LA CONQUÊTE DE L'ESPAGNE
Depuis Tan 680 jusqu'à Tan 716.
Si vous avez quelquefois étudié sur une carte géographique la situation de l'Afrique, mes jeunes amis, vous aurez sans doute remarqué que cette partie du monde n^est séparée de l'Europe que par un détroit de peu de largeur, qui sert de communication entre l'Océan et cette autre mer que l'on nomme la Méditerrakée , parce qu'elle se trouve en effet au milieu des terres.
Eh bien , ce fut en suivant les rivages africains que baigne la Méditerranée , depuis l'Egypte jusqu'à ce détroit, que les Arabes , après les conquêtes d' Amrou , se rendirent maîtres de CartViage eXài^\«v5\R&
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les provinces d'Afrique que, quarante ans auparavant , le grand Bélisaire avait arrachées aux Vandales. Les Grecs d'Héraclius abandonnèrent presque sans combat celte vaste contrée à ces nouveaux agresseurs, et la seule résistance qu'éprbuvèi^nt les Arabes vint de la part de quelques peuples sauvages originaires du pays, auxquels on donne à présent le nom de Berbères ou de Maures, au teint cuivré, et qui ne sont autres que les anciens Numides , dont il est si souvent parlé dans l'histoire roiiiaine.
Maintenant vous saurez que la partie de TEurope que le détroit sépare du rivage africain, est TEspacke, cette riche et populeuse province dont les Vîsigolhs s'étaient emparés après la chute de l'empire d'Occident, Les Arabes, qui ne la connaissaient encore que par les récits que leur en avaient fait quelques voyageurs de leur nation , lui donnaient le nom de Handalvsia, ce qui , dans leur langue, signifiait le pays du soir, c'est-à-dire celui qui e-àV A\i coviï, ^vvV '5.^-
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leil se couche, parce que, lorsqu'on esl en Afrique ou en Asie , c'est effectivement vers Toccidenl que l'Espagne est située.
Depuis deux siècles que les Goths étaient 'maîtres diV celte contrée, ils v avaient fondé un puissant royaume qui avait presque eolièirement fait disparaître les traces des Carthaginois et des Romains, qui l'avaient occupée autrefois. Le roi qui régnait alors en Espagne se nommait llosi^Ric, et c'était un prince indolent et efiéminé
Les Goths possédaient en outre sur la côte d'Afrique plusieurs villes, dont la principale, appelée 'Takger, était la demeure d'un comte de leur nation , qui avait nom Julien. Or, ce comte Julien avait une fille, qui était si belle, si belle, que le roi Roderic l'ayant aperçue , la fit enlever secrètement; et jamais, depuis ce temps, son père ne sut ce qu'elle était devenue. Dans son désespoir, le malheureux Julien, résolu de tirer de ce prince une vengeance éclatante, délerïxiwà '^^:^^.%^ ^
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émir d'Afrique, c'est-à-dire lieutenant da calife de Damas dans cette contrée, à faire passer une armée arabe en Espagpae pour renverser Roderic de son trône, et y replacer les fils d'un ancien roi nommé Witiza, que celui-ci en avait chassé. .
Muza , qui avait souvent entendu parler des richesses de l'Espagne, n'eut pas beaucoup de peine à se décider à tenter une entreprise qui devait lui rapporter de grands trésors, et répandre sur cette nouvelle conquête la religion du Koran. Il écrivit donc au calife Walid, sou maître, qui régnait alors à Damas, pour lui demander la permission de faire cette guerre; et dès qu'il en eut reçu la réponse , il fit passer en Espagne , sur quatre grands bateaux que lui procura le traître Julien , une troupe de cinq cents cavaliers maures ou arabes, sous la conduite de l'un des plus braves officiers de son armée , nommé
TlRlK.
Cinq cents cavaliers ^oav conquérir
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tout un pays comme TEspagne , quelle que fût la valeur de chacun d'eux , n'auraient pas été suffisans , comme vous pouvez croire^ aussi Tarik était- il seulement chargé d'examiner les rivages de cette contrée inconnue , et de venir ensuite faire savoir à l'émir s'il fallait ajouter foi à tout ce que l'on en racontait.
En effets Tarik s'étant embarqué avec ses cavaliers , ahorda sur la cote d'Espagne , au pied d'un rocher élevé qui domine la mer, et auquel on donna alors le nom de Gbbal-Tarir, ou montagne de Tarik , dont on a fait depuis Gibraltak.
Ce mont Gibraltar, mes enfans, est un clés deux rochers que les anciens navigateurs phéniciens et carthaginois avaient nommésautrefois les Côlouncs d'Hercule, parce <{u'ils s'étaient imaginé que c'était là les bornes de l'univers, et le lieu où ce <lemi'dieu avaitété forcé de s'arrêter, ainsi >que vous avez pu le lire dans la mythologie.
D^ abord les Arabes ne s'aN«uç.^T^\>x
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qu'avec précaution sur ce rivage qui leur était entièrement inconnu , car ils ne pouvaient croire qu'un pays dont la riche verdure leur paraissait si préférable aux sables arides de la Perse et de l'Arabie, ne fut pas habité par des hommes forts et courageux -, mais bientôt , voyant qu'ils ne rencontraient aucune résistance , ils se contentèrent d'enlever quelques troupeaux et un petit nombre de prisonniers qu'ils amenèrent à Muza comme un témoignage de leur expédition. -
Peu de temps après , Muza , enhardi par ce premier succès, ordonna au même Tarik de conduire une nombreuse armée d'Arabes et de Maures sur celte mémo plage d'Europe, dont il lui avait fait une description si agréable. Ce fut encore le perfide Julien qui leur fournit un nombre suffisant de vaisseaux pour transporter une si grande quantité d'hommes et de chevaux , et bientôt les bandes musulmanes couvrirent les rivages de cette ^ Jbelle province, c^ui t^euV ^ ^xsî^ \^ wç^vu
LA CONQUÊTE DE L'ESPAGNE. iSp
d'ANDALOusiE , qu'elle a toujours conservé depuis.
