LES NORMANDS EN ITALIE
fortes récompenses pour rester à son service \ et les engagea de plus à appeler en Italie tous les aventuriers de Normandie qui voudraient en obtenir de semblables.
Cependant les quarante pèlerins , malgré ses instances, ét^t retournés dans leur pays , racontaient à tous ceux qui voulaient les entendre , les offnes brillantes du prince de Salerne , la haute réputation de bravoure dont leur nation jouissait en Italie , et exposaient aux yeux de leurs compatriotes des dattes , des oranges , des citrons et (Vautres fruits exquis, qu^ils avaient rapportés de leurs voyages, et que Ton ne recueille guère que sous les climats chauds du midi de TEurope. Un grand nombre de Normands se plaisaient à écouter ces récits, et beaucoup de jeunes gens se mettaient en route pour aller aussi chercher des aventures dans cette contrée où la fortune semblait les appeler. Plusieurs troupes d'aventuriers se rendirent ainsi auprès des princes de Salerne et de Capoue fcelle ville si célèbre auV.te^o\^ Ôlvo&Wv^-
uGa LES NORMANDS EN ITALIE.
toire romaine par le séjour qa'y fit Anmbal après la bataille de Cannes) , et leur nombre s'accrut tellement clans laPouille, la Calabre et le duché de Bénévent , qu'ib finirent par s'emparer d'une petite forteresse* nommée Averse, située à peu de distance de la Méditerranée, et dont ils demeurèrent tes maîtres sans que personne osât les y 'attaquer.
Depuis l'an 10^9 jasqu'à l'an io85.
Daks le temps dont je vous parle , vivait en Normandie au baron appelé Tav- CKÈDE DE GLlijteville , qui habitait un petit château de ce nom , situé à peu de distance de G>utances, Tune des principales villes de cette province. Tancrède n'était pas riche en terres ni en biens d'aucune espèce , mais en revanche il était père de douze grands et beaux garçons aussi intrépides que vigoureux , et dont l'humeur turbulente se serait mal accommodée de la vie tranquille et exempte de dangers qu'ils menaientdans le château de leur père . Les douze frères, qui avaient écouté avec avidité leréell de&e.x^^^X^^'®^
a6i LES FILS DE TANCRÈDE.
Normands en Italie , résolurent d'aller aussi chercher fortune dans ce pays, à l'exception pourtant de deux d'entre eax qui resteraient à la maison pour soigner la vieillesse de leur père. Les premiers de cette famille qui se mirent en route sous le costume de pèlerins furent Guillaume , surnommé Bras-de-Fer , à cause de sa force prodigieuse dans les combats, Drogon, HuMPBRor, et enfin Robert, sur* nommé Giscard , ou Inhabile , qui devait quelques années plus tard surpasser tovs ses frères en renommée et en fortune. Ces yaillans aventuriers entrèrent au service du prince de Salerne , qui se nommait alors Guaimar-le-Jeune , et ils s'engagèrent à le seconder dans toutes les entreprises qu'il voudrait faire contre ses voisins. Il y avait à peu de distance de Salerne, et sur les bords de la mer Méditerranée , une ville nommée Amalfi , dopt les habitans étaient alors connus du mbnde entier, par leur goût pour le commerce ei Jeur industrie. Ce ç\\x^ Yow xvom^^ l'iu'
dustrie , mes eufans , c'est Tactivilé avec laquelle certaines personnes ou certains peuples se livrent aux travaux de l'agriculture et à la fabrication des choses né* cessaires à la vie , et Thabiletë qu'ils emploient pour tirer un parti avantageux du produit de leurs terres ou de leurs ititentions. Les Amalfitains (ainsi se nommaient les babitans de cette ville) s'étaient en outre adonnés de très bonne heure à la navigation , et tandis que TEurope presque entière n'était occupée qu'à repousser les invasions des Barbares , ils avaient profité de la position de leur port, situé à peu près à égaledistancederOrient et de TOccident, pour équiper un grand nombre de vaisseaux, au moyen desquels ils allaient à Constantinople, en Palestine et en Egypte , échanger les blés et les vins de Sicile et d'Italie , ouïes toiles que commençaient à fabriquer quelques tisserands delaFrance et delaBç gique, contre les tissus précieux de l'Asi les pierreries de la Perse , et les perles les parfums de l'Arabie. À.us<s\ k\fts\^\««v-
t64 LES FILS DE TANjCRÈDE.
fermait-elle à cette époque une si grande quantité d'or, d'argent, et de richesses de tout genre , que le prince de Saierne ne doutant pas qu'avec l'aide des Normands il ne lui fut facile de 9'en rendre maître , déclara la guerre aux Amalfitains et Tint mettre le siège devant leurs murailles. ^
Cette entreprise était fort injuste, comme vous pouvez le juger vous-mêmes, mais ce n'est pas la première fois sans doute que vous aurez remarqué danâ l'histoire que de semblables injustices s'accomplissent, et vous ne serez point étonnés d'apprendre que les habitans de cette ville , pour éviter que leurs richesses fussent livrées au pillage des Normands, consentirent à livrer une partie de ce qu'ils possédaient à l'avide Guaimar , et à lui accorder le titre de duc d'Al^ïftfi. Mais prince ne jouit pas long -temps de tte fortune qu'il avait tant désirée , car périt peu de mois après , percé de plusieurs coups d^ ^ol^ua^rd dans une
embuscade que lui avaient dressée des \inalfitains sur le rivage qui sépare leur ^ille de celle de Salerue.
Cependant la mortdeGuaimar-le-Jeune lyant laissé les Normands libres de dispoer de leur formidable épée , Guillaume }ras-de-Fer et ses frères conduisirent eurs compagnons dans le camp d-un gèlerai grec , nommé M^itiaces, que Tem- )ereur qui régnait alors à Constantinople renait d'envoyer en Italie pour rassembler me armée contre les Sarrasins, qui, depuis [uelques années , s'étaient rendus maîtres le la Sicile. Maniacès promit aux Normand;»
le fortes récompenses s'ils voulaient Tàider lans son entreprise, et ceux-ci, qui n'étaient »as au nombre de plus de trois cents lommes , consentirent à lui vendre le scieurs de leurs bras.
Ce Maniacès était un homme dur et orueilleux , qui, un jour, ayant voulu 'emparer d'un cheval qui appartenait n chef lombard de son armée, eut la ruauté de faire frapper de N^T^'es» c^x. ^•
a66 LES FILS DE TANCRÈDE.
ficier nommé Ardois , qui n'avait pas craint de lui résister. Or , ce supplice da fouet , chez tous les peuples d'origine germanique « tels que les Lombards et les Franks, ne pouvait être appliqué qu'aux esclaves , et il n'y avait de plus sanglant affront pour un homme lihre que d'être ainsi fustigé. Ardoin ne put donc supporter une pareille injure., et ayant fait partager aux aventuriers de Normandie son indignation , ceux-ci s'engagèrent à servir sa vengeance contrecelui qui en était l'auteur.
