CHAP. XVI
MdHirs, constuines, langage des* Souriqijois qui habitent ces païs.
Les naturels habitans de la Cadie ou Acadie, principalement ceux qui demeurent autour du Port- Royal, s'appellent Souriquois : ils sont d'une moyenne stature de corps, bien composés de membres, sans aucune diformité. Ils sont comme le reste des Saunages brunastres, pour les causes que nous auons dites ailleurs, et ce qui semble beau aux Sauuages qui habitent la Zone torride, sçauoir le nez plat, est entre ceux-ci fort rare, ils ont pour la pluspart les clieueux noirs et fort peu souuent s'en voit-il d'autre couleur, si ce n'est parfois de roux ou chastains : il n'y a que les principiaux d'entr'eux qui portent de la barbe, les autres l'arrachent entièrement : Ils ne diffèrent en rien en habits et viures des autres Sauuages, dont nous auons desià parlé. L'esté ils viuent de poisson, l'hiuer de venaison : ils ne sçauoyent que c'estoit que du pain, car ils ne sèment ni ne moissonnent, iusques à ce qu'ils ayent esté apprins des François, à se seruir en leur viande de blé, farine et de légumes, qu'ils traitent à présent pour des peaux. Ils obéissent à leurs
Is
leurs
Cassiques qu'ils appellent Safjamos, sont aussi ignorana du vrai Dieu que les autres, et n'out nul seruice ou fonuo de religion. Ils ont leurs Magiciens et deuins qu'ils nomment Autmoins, auxquels ils portent un tel respect que bien souuent ils les font Cassiques : ceux-ci consultent le Diable et donnent response des choses non encore aduenuës, parfois ambiguemesit, parfois auec vérité : quand ils veulent demander aduis au Diable, ils creusent une fosse, et dans icelle ils y })lantent un pieu, et après y auoir attaché une corde ils s'y enclinent y tournant la face, adioustans de merucilleuses singeries, euocations et coniurations, aucc un si violent mouuement du corps qu'ils se mettent tout en sueur; ayans fait tout cela, ils persua<lent à ce misérable peuple que le Diable est venu, qu'ils le tiennent lié de la corde et qu'ils deuiiient par son instinct. Ils exercent aussi la Médecine et Chirurgie : quand ils sont appelés à la visite de quelque malade, après auoir premièrement inuoqué le Diable, ils considèrent les parties aifectées, qu'ils humectent de leur halaine, aucunefois ils entamment la veine et en succent le sang : ils usent presque de la niesme méthode à la guérison des playes ; après qu'ils en ont succé le eang, ils bandent ou couurent le lieu d'une pellicule tirée des testicules du castor ; ils ne font rien pour rien, mais les malades leur donnent quelque beste saunage ou quelques peaux après qu'ils sont guéris.
Le hmgage de cette nation est beaucoup différent de celui des Canadiens et autres sauuages qui habitent en la Nouuelle-France, il m'a semblé qu'il ne seroit point hors de propos d'en adiouster Ici quelques mots d'entre plusieurs. Ils profèrent les nombres iusques à dix en cette manière I. Negout : II. Tabo ; III. Chicht : IV.
Neai : V. Nun : VI. Kamachin : VIT. Eroeguenick : VIII. Meguemacliin : IX. Eglikoiuuleck : X. JMetren. Ils content les ans |»ar les cours du Soleil, Cacli inetren, Achtek, cent ans : les mois par les Lunes, Metren Kuicli Kaniinau, dix Lunes. Ils représentent les Saisons de l'année par les effects ou propriétés d'icelles, Nibir betou, c'est à dire quand les fueilles sortent dehors, pour le printemps: et ainsi des autres. Voici les noms entr'eux des parties du corps.
La teste Menougî.
Le fVon t 'i'^^'g^^^'j 'i«
Le nez. Cluclikon.
Une dent Nehidie.
Le gosier Chidon.
La main Ntpeden.
Le nombril Niri.
Les pies Nechit.
Les testicules Nereron ou Marios.
Les yeux Nepiguigour.
La langue Nirnou. .^
Les doigts Troeguen.
Une femme Match.
Les oreilles Seckdouagan.
Les leures Nekoui.
Le bras Fisguechan.
