PAR M. VAN HAMEL
Introduction. — Parmi les idées, les institutions, les pratiques, les sentiments qui, dans la société contemporaine, attirent notre attention et méritent notre intérêt, il y en a auxquels nous appliquons le'mot religieux (croyances, églises, culte public, sermons, livres sacrés, prêtres, pasteurs, rabbins, fêtes religieuses, prières, œuvres de piété, crainte religieuse, confiance, etc.).
' Extrait de la Revue de l'histoire des religions {188Q). — Le programme qu'on va lire sert depuis un au à un cours élémentaire donné aux élèves des écoles secondaireB de Rotterdam. Avant de l'offrir aux lecteurs de la Revue de l'histoire des religions, nous l'avons modilié et complété sur quelques points. Cependant, même sous sa forme actuelle, il ne prétend être qu'uu canevas, susceptible do reclilif^ations et de modifications nombreuses, et dont le professeur devra remplir le cadre au gré des besoins de ses élèves et suivant les ressources de son savoir et de ses
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L'histoire de tous les peuples nous fait connaître un grand nombre de phénomènes du même genre. Ce qui les caractérise, c'est qu'ils se rapportent tous à un orétudes. Nous croyons toutefois avoir indiqué, dans la façon dont nous avons distribué la matière, une méthode logique, qui permettra de parcourir dans tous les sens le terrain de l'histoire des religions. L'inconvénient qu'il y a à être promené ainsi de droite à gauche, d'un peuple à un autre, des temps anciens aux époques modernes, et vice versa, n'existe pas, à notre avis, pour les élèves auxquels cet enseignement est destiné. Ils ont l'habitude de classer les objets, non pas d'après un ordre chronologique ou géographique, mais d'après les qualités qui les frappent le plus. Il s'agit d'ailleurs d'un cours préparatoire, qui devra ôtre suivi d'une étude plus méthodique et plus étendue des différentes religions, mais qui aura préalablement initié l'élève à la connaissance des phénomènes religieux et à la marche générale de l'histoire religieuse de l'humanité.
Il semblera peut-être à quelques-uns que, dans le choix de nos exemples, nous avons fait la part trop large à la religion d'Israël et au christianisme. Deux considérations ont surtout motivé cette préférence. D'abord, ces deux religions senties plus familières au grand nombre des professeurs et des élèves ; ensuite, l'élève, ayant la Bible à sa portée, pourra vérifier sur les sources mêmes plusieurs détails de l'enseignement qu'il reçoit.
11 est évident que le professeur laissera de côté tel paragraphe qui lui paraîtra dépasser la capacité intellectuelle de ses élèves. Nous conseillerons même à tous de réserver les notes de l'introduction et le § 4 du chap. i pour des élèves plus avancés.
Peut-être le professeur, en faisant un triage parmi les matériaux de notre programme, pourra-t-il s'en servir pour deux cours successifs. Dans ce cas, nous recommanderons spécialement pour le cours de seconde année les distinctions faites au N'o II du chap. deuxième.
Nous joignons à notre programme le cadre de celui que notre ami, M. Hooykaas, a rédigé pour le cours supérieur des écoles secondaires, mentionné également dans notre article sur VEnseignement de l'Histoire des religions en Hollande.
dre de choses élevé et mystérieux (surnaturel ou spirituel, idéal).
Le mot religion désigne, ou bien un ensemble plus ou moins bien organisé d'idées, d'institutions, de pratiques et de sentiments de ce genre (religion chrétienne, juive, musulmane, égyptienne, grecque etc.), ou bien la tendance générale de l'esprit qui produit ces phénomènes (un peuple, un homme « qui a de la religion »).
L'objet de la religion, conçu comme une personne, s'appelle dieu, divinité.
Note. —
Toute religion trouve son origine :
1° Dans le besoin des hommes de s'assurer, pour la réalisation de leurs vœux les plus chers, le secours de puissances mystérieuses supérieures et d'entretenir avec elles des rapports plus ou moins intimes;
2" Dans Y impression produite par certains phénomènes du monde matériel ou du monde spirituel, et par certaines expériences extérieures ou intérieures ; cette impression vient corroborer les présomptions nées du besoin sus-nommé et en détermine ultérieurement le caractère. —
Il a existé et il existe encore dans le monde une très grande variété de religions et de phénomènes religieux (comparez la mort d'un enfant sacrifié à Moloch avec celle d'un martyr chrétien, le culte des reliques avec l'adoration d'un idéal moral, la glossolalie des visionnaires avec un discours de Bossuet, « les guerres de Yahvéh » avec l'évangile de la charité, etc.).