Une occasion favorable ne tarda pas à se présenter pour mettre leurs projets à exécution , et les Normand)» résolurent, de concert avec Ardoin, de chasser Maniacès de l'Italie , et dé s'emparer de toutes les villes de cette contrée qui appartenaient encore à l'empire grec, et auxquelles on donnait alors le nom de Thêhe ;e^DE LoMBARDiE. Accoutumés à réussir dans "^-^^ous leurs desseins , les fils de Tancrède se rendirent aisément maitres des villes de Ja Fouille , ovi v\^ 4v?\X\t<ètvV dnwie de
LES HLS de TANCRÈDE.. 267
leurs principaux chefs avec le titre de comtes. Le Lombard Ardoin et Guillaume Bras-de-Fer , comme les premiers auteurs de cette révolution , choisirent pour leur demeure la ville de Melfi, capitale de ce pays, et ils s'y fixèrent au milieu de leurs vaillans compagnons.
Cet établissement des Normands dans la Fouille, mes jeunes amis, est un événement fort remarquable , en ce qu'il enleva sans retour , aux Grecs de Constantinople , tout ce que les empereurs d'Orient possédaient encore en Italie , et marqua ainsi l'origine du seul ç^yaume qui, dans cette contrée, devait durer jusqu'à nos jours.
Cependant , quoique les Normands se fassent établis auprès de leurs comtes, dans les villes que ceux-ci avaient choisies pour d(yneures , il s'en fallait de beaucoup qu'ils eussent renoncé à ce goût d'aventures qui paraissait particulier à leur nation. A tout moment on voyait encore des bandes de ces hardis batailleurs se i^t4-
a68 ^LES FILS DE TANCRÈDE.
senter dans les villages, y enlever ce qn^ib renfermaient de plus précieux, et ne pas épargner surtout les monastères et lès églises , où ils étaient certains de trouver beaucoup d'ornemens d'or et d'argent.
En peu de temps les ravages de ces y brigands devinrent si effroyables, que le pape de Rome , alors nommé Léon IV , pour mettre fin à leurs dévastations, résolut de marcher lui-même contre eux avec une armée, et de les exterminer comme des ennemis de Dieu et des hommes*
Le pape, comme vous savez, n'était que le chef de l'Eglise chrétienne,, et il n'avait guère de soldats à sa disposition \ mais il supplia l'empereur Heitri III ^ qui régnait alors sur la Germanie, de loi envoyer une troupe de soldats de sa nation, qui portaient des armes de fer et^e lourdes épées, et passaient pour d'intrépides guerriers. Une multitude de paysans des environs de Rome se joignit à cette troupe allemande^ et bientôt les Normands, par
l'approche de celle armée , se virent réduits à implorer le pardon du pape , en lui promettant de ne plus .retomber dans les mêmes fautes ; mais celui-ci , ue doutant pas qu'il ne lui fiîMacile de détruire ses ennemis , dont le nombre ne s'élevait pas au-dessus de trois mille hommes , eut l'imprudence de leur répondre qu'ils eussent à sortir av&sitot de l'Italie , s'ils ne voulaient tqus étile tués. C'est que le pape Léon ne savait/|îas ce que peut inspirer le désespoir àUes hommes de cœur, qui n'ont plus que l'alternative de la mort ou du déshonneur.
A cette époque , Guillaume Bras-de-Fer iet Drogon n'existaient plus , mais les Normands avaient encore pour chefs HiSmphroy et Robert Guiscard , fils de Tancrède comme eux , et non moins re-^ doutables que leurs aines \ la réponse oi^ueilleuse du pape indigna ces guerriers intrépides, et malgré le' respect dont ils lic pouvaient se défendre pour le successeur de saint Pierre , iU \èW»>ax^\^. ^^
a7o LES FILS DE TANCRÈDE.
combattre jusqu'à la mort plutôt que d'abandoQuer les pays dont ils s'étaient emparés à la pointe de leur épée. Les deux armées ne tardèrent pas à se rencontrer auprès d'une ville de Calabre nommée CiviTELLA , et il y eut dans cet endroit une terrible bataille dont l'avantage resta aux Normands.
De toute cette multitude de paysans italiens que lé pape comptaiudans son armée , à peine si quelques uns'osèrent soutenir le premier choc des cavaliers de Normandie ; une fuite précipitée fut leur unique action de cette journée; et les soldats allemands, qui seuls avaient essayé de résister à cette troupe formidable, périrent jusqu'au dernier, n'emportant dans la tombe que la gloire d'une honorable défaite. Le pape lui-même , entraîné par les fuyards jusqu'aux portes de Civitella, et n'ayant pu se les faire ouvrir ^ tomba au pouvoir des vainqueurs , et fut ramené par eux jusqu'au champ de bataille où 50/7 armée venait d'èVrc «l\wmv\\^.
Mais admirez^ je vous prie , le respect que ces hommes farouches et si terribles dans les combats , portaient au prince de l'Eglise chrétienne : à peine les chefs et les soldats se trouvèrent-ils en présence du saint vieillard dont ils venaient d'égorger les défenseurs, que, se jetant à genoux et baisant ses pieds, ils le supplièrent de leur donner sa bénédiction et de les recevoir pour ses serviteurs. Le pontife ne put s'empêcher d'être touché de ces témoignages de leur repentir, et pardonnant à ces pieux ennemis tout le mal qu'ils avaient fait jusqu'alors, il permit à leurs comtes de s'approprier pour toujours les provinces de la Fouille et de la Calabre, dont ik s'étaient emparés et dont i» pMrraîent s'emparer encore , soufe là seule condition qu'ils deviendraient les défenseurs de IlÉ^lise, et reconnaîtraient que c'était lie pape qui les avaient dotés ou INVESTIS du droit de posséder ces domai- ^ nés. C'est à cette convention entre le pape et les comtes normands c^>ie V otv ^ ^l^^wn^
le nom d'invESTiTURE , que Ton trouve souvent dans les histoires, et il foudra tacher de vous souvenir à quelle occasion s'établit cette suprématie du pontife romain sur les conquêtes des fils de Tancrède.
Parmi le» aventuriers de Normandie qui venaient par leur courage d'assurer la victoire de Civitella , l'un des plus rema^ quables était certainement Robert Guiscard,qui, dans cette journée, avait partagé avecson frère Humphroylecommandement de leur armée. Doué d*une taille qui dépassait de beaucoup celle des hommes les plus grands de sa nation , la beauté de son visage , 4a fierté de son regard et la force prodigieuse de son bras, ajoutaient encore à l'éclat de sa bravoure. Par un don particulier de la nature , au plus fort d'une bataille , sa voix retentissante dominait le bruit des armes et les cris des corn* battans y et la vigueur de son épée était célèbre dans toute l'Italie.
