‹ L'histoire du châtelain de Coucy et de la dame de FayelChapitre 2 sur 9 · PRÉFACE. V · texte numérisé non relu

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4 vol. in-4*'9 1788. L'année suivante, ces recherches furent publiées sous le titre de Mémoires historiques sur Raoul de Couçy, en a vol. petit in-8®. Comme le manuscrit du Rounums dou chastelain de Coud, qui avoit été récemment découvert dans la Bibliothèque du Roi , devoit prêter un grand appui à Topinion de l'auteur des Mémoires y il fit faire un extrait (i) de ce manuscrit, qui porte aujourd'hui le n« igS, mais qui n'est pas un des deux mentionnés dans les inventaires des livres des rois Charles V et Charles \ I , qui ne sont plus à la Bibliothèque royale, et dont on ne connoit pas la destinée, (a)

n m'est toujours impossible de concevoir, comme j'ai déjà eu l'occasion de le remarquer (3), pourquoi et comment un écrivain qui se charge de faire connoitre un ouvrage au public , le présente si souvent tronqué et défiguré, et fournit des indications dont le plus léger

(i) Cet extrait da manuscrit , ainsi que la traduction des chansons de Couçy, sont de Mouchet, ancien employé aux manuscrits de la Bibliothèque du Roi , et ami de Lacume de Sainte - Palaye. La Borde et son collaborateur ont si peu profité du manuscrit, qu'une des chansons qui s'y trouvent, et qui faisoient l'objet de toutes leui*s recherches, ne figure pas parmi les vingt-trois qui sont à la suite des Mémoires, Cette chanson commence ainsi : (c Au renouvel de la douçor d'esté » (vers 6976 de ce volume).

{1) Voyez la Description du manuscrit , à la suite de la Préface.

(3) Avertissement du Combat de trente Bretons contre trente Anglais ( iSa^ ] ; le Pas d'armes de la Bergère , p. 53 ( 18:18 ).

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exajnen peut démonlrer l'inexactitude. Combîeii de fausses indications de ce genre ont dû coûter de temps en recherches et vérifications fastidieuses, si j'en juge par celui que j'y ai moi-même si souvent employé! Ainsi, dans l'Avertissement des Mémoires sur Raoul de Coucy, on lit que a les portraits du châtelain de Coucy, de la c( dame de Fayel et du seigneur de Fayel , dont l'édition « est ornée , sont tirés du manuscrit même , qui porte « le n^ 195 , et que l'on peut voir à la Bibliothèque du Il Roi. » Or, il n'y a point de portraits dans ce manuscrit , et aucun indice ne porte à croire qu'ils en aient été arrachés : le volume est dans un état parfait de conservation , et cette indication m'a fait feuilleter plusieurs fois le manuscrit avec la plus vétilleuse attention. Du moins, il n'y a rien là qui dénature le fond de l'ouvrage; mais pour le texte, c'est tout autre chose.

Dans la description du premier tournoi , le Châtelain obtient le prix destiné aux chevaliers du pays, prix qui n'est pas spécifié; mais le traducteur fait présenter un faucon au Châtelain par la comtesse de Soissons; tandis que , d'après le manuscrit , c'est à son adversaire , au sire de Chauvigny, blessé et placé sur son lit, que la comtesse de Soissons vient remettre le faucon , à la tête d'un nombreux cortège, auquel s'est joint le Châtelain. Plus loin le traducteur fait dire par la dame de Fayel (i)

(i) Page 96, part. I, des Mémoires sur Raoul de Coucy.

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ce qui est exprimé par une autre dame ; et il en résulte que Ton prête à là dame de Fayel un insigne mensonge , qui auroit éclairé à l'instant son mari présent , sur ses intelligences avec le Châtelain : on verra qu'elle y mettoit plus d'adresse.

Ces exemples suffiront pour faire apprécier aux lecteurs le degré de confiance que l'on doit donner à l'extrait de La Borde , et ce que peut valoir celui de De Belloy, qui cite des proverbes , des chansons , et des expressions dont on ne trouve nulle trace dans le manuscrit^ qui ajoute que l'écuyer du Châtelain mit son cœur dans du sel et des épices, en disant que ce sont les propres termes (i) du manuscrit, quoiqu'il n'offre pas un mot de semblable, et qui fait intervenir le Roi et les barons du pays pour arranger l'affaire de Fayel après la mort de sa femme , tandb qu'il n'est nullement question de Roi ni de barons.

