‹ L'histoire du Nouveau-Monde ou Description des Indes Occidentales [microforme]Chapitre 11 sur 23 · CHAP. IX · texte numérisé non relu

CHAP. IX

La grande riuière de Canada : et la description des régions qui l*auoisinent

iusques à Que bec.

Ce fleuue peut aisément obtenir la première place entre les plus renommés fleuues de l'Amérique Septentrionale ; il fut nomme par Qu :rtier qui premier le descrouurit Hoclielaga, par d'autres du depuis S. Laurent , et maintenant il est appelé par ces vulgaires habitants Canada. Il prend sa source des plus profondes prouincea de cette Continente, s'espardant parfois en des lacs, puis rapprochant ses riuages il se roidist entre des passages fort estroits, tantost il se précipite, et rauit et emmené avec soi plusieurs grandes riuières, aucune fois fort large , aucune fois plus estroit, il descend par plusieurs tours et destours, iusques à ce qu'il se mesle au droit du Cap Occidental de risle de Natiscotec ou de l'Assumption dana le Golfe de S. Laurent, par une emboucheure large de trente ou quarante lieues, et profonde de cent cinquante brasses, principalement auprès de son riuage du Sud. C'est une chose incroyable comme il est poissonneux ; car à certains temps de l'année, selon la nature de chaque sorte de poisson, depuis son emboucheure iusques à sa source, il s'en prend un très grand nombre, non seule-

ment de celui de riuière, muis aussi de mer, sçauoir de ceux qui ne fuyent pas l'eau douce. Quartier fait mention entre iceux d'un, d'un ^ assés étrange forme, lequel est de la grandeur d'un MarsoUin ; d'une couleur fort blanche, ayant la teste comme celle d'un Heure ; les Saunages l'appellent en leur langue Adholhuys : il s'en trouue grande quantité un peu au-dessus l'emboucheure de Saguenay, où l'eau comtnence à deueuir douce.

L'un et l'autre riuage de ce fleuue est fort plaisant, mais principalement celui de la main gauche quand ou monte, la terre va doucement en penchant vers le riuage et puis insensiblement serelèue en colines et montagnes ; et par tout elle est reuestuë d'arbres et vignes sauuages, qui est une chose fort belle à voir; plui?ieurs ruisse;iux, torrents et petites riuières descendant des montagnes s'y viennent perdre. Son canal embrasse plusieurs Isles, et fait plusieurs bayes et recoins, desfjuels pour parler auec la mesme ordre que leur disposition requiert, nous retournerons à Saguenay : car au précédent Chap. nous auons couru la riue de la main droite.

A six lieues donc de son emboucheure vers l'Ouest, il y a une petite Isle au-deuant de la Continente, laquelle on nomme l'Isle aux Lieures, de ces poissons dont nous auons parlé nagueures, elle est distante de la riue de main droite deux lieues, et quatre de celle de main gauche ; au-dessous d'icelle on peut sans danger mouiller l'anchre. Il y a une petite riuière qui sort de la continente, fort plate à basse marrée, que Champlain nomme Riuière aux Saulmons, à cause qu'on y prend de cette sorte de poisson. A trois lieues de là est le Cap du Daulphin qui constitue une baye fort ample, d'enuiron huict