C'était là , sans dowXe ^ m^^^wwes amis,
des qualités sufBsantes pour illustrer un guerrier de cette époque ; mais ce n'était pas encore les seules qu'il possédât , et son surnom de Guiscard était justifié par l'habileté qui dirigeait ses desseins les plus audacieux. La journée de Ci vitella, où il avait mérité d'être cité comme intrépide au miliei4Qe tant de braves , fut son premiers pas vers une élévation qui surpassa bientôt celle de tous les chefs normands qui l'avaient précédé.
Entouré d'un grand nombre de guerriers que la renommée de son courage attirait auprès de lui , Guiscard se trouva en peu de temps le plus puissant des comtes de la Fouille. Les. marchands d'Amalfi, pour se concilier j'amitié d'un voisin si formidable, lui donnèrent le titre de duc de leur ville, à condition que son armée ne pénétrerait jamais dansleurs murailles^ avec l'aide de leurs vaisseaux il s'empara de Salerne; bientôt après, la plus grande partie du duché de Bénévent tomba sous sa puissance , et ceU^C3^tiQ^^^^^s£<x
fin à cette principauté fondée cinq cents ans auparavant par les Lombards ; enfin , le pape Nicolas II , successeur de LéonlY, voulant s'assurer son appui , lui accordale titre de duc de Fouille et de Galabre, tandis que Roger, son frère, le plus jeune des fils de Tancrède,.qui était venu le joindre avec une poignée de tbrmands, chassait les Sarrasins de la Sicile , et s'emparait de cette ile, Tune des plus fertiles de la Méditerranée.
le ne pourrais pas vous raconter ici , mes cnfans , toutes les actions remarquables qui remplirent la vie entière de ces deux derniers rejetons de la famille de Hauteville; vous saurez seulement qae Guiscard , après avoir assuré ses conquêtes en Italie , ne craignit pas de mesurer ses forces contre Alexis Gomiîeke , l'un des plus glorieux empereurs de Gonstantinople, qu'il défit complètement sous les murs de Duràzzo en Ulyrie , au bord de la mer Adriatique , à peu de distance de Phanale , où César eX. '^^m^^ s'étaient
disputé l'empire du inonde dix siècles auparavant. Quant à Roger , après avoir conquis la Sicile sur les Musulmans , il s'attribua le titre de grand*comte de cette île; mais cinquante ans plus tard , la famille de Guiscard s'étant éteinte , la dignité de duc de Fouille et celle de grand-comte de Sicile se trouvèrent réunies dans la personne de Roger U , petitfils du Normand Roger : et ce prince^ après s'être emparé de la ville de Naples , en fit la capitale de ce' double état, auquel il donna le nom de royaume des Deux-Siciles, que cette monarchie porte encore aujourd'hui^ / .
Depuis Fan looo jusqu'à Tan ioi6.
Depuis que le roi Alfred-le-Grand avait vaincu les Danois, ainsi que je vQUsTai raconté il n'y a pas long-temps , de nouvelles bandes de cette nation avaient tenté à diverses reprises de ravager TAngleterre; mais presque toujours repoussés par les princes saxons , beaucoup d'entre ces barbares s'étaient dégoûtés de leur dangereux métier de pirates, et après avoir reçu le baptême, ils avaient pris le parti de s'établir dans ce royaume , que leurs ancêtres et eux-mêmes avaient si souvent dévasté.
Les provinces de la Northumbrie et celles de J'Est-Anglie, fureut celles qu'ils choi-
sirent de préférence pour leur demeure; mais devenus bourgeois dans les villes et laboureurs dans les campagnes , ils cessèrent dès ce moment d'être redoutables , et se confondirent successivement avec la population saxonne pour ne plus former qu'un seul et même peuple.
Ce fut ainsi , mes enfans , que les anciens habitans de la Logrie et de la Cam« brie , auxquels s'étaient mêlés à diverses époques , les Saxons , les Angles et les Danois , devinrent enfin la nation anglaise, qui est à présent Tune des plus puissantes de l'Europe : et il faudra vous rappeler que ce fut un petit-fils du vaillant Alfred , nomméErHBLSTÀN, qui , après avoir chassé de la Northumbrie les derniers chefs danois , qui s'étaient emparés de ce royaume au temps de son aïeul , réunit le premier sous la même puissance tous les anciens états de l'heptarchie.
A la vérité , la plupart des Danois, après avoir renoncé à leur vie aventureuse , avaient bien de la peine à s'^l^covc^vol^^^^
de l'existence paisible que leur offrait leur nouvelle patrie; les récits des exploits des anciens rois de mer les fiiisaient encore tressaillir de plaisir , et tout établis qu'ils étaient parmi les Anglais , ils ne pouvaient s'empécber de tourner souvent leurs regards du côté de l'Océan. On> raconte même à ce sujet qu'un de ces chefs barbares y vaincu par Ethelstan , ayant élé admis par ce prince à sa table , et traité avec les plus grands égards , trouva d'abord bien douce une vie si différente de celle qu'il avait menée jusqu'alors ; mais au bout de quatre jours, ne pouvant supporter plus long-temps an pareil repos, il s'échappa secrètement du palais , et parvint à gagner une barque danoise sur hquelleil recommença sa vie de pirate , avec autant de plaisir qu'un poisson qui, après avoir été pris dans un filet , parviendrait à sauter dans l'eau. Vous pouvei juger par ce trait quelles émotions, devaient éprouver de tels hommes, lorsqu'ils voyaient c/es vaisseaux de \e\it iv^Viioii ^^yv^^^^^^
des côtes de cette ile 011 ils se regardaient comme en prison ; aussi quelques navires danois ayant encore abordé le rirage de Kent, et pillé Tile de Thanet, personne oô fut surpris que tous les Danois <lu voiûnage se joignissent à eux et les aidassent k renouveler leurs ravages.
Le prince qui régnait alors sur les Anglais se nommait Ethelked ; quoiqu'il ne manquât sans doute pas de courage, il eut la faiblesse de suivre les conseils de quelques seigneurs qui craignaient de voir leurs terres exposées à de nouveaux pillages , et au lieu de combattre les Danois, il leur offrit beaucoup d'argent pour qu'ils s'éloignassent : ceux-*ci acceptèrent les sommes énormes qu'on leur proposa , mais après les avoir reçues , ils ne manquèrent pas de faire part aux autres barbares du moyen qui leur avait procuré un butin si facile.
