CHAPITRE VI
5oe Leçon. — Nouvelles hostilités des Iroquois.
Pendant que de la Salle reculait, au prix de sa vie, les limites de la Nouvelle-France, le Canada se voyait
menacé d’une guerre de la part des Iroqtois. Depuis le grand coup préparé contre eux par M. de Tracy, ceux-ci s’étaient tenus en paix pendant dix-huit ans; mais ils n’étaient point domptés. Garakonthié, Je chef chrétien qui les avait tenus en soumission pendant quinze ans, était mort; et, depuis sa mort, les conditions du traité de paix n’étaient guère observées.
Plusieurs autres Causes contribuaient, au reste, à préparer une rupture entre les Français et les Iroquois ou Cinq-Nations. Le monopole que l’on persistait, en France; à donner à certaines compagnies, était fatal aux colons. Ainsi, la Compagnie des Indes Occidentales avait le droit de prélever le quart
compte de cet impôt, payaient les sauvages le moins possible. Les Anglais, au contraire, n’ayant point d'impôt semblable, pouvaient donner davantage aux Iroquois: de plus, ils fournissaient aux sauvages, en abondance et à meilleur comple que les Français, eau-de-vie, poudre, armes à feu, haches, chaudières et mille autres articles dont les Iroquois ne laissaient pas d’avoir besoin. Somme toute, appuyés par les colons anglais qui les animaient toujours secrètement, les sauvages de la rive droite du Saint-Laurent n’attendaient qu’une occasion favorable pour attaquer les Français. - Au milieu de ce sentiment général d’hostilité de la part des Iroquois contre les Français, la religion ienne produisait encore parfois des effets admi-
rables dans quelques âmes. Un des bourreaux du P.
de Brébœuf était devenu le
de la mission du Sault-Saint-
quoise de vingt ans avait été
maintien et la piété d’un
observé secrètement, tandi
aire : elle se fit instruire Catherine Tegahkouit çois-Xavier, et elle s°6-
sation.
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ste Leçon. — Le gouverneur La Barre.
Vers ceîte époque, tout espoir de rétablir la paix entre Frontenac et lintendant Duchesneau étant perdu, la cour les rappela tous d’eux, en 1682. M. de la Barre fut nommé 8ouverneur et M. de Meulles, intendant.
Si M. de Frontenac avait rebuté tout le monde par sa hauteur et par son opiniâtreté, M. de la Barre découragea les meilleurs esprits par ses irrésolutions et sa faiblesse—et cela d'autant plus qu’il arrivait juste au moment où l’on avait besoin d’un homme énergique. L’alliance des Anglais et des Iroquois,
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l’extermination des alliés des Français, la destruction du commerce des peaux ; tels étaient les dangers qui faisaient face à M. de la Barre. Celui-ci porta, cependant, la guerre chez les Iroquois. 11 s’avança même jusqu’au lac Ontario. Il était à la tête de 130 réguliers, de 700 miliciens et 200 sauvages. Si ces troupes eussent été bien conduites, elles auraient suffi pour dompter l'ennemi; mais de la Barre s’attarda inutilement, s’amusa sur la route, et ne fut rendu que deux semaines après les autres. Les provisions étaient épuisées ou gâtées; un grand nombre de soldats étaient malades des fièvres. Bref, le pauvre gouverneur fut réduit à signer, à l’Anse-de-la- Famine, une paix accordée à des conditions qui étaient pour lui fort honteuses. Déconfit non moins qu’étonné, il décampa pour s’en revenir au plus vite.
La nouvelle de l'expédition de l’Anse-de-la-Famine fut portée en France par Mgr de Laval. Le vénérable évêque, usé par. vingt-cinq ans de luttes et de courses dans ces régions encore incultes, se demanda, en même temps, un successeur, dans l'intérêt de l’œuvre commencée. Louis XIV lui en laissa le choix. k | M. l’abbé de Saint-Valier fut choisi et nommé évêque 1h coadjuteur de Québec, avec droit de succession.
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52e Leçon. — Denonville, gouverneur. Ses expéditions,
Lé successeur de M. de la Barre fut le marquis de Denonville. Celui-ci ne tarda pas à comprendre que la meilleure politique à suivre était d’humilier et
d’affaiblir les Iroquois, au point de leur faire trouver leur sûreté dans la sounission ou la neutralité.
