CHAPITRE IV LA SITUATION DANS LA NOUVELLE-FRANCE
Politique des Souverneurs de Québec
En Europe, après le traité d'Utrecht, la paix dura trente ans entre la France et l'Angleterre. En Amérique, pendant la même période, ces deux nations furent toujours sur le point d'en venir aux mains.
La politique des Anglo-Américair,s changea autant de fois qu'il y eut de nouveaux Souverneurs dans la Nouvelle-Angleterre. Les gouverneurs de Québec, au contraire, n'eurent qu'une seule et même politique — celle de reculer, aussi loin que possible, les limites de la Nouvelle- France et d'empêcher ainsi l'extension du territoire anglais sur notre continent.
Les gouverneurs français prétendaient que le traité d'Utrecht, en cédant l'Acadie aux Anglais, n'avait cédé que la péninsule de la Nou velle-Écosse, Ce qu'on appelle aujourd'hui le Nouveau-Brunswick et une grande partie de l'État du Maine demeuraient toujours territoire français, Pour exclure les Anglais de l'Ouest, ils réclamaient l'intérieur du continent de l'Amérique du Nord, de Québec jusqu'à l'embouchure du Mississipi. Afin de mieux s'assurer la possession de ce territoire, ils se mirent à l’œuvre et construisirent des forts, ici et là, surtout le long de la chaîne de communication qui se fait par eau, du Saint-Laurent au Mississipi. Ils eurent la même politique à l'endroit du Nord-Ouest, celle de garantir pour la France le territoire situé à l'ouest du domaine octroyé à la Compagnie de la baie d'Hudson.
Le marquis de Vaudreuil qui avait été gouverneur de 1703 à 1713, resta en fonctions douze ans de plus. Pendant son administration, l'on travailla aux fortifications de Québec.
En 1725, le Chameau, vaisseau venant de France à Québec, se brisa sur la petite île de Port-Nove, près de la rade de Baleine, au Cap-Breton. Les 250 passagers français qu'il avait à son bord et tout l'équipage périrent. Parmi ces Passagers, il y avait plusieurs officiers de la colonie, des prêtres séculiers, des Jésuites et des Récollets.
Le 10 octobre de la même année, M. de Vaudreuil mourait à Québec. Après sa mort, le baron de Longueuil, gouverneur de Montréal, administra le pays par intérim. -
M. de Beauharnois
M. de Vaudreuil eut Pour successeur le marquis de Beauharnois. Celui-ci arriva à Québec, dans l'été de 1726, avec le nouvel intendant, M. Dupuy, qui venait remplacer M. Bégon, intendant sous M. de Vau-
dreuil. M. de Beauharnois n'avait guère passé pius d’un an au Canada, lorsque Mgr de Saint-Vallier mourut à l'hôpital général de Québec. Celui-ci eut pour successeur Mgr de Mornay, déjà nommé coadjuteur. Ce dernier était alors malade en France, et il demanda, à son tour, un coadjuteur. M. Dosquet fut sacré sous le titre d'évèque de Samos et, quatre ans plus tard, il devint évêque de Québec.
En 1728, le gouverneur Beauharnois envoya une armée de 1,200 hommes au delà du lac Michigan afin de châtier une tribu de sauvages, appelée la tribu des Renards. Ces indigènes étaient redoutables à cause des pillages et des assassinats qu'ils commettaient au sein des tribus alliées des Français, L'expédition fut pratiquement inutile. L'arméc française ne put trouver les Renards qui avaient pris la fuite, Elle dut se contenter de brûler leurs cabanes, de démolir leurs fortins et, cela fait, elle s'en revint à Québec.
En 1731, le gouverneur fit ériger une forteresse sur le lac Champlain, afin de tenir en échec certains établissements
Mur os L'AUBE-RIVIÈRE anglais placés sur les rivières Hudson et
Connecticut. En 1732 et 1733, la colo-
nie fut éprouvée par des inondations, des tremblements de terre et la petite vér :le,
Dans l'été de 1740, Mgr de l'Aube-Rivière arrive à Québec, en qualité de successeur de Mgr Dosquet, qui avait donné sa démission l'ennée précédente. Mgr de l'Aube-Rivière meurt huit joursaprèssonarrivée des suites d'une fièvre pestilentielle contractée en soignant les malades,
à bord du vaisseau. Jia Pour successeur Mgr de Pontbriand qui arrive à Québec l'été suivant.