En effet, peu de temps après , une nouvelle flotte de barques danoises se présenta sur les côtes d'Ang\e\fiYt<^ ^ ^QTÀ^^!^»^
si8o LE JOUR DE SAraT-BRICE.
par deux rois de mer nommés Olaf , de Norwége , et Sten , de Danemarck ; et avant qu'Etbelred eût pu réunir une armée pour les repousser, ils l'obligèrent à leur remettre tout IWet tout Targent qu'il possédait , lui promettant à ce prix de ne point ravager l'Angleterre. Le malheureux roi fut obligé de se soumettre à toutes leurs exigences , et le sauvage Sven , après avoir reçu le baptême , en grande cérémonie , d'un évéque anglais , retourna dans son royaume du Nord , où il publia bientôt qu'il était chrétien pour adorer ses divinités Scandinaves.
Cependant un grand nombre de Danois de son armée, satisfaits de se voir maîtres des biens et de la vie de tous les Anglais que la lâcheté de leur roi avait consternés, avaient refusé de se rembarquer , pour vivre selon leur bon plaisir aux dépens des malheureux habitans de l'Angleterre ] souvent des bandes de ces barbares , en« trant dans les maisons des campagnards saxons , les obUgea\ei^\. ^ \e\xc %^tn\\ \A^t
LE JOUR DE SAINT-BRICE. «8x
ce qu'ils avaient de meilleur , s'enivraient de leur vin, et ensuite, pour remercîment, mettaient le feu à la chaumière , où ils faisaient périr lé paysan avec sa famille.
De tels excès d'insolence et de cruauté ne pouvaient être supportés long-temps par un peuple généreux ^ et les malheureux Saxons voyant que leur roi Ethelred , tout occupé d'amasser de nouyeaux trésors pour payer les pirates , ne songeait point à les protéger , résolurent de tirer euxmêmes une vengeance terrihle de ces odieux étrangers. Le même jour, à la même heure , comme si un même signal se fût fait entendre à la fois dans toutes les provinces d'Angleterre^ lesDanois nouvellement débarqués furent impitoyablement égorgés par les Anglais au milieu desquels ils vivaient sans défiance et sans crainte.
Cette affreuse exécution , dont la barbarie des Danois fut la première cause , eut lieu le jour de la fête de Sajkt-Brige , l'un des «aints les plus révérés de l'Angleterre , et TOUS ferez bien de vou^ ra^p^W^^^ o^^^
>fia LE JOUR DE SAINT-BRIGË.
circoDStance ce jour a acquis une terrible célébrité 4afis l'histoire de ce pays.
Parmi les victimes àe ce massacre , qui forme un des plus frappans exemples de vengeance nationale que l'on puisse citer, se trouva une sœur du roi de Dànemarck, qui ne put , en apprenant cette nouvelle , être maître de sa colère et de sa douleur.
Rassemblant aussitôt une flotte nombreuse de grands navires distingués entre eux par des figures de lions , de taureaux , et d'autres animaux &i cuivre doré , le vin* dicatif Sven en peu de jours parut devant les cotes d'Angleterre , monté sur un vaisseau ^ui avait, dk-on , la forme d'un énorme serpent , et que pour cette raison on appelait le eRAsrDDRAGON* Ce prince irrité avait choisi pour cette expédition les plus robustes et les plus intfépides guerriers de sa nation ^ et bientôt la plus grande partie de l'Angleterre devint la proie des incendies et le théâtre du carnage. Les villes, les villages , les châteaux, les égti^ seSf furent saceagès,\e^\k^\%»!Ck& >six«nti-
nés ou réduits à chercher un refuge dans les montagnes ou les marais , et les plus saints personnages même ne furent point épargnés par les barbares.
Un évéque de Cantorbéry nommé El« FEG donna alors, mesf enfans^ un exemple de courage et de vertu que je ne veux point vous laisser ignorer. Tombé au pouvoir des Danois et menacé par eux d'être livré aux plus effropbles tortures , s'il ne leur payait une grosse somme d'argent pour sa rançon (vous savez sans doute ce que c'était qu'une rançon) , il défendit à ses amis de demander au rôiEthelred', alors fugitif et réduit aux plus misérables provinces de son royaume , de racheter sa vie, disant que ce serait une infime trahisoû que de payer aux ennemis de l'Angleterre le peu d^instans encore qu^il avait à passer sur la terre.
Un jour donc que, dans leur camp, les Danois s'étaient enivrés à l'aide de queU ques tonneaux de vin qu'ils avaient enlevés dans les environs , Ves cVv^fe QtôkW«\^fe-
a84 LE JOUR DE SAINT-BRICE.
rent que le vénérable Elfeg fût amené devant eux. Aussitôt que le saint homme, garrotté sur un mauvais cheval , eut pam au milieu du cercle , des hurlemens s^élevèrent du milieu de cette troupe forcenée, qui criait à tue-téte : « De Tor , évéque ; « de l'or y ou nous allons te (aire périr ! »
Mais le vieillard, inaccessible à la crainte en présence d'un si grand péril, leur répondait avec fermeté : « Ne vous ai-je pas « offert l'or de la sagesse , en tous pré- « chant les paroles de l'Evangile, que la (( plupart d'entre vous ont rejetées avec <( mépris : aujourd'hui, tous mes conseils a vous seraient inutiles, et je vous an- « nonce que votre race ne fera que passer (( sur l'Angleterre , et qu'elle n'y prendra « jamais racine. » Ce qui voulait dire que les Danois ne resteraient pas maîtres de ce royaume.
Il y avait certainement un grand courage , à ce respectable évéque , mes jeunes amis , à tenir un pareil langage au milieu — 1|[^ cette troupe égarée \k^t \^ T^%%b ^ ^
LE JOUR DE SAIiyr-BRICE. aftS
rivresse. Je dois même vous dire à ce propos que si la valeur que les guerriers déploient dans les batailles a été dans tous les temps honorée par les hommes, le courage de celui qui, en présence d'un .
danger inévitable^ préfère la mort au malheur de manquer aux devoirs qui lui sont imposés, doit être mis au moins au niveaii de la bravoure guerrière. Quoique cette vertu, que l'on nomme le courage civil, ne soit peut-être pas aussi célèbre que la valeur militaire, parce qu'elle s'exerce avec moins d'éclat , elle n'en est point pour cela moins estimable, et suppose d'ailleurs bien d'autres qualités , telles que la patience , l'amour de ses devoirs , et enfin la force d'âme, qui est si supérieure à celle du corps. Les histoires que vous oonnaisseis déjà vous ont offert plusieurs beaux traits de ce genre, dont je serais bien aise de vous entendre faire l'application à ce que je viens de vous dire : mais, pour fixer vos idées ^ je crois pouvoir vous rappeler l'emiinax se préseuVauX. dk&s^TtDà
devant les prétoriens révoltés , et Tamiral de Coligni, s'avançant au-devant des meiir* triers envoyés par le duc de Guise pour l'égorger.
