‹ L'histoire du Nouveau-Monde ou Description des Indes Occidentales [microforme]Chapitre 12 sur 23 · CHAR X · texte numérisé non relu

CHAR X

Des Terres du fleuue de Canada, .it.ées plus auant, et de la ville Ilochelaga anciennement veuë et descrite par lacques Quartier.

Auant que de poursuiure la description du fleuue de Canada et ses riuages, selon h description des plus modernes escriuains, il ne sera point hors de propos de renouueler la mémoire des plus vieux et de représenter ce que lacques Quartier y a i emarqué. Icelui donc comme il fut monté auec ses nauires iusques à l'Isle de Bachus nommée pour le iourd'hui d'Orléans, estant un peu plus

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adusincé vers l'Ouest, il rencontra un port fort commode, où il racuilla l'anchre, et lui donna le nom de S. Croix, (Champlain s'efforce par plusieurs raisons de prouuer que ce lieu est maihte.'iant appelé Québec, d'autres sont d'autre opinion) où pour lors les Saunages auoyent une habitation et un village nommé Stada ou Stadacona: et ayant à cause de l'approche de l'automne donné ordre pour y bastir une maison afin d'y hiuerner, cependant que les ouuriers auançoyent la besogne, il entreprint le XIX de iSeptembre, l'an 1535 de visiter auec quelquesuns de ses gens la riuiore plus auant : Or les riuages estoyent d'un costé et d'autre fort beaux à voir estans reuestus de forests et b icages remplis de hauts arbres et d'une grande quantité de vignes, mais qui n'apportoyent que de |)etits raisins aigres, comme n'estans pas cultiuées : le fleuue mesmecouloit doucement par un agréable canal, bordé à «Iroiie et à gauche de plusieurs villages et habitations de Saunages qui viuoyent principalement de poisson. A vingt-cinq lieues au-dessus du port de S. Croix le fleuve s'estroicissoit et contraint par un destroit, roidisson cours par dessus des pierres et rochers cachés sous l'eau, ce qui le rendoit difficile à nauiger : les Saunages appeloyent ce lieu Achelaci ou Achelay.

Ayant par après monté neuf journées de chemin, il entra dans un grand lac, dans lequel le fleuue se respandoit, lequel avait douze lieues de long et cinq ou six de large, profond en plusieurs endroits de deux brasses et au commencement d'une et demie, receuant l'eau de quatre ou cinq riuières qui entrecoupoyent quelques petites Isles : delà le fleuue court par un propre et certain canal et puis se respand derechef en un autre lac, duquel

iusqnes ù Hochelaga il y auoit quarante et cinq lieues ; toute cette espace le fleuue est fort plat et seulement nauigable auec de petits bateaux.

La ville de Hochelaga estoit esloignée de six ou sept lieues du riuage, située en un fort beau terroir et bien cultiu^e ; où il y auoit une grande abondance de chesnea et sapins, et des champs spacieux, senu's de Mayz, duquel les naturels se seruoyent au lieu de bl<^. La ville estoit munie en rond d'un rempart de bois fait de trauerses de sommiers entraués l'un dans l'autre par une singulière industrie, auec une pointure de pieux pointus, couuerts dedans et dehors de planches, l'entrée estoit au haut remparee d'ais à laquelle on montoit auec une eschelle, où il y auoit un grand monceau de pierres et de cailloux, d'où les habitans, si l'ennemi se fust efforce d'entrer, pouuoyent en sûreté le chasser auec ces pierres du rempart. Il y auoit dans la ville quelque peu moins de cinquante maisons, basties de mesme matière et couuertes d'escorce d'arbres, de quinze pas de large, longues au plus de cinquante, élégamment diuisées en chambreltes auec un fouer presque au milieu. Ils auoient leur prouision et autres choses en commun ; leur pain estoit de Mayz qu'ils nommoyent Caracomy ; et auoyent une grande abondance de febues, pois, melons et concombres, ils gardoyent aussi pour leur hiuer du poisson seiche au soleil et au vent; ils s'habilloyent de peaux de bestes saunages et d'icelles ils faisoyent leurs licts sur un plancher un peu releué de terre. C'estoit une nation qui mesprissoit les richesses, desquelles ils n'auoyent ni connoissance ni désir, leur soin estoit seulement de la vie et du vestement. Ils ne voyageoyent j)oint pour trafiquer comme plusieurs autres Sauuages, mais estant contenta