NOTB. —
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Cette variété s'explique : Par la différence des vœux dont les hommes désirent la réalisation (bien-être matériel, bonheur céleste, salut public, avenir national, purification morale, perfectionnement individuel, triomphe de l'église, triomphe de la vérité et du bien, elc) ;
Par le caractère différent des puissances dont les hommes recherchent l'appui (divinités locales, nationales, universelles, capricieuses, sévères, bienfaisantes, dieux-nature, divinités spirituelles, dieu unique, plusieurs dieux, etc.) ;
Par la nature différente des rapports où les hommes croient se trouver avec leurs dieux (rapport d'esclave et de maître, de sujet et de roi, de justiciable et de juge, de gracié et de bienfaiteur, de fils et de père, etc.);
Par la diversité des impressions produites par le monde extérieur ou par les expériences qui viennent consolider les convictions religieuses et qui en déterminent le caractère (la nature hostile ou favorable, imposante, effrayante ou attrayante ; une destinée calme ou agitée; luttes extérieures ou intérieures, etc.);
Par la diveraité des sentiments que l'homme éprouve vis-à-vis de ses dieux et du culte qu'il se' croit obligé de leur rendre (crainte, respect, confiance, gratitude, amour, culte extérieur, compliqué ou simple, pompeuse ou austère, dévotion intérieure, piété, etc.). —
La rehgion change de caractère et ses manifestations se modifient suivant les temps et les lieux, suivant le tempérament et la destinée des peuples et des individus, suivant leur degré de civilisation, de culture intellectuelle et moraler^
LA DIVINITÉ ET LE MONDE DES DIEUX (iDÉES RELIGIEUSES).
§ 1. — L'animisme, une philosophie primitive purement fantaisiste (rêves, visions).
Le besoin religieux s'y rattache et trouve ses dieux dans des objets habités par des « esprits » ou dans des « esprits » invisibles. {Fétichisme et culte des esprits). Grand nombre de fétiches chez les nègres, le rôle du hasard dans le choix d'un fétiche *. Le fétichisme chez les Israélites : la pierre de Béthel, etc. ; l'arche de Yahvéh(I Sam., iv, v; II Sam., vi); les téraphim. — Le fétichisme chez les chrétiens: culte des reliques (la robe sans couture, etc.) ; la croix ; usage superstitieux de la Bible. — Chez les Mahomélans : la Kaàba ; les reliques du prophète. — Fétichisme moderne. Restes de la philosophie animiste : le spiritisme et les tables tournantes.
§ 2. — Adoration des forces de la nature. Personnification des phénomènes les plus imposants. La lune, le dieu de la vie nomade ; plus lard, une déesse, sœur ou épouse du soleil, Astarté, Diane. — Le soleil brù-
* On trouve des détails curieux, entre autres chez Tyior, La civiliiution primitive, (Primitive cuUurej, ii, pp. 206, svv.
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lant, (Moloch, Yahvéh), bienfaisant (Baâl). — Le ciel Ouranos, Zeus, Varouna). — Le culte des astres. — La mer (Poséidon, Neptune). — Le vent (Hermès). — L'orage (Indra, Pallas Athéné). — Le culte du feu très répandu (culte de Mithra), particulièrement chez les Israélites : Yahvéh « un feu dévorant » ; le buisson ardent (effet du soleil couchant), la colonne de feu ; description d'un orage, psaume xviii,8-16; Yahvéh se manifeste et punit par le feu du ciel (comp. les foudres de Zeus). Mythes : Osiris, Samson, Héraclès, Indra, Freyr, Balder, Loki, Pallas Athéné, Wodan et la chasse sauvage, etc. La lutte de Jacob (sens primitif de ce mythe).
§ 3. — A mesure que la vie intellectuelle et morale se développe dans l'homme, il cherche surtout dans ses dieux des qualités spirituelles. Les anciens dieux-nature se transforment. Indra devient l'idéal de la vaillance (transformation analogue de Samson et d'Héraclès) ; Zeus, l'idéal de la majesté, le vengeur du droit outragé ; Pallas Athéné, la déesse de la sagesse ; Hermès, le dieu de l'éloquence ; Déméter, la déesse de l'ordre et de la vie do famille ; transformations intéressantes d'Apollon. Divinités remarquables des Romains (Janus, Jupiter, Vesla). Osiris devient le dieu du monde de la lumière. Yahvéh, le dieu du désert, devient « le saint d'Israël » (comp. Ps. xvin, 8-16 avec Isaïe, vi, 1-6).