Malheureusement les sauvages Danois étaient incapa:bles d'apprécier une pareille vertu; exaspérés par la noble réponse d'Elfeg, ilsle renversèrent sous leurs pieds, et après avoir fait endurer mille tourmens affreux à ce saint homme , qui cherchait encore à s'agenouiller pour prier Diea, un soldat barbare , qu'il a^ait baptisé peu de jours auparavant, lui fendit la tête d'aa coup de hache pour mettre fin à ses tortures. Les assassins voulurent ensuite jeter son corps dans un bourbier voisin , mais les Anglais, pénétrés de respect pour k vertu de ce bon vieillard , le rachetèrent a prix d'argent , et l'ensevelirent à Londres, où son tombeau devint bientôt le but d'an pieux pèlerinage.
Pendant ce temps, le roi Ethelred , qui ne faisait aucun effort pour emp êcher tant d'iiorreurs , se NÔ^a\X. ^^xvd
sujets, indignés de sa lâcheté ^ et toute l'Angleterre ayant mieux aimé se soumettre aux Danois que d'endurer de pareilles barbaries , il fut contraint de sortir de son royaume , et d'aller chercher un asile avec sa femme Emma et ses deux fils Edward et ALFRED, qui étaient encore de jeunes enfans , auprès de Richard , duc de Normandie , dont il avait épousé la sœur. / . .///-.
a88 KIÏUT-LE-DANOIS.
KNUT-LE-DANOIS.
Depuis l'an 1016 jusqu'à Tan xo^S^
Il y avait à peine quelques mois que le roi Élhelred s'était réfugié en Nonnandie avec sa famille, lorsque le farouche Sven , qui avait pris le titre de roi d'Angleterre > mourut tout à coup , et laissa sa puissance à son fils Cànut ou Knut, qui était aussi un guerrier infatigable. Alors , comme au temps d'Alfred-le-Grand , les Saxons regrettèrent de s'être soumis à la domination étrangère , et plusieurs d'entre eux , étant allés trouver Étbelred dans sa retraite, le prièrent de revenir dans son royaume, pourvu cependant cyi'W ^'^w^aj^e&t à le mieux gouverner et a \e ÔLfeSôTÀx^ ^wsXs^ ^s ennemis. Le to\ exiNO^ «».^\vbx v
KNUT-LE-DANOIS. 289
jeune fils Edward , pour jurer en son nom qu'à Tavenir il se conduirait en bon et loyal seigneur^ et les Anglais, à la vue d'un prince de leur race saxonne , furent transportés d'une telle joie, que le conseil des Sages ordonna que tout Danois qui prendrait désormais le titre de roi d'Angleterre serait mis hors la loi , c'est-^à-dire que tout le monde aurait le droit de le tuer. Éthelred rentra donc peu de temps après dans ses États ; mais, tant qu'il vécut, son autorité ne s'étendit que sur une petite partie de l'ancienne Saxe de l'Ouest, et même la grande ville de Londres demeura au pouvoir des Danois. Ce ne fut qu'après la mort de ce prince , dont les dernières années furent aussi honorables que les premières avaient été honteuses , qu'ÉDMOUD, l'un de ses fils, surnommé CÔTE -DE -Fer, à cause de l'intrépidité qu'il déploya contre les Danois, leur reprit cette capitale , et remporta sur leur roi Knut plusieurs victoires éclatantes.
A la suite de l'un de ces eoTftJù^v^ ^ ww
IQO KNUT-LE-DANOIS.
les Barbares avaient été mis en déroule , un chef de cette nation se trouva séparé des siens , et obligé de chercher un refuge dans une forêt voisine, pour échaf^r aux recherches des Saxons qui le poursuivaient Mais rien n'est si facile que de s'égarer dans une foret dont on ne connaU pas le»
détours^ et, après avoir en*é à Taventure pendant plusieurs heures , le Danois allait peut-être succomber à la fatigue et à U faim, lorsqu'un hasard heureux lui fit rencontrer un jeune berger qui disait paître un troupeau de bœufs : « Comment « te nommes^tu ? demanda le guerrier au <( pâtre avant de se découvrir à lui. — Je ((m'appelle Godwin, répondit celai*ci, « et je suis fils d'ULFNoxH , le bouvier de « ce canton. Mais, toi, si je ne me trompe, c( tu es Danois, et tu cherches à t'échapu per, parce que tu es poursuivi. »
A ces mots le chef barbare , jugeant qu'il ne lui serait pas facile de tromper le jeune homme, qui lui paraissait leste et vigoureux y eut Vidée de %^ ^^li^^ar à sage-
KNUT-LE-DANOIS . ag i
nérosité, et de mettre sa vie entre ses mains. Alors, tirant de son doigt un gros anneau d'or, il l'offrit à Godwin , lui pro* mettant en outre une forte récompense , s'il voulait l'aider à rejoindre le camp des Danois , en évitant les passages gardés par les troupes anglaises. Le berger refusA «vec noblesse le présent du Barbare \ mais, tou* ché apparemment de la triste rituation où se trouvait cet étranger , il le conduisit dans la cabane de son père , qui était à peu de distance ^ pour y attendre que la. nuit leur permit de se mettre en route sans crainte d'être aperçus.
Lorsque le soir fut venu, le bouvier Ulfnoth s'approcha de l'étranger , et lui dit : c( C'est mon fils unique qui va te ser* « vir de guide pour retourner parmi les « tiens ; mais ,«comme il n'y aVirait plus de (c sûreté pour lui si nos compatriotes sa* (( valent qu'il a sauvé un Danois, garde-le « dans ton camp , et demande à ton roi a qu'il le prenne à son service. »
JEn achevant ces paroVea, \«i V\^^^^^
aga KNUT-LE-DANOIS.
embrassa son enfant , et Godwin , s'étant aussitôt mis en route* avec le Danois, le dirigea avec tant dliabiteté > qu'ils, arri- Tèrent bientôt au miUea de l'armée barbare. ;
Cependant, la joie de retrouver ses compagnons n'avait point fait oublier au chef danois la prière que le bouvier lui avait faite en lui confiant son fils, et faisant asseoir le jeune Godwin sur un siège aussi élevé qué.lé.sien., pour témoigner qu'il le regardait: comme son égal , il déclara que désormais.. lui-miéme servirait de père au jeune homme qui lui avait sauvé la vie.
Depuis ce jour, la reconnaissance du guerrier ne se démentit pas un seul instant; et, ayant présenté lui-même son libérateur au roi Knut , il obtint pour lui un grade militaire que Godwi%mérita bientôt par son courage et son habileté. Plus tard ce même homme , que le hasard avait tiré de la condition obscure où il était né , devint gouverneur de l'ancien royaume de ^Vest - Sex , et vous NetiÇii \i\fc\Ai5i\. <^u'il
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eût dépendu de sa volonté de s'élever luimême jusqu'au trône d'Angleterre.