Cependant, le roi des Goths, ayant appris que des étrangers demi-nus , mais terribles et belliqueux, commençaient à se répandre de toutes parts dans son royaume, envoya contre eux quelques troupes qui, ne pouvant soutenir le choc impétueux des coursiers de l'Arabie^ s'enfuirent précipitamment , et lui rendirent compte que rien ne paraissait devoir arrêter ces terribles Africains, dont les che> vaux étaient aussi rapides qu'une flèche , et dont les cimeterres tranchaient comme un roseau les plus fortes épées des soldats goths. Roderic vit bien alors qu'il fallait qu'il marchât lui-ménue contre ces ennemy redoutables, et, s'arrachant à regret de son palais de Tolède , qui était la capitald j^ rEyoagne , et où il passait ses journées dans ol^ repos continuel, il appela autoui^de lui 'feus les seigneurs visigoths de son royaume,'^uxquels il ordonna
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de lui amener le plus grand nombre de soldats possible.
Si vous avez déjà lu plusieurs histoires, mes jeunes amis, vous aurez remarqué, sans doute, que, lorsque de grands événemens sont accomplis , il se trouve toujours des gens crédules ou de mauvaise foi, qui prétendent qu'ils avaient été annoncés par quelque prodige ou présage extraordinaire ^ ce qui n'a pas le moindre fondement, car, la plupart du temps, ces prodiges supposés ont été inventés après coup, et accueillis par l'ignorance ou la crédulité. L'histoire que je vais vous raconter a ce sujet parait être tout-à-fait de ce genre ; et elle vous semblera sans doute plus curieuse que vraisemblable.
Dans ce temps-là^ il. y avait à To^de un vieux palais xhj personne n'avait pénétré depuis un grand nombre d'ai^nées, et dont les portes étaient fermées en dehors par des verroux et de grosses barres de fer. C'était une croyance répandue parmi
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les gens du peuple , toujours avides de récits merveilleux, que l'ouverture de cet antique monument devait être pour le royaume le signal d'une révolution générale *, et le débarquement des Africains ne manqua pas à^ rappeler de nouveau ce préjugé populaire.
De son coté, Roderic, s'imaginant qu'un palais aussi soigneusement fermé devait renfermer des trésors, fit ouvrir de force cet édifice mystérieux ; mais son attente fut bien trompée, car il n'y trouva qu'un cercueil, sur lequel étaient peintes des figures extraolrdînaires , représentant des étrangers dont le costume était absolument semblable à celui des étrangers venus d'Afrique.
Le peuple , insiruit bientôt de cette découverte , ne douta plus alors que le moment ne fût venu où l'ancienne pr^ction devait se réaliser^ et cette nouvelle, répandue avec affectation par les ennemis de Roderic , de manqua pas de jeter le découragement dans les rangs de son armée.
Néanmoins ce prince , \a lèXfc otwè,^ îi^x^w
i6a LA CONQUÊTE DE I/ESPAGNE:
diadème de perles , et vêtu d^upe longue robe de soie brodée d'or, se fit traîner audevant des Arabes, sur un chajr d'ivoire traîné par deux mules blanches ; et bientôt les deux armées se rencontrèrent à peu de distance de la mer, sur^s bords d'une petite rivière d'Andalousie, nommée le
GuADÀLÉTÉ.
Ce fut dans ce lieu que s'engagea entre les Goths et les Sarrasins une sanglante bataille , dont la. possession de l'Espagne devait être le prix ^ cette bataille dura trois jours entiers , et quoiqu'il y eût eu déjà bien du sang répandu de part et d'autre , la victoire semblait encore incertaine, lorsque Tarik , indigné d'une lutte si longue, qui avait déjà coûté la vie à ses plus braves soldats, se précipita, le cimeterre à la main, devant les rangs des Arabes :.
« Mes frères, leur cria-t-il avec l'accent « de la rage , l'ennemi est devant nous y <c la mer est par-derrière ; notre salut n'est « que dans la victoire ; suivez-moi tous, et
^ènez mourir avec moW ^^^JW ^\^^w\.ç.e«
LA CONQUÊTE DE L'ESPAGNE. i63
mots, il s'élance au milieu des bataillons ennemis avec rintrépidilé du désespoir, et ce dernier effort décide la défaite de l'armée de Roderic.
Ce prince lui-même, sautant alors à bas de son char d'ivoire , et se dépouillant de son diadème et de sa robe, chercha au milieu du désordre à se dérober par la fuite au sort qui le menaçait; mais, soit qu'il eût péri ^en cherchant à franchir le Guadalété, soit qu'il. fût tombé sous un des monceaux de morts dont la plaine était jonchée, depuis cet instant on ignora complètement ce qu'il était devenu, et son cadavre même ne fut pas retrouvé.
Cette bataille de Guadalété, mes enfans, sur laquelle je dois encore appeler votre attention , introduisit les Sarrasins et la religion de Mahomet dans une des plus belles contrées de l'Europe , dont ils conservèrent la possession pendant près de huit cents ans. A l'exception d'une seule province , défendue par de hautes monla- ^nes que /*<|r nomme les ^sT\^\!i\^^ ^ '^v ^vv
i64 LA CONQUÊTE DE L'ESPAGNE.
se réfugièrent, sous la conduite d'un prince nommé Pelage, un petit nombre de chefs et de soldats goths , préférant à Fesclavagé et au Koran ^indépendance et la religion chrétienne qu'ils avaient reçue de leurs pères , l'Espagne entière , depuis Gibraltar jusqu'aux Pyrénées, tomba au pouvoir des Arabes.
C'est de ces mêmes montagnes des As»
turies que nous verrous sortir, après bien des années, un peuplé pauvre, mais intrépide , qui finit par arracher à l'islamisme une contrée qui ouvrait aux Arabes les portes de l'Europe entière.