La divinité conçue à l'image de Vliomme ; bonnes qualités et défauts. Zeus et Héra ; les dieux de l'Olympe. Les dieux visitent la terre (Zeus, Apollon, Yahvéh, — Ge-
nèse, xviii). Leur jalousie (Prométhée, Genèse m). Leur versatilité (Genèse vi, 5, 6; xviii, 23-33). Leur colère (Iliade, xv, vss. 14 svv. ; Nombres xi, 1 ; I Samuel xiv, vs. 37, etc., Psaume xxix). Leur bonté envers leurs amis, leur miséricorde envers leurs sujets infidèles (Exode, XXXIV, 3-7 et passim.j. Leur manque de véracité (Hermès, le dieu des voleurs ; Yahvéh, Exode m, 18 ; I Rois, xxii, 19 svv.). Leur injustice, (Genèse xviu, Deutéronome, vu, 9 ; le dogme de la mort vicaire de Jésus-Christ). — L'homme-Dieu du christianisme (l'adoration du Sacré-Cœur). Le Bouddha.
§4. — La divinité conçue comme esprit pur {E\aingile de Jean, iv, 24), soit comme maître unique, absolu de l'univers : la « Moira » chez les Grecs, « Dieu » chez les Juifs et chez les Chrétiens, Allah, Brahma (déisme et panthéisme), soit comme principe spirituel du monde (Logos, doctrine chinoise du Tao), soit comme personnification de différentes vertus (chez les Romains) ou de l'idéal moral ; Ahuramazda, <■< le saint », « le Père Céleste », « le Saint-Esprit » ; « Dieu est amour » (I Jean, iv, 16); Dieu est la conception idéale de la vérité et du bien.
§ 5. — Hiérarchie des dieux. — Le Dieu suprême et les dieux inférieurs. Zeus, le chef de la famille de l'Olympe (Iliade, chant viii, 5 svv.), Yahvéh le roi céleste (Job, I, 6; 1 Rois, XXII, 19), Yahvéh, chef d'armée (Tséba6th) ; II Sam., v, 23-24 ; II Rois, vi, 16-47).
Serviteurs et messagers de la Divinité : Hébé et Gany-
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mède, Iris, Némésis, les Néréides et les Tritons. Séraphins et Chérubins. Anges; leurs apparitions (l'échelle de Jacob, Abraham, Manoé, amis de Daniel, récits de Noël, Pierre délivré, etc. Gabriel, Saint-Michel, Raphaël).
§ 6. — Démons et malins esprits. Esprits méchants dans les croyances animistes. Typhon, Loki, Ahriman, Azazel, Satan (corap. II Samuel, xxiv, 1, avec I Ghron, XXI, 1). Le diable; la tentation dans le désert (Math, iv); les possédés (Math, viii, etc.) ; l'empire de Satan, Béelzébuth, Bélial, Mammon, Asmodée, Lucifer. Les dieux du paganisme considérés par les chrétiens comme des démons (I Cor,, x, 20, conversion des peuples germaniques au christianisme). Le diable au moyen âge et chez les réformateurs (Luther à la Wartbourg).
§ 7. — Luttes des dieux. — Les dieux-nature en guerre les uns avec les autres (Indra contre Vritra ; Osiris contre Typhon, etc.:. Combats entre dieux de différentes tribus et de différents peuples (Yahvéh contre les dieux des Chananéens, contre Dagon (I Samuel, v). Kamos, stèle de Mésa, etc. ; Les dieux de l'Olympe dans la guerre de Troie (lUade xiii, 347 svv., xx, 31 svv., etc.). Lutte entre Yahvéh et Baâl (légende du Carmel, I Rois, xix).
Les puissances du bien contre celles du mal : Ormuzd et Ahriman, le Christ et Satan (Apocalypse, etc.).
Les dieux luttent avec les hommes (la lutte de Jacob, Prométhée, les Géants ; luttes morales de l'homme).
§ 8. — Images de la divinité : Idolâtrie. — Les images au point de vue du fétichisme (résidence préférée des esprits), au point de vue du culte de la nature et de la religion spirituelle. Symboles.