Les genoux Cagiguen.
Les cheueux Monzabon.
La bouche Meton.
Le col Chitigan. • •
Les cuisses iNlecat.
Les parties honteuses
de i'h Carcaria ou Ircay.
mmmmmmm
tmm
Les sourcils Nitkou.
La barbe Migidion.
Le ventre Migedi.
Le cul Monogoy.
Ils distinguent le sexe et les affinités ainsi.
l^^'^^^^ Metabouiou ou Kessona.
^ï^'ï-e Nekich.
^^Js Nekouis.
^emme Mebouiou.
^;'ère Skinetch.
^î'^^ Netouehou Pecenemouch.
ï^e^e Nouchick.
Sœur Nekicht.
^eueu Neroux. * .
Ils nomment les éléments et ce qui est composé diceux. ^
. Le^" Buoktouw.
Poudre Pechau.
Le Ciel Ouajeck.
Estoille Kerkooeth.
Cueille Nibir.
. La terre Megamingo.
"Montagne Pamdemour.
Soleil Achteck.
^*^^® Kemouch ou Makia.
Forest Nimbeck.
"^erre Knoudo.
r"^" Chabaiian ou Orenpeoc.
La Lune Knichkaminau.
Eseorce Bououac.
Nom8 d'armes : Un arc Tabi. Fleclie Poraio. Couteau Hoiiagan.
. Ils ne sont juis du tout ignorans des arts niechan'KjueH, car ils taillent en bosse des images îl la grosse mode, non pas pourtant pour les honorer comme idoles Ils recréent leurs banquets ou festes qu'ils nomment Tabagia, de certaines chansons, aussi bien que les autres Saunages, et au ton d'icelles ils donnerit du pi^» contre terre, ou bien ils saultent ; leurs Magiciens s'en seruent aussi. Lescarbot François en a exprimé quelques-unes en musique, l'une desquelles nous adiousterons ici.
3a=:3=r^îi=r^=
Tameja Aile luya tameja douuen haii hau hé hé.
La chanson acheuee, tous les autres respondent Hé 6 é é. C'est une chose ( smerueillable d'où leur est venu ce mot Alleluya, lequel Lescarbot asseure auoir plusieurs fois parfaitement ouy prononcer, ie m'en rapporte à ce qui en est. Voilà ce que nous auions à dire des Saunages, maintenant nous poursuiurons le reste de la Continente.
CPIAP. XVIL
Continente de lii Nounel le- France iiisques au fleuue de Pemtagoué't.
Champlain met vis ji vis du Cap des deux Bayes, au costé du Sud de la Continente le fleuue de S. Louys, et le marque en sa charte géograj»hique, duquel toutesfois
. Cou-
niques, 1 mode, 38 lia , Tabaautrea i contre seruent les- unes
ho hé.
int Hé 6
^'st venu
usieurs
e à ce
Sauiia-
Conti-
gouct.
yes, au ouys, et jutesfois
il n'a iamais fait mention en tous se? <^^rits sous ce nom \i\ bien fait il mention d'une petite ,i^re seulement capable de porter des chalouppea enuiron ce lieu lA, auprès de laquelle se trouue des mines de fer : à quatre lieues de là vers le Sud-ouest (car la coste se courbe de ce costé-là) se trouue un Cap qui s'auance, au deuant duquel il y a des rochers et un fort courant qui trompe les mariniers : auprès d'icelui il y a une petite baye cognue pour quehjues veines de fer qui y sont : et tout près une autre baye et quelques Isies au deuant de la terre ferme ; qui s'esteiident iusques au Cap Rouge, derrière icelui court une fort belle riuière ; à quarante-cinq degrés et quarante scrupules de la ligne ; les Saunages la nomment Ouygoudy et les François de S. lean, on n'y entre toutefois pas sans danger à cause des basses et rochers, et des pointes ou caps qui s'auancent : son emboucheure est CvStroite, combien qu'elle aye parfois seize brasses de profond, elle eslargit peu à peu ses deux riuages et derechef les rapproche auprès d'un coin de terre, où elle passe de mesme roideur que si c'estoit une cataracte entre deux rochers proches