‹ L'histoire du Nouveau-Monde ou Description des Indes Occidentales [microforme]Chapitre 13 sur 23 · CHAR XII · texte numérisé non relu

CHAR XII

Habits, rareiirs, religion, et langnge des Sannaiîes qui habitent les Fronînces»

de la Non iiel le- France.

Auant que nrus poiirsuiuions la description des autres régions de la Nouuelle-France, il nous faut un peu parler du naturel, mœurs et constitutions des Saunages qui demeurent le long des riuages du grand lleuue et qui habitent les contrées voisines d'iceîui Tous les François qui ont le plus fréquente ces païs, tesmoignent unanimement qu'encore que ces nations semblent estre d'une humeur melancholique, neantmoins qu'ils sont assés ioyeux et fort prompts à rire: ils parlent lentement et pleinement, comme voulans estre entendus, ils retardent souuent leurs discours, comme s'ils pensoyent à ce qu'ils doyent dire, et les re})etent par interualle. Ceux qui demeurent proche de Québec, s'employent à la penche des anguilles depuis la mi-Septembre iusques au milieu d'Octobre ; (car il y en a fort grande abondance dans les

riuières en ce temps) ils les mangent fraisehes et en font prouision de seiches pour l'hiuer ; au temps d'iiiner lors des plus grandes neges (car elles couurent parfois la terre de trois pies de haut,) ils s'exercent à la chasse des castors, et s'accommodent des raquettes aux pics pour marcher plus fermement sur la nege ; nous en auona fait mettre ici la figure comme nous l'auons tirée des Commentaires de Champlain. Après qu'ils ont mangé leurs anguilles, ils se nourrissent de venaison, comme d'eslans et autres bestes ; mais quand tout cela deffaut, ils mènent une fort pauure vie et disputent bien souuent misérablement contre la faim ; c'est lors qu'ils cherchent curieusement les limaçons, enfin ils tuent leurs chiens, et n'espargnent pas mesme les peaux dont ils sont vestus et parfois se repaissent comme Champlain a remarqué, de corps morts et de charognes puantes. Ils sont suiets à deux grands vices, le premier à un ardent désir de vengeance, qu'ils exercent sur leurs ennemis tant morts que vifs par une cruauté du tout bestialle, soit en guerre ouuerte ou par surprise : le second qu'ils sont grands menteurs et sur tout trompeurs et perfides ; de sorte qu'il ne 3e faut fier que bien à {)ropos à leurs paroles et promesses. Ils se gouuernent pour la plupart sans loix, sans institutions politiques à la façon des bestes, tant s'en faut qu'ils aient cogiioissance de Dieu ou seruent aucune Diuinité par quelque sorte de religion. Quartier escrit que ceux qui denieuroient auprès de S. Croix où il hiuernci. auoyent cognoissance d'un Dieu qu'ils craiguoyent plustost par superstition qu'ils ii'adoroyent, sous le nom de Cudruagnï ; ils contoyent merueilles du Créateur de toutes choses et de la création de l'homme, toutesfois ces petites étincelles de la cognoissauce de Dieu,

estoyent enuelopp^es d'une si lourde î<];norance, qu'elles senibloyent tstre du tout cstiutes : mais pour le iourd'hui il ne leur reste aucune trace de cette coguoissance.

Ils ont leurs deuins et sorciers qu'ils nomment Pillotoas, qu'ils croyent parler familièrement auec le Diable, et s'enquérir de l'euenement de leurs desseins; par ainj-i ils n'ont pas coustume d'entreprendre quelque chose sans leur auoir premièrement demandé aduis et selon leur response, ils les laissent ou différent. Chacun d'eux aliouste grande foi aux songes, et selon iceux ils commencent leur iourniiliere besogne. Et pour ce qu'ils sont grandement craintifs, ils en sont tellement espouuantés, qu'ils se leuuent le plus souuent en sursaut de leurs niches et comme s'ils estoyent surprins de leurs ennemis à l'improuiste» ils passent le reste de la nuict sans dormir.