A quelque temps de là , Edmond-Cotede-Fer étant venu à mourir, aucun Anglais n'essaya plus de défendre le royaume contre les Danois , et le roi Knut , après s'être emparé presque sans résistance de l'ile entière , chassa tous les parens des derniers princes saxons , et commença à régner paisiblement sur l'Angleterre. Mais dès ce moment , s'étant soumis à recevoir ie baptême , il se montra aussi zélé pour la religion des chrétiens , qu'auparavant il avait été ardent à les persécuter. Il rétablit la plupart des égli&es que son père Sven et lui-même avaient brûlées; et, pour faire oublier la cruauté dont sa nation avait usé envers l'évêque Elfeg, il fit enlever de sa sépulture par des soldats le corps de ce saint personnage , que les habitans de Londres voulaient conserver parmi eux , et déposer ses restes dans . un magnifique tombeau qu'il avait fait construire pour cet objet dausVa ^'\^^ft èi^^v^w*
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torbéry. Non content de celte espèce de réparation envers la mémoire de cet homme respectable, il voulut aller lui-n^eme à Rome , en habit de pèlerin , une besace sur Tépaule, et portant un long bâton à la main , pour y visiter les tombeaux des apo^ très saint Pierre et saint Paul, et recevoir la bénédiction du pape.
Or , sous les plus anciens rois de Theptarchie, l'usage s'était établi en Angleterre d'envoyer chaque année à Téglise de Rome de grosses sommes d'argent pour secourir les pèlerins saxons qui se ren* daient dans cette ville, y fonder une école en faveur^ des en&ns pauvres de cette nation , et enfin entretenir un grand nombre de cierges allumés devant les tombeaux des apôtres. D'abord ces dons furent purement volontaires, et même, pendant les ravages des Danois , on cessa presqu'entièrement de les acquitter, mais le roi Knut, pour se rendre le pape plus favorable^ établit sur tout son royaume pour Iç même objel \m\ vxwçîA.^'ù.^^^li
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le DENIER DS Sàint-Piekrb , et auquel aucun habitant de l'Angleterre ne put se soustraire. La création de cet impôt est fort remarquable, parce qu'il devint à une autre époque Toccasion de bien des.
malheurs pour ce royaume.
Cependant la réputation de sainteté et de puissance que son pèlerinage à Rome et la conquête de TAngleterre avaient donnée au monarque danois étant venue à la connaissance du duc de Normandie , frère de la veuve d'Ethelred ; et Richard , qui voyait avec peina sa sœur descendue du haut rang qu'elle avait occupée chez les Anglais , eut l'idée de la proposer en mariage au roi Knut »
pour établir des liens de famille et de bonne amitié entre l'Angleterre et la Normandie. Le Danois consentit avec joie à cette union , ce qui ne doit pas nous surprendre, car la reine Emma était encore jeune et belle, mais ce qui est^plus étonnant , c'est que cette princesé , pour remonter sur le trône , abaivdoww^ ^w^^^-
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mandie ses deuxenfans, Alfred et £d^ ' ward, auxquels l'entrée de T Angleterre était interdite, comme à tous les princes de la famille d'Ethelred^ et lorsqu'elle eut un autre fils , qui fut^ nommé Hard- KwuT, c'est-à-diré Knut le brave ou le fort, elle oublia entièrement ses premiérs-nés.
Cette femme ambitieuse espérait que ce jeune prince succéderait à son père, mais il n'en fut point ainsi, car lorsque, quelques années apfèâ , le monarque danois vint à mourir, ce fut un prince nommé Hàiulld, qui se disait aussi du sang royal, qui monta sur le trône d'Angleterre à sa place , et le fils de la Normande Emma n'eut en partage que quelques provinces du Danemarck , dont le roi son père avait conservé la possession. --. ,,. /'.
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Depuis Tan io35 jusqu'à l'an io5/|.
Pendant que l'héritage d'Alfred-le- Grand passait ainsi entre les mains des Danois, qu'iLavait eu tant de peine à vaincre , les fils d'Ethelred vivaient dans une retraite profonde auprès de leur oncle , Richard de Normandie , lorsqu'une lettre de leur mère Emma leur fut remise secrèment, et vint réveiller l'espoir qu'ils avaient perdu depuis long-temps, de jamais retourner dans leur patrie. Cette princesse les informait qu'un grand nombre d'anciens amis de leur famille , fatigués de la domination étrangère , n'attendaient que l'apparition de l'un .d'eux en Angleterre pour renverser le roi Harald et chasser à jamais les Danois ^ç^\5&Efc
%g$ EDWARD-LE-CONFESSEUR.
Cette nouvelle, comme vous pouvei croire , causa une grande joie à ces princes, et Alfred, le plus jeune des deux, mais aussi le plus imprudent , sans atten* dre des avis plus certains , réunit une petite troupe de guerriers normands , toujours avides d'aventures et de batailles , avec lesquels il s'embarqua lé plus secrètement possible , et bientôt mit pied i terre sur le rivage du West-Sex, où il se flattait de trouver de nombreux auxiliaires.
A cette époque , Godwin , dont je vous racontais tout à l'heure l'étonnante histoire , était gouverneur de cette province, et quoique ce fût aux Danois qu'il dût sa fortune , il n'avait pu oublier qu'il était Saxon d'origine , et supportait avec peine de voir son pays soumis à ces barbares ; il s'avança donc à la rencontre d'Alfred pour lui offrir ses services, et d'abord la bonne mine de ce jeune prince le charma; mais lorsqu'il le vit entouré de Normands qui parlaient déjà avec insolence de se partager YAuçY^Vext^ ^ ik» ^«wc\-
richir des terres et des dépouilles des vaincus , le prudent Godwin comprit aussitôt que le succès du fils d'Ethelred placerait encore le royaume soUs des maîtres étrangers, et il se retira pour ne point se prêter à une entreprise qui ne lui présageait rien de bon pour la. délivrance de son pays.
Cet abandon du puissant Godwin devint le signal de la perte du jeune Alfred et de ses compagnons, qui peu de jours après ayant été surpris sans armes , dans un village où ils se reposaient, furent saisis par les soldats du roi Harald, et jetés dans les fers. Le malheureux prince , condamné par les Danois à avoir les yeux crevés, mourut bientôt après des suites de cet affreux supplice, tandis que le plus grand nombre des Normands qui l'avaient accompagné expiaient dans les tortures leur audace et leur présomption.
La reine Emma elle-même , soupçonnée avec raison d'avoir été le premier auteur de cette tentative désastreuse, C^V-WsccÂKk
3oo EDOUARD-LE-CONFESSEUR. '
duToyaume, et contrainte de s'embarquer sur nn navire qui devait la conduire en Normandie.
