obtenus sur le terrain de l'Histoiredes religions, afin de donner àceux-cidansleur propre enseignement la place qu'ils sont appelés à y pren-
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dre prochainement ; l'introduction des « parties réservées » de l'Histoire des religions dans l'Histoire générale est inséparable du fonctionnement régulier de ce même enseignement dans les Facultés.
L'addition au programme officiel que nous réclamons énergiquement est la suivante (après ce qui concerne les empereurs de la famille d'Auguste) : Origines du christianisme, Jésus de Nazareth ; Les apôtres ; Nouveau Testament; Propagation du christianisme; Organisation des Églises ; Établissement du dogme.
Nous ne pousserons pas plus loin ces observations sur le nouveau programme d'histoire. A partir du point que nous avons marqué, nous n'avons plus à y signaler de graves omissions. Le jour où l'on aura fait droit aux remarques qui précèdent, particulièrement où l'on aura fait disparaître la double lacune relative à la religion juive, aux commencements du christianisme et aux livres sacrés de ces deux religions, on pourra estimer que l'histoire des religions a conquis dans l'Histoire générale une place conforme à son importance *.
C'est le cas maintenant de se tourner du côté de l'Étranger, pour voir comment on s'est proposé de faire place aux résultats de l'Histoire religieuse dans l'enseignement secondaire. Nous empruntons ici encore de
1 En corrigeant les épreuves de ce travail, nous avons connaissance d'un article de M. A. Astruc, La critique religieuse et l'enseignement public {Bévue politique du 12 février 1881), oii il défend les mêmes conclusions. De même que nous, il pense que a le programme historique nouveau de l'enseignement secondaire n'est qu'un premier pas et que l'avenir nous réserve de plus amples salisfacUons. »
très curieux renseignements relatifs à la Hollande à M. van Hamel. a II semblerait, dit cet écrivain, que la logique du point de vue adopté par le législateur néerlandais dans la réorganisation de l'enseignement théologique supérieur, dût amener également l'introduction d'un enseignement religieux indépendant et laïque dans les programmes de l'école primaire et de l'école secondaire, à moins qu'on ne soit d'avis que l'enseignement des phénomènes religieux constitue une de ces branches spéciales qui doivent être réservées aux hautes études. Mais, même en dehors de cette considération, la logique devait rencontrer des obstacles, que plusieurs ont pu croire insurmontables, et qui, jusqu'ici, n'ont pas été surmontés. — En effet, l'enseignement public en Hollande est et veut être entièrement laïque, accessible à des enfants de familles serattachant à toute espèce de dénominations religieuses, et empreint de cet esprit de tolérance et de respect pour toutes les convictions, qui n'est qu'une des applications du principe de la liberté de conscience. Or, il a paru jusqu'ici à l'État qu'il ne lui serait possible de se maintenir à ce point de vue qu'en excluant soigneusement tout enseignement religieux du programme de ses écoles primaires et secondaires. Ne nous arrêtons pas ici à discuter la question desavoir si cette « neutralité » absolue est possible... Du moment que le maître d'école ne fait pas de polémique proprement dite, ou ne s'amuse pas à ridiculiser des vues qui lui paraissent superstitieuses, l'Etat n'a pas à se préoccuper des plaintes de consciences trop chatouilleuses. Il fait enseigner la science
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et c'est là son droit autant que son devoir. » On a donc tourné l'obstacle, nous apprend l'écrivain hollandais, en établissant des leçons facultatives dont des savants, généralement des pasteurs appartenant à la fraction la plus indépendante du protestantisme libéral, ont pris l'initiative,
« Le programme de l'enseignement secondaire que reçoivent des élèves des deux sexes de douze à dix-sept ou dix-huit ans, continue M. van Hamel, embrasse assez de branches spéciales pour qu'il soit possible et même nécessaire d'y faire entrer l'Histoire des religions. Si la chose n'a pas été faite, — ce qui tient à un scrupule de laïcité que le temps ne manquera pas de réduire à ses justes proportions, au moins elle se prépare. Et ce que l'État n'a pas fait jusqu'ici, mais ce qu'il fera tôt ou tard, des hommes d'initiative l'ont déjà essayé avec beaucoup de succès. » A Amsterdam et à Arnheim on fondait, en 1878, des « écoles d'enseignement religieux », dont le programme, s'étendant sur un espace de cinq années, comprenait, en dehors de l'histoire de la religion d'Israël, du christianisme et de la philosophie morale, l'histoire des religions les plus importantes et l'étude comparée des principaux phénomènes religieux. A Rotterdam, sept «théologiens, résolus à ne faire que de l'enseignement religieux laïque », ont obtenu, en 1879, de la municipalité l'usage d'une salle dans les deux écoles secondaires de jeunes gens, dans l'école secondaire de jeunes filles et au gymnase. — « Il fallait, dit M. van Hamel, qui était l'un de ces professeurs de bonne volonté, choisir nos heures en dehors des heures
