‹ L'histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à nos jours [microforme]Chapitre 60 sur 75 · LIT EST · texte numérisé non relu

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Au Nouveau-Brunswick — Abolition des écoles séparées

Le 8 mai 1871, à la législature de la province du Nouveau-Brunswick, un acte fut adopté avec l'objet de prohiber les écoles confessionnelles et de mettre l'enseignement primaire sous le contrôle immédiat du gouvernement. La nouvelle loi ne permettait donc plus l'enseignement religieux dans les écoles publiques.

Les catholiques protestérent contre cette législation inattendue, parce qu'elle causait de sérieux embarras à la formation religieuse de la jeunesse. Ils tentèrent de la faire révoquer, mais sans succès. Un appel fut interjeté au parlement fédéral : il n'eut pas de meilleur résultat. A Ottawa, les deux partis politiques — conservateurs et libéraux — firent de belles promesses qui n’aboutirent à rien, Sur ces entrefaites, M. King, le chef du cabinet provincial du Nouveau-Brunswick, en appela au peuple. Les comtés où les catholiques avaient la majorité furent les seuls à élire des députés pour l'opposition,

Plus tard, l'administration ayant donné ordre de prélever des taxes d'écoles, un grand nombre de catholiques refusèrent de payer les contributions imposées. Des prêtres furent jetés en prison, certaines Municipalités s'insurgèrent en bloc et des émeutes sérieuses eurent lieu en maints endroits,

A Saint-Jean, Mgr Sweeney, au nom des catholiques, et l'honorable M. Boyd, au nom des protestants de la même ville, eurent des entrevues afin de jeter les bases d’un compromis local. De leur côté, cinq députés catholiques demandèrent au conseil exécutif provincial des conditions plus favorables en faveur de leurs coréligionnaires. En définitive, il

en résulta un modus vivendi, accepté comme pis aller par les catholiques,

En 1874, date du premier compromis, le conseil de l'Éducation accorde aux religieuses le privilège de subir leur examen d'aptitude dans leurs couvents, et les dispense d: ivre les cours de l'école normale de Frédéricton. Ce qui semble rend aujourd'hui ces écoles plus acceptables qu'elles ne l’étaient avant les ompromis, c’est que chaque district scolaire se trouve placé sous L: contrôle de trois syndics choisis par les contribuables, Ces syndics engagent les instituteurs et institutrices qu'ils veulent et stipulent les arrar ments qui ieur conviennent pour l'enseignement du catéchisme, en ehors des heures réglementaires. Ce sont les seules modifications apportées à !. légisiation de 1871.

Émeute et meurtre à Caraquet

Durant les premières années qui suivirent l'adoption de ce bill des écoles, au Nouveau-Brunswick, la cause des catholiques fut discutée, avec beaucoup de chaleur et même d'acerbité, par les journalistes de Saint-Jean, le Freeman, le News et le Telegraph. Le Freeman était alors dirigé par T.-W. Anglin, catholique éclairé et convaincu et, en même temps, député fédéral du comté de Gloucester. M. Anglin fit une lutte vigoureuse contre la nouvelle loi des écoles. Ses articles, qui étaient magnifiquement écrits, portaient la conviction dans les esprits ; aussi les contribuables du comté de Gloucester résolurent-ils de s'opposer vigoureusement à l'inauguration de la joi.

Le 14 janvier 1875, une assemblée d'école fut convoquée à Caraquet,

district &u comté de Gloucester. Le lieu de la réunion avoisinait la résidence de l'honorable M. Young qui faisait alors partie de l'Exécutif provincial, Les Acadiens du district assistèrent en grand nombre à l'assemblée, afin de Pouvoir en contrôler les résolutions. Malheureusement, ils ne se bornérent pas à cela. Quelques-uns d'entre eux se rendirent à la résidence de X - Young où ils entrérent, armés de bâtons et d'armes à feu. Le député étant absent, ils sommèrent madame Young de leur servir un goûter, de leur donner de l'argent et ils se retirèrent en chantant, En somme, c'était un acte déph “able mais n'ayant pas le caractère qu'on essaya de lui attribuer dans la suite,

Le lendemain, la nouvelle fut répandue dans toute la province qu'un district français était en rébellion ouverte contre le gouvernement du

de se rendre à Caraquet, afin d'arrêter les insurgés. Sur la route, cette petite armée se livra à des démonstrations inquiétantes. Alors les Acadiens, qui avaient pris part à l'échauffourée faite chez M. Young, décidèrent de se retirer dans une maison privée, afin de ne pas contri-

La police armée se rendit vers la maison de retraite des prétendus insurgés. Dans le tumulte causé par les recherches, des décharges d'armes à feu éclatèrent de part et d'autre, Deux hommes perdirent la vie : un Acadien et un constable anglais.

Après ce fatal événement, vingt-quatre Acadiens furent arrêtés. Sur ce nombre, neuf furent envoyés aux assises, sous inculpation de meurtre

— époque où leur procès fut instruit. Pour la poursuite, il y eut deux avocats de la Couronne, Les avocats des défendeurs furent S.-R. Thompson et P..A. Landry, de Dorchester — aujourd'hui juge de ia Cour suprême. Si toutes les circonstances de faits et de temps eussent été prises en considération, elles auraient sufli amplement pour faire renvoyer la poursuite, Afin de ne pas trop surcharger le dossier et de ne pas prolonger le procès indéfiniment, le juge J.-C. Allen en élimina un grand nombre.

Le premier Acadien appelé à subir son procès fut déclaré coupable au ee chef et condamné à être pendu. La perspective n'était pas

Ilante pour les huit autres inculpés. De plus, dans ce comté composé, en très grande partie, de sujets acadiens, pas un seul de ces derniers ne figurait dans le conseil du petit jury : trois seulement siégeaient parmi les membres du grand jury.

Finalement, après de persévér:nts efforts, les avocats de la défense firent interjeter un appel, en faveur de leurs clients, devant la cour du

ne de la reine, Les procédures qui avaient eu lieu précédemment furent déclarées nulles, et les neuf détenus, y compris le condamné à mort, furent finalement élargis.

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