M. de la Jonquière
Après le désastre de la flotte du duc d'Anville raconté précédemment, la France prépara une nouvelle flotte de trente bâtiments chargés de troupes, de provisions et escortés de six vaisseaux de ligne. Elle fut confiée au marquis de la Jonquière, nommé gouverneur général de la Nouvelle-France, en remplacement du marquis de Beauharnois. Le 13 mai 1747, M. de la Jonquière rencontra une flotte anglaise de dixsept vaisseaux et, malgré un: lutte héroïque de la part des Français, ceux-ci perdirent leurs six vaisseaux de ligne, et leurs autres bâtiments furent obligés de baisser pavillon. M. de ia Jonquière, fait prisonnier par les Anglais, fut privé de son gouvernement pendant deux ans. En attendant, il fut remplacé par M. de la Galissonnière dont nous étudierons l'administration dans la leçon suivante.
Après ses deux ans de captivité, de la Jonquière prit possession de son Souvernement, dans l'automne de 1749.
Des désordres, qu'on verra se renouveler plus tard dans la colonie, s'introduisirent dans la régie des finances sous l'administration de ce gouverneur. Outre cela, de la Jonquière se fit de nombreux ennemis,
surtout lorsqu'il attira dans la colonie des parents qu'il voulait enrichir. 1 leur donna tous les emplois lucratifs, et voutut même forcer l'évêque de Québec à nommer un de ses parents curé de Québec, C'était un premier essai du Family Compact qui tit tant de mal plus tard dans les divers gouvernements provinciaux. Quoique très riche, M, de la Jonquière s'intéressa beaucoup, durant son administration, aux affaires commerciales, ct alla même jusqu'à faire fermer des maisons de commerce soupçonnées de lui faire concurrence,
Au prin’ -mps de 1752, il demanda à être relevé de sa charge, en raison de son mauvais état de santé, II mourut avant d'être remplacé, Malgré ses millions, M. de la Jonquière se refusa le confort convenable, même jusqu'à sa mort, Dans sa dernière maladie, il fit une scène d'Harpagon, parce qu'on avait placé des bougies près de son lit. Il ordonna qu'on les remplaçât par des chandelles de suif, disant que les chandelles coûtaient moins cher et éclairaient aussi bien.
En somme, quoique bon Officie:, de la Jonquière n'eut aucun succès comme gouverneur. À sa mort, il ne fut regretté de personne, pas même de ses proches parents qu'il avait enrichis.
M. de la Galissonnière
Le comte de la Galissonnière #ouverna seulement par intérim, à la place de M. de la Jonquière, et même avant que celui-ci eût mis le pied sur la terre du Canada. Nous lui consacrons cependant une leçon à part, parce que jamais gouverneur de la Nouvelle-France ne montra autant d'habileté et de clairvoyance. 11 n'y eut qu'un malheur dans son administration, c'est qu'elle fut trop courte,
Comme la paix d'Aix-la-Chapelle, conclue en 1748, n'avait pas réglé la question des limites, en Amérique, le gouverneur intérimaire fit des instances auprès de la cour de Versailles pour que la France vint fortement en aide au Canada, à cause de la lutte qui allait s'y livrer avec les Anglais. Le traité de paix ayant laissé la baie d'Hudson aux mains des Anglais, M. de la Galissonnière appuya les La Vérendrye dans leurs efforts pour maintenir une chaîne de fortins de manière à fermer à la Compagnie de la baie d'Hudson le chemin de l'ouest, en arrière du lac Winnipeg.
En même temps, il proposa d'établir une chaîne de forts bien situés et bien approvisionnés, depuis le Saint-Laurent jusqu'à la Louisiane ; de faire venir de France 10,000 cultivateurs pour peupler les bords des lacs et des principaux affluents du Mississipi ; d'empêcher les colons
anglais de franchir les Alléghanys ; enfin d'attirer tous les Acadiens sur le territoire français, en deçà de la péninsule de la Nouvelle-Écosse. Pendant qu'il attend