‹ L'histoire du Nouveau-Monde ou Description des Indes Occidentales [microforme]Chapitre 4 sur 23 · CHAP. IL · texte numérisé non relu

CHAP. IL

Habitaiis de Terre Neuue, leurs habits et moeurs.

Tous ceux qui ont ci-deuant escrit de cette Isle, affirment d'un commun accord, que le costé de l'Est et celui du Sud ne sont habitées de personne, mais que les Sauuages vaguent çà et là sans demeure asseurée du costé de l'Ouest et de celui du Nord. C'est un peuple rude et sans ciuilité, n'ayant nulle religion ou cognoissauce de Dieu, nul régime Politique entr'eux, et se gouuernent plustost à la façon des bestes saunages qu'à celle des hommes ; du tout semblables en habit et viures aux

Saunages qui se tiennent en la Continente vers le Nord, desquels il n'y a point de doute qu'ils ne soyent sortis autres fois et venus là. Au reste, ]e^ François et Espagnols qui entrent tous les ans par le destroit de S. Laurens pour y harponner la Ralaine et se placent au costé occidental de cette Fsle, affirment que ces Sauuages sont a?sés prompts au seruice des Europ6ans, estans loui's pour peu de viure et de salaire; et s'employent par un labeur continu à toutes sortes d'ouurages, soit à découper les Balaines ou à les esuentrer ou bien à les cuire. Ils sont de moyenne stature de corps, ont les cheveux noirs, la face large, le nez camus, les yeux grands ; tous les niasles sont sans barbe : l'un et l'autre sexe teint d'une certaine couleur rouge non-seulement leur peau mais aussi leurs habits, lesquels ils font à la grosse mode de peaux de loup marain. Ils habitent dans des loges ou cabanes faites de perches disposées en rond et liées ensemble au sommet ; qu'ils couurent tout autour de peaux de bestes sauuages ou de despouilles de poisson contre l'iuiure de l'air et les pluyes : ils font le feu au milieu de leur loge, auprès duquel ils se couchent à terre nuict et iour quand il leur plaist. Ils ont des bateaux composés d'escorce d'arbre, longs de vingt pies pour le plus souvent et larges de cinq ou enuiron en forme de demi-lune; esleués aux deux bouts et courbés, capables au plus de porter cinq hommes ; avec iceux comme estans fort légers ils coupent les ondes d'une grande vitesse et ils les portent sur les espaules quand il en est besoin ; car ils n'ont point de demeures asseurées, mais vaguans à la façon des Nomades, ils changent fort souvent de demeures, selon que la nécessité les y contraint ou que la commodité les inuite. Leurs armes

sont l'arc et la flèche munies de certaines pierres fort aiguës ou de petits os. Il y a eu aussi autresfois du costé du Sud ou l'habitation est beaucoup plus belle et plus commode, une sorte de gens assés semblables à ceux-ci qui y ont demeuré, mais abhorransou craignana comme il est vrai semblable la fréquentation de ceux de l'Europe, ils se sont retirés plus auant dans le païs ; Et cet Autheur François Anonyme duquel nous auons fait mention ei-dessus qui a escrit l'an 1539, affirme que la coste du Sud de cette Isle estoit en ce temps habitée d'une nation de Saunages destituées de toute civilité et humanité, et qui mesprisoyent entièrement l'accointance des autres et de parler à eux, au reste du tout semblables aux autres ci-dessus en habitude de corps et habits» si ce n'est qu'ils se faisaient en la face quelques marques auec le feu et la tirée en li^rnes Le raesme témoigne que le costé Orient-il estoit aussi lors habité par de plus ciuilisés et humains, mais moindres en nombre, lesquelles deux costés on trouue maintenant abandonnés et vuides d'habitants qui est un asseuré indice, que ces gens fuyent tant qu'ils peuuent la fréquentation de ceux de l'Europe, et quand on les rencontre qu'ils ne rendent seruice qu'à contre cœur.

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