V. la Bibliothèque des Romans, p. 23 1 — i^ feuillets
Environ 8260 vers.
Cette indication du nombre des feuillets et des vers est d'une main plus récente que ce qui est écrit au-dessus.
Le poëme contient 8244 ^^^^ ^^ ^^^ syllabes, et cent cinquante-neuf feuillets. Le cent soixantième, réglé des deux cotés comme les précédens, est resté blanc. Il est suivi de trois autres feuillets également blancs , qui ne sont pas ra jés , et qui servent * de garde.
Le numéro igS n'est pas un numéro d'ordre de la Bibliothèque royale, et d'un jour à l'autre il pourroit être changé. Ce volume ne porte pas encore de numéro de classement , parce que c'est un livre de la réserve , rangé parmi les manuscrits les plus précieux , qui sont renfermés sous clef dans des armoires particulières.
La date de 1 228 a été indiquée d'après une note de la Bihlio' théque des Romans , par le C. Gordon de Percel (Tabbé Lenglct du Fresnoj), tome II, page 23 1. Cette note est ainsi conçue.
DU MANUSCRIT. xv
et ie trouve 90us l'article viii , comprenant les Romans antiques en vers françois , imprimés ou manuscrits, dont les dates sont connues, m Le Roman du chastelain de Goucj, en rime , in-folio , « manuscrit. Ce sont les amours de ce chevalier avec une belle « et bonne dame nommée la dame Fajel , vers l'an 1228. » Cette date ne peut se rapporter qu'à l'époque de la composition du poëme , parce que le style des miniatures , la forme de l'écriture et les alnréviations moins multipliées indiquent que le manuscrit est du commencement du quatorzième siècle.
Dans l'inventaire des livres du roi Chaînes Y, dit en iS^S , on trouve deux manuscrits ainsi énoncés : De Meliachin et du chet^al de fust (bois), du chastelain de Coucy, de la dame de Fayel, rymé, bien escript et enluminé. — Meliachin et du cheval de fust, rymé et bien escript en françois de lettre de forme à deux colombes (colonnes) , commençant ou 7,* feuillet : Toute honneur, et en dernier : Et plus les essauçoit ; couvert de cuir à deux fermoirs de laton. Ces deux manuscrits étoient placés dans la chambre du milieu.
Dans l'inventaire des livres du roi Charles YI , commencé le i3 octolnre i4i3, et clos le 10 janvier \^\5j il n'est plus dit mention que d'un seul de ces manuscrits , sous le titre De Meliachin et du cheval de fust; de la chastellaine de Coussy, de la dame de Fayel , rimé, bien escrit et enluminé, à deux colombes , de lettre déforme, commençant ou 7,* feuillet , Comme pucelle, et ou dernier, Tant de manière ; couvert de cuir vert à deux fermoirs de laton. Un astérisque , mis en marge de l'article , paroît indiquer qu'il n'étoit pas en place.
Il est probable que ce manuscrit passa en Angleterre avec beaucoup d'autres que le duc de Bedford s'étoit fait représenter
xvj DESCRIPTION DU MANUSCRIT.
en 14^5 , et qui disparurent en 1429 (i). Le manuscrit que possède aujourd'hui la Bibliothèque royale est sans doute une copie faite sur l'un de ceux qui figurent dans les inventaires susmentionnés. Il est à remarquer que l'écriture de ces anciens manuscrits étoit en lettres de forme , c'est-à-dire en grosse gothique, et qu'ils pouvoient ainsi appartenir au commencement du treizième siècle. Si l'on compare le langage des chansons insérées dans le manuscrit , et que le Châtelain a dû composer fle 1 188 à 1 190 y au langage du poëme , on trouvera que celui des chansons est plus difficile à entendre , et qu'il peut bien j avoir une différence d'une cinquantaine d'années entre la composition des chansons et celle du poëme.
Le manuscrit de la Bibliothèque royale est relié en maroquin rouge j aux armes de France ; le dos du volume est orné de L entrelacés et couronnés. Il a été relié plusieurs fois, et plusieurs fois mutilé par le funeste couteau des relieurs, qui a tranché des feuilles de lierre et des réclames. Le volume est, du reste, dans un état de parfaite conservation , et sa reliure actuelle est assez solide pour faire espérer qu'elle ne sera pas changée d'ici à longues années , et qu'au moins , dans aucun temps , ce précieux monument ne souffrira plus d'atteinte ni de mutilation d'aucune espèce.
(i) D. Felibien assure cependant que les registres de la Chambre des Comptes ënoncent que les livres de la Tour du Louvre furent achetas douze cents livres par le duc de Bedford y et que cette somme fut comptée à Pierre Thury, pour la construction du mausolée de Charles VI et dlsabeau de Bavière , son ëpouse.
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En compulsant quelques manuscrits d'anciennes poésies, M. Méon a découvert la pièce suivante, que je m'empresse de mettre sous les yeux des lecteurs; ce sont les regrets de la dame de Fayel sur l'absence du châtelain de Coucy, parti pour la Palestine. Cette pièce offre les mêmes caractères d'ancienneté que les chansons du châtelain de G)ucy.
LAI DAME DOU FAEL
Ge chanterai por mon coraige Ke je veul resconforteir ; Car aveuc mon grant damaige Ne veul morir n'afoleir , Quant de la terre savaige Ne vol nullui retomeir Où cil est ki m'asuaige Son cuer, quant j'en oi pairler.
Deus ! quant crieront outrée !
Sire , aidiés à palerin Par cui sui enpoentée , Car félon sont Sarasin.
xviij LAI DAME DOU FAEL.
Je soufferrai mon outraige
Tant que l'ans iert trespaissais ;
Il est en pelerinaige
Dont Deus le laist retomeir ;
Ne malgreit tout mon linaige
Ne quier ochoison troveir :
D'autre faites mariaîge ;
Fols est cui j'en os paiWr.
Deus ! quant cricroot outrée ! etc.
De un seux a cuer dolente
Ke cil n'est en cest paix ,
Ke si sovent me tormente
Ke je n'ai ne jeu, ne ris.
Il est biaus , et je suis gcnte ;
Sires Deus ! por coi fesis ,
Quant l'uns à l'autre atalente ,
Por coi nos ais départis ?
Deus ! quant crieront outrée ! etc.
De ceu seux en bone atenle , Ke je son homaige prix ; Et quant la douce oure vante Ke vient de cel doulz pais Où cil est ki m'atalente , Volentiers i tour mon vis.
Adonc m'est vis ke jel' sente Par desous mon manlel grix.
Deus! quant crieront outrée ! etc.
De ceu seux moult engingiiîe Ke ne fui à convoier ;
LAI DAME DOU FAEL. xix
Sa chemise c'ot vestue M'envoioit por embraiscier.
La nuit , quant Fâmor m'arguë , La met deleis moj couchier Toute nuit à ma char nue , Por mes mais rasuaigier.
Deus ! quant cneroot outrée ! etc.