Ils sont d'une médiocre stature, bien composés de membres, sans aucune remarquable laideur ; ils sont tous, tant hommes que femmes d'une couleur brunasire ou oliuastre, non pas qu'ils soient tels à leur naissance, mais rendus tels par certains oignements et couleurs desquels ils ont coustume de s'oindre dès leur enfance : quelques-uns se peignent la peau de marques et piqueures, afin qu'ils semblent plus beaux.

L'esté ils vont demi nuds, mais ils se couurent l'hiuer tout le corps de pe.iux d'eslans, castors et autres bestes saunages. Leurs armes sont lare, la flèche, massues de bois et des boucliers couuerts de cuir. Nous auons fait mettre leurs figures ici, comme Champlain les représente, où on pourra voir les habits et armes des hommes.

Lb3 filles si tost qu'elles ont atteint l'aage de quatorze ou quinze an.<i, se prostituent indifferem nent à tous, après le quinzième ou seizième an estans lassés de cette lasciue liberté, elles choiï^it-sent un mari, auee lequel elles viuent chastement le reste de leurs iours, et la plu&part ne commetti^nt pas de faute si ce n'est du consentement (lu mari. 8i elles se trouuent stériles, il est permis aux maris de les répudierai d'en prendre d'autres: Les hommes sont pour la pluspart ialoux et gardent curieusement leurs lemmes. Au reste ils nesçauent point d'autres constitutions de mariage que d'enuoyer des presens aux parents desquels ils recherchent ou prennent les filles à femmes. Et afin qu'on voye les habits tant des femmes que des filles, leurs parures et ornements, desquels elles se chargent plustost qu'elles ne s'ornent, quand elles vont aux festes et dances publiques, nous auons adiousté en ce lieu les pourtraicts d'une fille, et deux femmes à ses deux costés tirés du mesme Charaplain.

Ils enterrent leurs morts et mettent auprès d'iceux, les habits, vaisseaux, ferrements, l'arc, flèches et tout ce qu'ils auoyent possédé en leur vie, et les couurent d'un monceau de terre esleuo en rond, auec des pièces de bois par dessus et une planche jointe d'un certain rouge, voilà l'honneur qu'ils font à leurs tombeaux: Car ils croyent l'immortalité des âmes, et estiment qu'estans séparées des corps, elles vont en quelqus païs lointains, où elles viuent délicieusement avec leurs amis trépassés et en des lieux pleins de délices.

Voilà à peu près les mœurs de tous ces sauuages, mais la disette de victuailles et la misérable manière de viure, n'arriue pas à tous également : car ceux qui ha-

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bitent d'un C03té et d'autre du fleuue, depuis le Sault de S. Louys iusques à son emboucheure, sçauoir les Montagnois, Canadiens, Souriquois et autres, pouree qu'ils ne cultiuent point la terre, menant une panure vie et bien saunent endurent grande faim, mais ceux qui demeurent au-dessus du Sault au milieu du païs, comme les Algoumequins, Ochaistnguins, Iroquois, et plusieurs autres, qui ont coustume d'ensemencer les champs et d'assembler leurs fruicts dans leurs greniers, tombent rarement en une telle disette si ce n'est lorsque la moisson les trompe^ eu lorsqu'ils n'ont pas bien fait leur conte : Car c'est l.i coustume de tous les Saunages par une commune paresse, de ne faire prouision que pour un hiuer et encore assés echarcement, d'où vient qu'ils ont sonnent disette et n'ont iamais ou peu souuent moyen d'aider leurs voisins ou ceux qui les viennent voir.