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lieues de large, dans laquelle sont une petite riuière fort pi ite quand lu mer se retire : cette baye est ferm('^e de l'autre costé par le cap de l'Aigle. A une lieue de là se trouve risle aux Coudres, ainsi dite de l'abondance de ces arbres dont elle est comme remplie. Quartier lui donne trois lieues de long et deux de large rn"is Champlain la faitlamoitié pluspetite : ellesefînisten pointeaux deux bouts ; il y a des prairies vers le costé d'Ouest : et au tour du riuage qui regarde le Sud-ouest, il s'y trouue des rochers qui font que la mer y bri.-e grandement : au reste c'est une Isle fort agréable, couuerte de beaux bocages et séparée du riuage d'enuiron demie lieue, visà-vis d'icelle il y a une petite riuière qui sort de la Continente, dite par Champlaiti, Riuière de Goufre ; non pas de sa profondeur, car elle est fort plate et difficile à nauiger, à cause des rochers (]ui sont dans son emboucheure; mais à cause de la profondeur du canal qni coule entre l'Isle et la Continente grandement agitée quand mesnie il ne vente point, pour laquelle cause les François ont nommé le Ca[) qui est à cinq lieues de là vers l'Ouest : Cap de Tourmente. Doresnauant l'eau de cette grande riuière dénient de plus en plus douce.

Suit à deux lieues de là une Isle nommée autresfois par Quartier, l'Isle de Baclius pour l'abondance des vignes sauuages qui y sont, maint* iiant l'Isle d'Orléans, séparée du riuage de la main droite d'une demie lieue d'espace et du gauche d'une lieue et demie ; elle a de long SIX lieues, et de large un peu plus d'une, son costé du sud abonde eu bois et pasturages par une délectable variété. Vers le sud elle est auoisinée de quelques petites Isles plates et roses, rendues fort agréables par uue

diuersité de prairies et bocages, qui sont fournies de fcauuagine ; mai» entre icelles et la Continente, il y a plusieurs rochers qui rendent le passage diliicile aux nauires de ce costé-là.

De la riuière de Saguenay iniques îi cette Isle, les riuages du fleuue du Canada par un grand destour se courbent vers le sud-ouest ; la terre des Continentes est releuée de hautes montagnes et du tout infertile, par tout elle est couuerte de fort grands sapins et semblables arbres : les riuages y sont de difficiles accès à cause des rochers ci et là espars, et on ne peut mesme nauiger dans le fleuve qu'auec une grande peine.

En outre de l'Isle d'Orléans iusques à Québec, (duquel nous parlerons ci-aprè-:) il n'y a qu'une lieue : Toute cette ës])ace de la Continente, qui est entre Tadousac et Québec est appelée des François Nouuello- Biscaye ; elle est terminée par un torrent fort rapide, prenant son origine d'un lac, qui est au haut des montagnes à enuiron dix lieues du riunge, se précipite du haut d'icelle quelques vingt coudées ou plus et se roule dans une grande baye vis-à-vis de cette Isle. Les François nomment ce précipice, Le Grand Sault de Mommorancy.

Iusques ici nous auons suiui le riuage de la main droite, auant que poursuivre plus outre, il nous faut aussi visiter en passant celui de l'autre costé. Vis-à-vis du cap de l'Ouest de l'Isle de Natiscotec, vers le Sud le Cap appelé de Boutonnières s'auance en mer, un peu plus outre vers le Nord-ouest le Cap de l'Euesque, et dans le destour du riuage vers l'Ouest est celui du Chat, sur lequel se moustreut de fort hautes montagnes, vul-

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gnirement dites Monts de Nostre Dame et assds près delà la riuière Mantane entre dans le grand fleuue • c'est une petite riuière qu'on peut monter dix huict lieues haut avec des chaloupes : les Saunages qui habitent du long d'icelle, quand ils ont monté iusques à sa source portent les canaus sur leurs espaules enuiron une heue. iu.>X]ues à une fontaine d'où sourd une grande riuière qui se décharge dans le grand fleuue, et par ce moyen ils font leur trafique avec i)ius de facilité A vingt lieues de Mantane on rencontre le Pic, montacrnê qui plus elle s'eslèue et plus elle se fait pointue ; cfelâ iusques au port de Tadousac qui est sur le riuage opposite ; il y a quinze lieues de passage. Au milieu de I espace qui est entre Mantane et cette montagne, se trouve l'Isle de S. Barnabe, un peu toutesfois plus près de ce nuage ; le reste de cette rine est fort peu coo-m,

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