Le culte des animaux chez les Egyptiens (Apis, Mnévis). Le taureau d'airain chez les Phéniciens et chez les Israélites ; le serpent d'airain, Néhustan. Images bizarres des dieux de l'Inde (de Brahma,delaTrimourti) ; images du Bouddha ; le Jaggarnaut ; l'éléphant, etc. — Les images des dieux de la Grèce (Phidias). Les images de saints et de madones chez les chrétiens (Raphaël). Le crucifix.
Attributs: le hibou de Pallas, le paon de Héra, la roue delà Fortune, etc. Le symbolisme du temple de Salomon, les chevaux du soleil, les deux colonnes Boas et Jachin. Les clefs de Saint-Pierre, l'aigle de Saint- Jean, etc.
§ 9. — Idées eschatologiques. — L'avenir des théocraties: la Gœtterdfemmerung, l'âge messanique avant et après l'exil de Babylone, le « siècle à venir » des Juifs. Livre de Daniel, d'Hénoch, etc.). Le « règne de Dieu » des chrétiens (I Corinth., xv ; Math, xxii, xxiv, etc.) ; le retour du Christ (I Thessal., iv, 16); le règne de mille ans, la Jérusalem céle?te (Apocalypse).
Résurrection des morts et immortalité. Le royaume d'Osiris chez les Egyptiens, le jugement des morts. La métempsycose des Indous, etc. Le Hadès des Grecs. Le Scheôl des Israélites. La Résurrection des justes. Le Walhalla des Germains. Le paradis des Musulmans, Le
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ciel et l'enfer des chrétiens. Idées du moyen âge. Enfer, purgatoire, paradis (le Dante). Le Nirvana bouddhiste. Idées du spiritisme moderne.
l'homme vis-a-vis de ses diedx (sentiments et usages religieux).
/. — De r adoration en général ; sentiments religieux primitifs et principaux usages.
§ 1. — Sentiments. — La crainte (Genèse xxviii, 17 ; Exode, XX, 18-21 ; Juges, xiii, 22, etc. ; chez tous les peuples) ; le sens du mot « la crainte de Dieu » se modifie. — L'espérance (change successivement d'objet). — La reconnaissance (pour des motifs divers). — Le sentiment d'avoir offensé la divinité (réveillé par une catastrophe, II Samuel, xxi) ; interprétation religieuse du remords.
§ 2. — Offrandes et sacrifices. — Au point de vue de l'animisme, on croit que a l'âme « de l'offrande entre dans le monde des esprits ; de là l'usage de la brûler ; cependant, l'odeur peut suffire aux dieux (Genèse viii, 21 ; I Sam. xxvi, 19). Les sacrifices chez les Grecs; les
bêtes ornées de couronnes. Le soœâ des Hindous. Différents genres de sacrifices : suivant la nature de l'offrande (des fruits, des bêtes, des hommes, surtout des enfants; offrandes de Caïn et d'Abel, sacrifice d'Abraham) ; suivant le résultat à obtenir et les formalités de la cérémonie (chez les Israélites : holocaustes, sacrifices expiatoires ou de propitiation, sacrifices d'actions de grâces, etc.). — La mort de Jésus considérée comme un sacrifice. La messe, un sacrifice non sanglant. L'encens chez les catholiques.
§ 3. — Prières et Hymnes. — L'homme parle, chante, crie, pour être entendu de ses dieux. (Voyez Psaume XXII, 3; I Rois xviii, 27-29). L'attitude de l'homme qui prie (attitude différente, chez les Grecs, les Romains, les Chrétiens, les Musulmans) ; formules et formulaires ; bandeaux de prières, chez les Juifs ; moulins à prières, chez les Bouddhistes ; sacrifices de papiers contenant des prières, chez les Chinois. Les prières des catholiques (le pater, l'ave maria) ; livres de prières (le Prayer- Book), prières liturgiques, chapelets, prières publiques et prières faites en secret (voyez Math., vi, 5 suiv.). Prières à heures fixes (Juifs, Musulmans, Chrétiens), prières à voix basse, prières sacerdotales. La prière, expression symbolique et solennelle du besoin religieux.
Chants religieux. Les chœurs de la tragédie grecque. Les Psaumes israélites (livres de cantiques du second temple); les chants hamaalùth; orchestres et chœurs de lévites ; l'usage des psaumes chez les Juifs actuels.