LA CHUTE D£S OMMIADES. i65
Depuis Tan 716 jusqu'à V^n 75o«
Dépuis que Mahomet avait ordonné à ses disciples d'employer le cimeterre pour répandre le Koran sur le monde entier , mes enfans, les Sarrasins n'avaient point encore envahi une seule contrée , qu'ils n'en eussent aussitôt fait la conquête. Maîtres de la plus grande partie de l'Asie , de rÉgypte, des prpvinces d'Afrique, de plusieurs iles de la Méditerranée et de la totalité de l'Espagne, qui leur ouvrait l'Europe , ils étaient en même temps parvenus dans l'Âsie-Mineure , presque aux portes.de Constantinople, où les suc-cesseurs d'Héraclius tremblaient à la seule approche de i^jétendard du. pto^^\.^«
Cependant, en transportant à Damas la capitale de leur empire, les califes avaient entièrement abandonné Thumble simplicité des premiers commandeurs des croyans^ loin de porter des robes percées de trous, et de n'entretenir (Ju'uo seul chameau et une vieille esclave noire , les Ommiades avaient promptement contracté le goût d'une magnificence prodigieuse dans leurs vétemens et leurs équipages; une foule d'esclaves ntiagnifique' ment habillés entouraient leur trône; une quantité considérable de monnaies d'or et d'argent avait été frappée à leur iniage , et les étoflfes les plus précieuses , surchargées de pierreries et de diamans, for^ maient leur costume ordinaire.
Mais à mesure que croissait la somptuosité des souverains de Damas ^ les forces de leur empire semblaient s'énerver et s'éteindre dans ce luxe merveilleux dont on ne trouve d'exemple que chez les peules de l'Orient , car vous pouvez à ce
>pos vous rappeVer \a m^^wx^ç-^^cfc ex-
travagante des rois d'Assyrie et de Perse , dont je vous ai parlé dans d'aulres. histoires. Les Grecs de Constantinople avaient même repris courage , et après plusieurs combats où la victoire s'était déclarée pour eux, ils avaient obligé le calife Walid , dont les armées venaient pourtant de conr quérir l'Espagne • à leur envoyer chaque mois, en tribut, un beau cheval, un esclave et mille pièces d'or. Malgré cela un tel revers n'avait pas éteint l'ardeur des mahométans, et le calife Soliman, qui succéda à son frère Walid , résolut dé s'affranchir de cette honteuse obligation en marchant avec une puissante armée sur Constantinople pour en former le siège.
C'était la première fois que l'on voyait l€S Sarrasins franchir la mer pour passeï^ de l'Asie en Europe , et les troupes de Soliman, composées de plus de cent vingt mille Arabes ou Persans, la plupart montés sur des chevaux ou des chameaux , employèrent , dit-on , dix-huit cents na-
i68 LA CHUTE LES OMIVIIADES.
vires pour les transporter au pied des mnrs de Constantinople.
L'émir Moslemah-, frère, du calife, était le général de cette formidable armée, qui environna d'un fossé profond cette capitale tout entière^ afin que personne ne pût y entrer ni en sortir; de plus, pour témoigner aux Grecs qu'il était résolu d'attendre avec patience que tous leurs moyens de défense fussent épuisés , Moslemah fit labourer et semer de blé toutes lés terres environnantes, comme s'il eût été résolu d'attendre dans cette position le temps des récoltes de Taiinée suivante. Aussi l'effroi des cbrétiens fut-il au comble; et ils envoyèrent auprès de l'émir des députés qui lui offrirent une contribution d'une pièce d'or par tête d'babitant, pour qu'il consentit à leur épargner les borreurs d'un siège : ce qui eût fait une somme immense , puisque Constantinople 4tait dans ce temps-là la ville la plus peude, la terre. Moslemab rejeta avec
mépris cette offre magnifique ; mais vous allez voir comment les musulmans se repentirent bientôt de n'avoir écouté que leur orgueil.
On était alors au commencement de l'hiver, qui , cette année-là précisément , se trouva d'une rigueur extrême ; contre l'ordinaire de ces climats , où il ne gèle prei^ue jamais , une neige abondante couvrit la terre pendant cent jours ] uii grand nombre de musulmans , nés sous le climat bràlant de l'Arabie ou de la Perse, ne purent résister à ce froid inaccoutumé , et périrent glacés au milieu de leur camp.
Tout l'espoir de Moslemah était dans l'arrivée prochaine d^une flotte venant d'Egypte , qui devait lui apporter du blé , des armes et des soldats; mais à peine cette flotte eut-elle approché du rivage , où les acclamations de son armée la saluaient avec transport, qu'il eut la douleur de la voir s'embraser tout entière comme par enchantement , et bientôt après s'abimec dans les Ûots avec tout ce qu'eue iç^\:\sl\x.
Franks, remporta sur les Sarrasins, auprès de Poitiers, une sanglante victoire, qui coûta la vi^ leur chef Abdérame , et les rejeta de l'autre côté des Pyrénées.
Cependant un danger plus grand encore ne tarda pas à menacer l'empire des Mu»
sulmans, qui, en se divisant, cessèrent d'être aussi redoutables pour les royaumes de l'Occident : parmi les Arabes, les Fatimites n^étaient pas les seuls qui se glorifia»* sent avec raison d'appartenir à la race du prophète. Les Abbassides, qui prétendaient descendre d'Abbas, oncle de Mahomet, levèrent une armée formidable, avec laquelle ils marchèrent contre le calife de Damas, portant devant eux deux étendards noirs, qu'ils appelaient l'ombre et la huit : leurs turbans et leurs vétemetis étaient de la même couleur ; tandis que Méhuàh , quatorzième et dernier successeur deMoavyah, avait arboré un drapeau blanc, sous lequel il avait appelé les Mahométans fidèles à la famille des Ommiades. Une bataille fut lirrée entre ces deux parus acharnés^ sur les
bords du Zâb , petite rivière d'Asie qui se jette dans TEuphrate.
Méruan n'était certainement pas un prince sans courage et sans habileté , et même, avant qu'il fût appelé au trône, on l'avait surnommé l'âne de la Mésopo- TÀMiÉ, ce qui n'était point une injure, comme tous pourriez le croire , et signifiait au contraire qu'il avait supporté glorieusement le poids du gouvernement de cette province; car les Orientaux ne dédaignent point, comme nous, cet animal utile , qui rend chaque jour tant de services ; mais il ne put empêcher que les escadrons noits ne l'emportassent stir les troupes qui suivaient l'étendard blanc des Ommiades *, et le meurtre de quatre-vingts de ces princei^, égorgés sans pitié dans un festin à Damas , fut la vengeance offerte par les Abbassidès à la mémoire du pauvre Hosein.