Je suis entré dans ces détails pour faire voir combien sont loin d'être exacts les deux seuls extraits, incomplets

( I ) Mémoire historique sur le châtelain de Coucjr, p. Sag, tome IV, des Œuvres complètes de De Bellay ( 1779). C'est dans la chronique da président Fauchet que l'on trouve le sel et les épices : tt Quant le cheualier fut mort , ainsi le fit l'escuyer : et prist Tes- *t criniet, et luy ouurit le corps, et prist le cœur, et sala et confit « bien en bonnes espices. » ( Œuvres de M. Claude Fauchet , premier président en la cour des monnoyes. Parisj 161 o, in-4'*f p. verso du feuillet 566. )

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f, d'ailleurs, que nous ayons du manuscrit dé la Riblîo-

thëque du Roi. J'ai pensé que le plus sûr moyen de donner une parfaite connoissance de cette production étoit d'en publier un texte fidèle, avec la traduction littérale ; et en m'occupant de ce travail , je me sais plusieurs fois étonné qu'il n'eût pas encore été entrepris.

Cette composition me paroi t, en eflf^t, l'une des plus remarquables que nous ait offertes jusqu'ici notre ancienne littérature; et si elle n'est point exempte des défauts du temps où elle a été écrite , elle n'a pas noo

ik P^^ ^)l!!tt[yP^^^^^^^ n^^ ^^"^ ^' pénible la lecture de *" nos aoditoiies poésies; Le plan en est assez régulièrement tracé) jquoique ses différentes parties ne soient pas toujours bien proportionnées -, les événemens y sont multipliés, mais intéressans, ingénieusement présentés, et se lient bien à l'action principale : seulement , dans quelques passages, les détails se ressentent un peu de la licence, qui étoit à peu près commune à tous les trouueurs de l'époque. Sous le rapport grammatical , cet ouvrage peut aussi mériter l'attention des savans et des littérateurs ; il s'y trouve un certain nombre de mots qui ne figurent pas dans l'excellent Dictionnaire de la Langue romane^ de M. de Roquefort, ni dans aucun autre. Le style a souvent de la grâce et de la finesse , et souvent aussi beaucoup de cette naïveté particulière à nos anciens poètes. L'Amour, qui joue un si grand rôle dans le poème, y brille des couleurs les plus vives et les plus variées. L'auteur a su lui faire parler un langage que le caractère et la position des

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personnages rendent tour à tour gracieux « énergi(|ue, attendrissant. Je crois que l'Amour ne trouveroit pas aujourd'hui de plus heureux interprète que l'auteur inconnu de l'histoire du châtelain de Coucy ; je le dis inconnu ^ jusqu'à ce que l'on ait pu découvrir son nom, qu'il dit avoir rimé dans les derniers vers ( v. 8aa8 ).

La traduction de ce poème offroit des difficultés que je n'ai sans doute pas toutes surmontées. L'impression étoit à peine commencée , lorsque je fus tout à coup privé des conseils et des lumières de MM. AmmrjfOT v€ ^ CBàTELET et M^.oi« , Employés aux Maiil»MI^ de laj|r BibtioRiéque du Roi , que la mort a enlevés iMsdeiiSy cl quinate jours d'intervalle, aux lettres qu'ils aiinoient et servoient en silence, avec autant de zèle que de désinté* ressèment. Honneur et regrets à leur mémoire !

Si l'on trouvoit que cette traduction pouvoit être plus élégante , je n'en disconviendrois pas ^ mais je me suis attaché k la rendre (idèle , et à lui laisser cet air de simplicité convenable à une production du commencement du treizième siècle (i). La correction du texte a élÉ^rtout l'ohjet des soins les plus scrupuleux ; toutes les variations d'orthographe que l'on rencontrera dans les mêmes mots sont conformes au texte du manuscrit. Seulement, comme dans les précédens volumes, la ponc

( 1 ) Voyez ci-api-ès la Description du manuscrit.

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