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Hymnes catholiques : le « Te Deum », « l'agnus Dei » etc. Musique sacrée (Palestrina, Bach, Hsendel, Gounod, etc.). L'orgue. Les chœurs célestes (Luc ii, 13 ; Apocalypse).
§ 4. — Fêtes religieuses. — Elément caractéristique du culte de la nature et des religions nationales (la périodicité de certains phénomènes de la nature amène des fêtes périodiques). Fêtes du printemps, de la nouvelle lune, de la mort et de la résurrection du soleil. Les fêles de la nature se rattachent peu à peu à des souvenirs nationaux et changent de caractère ; chez les Israélites: les fêtes des Mazzoth, de Pâque, des semaines, des tabernacles ; fêtes des Grecs : les jeux olympiques; fêtes des Romains: la fête de Yule, la Saint- Jean ; origine des fêtes de Noël, de Pâques, de Pentecôte des chrétiens. Fêtes ecclésiastiques; chez les Juifs le Sabbat, le grand jour de l'expiation ; chez les Chrétiens : le dimanche, Noël, Vendredi-Saint, Dimanche des Rameaux, Pâques, l'Ascension, Pentecôte ; particulières aux catholiques: la Fête-Dieu, l'Assomption, le Carême, l'Avent, la Toussaint, la fête des morts, les jours des saints, etc. ; particulières aux protestants: la fête de la Réformation ; en Suisse, les jours de jeûne, etc.
§ 5. — Juteux sacrés, Cérémonies. — Choix de certains endroits comme lieux sacrés (exemples dans l'histoire de Noé, d'Abraham, de Jacob, de Samuel, de David, etc.). Bamôth, autels, temples, pagodes, chapelles, églises, cathédrales, mosquées ; bois et bosquets sacrés,
fleuves sacrés (Jourdain, Gange) ; la Terre sainte, le saint Sépulcre, le tombeau du prophète, les cinquante villes qui possèdent les cendres de Bouddha. Lourdes, la Salette, etc.
Les mystères (d'Eleusis, d'Egypte, d'Asie-Mineure). Les sacrements des chrétiens : le baptême, l'Eucharistie (messe, communion) ; la confirmation, la consécration, la confession, le mariage, l'extrême-onction. Le serment. Le jeûne (chez les juifs, les catholiques, les musulmans). Pèlerinages et Processions (à Silo, Jérusalem, Rome, La Mecque etc.). Cérémonies bizarres des prêtres de Baâl, des derviches musulmans, etc. Auto-da-fé.
//. — Des usages religieux considérés dans leur rapport avec le but que lliomme se propose d'atteindre par ces moyens.
§ 6. — L'homme essaie de sonder le mystère de la volonté divine. Oracles (Dodone, Delphes, l'Ephod, les Urim et Thummim des Israélites; rôle important du sort sacré chez ce peuple. Josué, vu, 16 svv., 1 Samuel, xiY. David et Abiathar) ; augures et aruspices; consultation des entrailles des victimes chez les anciens habitants du Mexique, etc. (Les expressions « de bon augure », « de mauvais augure », « sous les auspices »). Songeurs et interprètes de songes (Joseph, Daniel; opinion curieuse de Cicéron sur la matière ; songes de Cé?ar, de Lucrèce, etc.). Devins et Voyants: Balaam, la Sibylle ; usages curieux chez certains peuples pour pro
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voquer des visions (bains de sueur, tabac, opium, etc.). Astrologues. Evocation des morts (I Samuel, xxviiij. Les Ordalies.
§ 7. — L'homme essaie d'exercer une influence directe sur la volonté divine, de la modifier par des artifices surnaturels. Sorciers et sorcellerie, faiseurs de pluie chez les Gafres et les Nègres ; influence magique de reliques, de formules et d'objets sacrés; exorcisme. Il se met en opposition avec ses dieux et dans cette lutte, l'emporte parfois. Jérubbaâl, Juges vi, 31 ; lutte de Jacob, Genèse XXXII, 28; Frithiof contre Ham et Hejd ; Diomède contre Ares et Aphrodite, Iliade, v, 319-352, 847-886.