de classe ; mais, grâce à la bonne volonté des directeurs de ces établissen:ients, tous très convaincus de l'utilité de cet enseignement, et surtout à celle des élèves, nous réussîmes à établir un nombre suffisant de cours et à établir pour chaque cours deux heures par semaine. — La première année était consacrée à une étude générale des principaux phénomènes religieux. La seconde année appartenait à l'histoire de la religion d'Israël en rapport avec la religion de ses voisins ; dans la troisième, on exposait les origines du christianisme ; dans la quatrième on racontait l'histoire de l'Église chrétienne; dans la cinquième enfin, revenant aux anciennes religions dont il avait déjà été question pendant la première année, on donnait, pendant le premier semestre, un aperçu méthodique des religions primitives, des religions nationales et des religions cosmopolites, tandis que le second semestre était consacré à retracer les grandes lignes du développement de l'idéal moral. » Un autre savant, M. Zaalbergipi-opose une distribution difi^érente des matières. « Son programme comprend quatre cours, dont le premier traite des fondateurs de religions, le second des usages religieux, le troisième des livres sacrés, tandis que le quatrième doit initier les élèves aux productions classiques de la littérature religieuse et leur apprendre à comparer entre elles les idées fondamentales des différentes religions. »
Nous ne saurions trop attirer l'attention de nos lecteurs sur les conclusions de ce remarquable travail, dont l'inspiration concorde si complètement avec l'objet des présentes observations : « On voit, par ce qui
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précède, qu'il existe en Hollande, de fait, à côté du précieux enseignement supérieur qui se donne dans les Facultés de théologie réorganisées, un enseignement religieux secondaire, dans lequel l'Histoire des religions occupe la première place. Cet enseignement, bien qu'il se donne par des théologiens dont la plupart — pas tous cependant — sont ministres d'une Église protestante, est franchement laïque et indépendant de tout intérêt ecclésiastique. H ne poursuit d'autre but que celui de combler une lacune fâcheuse dans les études de la jeunesse scolaire. — Pour le moment, des circonstances particulières empêchent cet enseignement d'être inscrit au programme des études publiques. H devra se donner provisoirement en dehors des classes, à côté des leçons officielles. Mais déjà plusieurs directeurs d'établissements d'instruction publique engagent fortement leurs élèves à en profiter, et le temps viendra où, lorsque bien des préjugés se seront dissipés, et avec eux bien des scrupules, l'État laïque verra clairement qu'il existe un enseignement religieux secondaire, qu'il est de son droit et de son devoir de faire donner à ses citoyens*. »
La situation est donc la même en Hollande qu'en France : des deux côtés, on veut un enseignement laïque qui respecte la conscience générale; mais ce souci commun ne saurait faire taire la préoccupation tou-
« L'enseignement de l'Histoire des religions en Hollande, article cité plus haut. Voyez aussi les Programmes d'icn enseignement secondaire de l'Histoire des religions, de MM. vau Hamel et J. Hooykaas, reproduits à la fin de ce volume.
jours croissante de communiquer aux jeunes gens qui parcourent la longue filière de l'enseignement secondaire, les résultats positifs obtenus de notre temps sur le domaine de l'histoire des religions, de les mettre en possession d'une vue nette, précise de la place occupée par les idées et les usages religieux dans l'histoire générale des sociétés humaines. La seule différence est qu'en Hollande, pays en majorité protestant, ce besoin est surtout ressenti par ceux des théologiens qui se sont engagés dans la voie de la science historique indépendante, tandis que, chez nous, il est particulièrement compris de ceux qui s'adonnent à l'histoire et à la philosophie, et cherchent à retrouver et à reproduire de la façon la plus exacte la marche de l'évolution sociale, intellectuelle et morale de l'humanité.