Tout en préparant expédition contre ces indigènes, M. de Denrnvilic ‘nvoya, en 1686, un parti de 90 hommes à la baie d'Hudson, afin de reprendre les postes occupés par les Anglais. Les hommes jcs plus célèbres de cette expédition sont les sicurs d’Iberville, de Sainte-Héline ct de Maricourt, tous les trois, fils de Charles Le Moyne. Dans cette campagne, les Anglais perdirent tous leurs établissements de la baie d'Hudson, à l'exception du fort Nelson situé au nord. C'est là que le chevalier d’Iberville jeta les fondements de cette gloire militaire qu’il augmenta, dans la suite, sur beaucoup d’autres théâtres.
Le premier acte d’hostilité contre les Iroquois fut malheureusement un acte d’imprudence doublée de perfidie. L'intendant Champigny attira sous divers prétextes les principaux chefs iroquois à Cataracoui (aujourd’hui Kingston). La guerre n’était pas déclarée; c’est-à-dire que Champigny n’avait pas le droit de faire des prisonniers. Cependant, en dépit de la justice et du droit des gens, il fit mettre à la chaîne quarante des principaux Iroquois qu’il envoya en France pour y servir sur les galères de Marseille. En outre, il impliqua dans cette trahison deux saints missionnaires, les PP, Milet et de Lamberville, Le P. Milet fut condamné au feu, quoiqu'il n’eût rien su des projets du gouverneur. Les sauvage ordonnèrent au P. Lamberville de fuir et, en cela, ces barbares se montrèrent plus justes que les hommes civilisés.
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Le plus importante expédition contre les Iroquois eut lieu en 1687, Le gouverneur fut victorieux; mais, à peine était-il de retour à Québec que les ennemis recommencèrent leurs incursions. Ils se répandirent dans la colonie et assiégèrent Chambly, d’où ils furent repoussés. On apprit bientôt que ce mouvement avait été encouragé par les Anglais de la Nouvelle-Angleterre dont Dongan était le gouverneur. C'était le commencement de la politique nouvelle que les colonies de la N ouvelle-Angleterre
allaient suivre vis-à-vis des établissements de la Nouvelle-France. 1 |
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53e Leçon. — “ Kondiaronk ” ou “ Le Rat ”.
11 Bientôt après, Dongan, gouverneur de New-York, Et. ayant été rappelé en Angleterre, les Iroquois se dé- 4! cidèrent à demander la paix. Elle était à la veille d’être conclue quand un malin et perfide chef huron, Kondiaronk, autrement appelé “ Le Ra ”, vint tout déranger. Le rusé compère savait bien que quand les Iroquois auraient cessé leurs hostilités avec les Français, ils se jetteraient sur les Hurons. Kondiaronk part avec une troupe choisie, traverse le lac Ontario et va se poster à l’Anse-de-la-Famine.
Là, il attend les députés et otages iroquois qui doivent y passer, en descendant à Montréal où sera con clu le traité de paix.
Au bout de quelques jours, les Iroquois arrivent, “Le Rat ” les attaque à limproviste, en tue un bon nombre et fait le reste prisonniers. =
LA BARRE gr FRONTEN1AO 87
— Pourquoi nous attaques-tu ? disent ous sommes des dép thio; nous allons
—Que le Grand Rat LL
fort français, Après cela, Kondiaronk pouvait se vancer d’avoir la paix. Au reste, le gouverneur français ne se faisait pas illusion sur le triste état de la colonie, car il écrivait alors en France : y a que Dieu qui “ait pu Canada. Je dois bileté des mission.
du pays par le nombre d’âmes et les sympathies qu’ils se sont ac.
“ quises chez les sauvages. ”
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540 Leçon. — Situation en Europe. Massacre à "achine,
Les événements qui prenaient alors leur cours en Europe devaient avoir, dans la suite, une grande in-
fluence sur les affaires de la Nouvelle-France, Ils allaient permettre aux sauvages de se venger librement.