Alors s'accomplit dans l'empire des califes une révolution qui le partagea en trois
états dlitînrls, dont il sera bon de tous souvenir. Almanzob , le second des Abbassides , dégoûté du séjour de Damas , qui venait d'être souillée du sang des Ommiades , fonda sur les bords de l'Euphrate , à peu de distance des ruines de Tancienne Babylone, une ville à laquelle il donna le nom de Bagdad, ce qui voulait dire la cité de paix , tandis qu'ÀBDÉRAME , Tun des Ommiades , échappé presque miraculeusement au massacre de sa famille, se réfugiait en Espagne , où il fondait un puissant royaume sur lequel j'aurai beaucoup de choses à vous raconter.
Enfin l'on vit , peu de temps après , les Fatimites, sortant de la longue obscurité où les avaient plongés les malheurs de leurs ancêtres , élever eux-mêmes sous leur étendard vert , au Caire , en Egypte , une troisième puissance , qui s'étendit sur une partie de l'Afrique et de la Mauritanie.
De sorte qu'il se trouva à la fois dans les trois parties du moixà^ ^Qt% ç.qw\>». ^ ^^^
princes arabes qui prirent le titre de calife, à Bagdad , au Caire et à Cordoue , tous se disant les vicaires du prophète, mais irréconciliables ennemis les uns des autres.
tl
Depuis Tau 75o jusqu'à Tan .787,
Taudis que les Abbassides, comme je viens de vous le dire, fondaient ainsi, dans leur ville de Bagdad ,- un nouvel empire mahométan sur les débris de celui des Ommiades, Abdérame , l'un des princes de cette famille illustre, échappé au massacre de sa race , avait trouvé un asile en Afrique, parmi les Berbères, cet^te nation sauvage chez laquelle ses ancêtres avaient porté la religion de Mahomet. Cet Abdérame, méi^'kjsâk^es amis, n'avait alors que vingt ans^ mais il s'était déjà fait connaître, parmi les peuplades africaines, par son courage et ses verlvx^v^^^^^^^^^^^"®
par ses malheurs , car c'est surtout dans rinfortune que les hommes remarquables font éclater les grandes qualités qui les distinguent.
Maintenant, il faut que vous sachiez que depuis que la chute des Ommiades avait donné lieu au partage de l'empire des califes, des émirs d'Espagne ^ qui auraient tous voulu se faire rois de cette contrée , y avaient allumé une guerre terrible qui faisait couler chaque jour le sang musulman dans des combats acharnés \ en même temps les chrétiens fugitifs qui, sous la conduite de Pelage , s'étaient autrefois retirés dans les montagnes des As* turies, profitant des discordes de leurs vainqueurs , et devenus plus entreprenans sous un de leurs princes nommé Alphonse-le-Càtholique , avaient tenté de nouveau le sort des armes contre les Arabes, et tout semblait se préparer pour que les fils des Goths défaits à Guadalété, expulsassent prochainement les Mahomélans de l'Europe.
Dans ce temps-là, l'une des principales villes de l'Andalousie était Cordotjè , que vous verrez bientôt devenir la capitale d^un puissant empire. Ce fut là que quelques chefs arabes, effrayés des calamités qui paraissaient près de fondre sur leur nation , depuis qu'elle ava^it cessé d'obéir aux califes de Syrie y se réunirent secrètement pour arracher l'Espagne musulmane aux malheurs de la guerre civile et étrangère. Un seul moyen s'offrit à eux de faire cesser la rivalité des émirs , ce fut d'élever en Andalousie un nouveau trône, où prendrait place un calife, destiné à gouverner les musulmans d'Europe, comme celui de Bagdad gouvernait ceux de l'Asie. Mais lorsqu'il s'agit de choisir le prince qu'ils placeraient sur ce trône, une nouvelle querelle fut au moB^ent d'éclater entre ces assistans , et l'on ne peut prévoir ce qui en serait résulté, si tout à coup un des plus sages guerriers de cette asseniblée , qui connaissait la retraite du jeune Abdérame , ï\'eût ipvoçosé d'appeler
aa califat ce dernier rejeton de la race des Ommiadcs. Cet avis fut adopté avec acclamation par rassemblée , car les mustilmans ne pouvaient oublier que c'était dOQS le gouvernement des princes de cette famille que Tislamisme avait envahi une partie du monde 5 et deux des émirs s'embarquant aussitôt pour TAfrique, allèrent annoncer cette fortune imprévue au fugitif Abdérame , qui vivait alors sous un nom supposé parmi les tribus berbères du Mowt-Atlas, Vuné des principales chaînes de montagnes de ce vaste continent.
Peu de jours après avoir reçu la nouvelle de son élévation , le jeune prince se mît en route pour TEspagne, où il débarqua sans accident , suivi de quelques centaines de ses fidèles Berbères, qui avaient bien le droit de partager sa haute fortune, puisqu'ils l'avaient accueilli dans son adversité. Le bruit de l'arrivée du prince ommiade , en rendant toute leur force aux Arabes , répandit l'effroi |i4irrai les cjjrétiens des AsVwm^ ^ ^iV Vs»
i8o LES CALIFES DE CORDOUE.
peuple , charmé de sa bonne mine et de sa naissance , lui ouvrit les portes de Cordoue , où il prit le titre de calife. Quelques émirs qui osèrent lutter contre le nouveau monarque furent vaincus ou mis en fuite , et en peu d^années la puissance des Ommiades d'Espagne ne le céda point en éclat à celle des califes d'Orient*
Cependant les victoires d'Abdérame sur les émirs ne furent point le terme des travaux de ce grand prince; le calife de Bagdad^ qui voyait ayec peine ^l'Eft* pagne se soustraire à son obéissance, envoya contre lui le Wali d'Afrique ( c'était le titre que prenaient les gouverneurs des provinces soumises aux mahométans), à la tête d'une puissante armée de Maures, et une grande bataille, qui décida du sort de l'Espagne , eut lieu auprès de Sévillb, la seconde des villes d'Andalousie. Cette journée fut sanglante, et la victoire, vivement disputée, flottait encore entre les deux partis, lorsque le wali ayant péri dans le combat , la CotlxiXk^ se déclara
LES CALIFES DE CORDOUE. i8ï
pour AbdëramCvCt les débris de l'armée ennemie ayanl repassé précipitamment le détroit , délivrèrent le prince ommiade de toute crainte , et lui permirent enfin de donner tous ses soins k la prospérité de son nouvel empire.