§ 8. — L'homme essaie d'exercer une influence indirecte sur la volonté divine, de la tourner en sa faveur.
a.) Par des présents. Sacrifices ofierls pour détourner une catastrophe ou pour faire cesser un fléau. (Le Minotaure ; Iphigénie ; Mésa, II Rois, m, 17; II Sam., xxi, 14 ; la mort de Jésus considérée comme une rançon payée à Satan ou comme un sacrifice destiné à apaiser la colère divine).
b.) Par des menaces ou par des promesses. Le fétichiste menace et frappe souvent son fétiche ; usage analogue chez les Egyptiens vis à-vis de certains animaux sacrés ; Luther au lit de mort de Mélanchton ; — Vœux : le vœu de Jephté, de la mère de Samuel ; vœux nombreux du temps des croisades, enfants voués au blanc et au bleu au moment de leur naissance ;
églises et chapelles construites pour remplir un vœu ; ex-votos.
c.) Par des pénitences, des prières, des supplications. Intervention d'Abraham en faveur de Sodome, touchante intervention de Moïse en faveur de son peuple, Exode, XXXII, 9-14; Nombres, xiv, 13-19 ; de David, II Sam. XXIV, 16-17 ; d'EIie, I Rois, xvii, 20 svv. ; conseil donné dans l'épitre de Jacques, v, 14 sv., la parabole du juge inique, Luc, xviii, 2 svv. ; les larmes et le sang des saints, Apocalypse, vi, 9 svv. ; prières publiques à l'occasion de sécheresse, d'épidémies, etc.
d.) Par des œuvres pieuses. Les favoris de la divinité ; dogme Israélite du rapport étroit entre la piété et le bonheur. La religion de la loi (servir Dieu en vue du salaire).
§ 9. — L'homme essaie de se rapprocher de la divinité, d'entrer en contact, en communion avec elle : en visitant des lieux sacrés, en y établissant sa demeure (prise de voile, comp. Psaume lxxxiv) ; en se mettant en rapport avec des prêtres, en se plongeant dans la prière, dans la lecture des livres sacrés, dans la dévotion ; en s'arrachant, par le jeûne et par la pénitence, aux plaisirs ordinaires et aux choses du monde (ascétisme. Nirvana). Le culte de Dieur^ cultiver les choses divines.
§ 10. — L'homme veut simplement exprimer les sentiments qui l'animent à l'égard de la divinité. Le sacrifice devient le signe et le symbole du dévoue-
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ment, de la reconnaissance ; la prière, l'expression solennelle d'un sentiment pieux, d'un besoin spirituel ; le jeûne, le signe de la tristesse morale ; les fêtes, la manifestation d'une disposition religieuse, etc. A ce point de vue, la forme extérieure est secondaire et cesse d'être indispensable ; l'essentiel c'est le sentiment. (Les prophètes Israélites du vin' siècle avant Jésus-Christ; voyez surtout Osée vi, 6; Isaïe, i, 11, svv. Math, v, 23- 24, VI, 5 svv., 16 svv.; l'idée protestante de la justification par la foi).
111. — Adoration spirituelle y intérieure. [Ev. Jean iv, 20-24.)
§ 11. — Sentiments religieux. — Soumission à la volonté divine : résignation (Job, i, 21 ; ii, 10 ; le fatalisme du Musulman) ; obéissance, Abraham, (Genèse XII, 4, etc.) ; Jésus à Gethsémané. — Respect des choses divines (Exode m, 5; Isaïe, vi, 5, svv., « procul profani ». Comp. Math, xviii, 10; v, 34-37. — Sentiment du péché: théologies juive et chrétienne, hymnes védiques à Varuna, le livre des morts chez les Egyptiens, le Mazdéisme. — Reconnaissance: dans toutes les religions qui honorent la divinité comme l'auteur de biens matériels ou spirituels ; actions de grâces, etc. — Confiance : Abraham, Elie, 1 Rois, xvii ; Psaume xxiii, Néhémie II, 20, Math., vi, 25 svv.; confiance dans le triomphe de l'esprit (Ezéchiel, xxxvii, 1-15, etc.). Amour : Moïse, l'ami de Dieu ; Math, xxii, 37 ; amour intime : les mystiques, François d'Assise, les Frères
246 l'ïistoire des religions
m Graves ; amour ardent: consécration à la cause divine, enthousiasme religieux, fanatisme. — La vie morale se confond avec la vie religieuse (comp. Philipp. iv,
8 svv.).
LA DIVINITÉ DANS LE MONDE DES HOMMES (PERSONNAGES SACRÉS, HOMMES RELIGIEUX, ACTIONS RELIGIEUSES).