Ce n'est donc point par la voie détournée d'un enseignement facultatif que l'histoire des religions est appelée à prendre sa place en France dans l'enseignement secondaire : c'est, comme nous l'indiquions plus haut, tout d'abord en obtenant une représentation normale dans le cours des études historiques. Mais cette place est-elle suffisante ? Nous ne le pensons pas.
Si l'on remarque, en effet, que les principales données de l'histoire religieuse (religions de l'Orient ancien, de l'Inde, de la Perse, de la Grèce, de l'Italie, judaïsme, commencements du christianisme) vont se trouver dispersées, émietlées dans le cours des trois classes de sixième, de cinquième et de quatrième, qu'elles s'adressent ainsi à de très jeunes gens, inca-
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pables d'en saisir autre chose que la superficie et les dehors, — on conviendra qu'il y aurait lieu de résumer quelque part sous une forme bien définie un enseignement d'un aussi haut intérêt, et de le donner à des j eunes gens en mesure de comprendre et de réfléchir. Nous estimons donc qu'il faut placer dans la classe de philosophie un aperçu de l'histoire comparée des religions depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours. Une leçon par semaine y suffira, en tenant compte des éléments de préparation dont l'ensemble de la culture littéraire et historique des années précédentes aura muni les élèves*.
Un professeur d'histoire pourra se charger du nouvel enseignement ; toutefois il conviendra davantage au professeur de philosophie, aux leçons duquel il apportera un nouvel élément de variété et de solidité. L'histoire de la philosophie, en particulier, ne pourra que gagner beaucoup à être constamment mise en relation avec l'évolution des idées religieuses, sans la connaissances desquelles elle reste constamment suspendue en l'air^.
1 Nous jugeons superflu d'esquisser ici l'enseignement réclamé. Le programme en sera tracé aussi aisément que rapidement quand le principe en aura été adopté.
* La philosophie de l'école d'Alexandrie est inexplicable sans quelque teinture théologique; la philosophie scolastique est tellement engrenée dans le dogme de l'Église, qu'elle demeure incompréhensible en dehors de ce dernier. La philosophie de la Renaissance et du dix-septième siècle n'est appréciée avec équité que ei l'on tient compte des croyances adoptées dans le milieu qui la vit naître et se développer. Spinoza et Malebranche sont des théologiens qui philosophent, et l'on pourrait penser quel-
Le corollaire de l'institution d'un cours d'Histoire des religions dans la classe de philosophie, sera l'établissement à l'École normale supérieure d'un enseignement d'Histoire générale des religions, qui sera suivi tout naturellement par les futurs professeurs de philosophie appelés à le donner, mais qui sera également d'une incontestable utilité aux élèves d'histoire et à ceux de littérature.
Ce qui vient d'être dit relativement aux établissements d'enseignement secondaire qui reçoivent les jeunes gens, vaut pour les collèges de jeunes filles, dont l'organisation va être entreprise, et pour l'enseignement secondaire spécial, en tenant compte de la nature particulière de leurs programmes. Dans ces écoles, elles aussi, il y aura lieu : d'une part, dans
que peu de même à l'endroit de maint philosophe moderne. La philosophie allemande, moderne et contemporaine, ne perd jamais de vue ses rapports, son accord ou son désaccord, arec la théologie courante. D'autre part, certaines réticences de notre enseignement philosophique, qui nuisent à sa force et ont compromis chez plusieurs sa sincérité, pourront être enfin mises de côté. Il faudra trouver une place aux questions suivantes : Rapports de la philosophie avec la théologie ; différence d'objet et de méthode. Quand on exposera l'idée de Dieu, la théorie du mal, il y aura lieu de rappeler les solutions et les arguments présentés par les principales théologies. Sur l'âme, sa nature, son immortalité, sur les sanctions futures de la morale, sur bien d'autres points encore, la connaissance de l'Histoire des religions, permettra au iirofesseur de reuiplacer par d'intéressants aperçus historiques le silence de convention aujourd'hui observé; on mettra iiu ainsi à cette singulière situation qui, sous prétexte d'une impartialité plus complète, consiste à ignorer de propos délibéré tout un cùté des problèmes et ne permet d'en offrir que des solutions boiteuses
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l'enseignement de l'histoire générale, d'assurer leur place légitime aux phénomènes religieux ; de l'autre, de présenter d'une façon succincte le tableau des plus importantes manifestations religieuses, de retracer la figure de ceux qui y ont joué le premier rôle, d'indiquer la composition des principaux livres sacrés.