Le 5 novembre 1688, Guillaume d'Orange débarqua en Angleterre avec des troupes et détrôna Jacques II, son beau-frère, qui se réfugia auprès de Louis XIV. Le stathouder Guillaume était l'ennemi déclaré du grand roi. Son premier soin fut de former la ligue d’Augsbourg, dirigée contre le roi de France. Il entraîna dans cette ligue PAllemagne et d’autres pays. La guerre rallumée en Europe allait recommencer en Amérique, entre la France et l’Angleterre.
Dès le mois de mai 1689, Guillaume d'Orange déclara formellement la guerre à Louis XIV. Parmi les motifs donnés pour cette déclaration, il est fait
.mention de l’envahissement de la N ouvelle-York, de
la baie d'Hudson et des empiétements sur les pêcheries de Terre-Neuve.
Les colonies anglaises de l'Amérique voulaient s'emparer du Canada; mais elles n'étaient pas assez préparées, ni surtout suffisamment unies. Au mois de juin 1689, elles renouvelèrent solennellement leur alliance avec les Iroquois, autrement dits les Cinq- Nations.
Les Iroquois les plus judicieux comprenaient parfaitement que le gouverneur français du Canade n’avait été pour rien dans la trahison de Kondiaronk ; mais le nouveau gouverneur des colonies anglaises leur avait défendu de traiter de la paix. Aussi, n’écoutant plus que leurs anciennes haïnes, ces sauvages partent au nombre de douze à quinze cents; ils
descendent sans bruit le grand fleuve et dans la nuit du + au 5 août, ils s’arrêtent, au milieu d’une tempête et à la faveur des ténèbres, à la pointe de l’île de Montréal, où personne ne les attendait. Ils se dispersent sur un espace d’environ dix milles .et ils commencent leur œuvre de massacre et d’horrible carnage, s = 5 - Le villagé de Lachine fut le:théâtre principal de leur barbcrie. Ils brûlèrent et massacrèrent près-de * à 400 personnes, sans compter ceux qu’ils conduisirent , * en captivité. Les actes de cruauté auxquels ils se li vrèrent font frémir d’horreur. Empalant des. petits enfants, ils obligèrent leurs mères à tourner la broche pour:les faire rôtir. se. Ée Le village de Lachenaie eut le même sort que La-
chine, Le gouverneur Denonville vit, à Montréal, deux de ses détachements taillés en pièces. A cause de ces boucheries humaines, l’année 1689 a été long- ‘temps appelée “ l’année du massacre. ”
55e . Leçon. — Rappel de Denonville. : Second terme de Es Frontenac.
Le marquis de Denonville était.persuadé que tant que les Anglais seraient en possession de.la Nouvelle- York, ils susciteraient continuellement de nouveaux embarras à la colonie française. En conséquence, il fit passer en France M. de Callières, gouverneur de Montréal, avec un plan que celui-ci devait soumettre au roi pour la conquête de la N ouvelle-Angleterre.
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Louis XIV approuva le projet, mais il ne vouiut pas en confier l’exécution à Denonville ; il remplaça ce dernier par le comte de Frontenac.
Louis de Buade, comte de Frontenac, arriva à Québec, le 12 octobre 1689, Il n’é.
tait pas étranger au pays; il comprit la situation d’un coup d'œil. Il vit que les colonies anglaises, dont l’ardeur belliqueuse n’était plus contenue comme autrefois par Jacques II, pouvaient faire la lutte sur trois points, nommément entre l’Acadie et. la Nouvelle-Angleterre, entre le Canada et la N ouvelle-York, et à la baie d'Hudson.
Frontenac prit donc pour tâche d’arrêter Pempiétement des Anglais, à l’est, à l’ouest et au nord. De plus, il résolut d’abattre les Iroquois. Peut-être son caractère absolu, dominateur l’avait-il empêché d’être, jadis, l’homme de la position : aujourd’hui, c'était le seul gouverneur qui pt sauver la colonie.
Jamais le Canada n'avait été si proche de sa perte, Les Anglais des colonies voisines étaient beaucoup plus nombreux que les Français de la Nouvelle. France. L'alliance des Iroquois et des Anglais avait déjà été faite solennellement. Enfin le prestige des Français était tellement obscurci que l’on avait toutes les peines du monde à empêcher les tribus alliées de
se joindre à leurs anciens ennemis contre les Français.