§ 1. — Hommes doués de forces surnaturelles. Thaumaturges, sorciers. Moïse (plaies d'Egypte), magiciens. Elisée, Jésus, Pierre et Paul, d'après la légende. Apollonius de Tyane, Simon le magicien; saints catholiques, exorcistes, charlatans.
§ 2. — Représentants de la divinité. Incarnations ; nombreuses incarnations de Vishnou ; le Bouddha ; le Dalaï-Lama ; u le Logos fait chaire (comp. chap. i §3), — Prêtres et autres médiateurs; types de prêtres ; Calchas, Aaron, Amasias, etc. Théocraties; hiérarchie du clergé catholique ; l'empereur de. Chine; le Messie ; le Calife; le Pape.
§ 3. — Hommes inspij'és, animés d'un souffle divin ; les Nabis du temps de Samuel (« Saùl parmi les pro-
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phètes ») ; les prophètes Israélites du x® et ceux du viii' siècle avant Jésus-Christ. (Voyez Amos, vu, 12-25) ; la Pythie ; la manie poétique. Le Réveil ; Revivais américains: Moody et Sankhey. Derviches tournants, rugissants, etc. La légende de Pentecôte; glossola- Ue.
§ 4. — Artistes enseignés par les dieux. Tous les arts attribués à un enseignement divin. Atelier d'Héphaistos chez Homère, Iliade xviii, 410 svv ; Apollon et les Muses enseignent les arts. L'arche de Noé ; les constructeurs du tabernacle juif (Exode xxxi, 1-11). Au moyen âge, et plus tard encore, un art nouveau, ou une nouvelle découverte de la science, est souvent attribuée aux enseignements du diable: Bernard Palissy, Salomon de Caus, etc.
§ 5. — Interprètes de la divinité (révélation de la vérité divine et de la volonté divine).
a.) Ecrivains sacrés. Auteurs et rédacteurs de livres sacrés: Védas, Kings, Zend-Avesta, Bible, Koran ; les évangélistes canoniques. Le dogme de l'inspiration. — Les scribes juifs et les docteurs chrétiens. — Ecriture divine (Daniel v) ; légendes touchant le Décalogue.
b.) Législateurs reVigieux: Solon, Lycurgue, Numa, Kong-fu-tse, Esdras (Décalogue, Thorah).
c.) Fondateurs de religions : Lao-tse, Moïse, Paul, Çakya-Muni, Mohammed ; fondateurs de sectes (Brigham Young, etc.).
d.) Béformateurs religieux : Zarathustra ; les prophè-
tes Israélites ; le roi Josias ; Jésus ; les réformateurs du XYi® siècle. Initiateurs religieux modernes : le père Hyacinthe, les protestants libéraux ; Chunder Sen.
§ 6. — Héros religieux (actes d'héroïsme).
a.) Champions de la divinité. Nemrod, Samson, le tueur de Philistins, Josué, Jahel, David et Goliath. — Les héros de la guerre de Troie. — Les Croisés. — Les grands inquisiteurs, les bourreaux des hérétiques; Loyola. — Le glaive d'Allah (Saladin). — Partis religieux.
b.) L'héroïsme de la souffrance : « le serviteur de Yahvéh (Isaïe, lui), a l'évangile de la croix » ; martyrs juifs ; martyrs chrétiens (saint Etienne, Polycarpe, Perpétua, saint Laurent, saint Sébastien ; Savonarole, Jean Huss, etc.). Martyrs de la liberté, de la science, etc.
c.) « Ouvriers de Dieu ». Hercule ; Paul (ii Corinth. XI, 24 svv.) ; sœurs de charité ; saint Vincent de Paul ; Elisabeth Fry ; Miss Nightingale ; philanthropie moderne.
d.) Ascètes ; privations et pénitences volontaires: Nazaréens ; Esséniens ; moines ; religieuses ; Siméon stylite ; ermites, saint Antoine ; — Yestales. — Ascètes du Bouddhisme. Derviches.
§ 7. — Actions importantes inspirées par des motifs religieux. — Guerres de religion: « les guerres de Yahvéh » ; la guerre de trente ans ; guerres de religion en France ; les Huguenots. — Les Croisades. — Pro-
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pagande guerrière : Gharlemagne ; la propagande de l'Islam. — Propagande pacifique: mission extérieure et intérieure (le piétisme allemand; la low-church en Angleterre ; formes bizarres de propagande américaine). Emancipation des esclaves (Théodore Parker).