CHAR VIII
Port de Tadousac et de la riuiêre de Saguenay,
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Proche du port de Lesqueraîn est situé celui de Tadousac, renommé sur tous par la fréquente nauigation des François et autres nations, auprès de reraboucheure du grand fleuue de Saguenay, duquel nous parlerons bien tost. Ce port est fort petit et dans lequel se peuuent seulement placer vingt nauires au plus, il est en un certain recoin près de la bouche de ce grand fleuue, fermé au dehors par une petite Isle ou plustot rocher, presque tout sappé par les ondes de la mer, au-dedans il est enuironné de fort hauleb montagnes, couuertes par endroits d'un peu de terre, ailleurs de [)ierres et rochers et de fort hauts sapins ; assés près du port il y a un marais enuironné de colines reuestuës d'arbres. La mer est au-dedans du port assés profonde, agitée d'une merueilleuse variété de marées, à cause de la proximité du fleuue qui est grandement rapide, fort suiette aux grands vents et froidures extrêmes. C3 port est ouuert principalement au vent de Sud-est, mais ceslui-ci est le moins à craindre, tout le danger vient des vents qui descendent le long de la riuière à l'une et l'autre pointe d'icelui se descouure un banc quand la mer est basse ; aii-dedans il a dix et en quelques endroits vingt brasses de profond, ce marais dont nous auons parlé s'y descharge par un petit canal, comme aussi dedans la riuière nar une autre ouverture, ces deux canaux sépare» une certaine Isle de la terre ferme, dans laquelle les Sauuages ont coutume de dresser
leurs loges, lorsqu'ils viennent là pour traiter auec les. Chrestiens de leurs marchandises, <|ui ne sont pour la plus grande partie que des peaux.
La riuière dite Saguenay des habitars du lieu, est fort spacieuse et en plusieurs endroits profonde iusques à deux cents brasses, (chose comme incroyable) elle descend de deuers le Nord-ouest d'un si viste cours qu'elle empesche longtemps la marée d'y entrer, et conserueson flus presque iusques à son eraboucheure: elle a seulement un quart de lieuë de large à son emboucheure, mais plus ou monte haut et plus on troiiue son canal large, elle emporte auec soi en la mer quantité de riuières qu'elle reçoit d'un costé et d'autre, quelques-unes desquelles sont nauigables : ou y peut monter Nord-ouest cinquante lieues loin ; et là elle se précipite du haut de petites montagnes, quelquefois elle s'espend en des lacs ou emprunte leur eau, lauant plusieurs Islettes ou plustost rochers couuerts d'arbres. Sur son riuage entrecoupé s'esleuent à droite et à gauche de fort hautes montagnes et rochers, couuerts d'arbres espais et horribles à voir. La contrée qu'elle trauerse est fort mal plaipiute, tant en infertiliié de terroir qu'en incommodité de son air qui fait qu'elle n'est nullement propre à estre habitée pour les froidures continues, enfin, c'est une vraye solitude ; car les forests n'y nourrissent aucuns oiseaux si ce ne sont quelques petits, ni les estangs aussi si ce n'est en certain temps de l'année, où on y en trouue fort peu de riuières. Les Saunages qui des régions les plus esloignées de la Continente descendent ce fieuue pour trafiquer, content des choses estranges d'icelui, qu'ils taschent de de faire croire aux chrestiens en les asssurant de tout leur pouuoir ; c'est qu'après plusieurs iours de chemin,
ayant surmonté diuers précipices desquels l'eau se iette du haut en bas, trauerse plusieurs lacs, enfin ils viennent en un Heu, d'où ils voyent la grande mer septentrionale ; mais pource qu'on a souuent et parfois avec grand danger esprouué la vanité des Saunages, et leur désir de mentir, en une chose si douteuse et ou la croyance chancelle, il ne s'est trouué personne que ie sçache qui ait monté plus haut cette riuière ; aussi la chose ne mériteroit pas en un païs si désert et si affreux, de s'efforcer à viure le courant d'une si viste riuière.
Au costé gauche de ce fleuue commence la Prouince des Saunages, appelés vulgairement Canadiens ; par ainsi il est temps que nous commencions à traiter du principal fleuue de ces païs. Une chose voulons-nous seulement adiouster, c'est que du port Gaspé qui est à la coste opposite, vis à vis de l'Isle de Natiscotec, iusques à Tadousac, ceux qui sauent mieux le chemin content octante ou nouante lieues.
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