Cependant cette princesse, qui se voyait ainsi chassée pour la seconde fois de rAagleterre, après y avoir été. deux fins reine , au lieu de se retirer dans son ptjs natal , s'était rendue en Dauemarck an* près de son fils Hardknut, pour le supplier de ne point laisser impuni le meurtre odieux de son frère Alfred , dont elle ac- ' cusait Godwin d'avoir été . la principale cause , en refusant de lui prêter son appui. Hardknut écouta avec intérêt le récit de sa mère , prévoyant sans doute que , sous ce prétexte , il lui serait facile de s'emparer de TÂngleterre ; mais la mort d'Harald, qui survint précisément en ce moment , lui rendit encore cette entreprise plus facile.
Hardknut n'eut donc qu'à se présenter avec une flotte danoise sur les rivages de ce royaume , pour monter sur le trône que son père , \e çtîi\i4.¥jckMt, avait oc-
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cape , et comme c'était un prince farouche ' et impitoyable , son premier soin fut de tirer de la mort d'Alfred une Tengeance éclatante, à laquelle sa mère ne cessait de Texçiter. Par Une atrocité bien digne d'un barbare, il fit déterrer le corps d'Harald, qui fut jeté dans la Tamise, après que la tête eut été séparée du trône, mais des pécheurs danois , par respect pour les restes de celui qui avait été leur roi , recueillirent son cadavre et le déposèrent dans le lieu de la sépulture de leur nation ; car, k cette époque , il existait encore une si grande animosi té entre les deux peuples danois et saxon , qu'ils ne voulaient pas même que leurs cendres reposassent dans le même tombeau. Quant à Godwin , que la reine Emma ne cessait de signaler comme l'auteUr du meurtre d'Alfred , Hardknut lui ordonna de se présenter devant des juges pour se justifier de la trahison qu'on lui imputait.
C'était la coutume parmi les Saxons, mes jeunes amis, ainsi que chei\;sL:^Vv^\wtv.\^^
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autres nations de race teutonique, que lonqn'un homme était accusé de quelque crime, il comparût devant ses juges, acc(»H pagnédesesparens, de ses amis et mémede ses voisins, qui juraient avec lui qu'il était innocent du fait qui lui était reproché.
Godwin fut donc ohligé de se présenter avec un hon nombre de témoins devant le sauvage Hardknut pour détruire le» soupçons dont il était l'objet ; mais comme il n'ignorait pas que le prince barbare était surtout fort avide de richesses , ce fat à force de présens qu'il essaya d'apaiser son ressentiment. En e£Fet, il lui offrit en cadeau un vaisseau orné de cuivre doré, monté par quatre-vingts soldats dont les casques étaient d'or, et qui portaient à chaque bras de gros bracelets du même métal; en outre chacun de ces guerriers tenait sur son épaule gauche une hache dorée , et un javelot dans sa main droite* La magnificence de ce présent adoucit en effet l'avare Danois , qui déclara aussitôt que ^ Godmn ne pouvait èvte cQ\v^4h\<& ^ et le
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renvoya dans son gouvernement de West- Sex en le comblant de louanges.
Noua devons croire que Godwin était réellement innocent du meurtre qu'on lui reprochait; mais un prince qui rendait ainsi la justice à prix d'argent, mes bons amis, ne promettait point à l'Angleterre un règne glorieux ; et en effet, jusqu'à son dernier jour, Tunique soin de Hardknut fut d'acquérir des richesses par tous les moyens qui lui paraissaient les plus profitables. Â son exemplo , les Danois recommencèrent à dépouiller et à maltraiter les Saxons comme au temps de l'invasion de Sven; et lorsqu'un Anglais avait le malheur de tuer un Barbare en se défendant contre ses violences , ses biens étaient aùs* sitôt dévastés , et il devenait t&te de loup, c'est-à-dire qu'il était permis à tout homme de le tuer comme une béte malfaisante. Heureusement la vie et la puissance de Hardknut furent de peu de durée, et sa mort fut le signal de l'expulsion totale des Danois ^e \ t^xw^^v^^:^^
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Ce fut Godwiu , secondé par ses quatre fils, aussi vaillans guerriers que lui-même, qui, au premier bruit de cet événemçDt, rassembla une armée anglaise; et, après avoir poursuivi les Danois de ville en ville, les força enfin de se rembarquer et de se retirer dans leur patrie du Nprd. Ainsi, mes enfans , le fils du bouvier Ulfnoth devint le libérateur de l'Angleterre ; et si dans ce moment il eût voulu poser la couronne sur sa tête, il n'y eût pas eu un Anglais qui ne lui eût obéi avec joie; mais ce vaillant capitaine aima mieux replacer le dernier fils d'Étlielred sur le trône que son père avait occupé; et Edward, rappelé par lui , fut le premier Saxon qui suc* céda à la domination danoise. Ce prince , par reconnaissance pour son bienfaiteur, prit pour épouse sa fille Edithe , qui était une jeune personne aussi belle que modeste; et comme il était lui-même doué de beaucoup de vertus et surtout d'une sainteté remarquable, on lui donna le nom
EDWABD-LE-COMFESSEliR. 3o5 régna glorieusement sur l'Angleterre. Son règne parut bientôt devoir effacer jusqu'au souvenir des maux que les Danois avaient causés à l'Angleterre.
Cependant, malgré les qualités précieuses qui distinguaient Edward, les Anglais voyaient avec peine l'affection particulière qu'il cobservait pour les Normands, au milieu desquels il avait passé la plus grande partie de sa vie. Une foule de barons et d'aventuriers de cette nadon l'avaient suivi en Angleterre, pour y partager sa haute fortune ; et comme ils l'avaient accueilli dans son exil , Edward ne pouvait s'empêcher de leur accorder toutes les faveurs qu'ils demandaient Aussi il y eut bientôt des évoques normands, des gouverneurs normands, et jusqu'à des troupes normandes pour garder les ports et les forteresses du pays. Les vieux Saxons voyaient avec amertume cette préférence, et plus d'une fois Godwin avait supplié le roi d'éloigner de sa personne ces étrancers. dont l'insolence el \a, fewvfe îve,-*';.-
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naient de jour en jour plus odieuses au peuple anglais -, mais Edward refusait de suivre ces avis dictés par une amitié prévoyante-, et souvent, dans la mauvaise humeur qu'ils lui causaient, il reprochait amèrement à Godwin d'avoir contribué à la mort de son frère Alfred : reproche que ce seigneur ne pouvait supporter sans indignation , car il n'y a rien de si douloureux polir un homme d'honneur que d'être soupçonné d'un crime qu'il n'a point commis.
