CHAPITRE II ACADIENS ET LOYALISTES DANS LES PROVINCES MARITIMES
Les Loyalistes des États-Unis
Nous avons vu dans la quatre-vingt-deuxième leçon que, sur une proclamation faite par le gouverneur Lawrence, dans le but d'attirer des colons anglais de la Nouvelle-Angleterre vers la Nouvelle-Ecosse, sept mille émigrants vinrent tenter un établissement sur les terres dont les Acadiens avaient été injustement dépossédés. 11 y eut quatorze districts établis par les nouveaux venus : cinq étaient situés dans le territoire que renferme aujourd'hui le Nouveau-Brunswick. Sur ces derniers, il y en avait quatre aux alentours de la baie de Chignectou ; le cinquième était sur la rivière Saint-Jean.
Par le recensement de 1767, ces cinq districts donnaient une population anglaise d'à peu près 1,100 âmes, sorties pour la plupart du Rhode- Island, du Massachusetts et de la Pennsilvanie, Vers cette époque, des petites colonies anglaises furent fondées à Bathurst et à Miramichi. La plus forte émigration fut celle des loyalistes de l'empire-uni, en
On désigne sous le nom de « loyalistcs de l'empire-uni » tous les sujets coloniaux anglais qui ne voulurent pas tourner le dos à l'Angleterre, apris la déclaration de l'Indépendance des États-Unis, en 1776. Le nou- Veau gouvernement des États-Unis demanaait l'adhésion de tous ses sujets à la nouvelle Constitution. Ceux qui ne voulaient pas adopter le nouvel ordre de choses étaient traités comme des rebelles. 1] est vrai que le temps était passé pour faire de l'agitation d'une maniè et avec quelque chance de Succès. Toutefois, la situation était bien
pénible pour tous ces conservate autre chose que d'obtenir justice de l'Angleterre, constitutionnels. Maintenant, ils se voyaient o mère patrie ou d'être regardés comme
république. 11 ne leur était pas permis d'être neutres. Persuadés
coloniaux
oi anglaise et de garder leur loyauté envers l'empire-uni on les a nommés
À la fin de la guerre d'Indépendance, ces fils loyaux de l'Angleterre eurent tant à souffrir, aux États-Unis, de la part des républicains victorieux, qu'ils émigrèrent, en grand nombre, au Canada et dans les provinces maritimes. De 1777 à 1785, au moins 35,000 loyalistes traversérent les frontières Pour rester sous la domination anglaise. La plupart allèrent s'établir dans les provinces maritimes.
Les loyalistes au Nouveau. Brunswick
Le 18 mai 1783, des vaisseaux portant un grand nombre de ces émi- ‘ 8rés coloniaux, mouillèrent dans la rade de Saint-Jean, près de l’île
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Navy, d'où l'on pouvait apercevoir le site du vieux fort Latour. A droite, on voyait une petite péninsule, avec une espèce de marais à la base, et, plus loin, une colline couverte de rochers, de buissons et de sapins, C'est là que se fixa la colonie — site qui porte aujourd'hui le nom de Saint-Jean, la plus grande ville du Nouveau-Brunswick. Avant que l’année fût écoulée, les loyalistes étaient au nombre de cinq mille, Ils étaient distribués, en majeure partie, dans leur nouvelle ville qu'ils nommèrent Parrtown en l’houneur du gouverneur Parr, D'autres se fixèrent sur la rivière Saint-Jean, entre Parrtown et Sainte-Anne, aujourd'hui Frédéricton. 11 leur fut accordé de larges concessions de terre, et, de plus, une assistance convenable pour deux ans.
Une fois établis, les loyalistes demandèrent le privilège d'envoyer un représentant à la chambre d'Halifax. Le Souverneur de la Nouvelle
osse répondit qu'il n'avait pas le pouvoir d'augmenter le nombre des représentants dans sa province. C'est alors que les loyalistes adressèrent une pétition à Londres pour faire établir le Nouveau- Brunswick en province séparée. A cause de leur rang, et surtout en récompense de leur attachement à la mère patrie, cette faveur leur fut accordée. En 1784, la province du Nouveau-Brunswick fut séparée de la Nouvelle-Écosse et eut son gouvernement propre, Le colonel Thomas Carleton en fut nommé gouverneur. Il était frère de sir Guy Carleton (lord Dorchester),
Les deux premières sessions de la législature furent tenues à Parrtown, auquei on donna le nom de Saint-Jean. Le conseil exécutif et législatif se composait de douze membres, la chambre d'Assemblée, de vingt-six. La ville de Saint-Jean fut constituée en municipalité en 1785 : c’est la première organisation municipale faite au Canada. Saint- Jean ne demeura pas longtemps capitale de la province. Quelques diMicultés s'étant élevées au sujet d'un terrain pour y construire les édifices du gouvernem: nt, le Souverneur Carleton alla se fixer à Sainte- Anne, qu'il appela Frédéricton, et dont il fit le siège du parlement et la capitale de la province.