Cette première lutte des A|^bes d'Espagne contre les Africains, mes enfans, doit attirer votre attention , parce que vous verrez plus tard, dans cette histoire, le royaume d'Espagne tomber au pouvoir des Maures venus d'Afrique , et vous vous rappellerez alors que ce fut à Séville que ces deux races ennemies se mesurèrent pour la première fois.
Or, ces Arabes que nous venons de voir déployer tant de courage dans les batailles, et fonder successivement plu sieurs grands royaumes , n'étaient point ; comme ces peuples guerriers qui renversèpent autrefois l'empire romain , une nation sauvage et grossière, incapable de faire autre cbosç que combattre et dévaster les pays qu'eWe \.t«ln^\:«^\\.\
i82 LES CALIFES DE CORDOUË.
bien loin de là, ces descendans des musulmans qui , par un zèle outré de religion , avaient livré aux flammes, dans Alexandrie, la précieuse bibliothèque des Ptolémées, avaient pris successivement et conservé le goût de tous les arts, de toutes les sciences,^ toutes les qualités brillantes et polies, qui distinguaient dans Tancien temps les peuples de la Grèce et de l'Italie. Parmi eux on trouvait des astronomes , des médecins , des architectes , des musiciens , des poètes , des historiens, des savans enfin ^ qui avaient introduit chez leur nation le goût des belles-lettres , et des inventions qui n'appartiennent qu'aux peuples les plus civilisés, c'est-à-dire à ceux qui se distinguent par l'élégance de leurs manières et la politesse de leur langage.
La passion de la magnificence et de la richesse, naturelle, comme vous savez, à tous les peuples de l'Orient , où la nature a prodigué l'or, les pierreries, les parfums , les fils précieux de la soie , s'était conservée parmi Ves J^v^V^^ ^ mal^ les
LES CALIFES DE CORDOUE. i83
horreurs de la guerre et le tumulte inséparable de leurs conquêtes et de leurs discordes. Dans le même temps que les nations du Nord , qui avaient envahi l'ancien empire romain , tels que les Franks , les Burgondeset les Yisigoths dans les Gaules, les Lombards en Italie, les Allemands et les Saxons sur les bords du Rhin et xlu Danube^ se livraient à toutes les . violences d*un instinct brutal, en renversant les plus célèbres monumens construits en Europe par les Romains, les nouveaux. conquérans de l'Espagne , au contraire , don- ^naient au monde l'exemple de la sagesse, dti savoir et du bon goût, en élevant dans leurs villes des édifices remarquables par leur richesse et leur élégance, et en fondant des écoles et des assemblées de savans sous le nomd'ACADÉMiEs,oi] se réunissaient entre eux leurs médecins^ qui étaient les plus ha-« biles du monde à cette époque; leurs histo* riens, empressés de recueillir les hauts faits et les vertus de la race jmusulmane; leurs astronomes, leurs malhéixia\.\c\^T\% ^ ^^
i84 LES CALIFES DE CORDOUE.
seuls . cultivaient ces sciences précieuses étouffées en ce moment dans toutes les autres contrées de l'Europe par la barbarie de leurs possesseurs. Alors les villes d'Espagne, occupées par les Sarrasins, s'embellirent de bains , de fontaines , de mosquées , dé palais de marbre et de porphyre, entourés de jardins délicieux où s'élevaient des charmilles de jasmin, et des bosquets odorans d'orangers , de myrtes et de citronniers , sans cesse rafraîchis par une multitude de jets d'eau. La campagne qui , sous la domination des Goths , était demeurée déserte et presque inculte, devint fertile^ la culture du riz et celle du mûrier, qui nourrit le ver à soie , y furent introduites , et bientôt on la vit peuplée d'une multitude de laboureurs auxquels la puissance du calife assurait la paisible jouissance des champs que leurs naains rendaient féconds.
Partout où les Arabes établissaient leur
empire , leur premier soin était de fonder
^^ uae mosquée et une éco\e\ tsv^v% "^tt&iles
LES CALIFES DE CORDOUE. nSfi
monumens qui ont marqué leur passage ,.
il en est un généralement attribué au grand Abdérame P% et dont on assure qu'il dressa , lui-même les dessins. Ce monument , justement célèbre par sa magftificence , est la grande mosquée de Cordoue^jqui forme aujourd'hui l'église cathédrale de cette ville. Le dôme princir pal de cet édifice , dont l'élévation est prodigieuse , était soutenu par, environ quinze cents colonnes légères, et élégantes^ aussi élancées que celles dont l'architecture gothique avait introduit l'usage en Italie. Quatre mille six cents lampes suspendues aux voûtes du temple l'éclairaient pendant les prières de nuit, et Ton y respirait sans cesse l'odeur des parfums les plus recherchés de l'Arabie , tels que l'ambre et l'aloès, sorte de gomme que pro« duisent des arbustes aromatiques.
En même temps, Abdérame assurait aux Espagnols qu'il avait soumis une existence douce et paisible ^ et tandis que les chrétiens des Asluries dewieiXXT^x^viV. '%»»e*
i86 LES CALIFES DE CORDDUE.
yages et grossiers , il faisait goûter à ses nouveaux sujets les avantages d'un gouvernement équitable et régulier, dont les Golhs ne leur avaient laissé aucune idée.