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de leurs limites, ils appîiquoyent tout leur labeur et induj^trie à cultiuer les champs, à eh«?ser et à pescher, Ils faisoyent seulement estime de 1 Ksurj[çny, qui estoit blanc comme nege, lequel se trouuoit dans la riuière comme escrit Quartier dans des Coruibots (ie n'ai peu sçauoir ce que signifie ce mot, si ce n'est d'auanture quelque sorte de coquille, ou bien au lieu de Cornibot on eut escrite Caramot, (juisignilie en françois coquille) en cette manière : Ils plongeoyent dans la riuière les corps morts de leurs ennemis, ou des leurs mesme rais à mort pour quelque forfait, après les auoir découpés aux parties les plus musculeuses en longues taillades, et les y ayant laissés l'es pi ce de douze heures ou plus, ils les en retiroyent et de ces incisures ils en amassoyent leur précieux Esurgny duquel ils formoyent des carquans ou paternostres. Ils honnoroyent grandement leur Cassique qu'ils nommoyent Agouhana et le portoyent partout s-r leurs espaules, assis sur des peaux de bestes sauuages. C'estoit sans doute une heureuse nation, si elle ii'eust esté destituée du tout de la cognoissance de Dieu et de son seruice.

Nous n'auons pas voulu passer sous silence toutes ces choses amplement d'oscrites par Jacques Quartier, encores que Champlaiu et autres François, qui y ont voyagé beaucoup plus loin, n'ayent rien ouy de cette ville ni de cette nation, non plus que plusieurs autres choses que Quartier a laissées à la mémoire, comme veues par lui, ou receues par le rapport des Sauuages, lesquelles estant incertaines et douteuses, nous n'auons pas estimé deuoir estrè ramentues en ce lieu.

CHAP. :xi.

Description du grand fleiuie de Cnniida, ëH cniiironH de Québec et au-deoHUR, Helon l'ubseruation deu Mu<lerneH.

Nous auons poursuiui au Chap. IX l'un et l'autre riuage du grand flcuue à Québec, ainsi nomment les derniers François et CIiamj)lain mesme, un certain coin de la Continente, qui est sur la luiuteur de quarante-six degrés et vingt scruj)ules, renommé à cause d'une colonie de François dont nous parlerons bien tost ; et qui estoit lorsque les François y arrincrent premièrement, agréablement couuert d'un bois espais de noyers. La contrée voisine est d'un terroir fort fertile et grandement prodigue à rendre la semence, mais elle est presque toute couuerte de grandes forests de diuers arbres semblables à ceux de [)ar deçà et mesme de fruictiers, comme noyers, pruniers, cerisiers, qui pour le deffaut de culture produissent des fruicts moindres que les nostres. Il y a des vignes sans nombre, des meures de buisson fraises et semblables fruicts, ci et là il s'y trouue des herbes et racines dont l'homme se sert ordinairement ; le fleuue voisin (qui n'est en cet endroit qu'un quart de lieue de large) est abondant en poisson, et les bois fournissent force Sauuagine. Laïr y est fort sain dès la fin d'Auril iusques au milieu de Décembre, les mois d'hiuer y sont maladifs et engendrent le scorbut et autres maladies : L'hiuer y est fort long, de sorte que bien souuent les neges couurent encore la terre au commencement de May, ce qui est esmerueillable vu le climat. Le vent de Nord-ouesu y est le plus froid de tous et il y amène l'hiuer les neges, et l'esté le beau temps.