Peu de temps après, Miramichi devint un centre important pour le commerce qui était alimenté par les produits des colons français ou anglais, à partir de la baie de Chignectou jusqu’à la baie des Chaleurs.
Le gouverneur Thomas Carleton résida dix-neuf ans dans la province. On rapporte qu’en 1788, au mois de mars, il marcha en raquettes de Saint-Jean à Québec : c'était pour voi: son frère, lord Dorchester, qui était dangereusement malade. Dans ce voyage, il passa huit nuits à la belle étoile. Dans une de ses lettres, il qualifie cette longue course de “promenade très agréable». Carleton s'éloigna du Nouveau-Brunswick, en 1803, mais il demeura lieutenant-gouverneur jusqu'à sa mort, en 1817. Des administrateurs le remplacèrent pendant cette période de quatcrze ans.
Le premier collège du Nouveau-Brunswick fut fondé à Frédéricton, en 1800. En 1802, des efforts furent faits également par Mgr Denaut pour fonder une maison de haute éducation catholique à Memram:ook, mais ces tentatives n’eurent pas de succès,
A la Nouvelle: Écosse
Lorsque le congrès de Philadelphie demanda, parproclamation, àtoutes les colonies anglaises de s'unir contre l'Angleterre, la chambre d'Halifax ne donna pas de réponse, C'était dire que cette province entendait garder sa loyauté envers la Grande-Bretagne. Cette fermeté coûta cher aux petits villages établis sur ses côtes. Yarmouth, Annapolis, Cornwallis, Lunenburg et d'autres places furent pillées et tenues en de continuelles alarmes par les flibustiers américains.
Un événement important er: fait d'éducation eut lieu, en 1788 : c'était ‘a fondation de King's College. Windsor. Cette institution a reçu sa charte royale, en 1802.
Dans la dernière décade du dix-huitième siècle, deux princes de la maison royale d'Angleterre visitèrent Québec et Halifax. Le prince Guillaume Henri, duc de Clarence, vint le premier. Plus tard, il monta sur le trône sous le nom de Guillaume IV. Le prince Edouard, duc de Kent et père de la reine Victoria, passa quatre à cinq ans à Halifax. Il était commandant en chef des troupes de Sa Majesté au Canada.
En 1796, cinq cents nègres furent transportés de l'ile Jamaïque à Halifax. On les appelait Marrons. Traités crucllement par le gouvernement anglais de la Jamaïque, ils s'étaient révoltés. Cachés dans les montagnes de leur fle, se tapissant dans des trous de rochers Ou autres retraites impénétrables, il n’en sortaient que pour harreler les Anglais et se livrer au vol et au pillage. Ne sachant plus comment subjuguer ces rebelles, les Anglais firent venir d'Europe une grosse meute de chiens de chasse qu'ils lancèrent contre les indigènes. Les nègres n'eurent pas plus tôt appris que les blood hounds étaient débarqués dans l’île, qu’ils se livrérent à la merci de leurs maîtres anglais. Les Marrons furent déportés à Halifax. Comme ils ne pouvaient guère
s’y acclimater, on les envoya, quatre ans plus tard, à Sierra Leone, en Afrique.
Forme de gouvernement et coutumes législatives
La forme du gouvernement était à peu près la même dans toutes les provinces : ellé se modelait sur le 8ouvernement de la Grande-Bretagne, Le gouverneur représentait la personne du souverain. Le parlement se composait de deux branches : le conseil et une assemblée délibérante, tels qu’établis en 1791.
Le conseil était nommé par la Louronne, c'est-à-dire par le gouverneur agissant au nom du souverain. Les membres du conseil étaient généralement choisis parmi les familles qui avaient de la fortune et de l'influence et ils gardaient leur position pour la vie. L'évêque de l'Église anglicane :t le juge en chef de la province étaient, en vertu de leurs fonctions, membres du conseil. Dans les provinces du Haut et du Bas-Canada, les élections pour la chambre d’assemblée se faisaient tous les quatre ans. A la Nouvelle-Écosse, il n’y eut d’abord aucune loi au sujet de la durée des parlements. La chambre d’assemblée élue
en 1770 ne fut pas dissoute avant 1785. En 1792, un Acte fut publié par lequel les élections devaient se faire tous les sept ans. Plus tard, il fut décrété qu’elles auraient lieu tous les quatre ans.
Les provinces du Bas et du Haut-Canada avaient, en outre, un con-
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seil exécutif dont les membres étaient les conseillers du gouverneur relativement à l'administration de la chose publique. Plusieurs de ceux-ci faisaient partie, en même temps, du conseil législatif, Ils étaient désignés par la Couronne et pour la vie.