Enfin, cette dissention éclata si vivement entre le roi et le sage Godwin , que le premier, cédant aux conseils des Normands dont il était entouré , eut l'ingratitude de faire bannir du royaume par une assemblée qu'il réunit tout exprès , cet homme puisant auquel il devait sa couronne. Toute la famille de ce seigneur partagea sa disgrâce, ses fils le suivirent en exil , et le roi mit le comble à ses torts en répudiant la sage et belle Edithe , qu'il fit enfermer dans un cloître, à l'instigation tei/es ses conseillers éVraiv^ets, q^\ ôÀs«kVK«c\
hautement , par dérision , qu'il ne convenait pas que cette dame dormit sur la plume, tandis que toute sa famille était dépouillée de ses biens. Godwin se soumit <lonc alors à cet excès d'injustice , qui ne fit qu'irriter davantage les Anglais contre la domination normande , et nous verrons bientôt cette haine nationale devenir la première cause d'un événement qui changea entièrement le sort de l'Angleterre.
Tandis que Godwin et sa famille étaient ^insi victimes de la faiblesse et de l'ingratitude d'Edward, ce prince reçut la visite d'un personnage dont le nom devait bientôt être un des plus célèbres dé l'histoire : c'était Guillaume, duc de Normandie, cousin du roi d'Angleterre, par sa mère Emma, et fils d'un fameux prince normand nommé Robert -LE -Diable , sur lequel vous avez peut-être entendu faire quelquefois les contes les plus déraisonnables.
Ce Robert , ainsi surnommé à cause de son mauvais caractère, et des méchancetés çu'il ne cessait de î^Vt^ ôaxv^ ^'^^^'^-
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nesse, touché d'un repentir sincère en avançant en âge , résolut de faire un pèlerinage nu-pieds à Jérusalem pour obtenir le pardon de ses péchés , mais il mourut avant d'avoir atteint le but de ce long voyage ^ et laissa pour héritier de ses états un jeune garçon alors âgé de sept ans seu< lement , qui n'était autre que le duc Guillaume. Les barons normands , en apprenant la mort de Robert-le-Diable , avaient reconnu cet enfant pour leur prince , en mettant leurs mains dans les siennes, selon la coutume féodale, et ils avaient pris l'engagement de lui demeurer fidèles.
Guillaume , en grandissant , ne parut pas aussi méchant que son père , mais dès sa plus tendre jeunesse , et dans les plus petites choses , il se montra aussi rusé que jamais homme ait pu l'être.
Ce prince donc, qui était alors parven.u à l'âge d'homme , ayant voulu faire un voyage hors de son duché de Normandie, débarqua en Angleterre, où, dès son arrivée, il fut charmé de\o'vv ^w^V^^^^us de sa
nation étaient en possession de presque tout le pays. Le roi , pour célébrer la bien-venue de cet hôte illustre, lui fit présent d'un grfind nombre d'oiseaux^ de chevaux et de chiens de chasse, dont l'espèce anglaise était des plus estimées, et ridée prit alors au duc normand (ju'un jour il pourrait bien posséder aussi ce beau royaume , dont son cousin Edward lui faisait si bien les honneurs. Guillaume , accompagné d'une suite nombreuse, parcourut les villes et les châteaux d'Angleterre, après quoi il se rembarqua et rentra dans son duché.
Pendant ce temps , Godwin , indigné de l'ingratitude d'Edward , n'avait point renoncé à l'esfToir de forcer ce prince à lui rendre justice , et il y avait à peine quelques mois qu'il était sorti de ce royaume, lorsque ce monarque apprit avec efifroi que le chef saxon venait de paraître sur la côte de Kent , accompagné de ses fils , et que déjà un bon nombre de gens de guerre étaient venus le trouver, etv yw^wX. ^«^
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vivre et de mourir avec lui. A Texc^ition de ses Normands, Edward ne trouva point de soldats à opposer au vaillant Godwin , cpi bientôt remontant la Tamise jusqu'à Londres , y débarqua son armée , et obligea le roi à faire la paix avec cette famille dont il tenait son royaume. Un nouveau consefl des Sages , révoquant Tarrét de bannissement des illustres proscrits , ordonna que tous les Normands , quels qu'ib fussent, sortiraient du pays à l'instant même*, et il fut convenu que Godwin et les siens rentreraient dans leurs biens et honneurs, pourvu qu'il consentit à mettre pour otages entre les mains du roi le plus jeune de ses fils nommé Ulfiioth , comme son aïeul le bouvier du West-Sex, etVun des cnfans de son fils aine, que le prinée confia tous deux à la garde du duc Guillaume, qui promit de veiller à leur sûreté. En même temps, la fille de Godwin sortit du cloître pour remonter sur le trône , et cette bonne princesse pardonna à son mari es chagrinsqu'i\\uva\«À\.c^xia*ft*
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• Aprèi cette rëcoociliation , qui parut sincère, mes enfans, personne ne douta que jamais le moindre nuage ne s!élèTerait désormais entre Edward et Godwin ; mais le roi tarait p^ encore oublier la mort de son frère Alfred , dont le sort funeste lui revenait sans cesse à la pensée, et chaque fois que le moindre mot lui rappelait > même indirectement, ce triste événement , il ne pouvait s'empêcher de jeter un regard de colère sur s A ministre.
Un jour donc que, dans un repas, Godwin était assis à côté d'Edward , Téchanson qui leur versait à boire trébucha d'un pied en approchant de la table, et serait probablement tombé , s'il ne se fût adroitement retenu en s'appuyant sur son autre jambe : « Oh l oh ! dit Godwin en « souriant , le frère est venu à propos au a secours du frère* --^ Sans doute v , repartit le roi en pâlissant et lançant à ce seigneur un coup d'œU sévère , « le frère <( a toujours besoin de son frère, et ptôt à a Dieu que le mien fut en^c^^ Vvs^^. ^
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Mais Godwin avait remarqué la pâleur da prince : « Seigneur, lui dit-il d'un air « sérieux , faut-il donc que chaque fois (( qu'un mot rappelle un malheur irrépa- « rable, vous me regardiez avec colère, (( comme si j'en étais coupable. Eh bien, ((je consens, si j'ai contribué en quelque « façon que ce soit à la mort xiu prince (( Alfred, que, par un véritable miracle, <( Dieu permette que ce morceau de pain « que voi^me fasse mourir à l'instant. »
En achevant ces mots , le Saxon porte à sa bouche le pain qu'il tenait, et aussitôt, tombant à la renverse, il expire suflPoqué, avant qu'on ait pu lui porter aucun secours.
Les' ennemis de Godwin ne manquèrent pas de répandre parmi le peuple que cet événement était la juste punition du meu^ tre qu'il avait causé bien des années auparavant, mais il faut croire que cet accident, auquel ils rattachaient des circonstances presque surnaturelles, ne se passa point ainsi , et que la luotV ^vjSovV^ ftwi ^^t «axou
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est le seul fondement de ce récit , que Ton ne doit accueillir qu'avec la plus grande réserve. /
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