Tant plu9 on monte le fleuue au-dessus de ce lieu et tant plus les riunges se font voir beaux ; mais le canal de la riuière qui est tiintost d'-uie lieue, tantost de deux de large s'estroicist iusensiblcnient et à cause des basses et rochers ne se peut nauiger qu'auec grande difficulté et danger.

A quinze lieues de Québec vers l'Ouest sur autre costé de la riuière il y a un autre coin, lequel on appelle encore pour le iourd'hni S. Croix qui est le lieu (comme l'on croit) où Quartier hînerna, encorR que ce soit un un lieu du tout s^ablonneux et exposé à la rigueur du Nord-ouest, et où les prairies voisines sont couuertes d'eau à haute marde ; et qu'on peut mesme difficilement aborder, à cause des bancs, rochers et de la rapidité du fleuue. A neuf lieues delà au riuage de main droite sort une petite liuière appellee vulgairement S. Marie ; et un peu j)lus outre est située l'Jsle nommée de' "lançois ïS. Eloy, à quatre lieues de laquelle est cell ^ les mesmes ap{)ellent Les Trois Riuiôres; il y a à son emboucheure quelques petites Isles fort belles à voir, et tost après on trouue le lac S. Pierre, sur la hauteur de quarante-six dijgres ; ayant huict lieues de long et quatre de large, profond de trois ou quatre brasses : à la riue de main droite sort la petite riuière de S. Suzane, à celle de la gauche, deux petites riuières ; mais qui coulent par de belles campagnes, on les nomme du Pont et de Gennes, elles se vont perdre dans un lac qui coule si lentement qu'il semble ne bouger point du tout. Au haut de ce lac il y a quelques petites Isles reuestues de plusieurs arbres, remarqués pour y auoir un grand rapport de vignes, et grande quantité de Baujagine. A la main gauche sort un fort grand fleuue appelé par les

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ran- ^le8 émir, et ir de quHàla ^ne, à coii- 11 1 et lie si Au îs de raplA la les

Frnnçoij» du nom des luibitHns Fleuue des Iroquois ; à quarante-cinq degr<?s de la ligne, son emboucheure est de quatre ou cinq cents pas de large et court du Sudouest au Nord-Ouest, les riunges qu'il lave sont de part et d'autre fort beaux, et couuerts de plusieurs arbres ; il encerne neuf ou dix Isles, en plusieurs lieues il est plus de demie lieue de large et n'a pas moins aux lieux où il est le moins creus de quatre piéa de profond , '' descend d'une cataracte, puis il court par un [)lat pais quinze lieues de long, il s'espend comme en un lac au commencement (lu précipice, où il est fort plat et y court d'une vitesse si grande qu'on ne le peut monter auec des chaloupes ; mais seulement les Saunages auec leurs canoos le peuuent foiceravecun grand labeur et danger; ayant passé ce preci()icc et dereclief un autre, il entre dans un grand lac qui a de circuit quatre vingt ou cent lieues, où il y a plusieurs Isles, aucunes de.-quelles ont dix lieues ou plus de long riches en castors : le lac est enuironn*-' de forests, qui «outre l'ordinaire de celles des autres contrées de la IS( uelle-I lance, produisent force chastaignes, il nourrit diucise sorte de poisson, et entre iceux un incognu ailleurs que les Sauvages nomment (^hacusourou, qui croist bien souuentiusquesàdix pies de long ; il est lo!i 5 et déli6 comme un brochet, muni à la façon d'un esturgeon d'escailles cendrées, si dures qu'elles esmoucent la pointe des dards, avec un long bec et la gueule grande, ayant chaque mâchoire garnie d'un double rang de dents fort pointues ; il n'est pas seulement ennemi des poissons, mais il chasse par une singulière industrie aux oiseaux mesme ; car se tenant auprès du riuage entre les ioncs et roseaux, il dresse hors de l'eau