Au Nouveau-Brunswick et à la Nouvelle-Écosse, il n'y avait qu'un conseil, qui exerçait en même temps les fonctions exécutives et législatives. Le peuple et ses représentants n'avaient aucune influence directe sur les hommes qui gouvernaient le pays. Ils n'avaient pas voix délibérative, quand il s'agissait de nommer un fonctionnaire à une charge publique, ni quand il devenait urgent de le remplacer. On ne tarda pas à se plaindre de cet état de choses, et la longue agitation qui s'ensuivit eut pour résultat le gouvernement responsable.
Coulumes législatives. Quand, après une élection, les députés sont convoqués pour les travaux de la législature, la chambre d’assemblée choisit un de ses membres pour présider les séances et maintenir l’ordre. Ce fonctionnaire s'appelle l’Orateur ou speaker. Toutes les mesures soumises à la chambre, approuvées ou votées par celle-ci, sont publiées dans des rapports qu'on appelle le Journal de la Chambre. Quand un projet de loi ou une mesure quelconque est présenté à la chambre, on l'appelle un bill.
Lorsqu'un bill a été adopté par les deux chambres et qu'il a reçu la sanction du gouverneur, il est désigné sous ie nom d’Acte.
Quand une assemblée termine ses délibérations, il y a ajournement proposé et passé au vote.
Toutes ces réunions, qui sont terminées par des ajournements successifs, consti’ 1ent ce qu’on appelle une session.
Quand, à la fin d’une session, le Souverneur renvoie les membres de l'Assemblée sans spécifier le temps où ceux-ci doivent se réunir, excepté par une proclamation qui se fera d’une manière spéciale, d'après l'avis du conseil exécutif, les chambres sont prorogées.
Quand les membres sont renvoyés et qu’ils ne doivent se réunir qu'après une nouvelle élection, alors les chambres sont dissoutes.
Les îles du Prince-Édouard et du Cap-Breton
Le Cap-Breton est devenu une province séparée en 1784. L'année suivante, la ville de Sydney fut fondée par le major J.-F.-W. Desbarres, qui fut le premier gouverneur de l’île. Dans le tableau chronologique de cette seconde période, on trouvera les noms des neuf gouverneurs qui ont administré les affaires de l’île avec l’aide d’un seul Conseil, de 1784 à l’année 1820 qui vit le Cap-Breton réuni à la Nouvelle-Écosse. Durant ce temps, l’île dut subir, à son détriment, la politique commerciale de la Grande-Bretagne. Celle-ci ne voulut jamais permettre l’ouverture des riches mines houillères de la vieille Isle-Royale, de peur qu'il ne s'établit, en Amérique, des manufactures qui fissent un jour concurrence à celles de l'Angleterre.
L'île Saint-Jean a reçu son nom actuel de Prince-Edouard, en 1798, à l’occasion de la visite du prince Édouard, duc de Kent, grand-père de Sa Majesté, notre roi actuel, Édouard VII. Quand l’île fut cédée à la Grande-Bretagne, en 1763, elle ne comptait qu'une quarantaine de familles. En 1767, le gouvernement adopta un système de lotissement pour favoriser l'établissement de colons anglais. L'île jut divisée en
soixante-sept districts (townships), en blocs de six milles sur les quatre faces. Chaque bloc couvrait une superficie d'à peu près vingt mille arpents. Ces concessions ou petites seigneuries furent tirées au sort, en Angleterre, par certains hommes que le gouvernement anglais voulait récompenser pour des services militaires ou autres, et qui devinrent ainsi, légalement, les propriétaires des lots ou districts concédés. La plupart de ces propriétaires ne traversèrent jamais l'Océan et ne s’occupèrent aucunement de leurs seigneuries en forêts boisées. Aussi, la population n’augmenta guère avant l’arrivée des loyalistes dans les provinces maritimes. La première assemblée parlementaire de l’île Saint-Jean eut lieu en 1773. Il fut alors proposé que les dépenses du 8ouvernement et le salaire des fonctionnaires publics seraient défrayés par les taxes du roi « quit-rents » payées annuellement par les propriétaires de l’île. Ce système ne put réussir et les fonctionnaires publics durent recourir aux bureaux de la métropole, à Londres, pour percevoir leur traitement. En 1784, Patterson, le gouverneur de l’île Saint- Jean, fit voter une loi en vertu de laquelle il était autorisé à concéder aux loyalistes toutes les terres dont les propriétaires ne payaient pas les taxes, ou que ceux-ci n’avaient pas encore défrichées. Il y eut tant de désordres à ce sujet que Patterson fut rappelé en Angleterre.
En 1803, le comte de Selkirk amène huit cents Écossais (Highlanders) pour les établir dans l’île du Prince-Édouard. Ces hardis pionniers ne tardent pas à prospérer. Leurs descendants forment aujourd’hui un noyau très compact dans la portion centrale du pays, sans compter les nombreuses familles établies sur le littoral.
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