Il nous a semblé bon d'aiouster ici quelques mots de la langue de C(^s Saunages, obserués par Quartier et autres. Voici les noms des nombres des Saunages, qui hdbitoyent Hochelaga. I. Secada : II. Tignem : JII. Hasclie : IV. Hannaion : V. Ouiscon : VI. Indahir : VIL Aiaga : VIII. Adigue : IX. Madellon: X. Assem. Lesquels les Canadiens pour le iourd'hui, comme Lescarbot François a obserué formoyeat en cette manière. I. Begou : IL Nichou : III. Nichtoa: IV. Kau : V. Apateta : VI. Contouuacliin : V'I. Neouachin : VIII. Nestouachin : IX. Pescouadet . X. Metren.

Quartier a remarqué quelques noms des parties du corpsde l'homme au langage Hochelagois qui sont ceux-ci.

La teste Aggonzi.

Les oreilles Aboutascon.

f«4ï.a*>*iii<»'»»Ji,<.

La langue Osnache.

Les cheueux Agoniscon.

L'estoraach Aggruascon.

Lea doigts Agenona.

Les yeux Higata.

Les bras Aiayascon.

Les ongles Agedascon.

Les genoux Agochinegodascon.

Les mains .Aignousoon.

Un homme Aguehum.

Les parties honteuses de

l'homme Ainascon.

Les parties honteuses de la

femme Castaigne.

Le front Hergeniascon.

Les dents Esgangas.

Les cuisses Hetnegradaseon.

La face Hegonascon.

La bouche Esahe

La barbe Hebelin.

Le col Aganhon.

Le ventre Eschehenda.

Lesiambes Agonguenehonde.

Unefemme Agruaste.

Les pies Archidascon.

Ceci suffira de ce vieux langage, nous ferons ci-après mention du nouveau : au reste comme ces Saunages changent souuent de demeure, aussi Ibnt-il de langage, comme l'on pourra voir par la comparaison d'iceux. Ceux qui exercent leur commerce auec les Chrestiens, us^^nt desia plusieurs mots Basques et François, encore qu'il soyent déformés par la difficulté qu'ils ont à les prononcer.

CHAR XHI.

DeH mœurs et constumeH den At(ij;oiiantin8 selon le Commentaire de Cliam

plain.

Champlnin nous a assés exactement descrit les mœurs des Attigonautins, qui font leur demeure sur les quarante-quatre degrés au Nord de la ligne, selon lesquels on pourra iuger des autres. Leurs loges sont faites en forme de fours, couuertes d'escorce d'arbre longues de vingt-cinq ou trente verges et de six cie large ; d'un costé et d'autre il y a un plancher esleuo quatre pies de terre, (sur lequel ils couchent l'esté pour esuiter les puces, desquelles ils sont grandement tourmentés) séparés d'un passage de dix ou douze pies de large ; l'hiuer ils couchent sur des mattes auprès du feu, qui y est allumé en plusieurs endroits selon le nombre des familles qui y demeurent (car ils se tiennent parf )is ensemble dans une mesme case iusques à vingt familles ou plus, d'où vient qu'ils sont tellement affligés de iumée, que bien souuent ils deviennent aueugles sur leurs vieux iours.)

Leur provision 1* plus ordinaire est du Mayz et des febues de Turquie ; ils pilent le Mayz aucunement bouilli dans des mortiers de bois, puis estant ainsi broyé, ils y mettent des febues de Turquie ou autres fruicts seiches au Soleil, parfois du suif de cerf; et l'ayant paistri tout chaud, ils en forment des tourtes, lesquelles ils cuisent sous les cendres, et les lauent d'eau froide quand elles sont cuites. Ils meslent aussi deux ou trois poignées de leur farine auec de l'eau qu'ils cuisent dans un pot, la

brassant continuellement ; puis ils y mettent un peu de poisson frais ou seiche au Soleil, et api)ellent cette bouillie Migan ; qu'ils accommodent en plusieurs façons ; mais en quelque sorte qu'ils la j)roparent, elle sent fort mal, principalement l'hiuer. Ils tiennent la chair de chien pour une grande délicatesse et la mangent aux mois de leurs festins, comme aussi celle des bestes sauuages. Le plus souuent ils enfouissent desespics de Mayz dans de la boue, ou les mettent tremper en l'eau, et les y laissent germer, puis les ayans tirés hors, ils les bouillent auec du poisson ou de la chair ; et encore que le Mayz pourri dans une mauuaise odeur, toutesfois ils en font grande estime, et mesm&auant qu'estre bouilli, ils le lèchent et euccent auec grande v.olupté. Enfin ils engraissent quelques années des ouïs et s'en seruent en leur plus grands banquets.