sou long museau avec la gueule à fleur d'eau et demeure

en cet estât sans se bouger, iusques à ce que les oiseaux qui ne se doutent de su tromperie^ se perclu^nt sur son bec comme sur un j)ieu qu'il tire par après sous l'eau et les deuore. Les Saunages font grande estime de sa teste, et lorsqu'ils sont trauaillés du mal de teste, ils s'incisent la veine auec les dents d'icelui et disent qu'il'- en reçoiuent une guerison asseuree. D'un costé et u'aurre de ce lac se voyent de fort bautes montairnes, dont celles du costo de l'Orient ont le sommet tousiours couuert df^ nege : auprès d'icelles les Iroquois font leur demeure et y eultiuen., de fort belles vallées fertiles en Mayz; oîi s'esleuent aussi de fort bautes montagnes, mais qui ne sont pas si couuertes de neges que les autres. Champlain qui premier descouurit ce lac lui donna soji nom. Mais il est temps de retourner maintenant au grand fleuue.

A quelques lieues au-dessus l'emboucbeure du fleuue des Iroquois. il y a un précipice nommé le Sault de S. Louys : où le fleuue s'espend comme en un lac, et passant entre des rocbers et petites Isles, court d'une telle furie par boiiilîons et tournoyements qu'on ne le peut monter auec aucun bateau, de sorte que les Saunages mesnies sont contraints de porter leurs canoas par terre sur leurs espaules iusques au liant de la cataracte. Deux lieues plus outre il y a un autre lac qui a douze lieues de circuit auquel trois moyennes rinières se descbargent, l'une desquelles qui descend de l'Ouest est habitée par les Ocbataiguins qui ont leurs demeures le long des riuages d'icelle dès son commencement iusques à son emboucbeure et occupent une longue espace de païs ; l'autre vient du Sud de la prouince des Iroquois ; la troisième vient de deuers le Nord, les riuages de laquelle sont possédés par les Algoumequins et Nibercerins. Ce lac

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embrasse plusieurs belles Isles, et tous ses bords et mesnie les terres voisines sont oouuoitea de forests fort spacieuses, il est sur la hauteur de quarante-einq degrés et dix-huict scru|iules connue Cbaniplain a remarqué : lequel ayant apprins d'un do ses gens, qu'il auoit enuiyé pour descouurir le pays plus auant, qu'on pouuoit par cette dernière riuière aller à la mer du Nord, (car il disoit fancement qu'il y auoit esté, et que niesme il y auoit veu sur la coste le debiis d'un nauire anglois) il entreprit ce voyage auec une petite chaloupe : mais après qu'il eut voyagé une grande espace de païs auec grande difficulté, trauersé plusieurs lacs, surmonté plusieurs pncipices et rochers couuerts, descouuert plusieurs nations, comme les Quenongebins, Ouescharins, Algoiugequins et Matououescherins et qu'il fut venu iusquea à quarante-sept degrés de la ligne, enfin se cognoissant trompé tatit par le ingénient deî habitans de ces iieuxlà, que par la confession propre de ^on guide, il s'en retourna par un autre chemin à Québec, n'ayant perdu que sa peine.

En outre Champlain met au dessus du Sault de S* Lonys, le lac des'Algommequins dans lequel descent une riuière, aucisinée d'un costé et d'autre d'un terroir maigre et infertile, et où il y a peu d'habitans, qui se nomment Otaguottouemins venus delà nation des Algomraequins, lesquels viuent de chasse et de poisson.

feuit après ceslui-ci, mais séparé d'une grande espace, le lac des Nipisierins à quarante-six degrés et quinze scrupules de la ligne, les ISauuages qui y habitent sèment rarement, il a de long vingt-cinq lieues, et de large huict lieues françaises. Après se trouue le lac des Atti-

gouantans, qui a de longueur presque de quatre centa lieues Françoises et de large cinquante : qui font que les François le nomment la mer douce. Il est extrêmement plein de poisson et entre iceux de fort grandes Truites. Il est habité pour la plus grande part par les Attigouantans, qui y ont dix-huict villages, six desquels sont munis d'un rempart de bois, presque à la façon d'Hochelaga dont nous auons parlé ci-dessus.

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