Eh bien , mes jeunes amis , croirtezvous qu'au milieu de tant de gloire et de prospérité , une pensée amère tenait sans cesse troubler le bonheur dont ce grand prince méritait si bien de jouir, ^ous les colonnes de marbre de son palais de Cordoue , il ne pouvait oublier la patrie où il avait passe les douces années de sa jeun esse , a v a n t les désastres de sa famille . Plein de ce souvenir , auquel il trouvait à la fois tant d'amertume et tant de charme ^ il avait fait apporter de Syrie , et planter dans une des cours de son palais , un palmier, espèce d'arbre qui croit dans cette contrée , remarquable par son élévation et par le goût exquis de la liqueur qui découle de son écorce ; et lorsque cet arbre fut assez grand pour lui offrir de l'ombrage , c'était à ses pieds qu'il venait s'asseoir pour se livrer sans ^axVsi^^Çi ^\rk t^-
grels que lui inspiraient les plus belles années de son existence.
Enfin , lorsque ce prince illustre , parvenu au comble de la gloire et de la grandeur, mourut environné d'une famille et témoin de- la douleur d'une nation généreuse qu'il laissait inconsolable de sa perte, comme si le souvenir de ses infortunes passées eûieffacé à ses yeux tout l'éclat de sa haute puissance , on trouva ces mots écrits sur un parchemiu qu'il avait soigneusement conservé dans une cassette :
« J'ai régné pendant de longues années, <i victorieux de mes ennemis et aimé de « mes peuples; j*ai obtenu , au gré de mes <( désirs, la richesse et les honneurs, le <( pouvoir et le plaisir, et pourtant, lors* a que j'ai compté dans toute ma vie les « jours de bonheur véritable qui ont été <c mon partage , je n'en ai trouvé qtie qua- « torze!... » , - r*
N'est-ce pas là , mes enfans»^ une leçon bien frappante pour ceux qui s'imaginent qu'il n'y a de vraiment Ww-V^mi^ vûx \^
i88 LES CàXIFES DE CORDOCE.
terra qae les gens ridtes et redoutés ? et n'en est-il pas un seul pftrmî vous qui ne compte déjà un bien [dus grand nonibre de jours de bonheur que le magnaDime Abdérame , si , comme je a'eo doute pas, vous vous plaisez tous à remplir lesderoirs qui sont imposés à voire âge , en chërî»' saot vos parens et en leur obéissaDt en toutes choses, comm«dei enfanshten né»
doivent le faire. '''. ■
Depuis .Ifao^ 768 jusqu'à L'an 814.
pENPiLNT que le puissant Abdérame réglait à Cordoue , les émirs musulmans qui g^ouvernaiex^ en son nom une province d'Espagne que Von nomme aujourd'hui la CATiiLOGif S'y séparée seulement des Gaules, par les monts Pyrénées ,. se révoltèrent contre lui , et appelèrent à leur secours le plus redoutable des rois qui eut encore régiié sur les Franks, et dpntlb Qom était CHÂttLEMAGSîE , c'est-à-dire Cbàirles- le- Grand. J?
Charlemagne, que noud rencoijiitrons ici pour la première fois, nies jejannès amis , était le petit-fils de Charles-Martel , qui avait vaincu les Sarrasins a ¥cÀ^Àft\^ ^ ^v
sauvé par cette victoire l'Europe entière de l'invasion musulmane -, lorsque vous lirez l'histoire de France vous apprendrez par quelles vertus et par quelles actions glorieuses, ce prince mérita le surnom glorieux que l'histoire lui a conservé , mais ici je dois vous raconter commept , dans l'espace de quelques années , il fonda en Europe un empire presqu'aussi vaste que l'avait été celui des Césars de Rome.
Si vous avez bien suivi jusqu'à prédent celte histoire , et que vous ayez sous les yeux une carte géographique du Monde à l'époque dont nous nous occupons , vous reconnaîtrez aisément que les divers pays qui faisaient autrefois partie de Tenipire romain , avaient tous passé successivement sous la domination de quelqu'une des nations barbares qui l'avaient envahi. Ainsi la Gaule était occupée par les Franks ; l'Italie par les Lombards , à l'exception pourtant de Rome , de Ravenne , et de l'extrémité méridionale de cette contrée , Vi appartenaient eu^x^ ^xslil ^m^veurs
grecs ; l'Espagne était presque entièrement soumise aux Arabes, vainqueurs desVisigotlis , et Tancienne Bretagne aux Anglo- Saxons , fondateurs de rheptarchie.
Mais pendant que ces diverses nations formaient ain^ des établissemens dans ces contrées , d'autres peuples barbares s'agitaient encore autour d'elles, et menaçaient d'en expulser à leur tour les nouveaux possesseurs.
En Germanie, c'étaient les tribus sauvages desSaxons habitans des bords de la mer du Nord, à l'embouchure de l'Elbe et d'un autre fleuve nommé le Weser. C'étaient énpore les Fuisoirs , originaires des pays marécageux situés entre le Weser et le Rhin, qui forment aujourd'hui le royaume de Hollande ; et enfin , à peu de distance de ce dernier fleuve, les Bavarois, les ThuminGiENS , les Allemands , qui ont depuis donné leur nom à cette partie de l'Europe.
A l'orient de l'Italie , entre la Germanie et la mer Adriatique , on voyait des Huns, des Avares , que l'on désignait. cas le^vQ'CfiL
igi, LE SECOND EMPIRE D'OCCroEWT.
commun de peuples Slaves ou Esglàvons, tandis qu'an midi de la Gaule , les Sarrasins d'Espagne menaçaient encore les provinces voisines des Pyrénées.
Ce fut dans la situation périlleuse où se trouvait en ce moment l'Europe occidentale', que Charlemagne devint roi des Franks , qui s'étaient successivement rendus maîtres de toute la Gaule. Tant de dangers auraient pu effrayer un prince ordinaire , mais ce grand homme était digne par son génie de c^hanger la face du monde , et son règne, qui fut long et glorieux , est certainement l'époque la plus remarquable de tout le moyen âge , puisque c'est de là qu'il faut dater l'existence de la plupart des États que nous voyons aujourd'hui en Europe.