IIh se font des habits de peaux de diier.-ies bestes saunages, de la mesme façon que nous les auons ci -dessus représentée en leurs pourtraicts. Plusieurs dentr'eux se peignent la face de noir ou de rouge, meslé auec de la graisse d'ours ou d'autres bestes ; les habits des hommes et des femmes sont fort peu différents, si ce n'est que les femmes s'ornent de plusieurs coquilles proprement ageancées ensembles ; mais principalement les filles s'en accommodent pour plaire à leurs amoureux.

IjCS hommes ne s'employent presque à autre chose qu'à la chasse, à la pesche et à la marchandise, ils bastissent aussi leurs cabanes, et vont à la guerre ; mais les femmes y sont d'une misérable condition : car elles ne cultiuent seulement pas les champs, assemblent le bois, font la moisson et tout l'ouurage domestique, mais aussi

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elles suiuent leurs maris à la guerre et portent tout ce qui leur y est ni^cessaire il la façon des mulets. Ils font leur mariage presque en la me-^me façon que nous auons dit ci-dessus, si ce n'est (jue les femmes gardent fort peu souuent la fidélité à leurs maris, après qu'elles les ont choisis, ce qu'elles font sans en estre punies, encore que les maris mesmes le sçachent. Ils n'ont nul gouuernement Politique ou ciuil, nulles loix ; les crimes y sont impunis si ce n'est que parfois selon leur appétit de vengeance, ils se traitent cruellement en priué, d'où vient souuent que des (juerelles ciuiles et domestiques, des séditions et des guerres, s'esleuent entr'eux : toutesfois chaque village a accoustumé d'assembler un certain conseil des plus vieux, auquel ils délibèrent de ce qu'ils ont à faire : ils n'obéissent pourtant pas à un seul, mais ils establissent plusieurs ciiets selon l'occasion, auxquels ils obéissent volontairement selon qu'il leur plaise.

Ils n'ont nulle forme de religion et ne cognoissent aucun Dieu, ils honorent toutesfois le Diable superstitieusement sous le nom de A(]ui ; encore que C(^ soit une chose incertaine, si par ce mot ils veulent exprimer les démons, pource qu'ils appellent d'un mesrae nom tout ce qui surpasse l'ordinaire raison, ou qu'ils ont en admiration 1 1 de ce mesme nom, (ils nomment leurs deuins sorciers et magiciens que les Algoumequins et Montagnets appellent Manitous) qui exercent la médecine et la chirurgie entr'eux, prédisent les choses futures, et par des pures illusions abestissent ces pauvres misérables, leur façon de médeciner est du tout ridicule, car ils ne ne fontpresque autre chose que reiouïr les maladies auec danses et chansons, et passent le temps ù boire.

"•■•'-tTTiTr-'iTiititiin-iiiiimiiÉWiiiiiini,

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LMiiiier (qui y dure du commeiicemeut de Décembre iusques à la fin de Mars) ils font le pluy souuent bonne chère et inuitent les villages voisins pour danser et chanter (ils nomment ces festes Tabages) de manière que quelquesfois ils se trouuent ensemble cinq cents Sauuages auec leurs femmes et filles, lesquelles font lors principalement tout leur devoir d'y aller bien parles : en ce tetnps plusieurs courent cù et là desguisés qui dancent et chantent de porte en porte, et demandent à chacune famille ce qui sur tout leur vient le plus à «ré, qu'ils estiment estre fort inciuil de leur refuser.

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