l'un de l'autre, on ne la peut en cet endroit monter auec des barques, sinon à pleine marée; delà elle s'espend une lieue de large, laquelle largeur elle continue longtemps, les Saunages disent qu'ils vont par icelle à Tadousac en portant leurs canoas sur leurs espaules un petit espace de terre. Cette riuiere est renommée pour la pesche des saulmons qu'on y fait, et pour les mines de fer qui y sont. Du costé de l'Ouest à l'eraboucheure du fleuue il y a une Isle que les François nomment la Nef de sa forme, et courant le long de la coste, on en rencontre plusieurs l'une après l'autre, l'une desquelles grande de six lieues de tour est
appelée des Snuunges Mantliane. En ce lieu, il y a comme une troupe d'Islea di.spers(?e.s cil et lil dans un golfe entrecoupées et sc^purc^es les unes des nutres par diuers canaux qui sont plusieurs [)ort8 et Iiaures, il y a aussi là un passage pour aller A la riuière des lOstecherains et à la petite Isle nommée de S. Croix sur les (piarante-cinq degrés et v'ngt scrupules de la ligne. En ce lieu, les François s'estoyent autre,-»fbis placés, mais ils l'abandonnèrent dès le j)remior hiuer, comme nous dirons ci-après Outre le lleuue que les liibitants du lieu nomment Estechemin, qui y descend de l'Ouest et laue cette Isle d'un costé et d'autre, il y a encore deux autres petites riuières qui y sortent. En May et luin on y trouue une fort grande quantité deharMUs: la teire y est empecâchee d'espais bocages, d'arbres et arbrisseaux de tous costés, par ainsi nullement commoJe à estre labourée, si premièrement on ne courroit les f jrests, toutesfois il semble qu'elle seroit fertile si on la cultiuoit. Les moucherons sont en ce lieu fort fascheux, (]ui sans doute sont engendrés par l'iiumidito de la terre et nourris par l'espaisseur des bois.
Les Saunages qui habitent ce lieu se nomment Estechemins, du tout semblables en habitude de corps, mœurs et coustumes aux Souriquois, ils différent pourtant en langage ce qui ce pourra voir par le nom des nombres dont ils usent que nous auons adioustés ici I. Bechkon : IL Nich: III. Nach: IV. lau: V. Prencht : VI. Chachit : VII. Contachit : VIII. Erouiguen : IX. Pechcoguera : X. Perock. Et n'y a point de doute qu'ils ne diffèrent aussi es autres mots.
On va de cette baye vers Norumbegue par <liuers canaux, entre un nombre intini d'isles, l'une desquelles
qui est un peu plus grande (lue les autres, appellee des Sauuages Menane, est diuisre d'un espace de trois lieues de la Continente : les autres qui s )nt entendues le long de la coste par l'esfjace de vingt-cinq lieues, s'appellent d'un nom commun laies Rangées, les François leur donnent aussi des noms particuliers, qui seroyent longs tl réciter ici. La dernière de toutes située à l'emboucheure du fleuue Ptmtegouet, qui a de long quatre ou cinq lieues, diuis'e de la terre ferme par un petit destroit, est sur la hauteur de qurante-quatre degrés et trente scrupules ; elle est toute releuée en montagnes, qui estans séparées l'une de l'autre paroissent au loin au nombre de sept ou liuiet, elles sont à la cime nues et rien que rochers, d'où l'Isle est nommée des François l'Isle des monts déserts. La coste est toute entrecoupée de bayes et pointes.
CHAP. XVIIL
t)n flenue Pemtcgonët (juc pluBicurn cslijnent estre Nornmbegue.