Depuis long-^temps, comme vous savez, mes enfans , l'évêque de 'Rome portait lé titre de pape , et il était regardé comme le successeur de saint Pierke , parce que c'était dans cette ville que cet apôtre de Jésus-Christ avait svibv U martyre. Les
•papes n'étaient d'abord que de simples prêtres chrétiens que le choix du peuple •de Tanciènne capitale du monde élevait à cette dignité avec la permission des empereurâde Constantinople, auxquels Rome était encore censée appartenir*, mais les liOmbards ayant fini par s'emparer de Ravenne , et en chasser l'exarque , les évêques romains, abandonnés des princes grecs , se trouvèrent menacés de toutes -parts par ces barbares , qui auraient bien TOttlu aussi se rendre maîtres de Rome.
Il fieiUut donc alors que les papes cher^ chassent ailleurs. des appuis contre de si redoutables ennemis , et comme les empereurs d-Orietit n'étaient plus assez forts pour les défendre, les chefs de l'Eglise implorèrent le secours des rois franks, dont ils avaient souvent entendu vanter le courage et la puissance. Le premier monarque de cette nation qui se rendit ainsi à leurs prières , fut Pepiw-le- Bref , père de Charlemagne , que uo«& retrouverons dans une axiXte YàsXwcfe \ ^^
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monarque formidable , après avcHr passé les Alpes pour secourir le pape ÉtiextiieII, qui était venu en France le supplier de ne point abandonner l'Eglise aux ravages des Barbares , reprit sur Astolfhe , roi des Lombards , l'exarchat de Ravenne , dont il fit présent au pape ainsi que d'une province voisine appelée la PBNtÀPoi^, oa le pays dès cinq villes.
Cette première formation des Etats de l'Eglise que l'on a nommés depuis le Patrimoine DE Saikt-^Pierre, est un événement fort remarquable, mes jeunes. amis ^ et vous ferez bien de ne poipt l'oublier, parce que depuis cette époque , non seulement les papes se trouvèrent les véritables rois de ce pays , mais encore , faisant revivre d'anciennes lois des derniers empereurs romains ,• ils furent considérés comme les princes de tous les prêtres chrétiens, et particulièrement comme ceux des évéquesdes Gaules. Nous verrons plus tard l'autorité de ces pontifes s'étendre successivement sur les divers, pays àeY¥.\xto^^^ ^v ^'^nwx
Tune des puissances les plus imposantes du monde pendant plusieurs siècles.
Cependant, malgré cet échec , les princes lombards , après le départ de Pépin , se voyant encore possesseurs de la plus grande partie, de l'Italie , n'avaient point renoncé à Tespoir de conquérir les Etats de l'Église , qu'ils environnaient de tous côtés ; et Didier , successeur d'Astolphe , pour ne plus avoir à craindre les armes des Franks , fit offrir à Charlemagne , qui venait de monter sur le trône , de lui donner en mariage sa propre fille, I)é- 9ikÉE, qui était une belle et vertueuse princesse. Le roi des Franks accepta cette offre, et épousa cette dame ; mais peu de temps après, le pape qui régnait alors et se nommait Etienne III, lui ayant représenté qu'il ne pouvait être permis aux princes franks de prendre une femme parmi les ennemis de saint Pierre , Char^ les renvoya aussitôt cette princesse à son père , qui ne put désormais lui pardonner iiDe si cruelle injure.
tg6 LE SECOND EMPIRE D'QCCIDJEin:.
Une guerre acharnée entre les deux nations futja suite de cet «ivésettenl , qni amena bientôt ta ruine totale du royaume des Lombards. La ville de Favie, qui, ainsi que je irous Tai dit ailleurs , était leur capitale , ayant été prise par Charle^ magne après im siège long: et meurtrier^ Didier luir-méme, avec sa femme et sa fille, tomba entre les mains du vainqueur, qui le condamna à finir ses jouts , dans le j.eune. et la prière , au fond d*un mon»»
stère des Gaules.
Peu de mois après cette victoire imr portante , Charles prit à Pavie le titre de roi des Franks et des Lombards*, et ayant placé sur sa tête la couronne de fer , que les princes de cette dernière nation avaient coutume de porter , il mit fin à la puisfsance redoutable dont le farouche Alboia avait été le fondateur plus de trois cents ans auparavant. Les Lombards ne possédèrent plus alors dans toute l'Italie que le seul duché de Bénévent, que Charl^magne Foii/u(bien encore\a\sseTaiWKvo\«i.^^«ivdx«
LE SECOND EMPIRE D'OCCIDENT. 197 du malheureux Didier , pourvu toutefois qu'il s'engageât à payer , chaque année , une grosse somme d'argent , et à lui don-^ ner en otage avec son fils Griscoald , qui était aussi un prince habile et intrépide , plusieurs des principaux seigneurs de sa nation.
Or, dans le temps que Charlemagne ajoutait ainsii l'Italie presque entière à son royaume , et fondait d'une manière stable la puissance des papes, des ennemis plus redoutables que les Lombards tentaient de chasser les Franks de la Germanie, dont ils étaient originaires. C^étaient les Saxons, qui, sôus la conduite d'un chef formidable , nommé Witikinq , avaient ravagé Une partie des provinces de France sur les bords du Rhin. Charles inarcha aussitôt contre ces barbares, qui, jusqu'à cette époque , avaient refusé obstinément de recevoir le baptême, et avaient même fait périr dans les supplices de courageux prêtres chrétiens qui avaient osé s'avancer au milieu de leurs (ribus sauxaç^^^ -ç^^vc \««^
prêcher rÉvangîle. Plusieurs victoires san* glàntes signalèrent encore la présence de Charlemagne., et forcèrent les Saxons à chercJier un refuge de l'autre coté du Weser. Mais le fait le plus remarquable de celte guerre, dont le récit vous paraîtrait peu intéressant, mes jeunes amis, fut la destruction d'un fatneut monument que les Saxons nommaient Hehmànsul, ou la statue d'HÈKMÀK , et qu'ils adoraient comme une divinité.
Cette statue représentait un guerrier de grandeur colossale , revêtu d'une armure semblable à celle dont on faisait Usage à cette époque ; sa main droite soutenait un drapeau sur lequel était figurée une rose, et de la gauche il portait une balance ; à ses pieds ise voyaient des fleurs de diverses espèces , et sur son bouclier était sculpté un lioq , roi des animaux. On croit que ce monument avait été élevé anciennement en l'honneur d'AKMiNius , ce fameux Germain qui vainquit les légions de Yarus, fo8i que vous pouvç?, now^ «swn^tCxt i^
Tavoir lu dans l'Histoire romaine , et auquel les peuples germaniques , dans leur langue , donnaient le nom d'Herman. La ruine de ce colosse national fit une profonde impression sur les barbares, dont plusieurs se soumirent alors à recevoir le baptême. Mais je. dois tous dire qu'il s'écoula encore bien des années avant que les Saxons eussent consenti à obéir à Charlemagne , et ce ne fut qu'après de longues guerres, qui remplirent presque entièrement le règne de ce grand prince , que sa domination fut solidement établie jusqu'aux bords de TElbe, sur toute la Saxe, qui fit dès -lors partie de l'empire des Franks.
La même fortune qui avait favorisé le fils de Pépin dans ses expéditions contre les Saxons ^ ne l'abandonna point dans ses entreprises contre les autres peuples de la Hjermanie ; les Tfauringiens , les Frisons , les Bavarois , qui tous étaient de la même origine que la nation franke , furent vauxeus par lui y et forcés dese\^v^^\ ^w^^^-
ner par des officiers qu'il leur imposait avec le titre de dues. Tassillon > duc des Bavarois, et presque tous les mAcien^ princes de ces peuples furent mis à mort ou condamoés à finir leurs jours dans des monastères , comme rinforluué Didier* Les nations slaves qui avaient osé menacer l'Italie pendant que Charlemagne éiail oc^ cupé à combattre les Saxoi»s, subirent le même sort : et le chagan des Avarea , l'un des successeurs de cet insolent barbare qui avait fait trembler les empereurs de Constantinople , vaincu par Charlemagne^ fut forcé de recevoir le baptême etdere»^ pecter l'empire des Fraifks.
Charles, déjà parvenu à un âge avancé, semblait avoir atteint le comble de la gloire et de la puissance , puisqu'il régnait à la fois sur la Germanie jusqu'à l'Elbe > sur la totalité de la Gaule , sur l'Espagne jusqu*à rÈbre, et même sur plusieura iles^ de la Méditerranée; mais un titre lui manquait encore , et c'était celui d'empereur, )f lie /ou regardait dau^ ec V^vck^ç^ f!^\svmf!k
supérieur à celui de tous les rois de la terre , tant était grand encore le souvenir des Césars romains parmi ces nations qui avaient renversé leur empire.
Un jour que ce monarque, étant ji^venu à Rome a la prière d'un pape nommé Léon in , assistait à la messe du yywc de Noël , qui , comme vous savez y est uae des plus grandes fêtes de VÉglise chrétienne , le pontife lui posa sur la. tête la couronne impériale, qui était autrefois le signe de la puissance des Césars. A cette vue les seigneurs franks et romains^ les prêtres et; le peuple qui remplissaient l'église, le saluèrent par mille acclamations du titre d'empereur; et ses vastes États prirent le nom d'empike d'Ocgibekt, effacé depuis la prise de Rome par les Gotbs et les Vandales, du temps d'Âugustute.
Depuis ce temps le grand nom de Charlemagne fut connu jusque dans les pays les plus éloignés ; et les Grecs eux-mêmes, qui regardaient avec raison les peuples de YEvrope comme des barbais , xv^\^ \x^ar-
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noncèrent qu'avec respect. Une impératrice , nommé Ireke , qui régnait alors à Constantinople, rechercha son alliance ; et Hàraoun , le plus fameux des califes abbassides 4i& Bagdad , surnommé Al-EIaschid ou le Juste, lui envoya des présens magnifiques^ parmi lesquels on remarquait un éléphant dressé à faire toutes sortes de tours d'adresse, et même une horloge qui sonnait les heures , et sujr laquelle de petits personnages se mouvaient par des ressorts caches, chose tout-à-(ait inconnue en Europe à cette époque. Mais ce qui parut à l'empereur frank un présent d'une valeur tout-à-fait inappréciable , ce fut le don des clés du Saint-Sépulcre ' de Jérusalem, c'est-à-dire du tombeau de Jésus-Christ, que le calife lui envoya comme un hommage au plus' puissant souverain de la chrétienté. Malheureusement les clés du Saint-Sépulcre ne donnaient point aux nations européennes la possession de la Palestine , et vous verrez ^ plus tard le désir devîsiXer c^X^^t^^wad.^
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leur religion devenir pour les chrétiens d'Occident l'occasion de grands é vénemens, dont le récit sera certainement un des plus inléressans que je puisse vous faire.
Ce fut entouré . de tant dlUustratioti et de grandeur que Charlemagne atteignit le terme de la plus glorieuse vie que jamais prince ait accomplie; maison dit que dans les dernières années de sa vie , il ne put s'empêcher de témoigner ses craintes sur la destinée du vaste État dont il était le fondateur^
Vous entendrez peut-être dire quelquefois , mes bons amis , que l'empire de ce grand prince périt avec lui , et que rien de ce qu'il avait fondé ne put avoir de durée \ mais il ne faut pas croire qu'il en fut ainsi , car si les vastes Etats de ce monarque furent divisés après sa mort comme je vous le dirai tout à l'heure , les nouvelles irruptions des barbares du Nord et du Midi qui menaçaient encore une fois d'inonder l'Europe furent enlièrement ax« rêtées par ses armes, el ce u ^^Vcçak» à^^^wv
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règne qae- les nations de cette partie du monde cessèrent tont-à-fait d'être Ifiottantes, et fondèrei^ enfin des Etats d'où sont venus successiveitaent tons ceux qai existent aujourd'hui. -•.
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