Ceux qui ont au temps passé escrit de ces païs, ont conté beaucoup de fables de la célèbre ville et du fleuue Norurabegue, dit des Saunages Agsuncia ; que l'on trouue pour le iourd'hui du tout autrement, et n'y a point d'apparence qu'il y ait eu iamais quelque chose de semblable: cependant si on considère la hauteur qu'ils y ont remarquée et les autres circonstances, il n'y a point de doute qu'ils n'ayent voulu parler de cette riuière, que
1er Sauuages, comme les François estiment, appellent Porategouët, et les Anglois Pennobscot. Au-cUuant de remboucheure de laquelle il y a plusieurs Iciles qii s'a • uancent en mer, insques à dix ou douze lieues de la Continente, sur la hauteur de quarante et quatre degrés : elle a huict ou neuf lieues de large: au-deuant de sa pointe droite est l'Isle des monts déserts ; la gauche est un terroir plat appelle des 3auuages Bedabcdec : plusieurs Isles occupent l'espace d'entre eux ; la dernière desquelles fort releuce est nommée des François Isle Haute, à laquelle on preîid lort grande garde pour entrer en la riuière. Cette riuière n'est nauij^'able qu'enuiron vingt lieues, à cause d'un sault duquel l'f au se précipite. A la riue de main gauche tout près de l'emboucheure, la terre se releue en fort hautes montagnes, le reste est du tout plat et fort fertile, reuestuë d'un costé et d'autre ^e plusieurs arbres et entre autreb de sapins : il n'y a nulles villes, mesmes peu d'habitations ou loges qui soi^t faites de pièces de bois trelissées et couuertes d'escorce d'arbre. Les Sauuages qui y habitoyent lors que Champlaîn visitoit la riuière, se disoyent estre de la nation des Estechemins : toutcsfois il ne serabloit pas qu'ils eussent des demeures arre&tées ; mais on eut dit qu'ils changeoyent souuent de lieu selon que la chasse ou la pesche les inuitoit. Ils obeissoyent lors à deux Cassiques, desquels l'un se nommoit Bessabez, et l'autre Cabahis, qui recourent Chamj)lHin à la façon des Sauuages assés humainement. En outre il semble qu'ils n'cnt pas seulement de coustume de changer souuent de place, mais aussi de nom, selon que leurs Cassiques changent, desquels la nation prend le plus souuent le nom : delà vient la différence qui tjC trouue principalement entre lea Autheurs
qui en diuers temps ont eserit des noms de ces nations. Car Tean Smith gênerai des Anglois en la description de ce fleuue les nomme Bessabees (du nom pans doute de ce Roitelet Bessabez) et Tarantins desquels les François ne font nulle mention. Au reste les habita its de cette riuière ne différent en rien en habitude de corps, mœurs et coustumes des autres Sauuaget^ dont nous auons parlé ci-desHus : qui fait qu'on ne peut assés s'esmerueiller d'où estoit venu ( n la pensée aux Autheura du temps passé d'escrire des choses si magnifiques do la ville de Norumbegue.
On contede Pemtegouët iusquesàQuinnibequin XXV lieues vers l'Ouest ; tout cet espace de la Continente est bordé de plusieurs Isles et presque au milieu il y a une fort grande baye, diuisée en plusieurs canaux et Isles ; vis à vis de Temboucheure de la riuière Quinnibequin il y a une Isle qui s'esleue doucement en bosse et pour cette cause est appelée des François la Tortue : entre icelle et la Continente, il y a des rochers aueugles et cachés sous l'eau et des bo5ses oii i! y brise d'une estrange façon. Dans l'emboucheure de la riuière il y a de chaque costé une petite Isle et au dedans d'icelle il y en a plusieurs autres le long du riuage, on ne la peut monter qu'auec grand péril à cause des bosses, rochers et du courant qui y est. Le terroir qu'elle laue d'un costé et d'autre est rude et couuert de roche/ s et ne porte que des chesnesi fort ba?, .' y a peu de pasturages, ou de champs propres pour ensemeijcer.
Les Saunages qui habitent auprès de cette riuière, ne différent en rien en façon et mœurs des autres, ils se nourrissent de poisson, que la riuière fournit en abon-
ni
dance, et de chasse, ils disent qu'il y a longtemps quMIs ont cessé de semer comme les autres qui sont plus au Sud font à cause des incursions de leurs ennemis qui gastoyent leur moisson : ce fleuue descend du milieu du païs de deuers le Noid-est, premièrement fort petit, puis après croissant par la rencontre d'autres ruisseaux et riuières, il coule par diuers destours, tantost doucement, entre des Isles et tantost roidement. Les Anglois l'appellent d'un autre nom Sagadahoc, comme nous dirons au liure suiuant ; car nous nous sommes proposé de donner en ce lieu la description de la Nouuelle-France, principalement feelon les cbseruations des François.