CHAR III
Ports et Hautes de cette Isle, et toute la Coste maritime d'iccUe.
Il n'y a Isle en tout le monde de pareille grandeur, qui ait plus de comuiodes auchrages et ports que celle-
ci : et afin que nous les récitions tous particulièrement, il nous faut suiure la coste qui va premièrament du Cap Raz vers le Nord, et puis après nous tournerons vers l'Est. Le Cap qu'on appelle communément Cabo Raz, le dernier de cette Isle vers le Sud distant de la ligne vers le Nord de quarante et six degrés et vingt -cinq ou trente scrupules est une terre basse et fort peu releuée, on la recognoist à un rocher, qu'il a à demi-lieue du riuage en mer, à six lieues de ce Cap vers le Nord se présente un port, dit vulgairement Renouse ou Roigneuse, dans le fonds duquel il y a une Isle toute pierreuse : à ce port abordent tous les ans plusieurs nauires et là ils salent et seichent au soleil le poisson qu'ils ont prins en mer. A une lieue de ceslui-ci ou trois milles angloises est Porto Formoso, capable de fort grands vaisseaux, et qui entre plus de quatre lieues en terre vers l'Ouest, à quarante-six degrés et quarante-cinq scrupules de la ligne. Près de ceslui-ci du mesrae costé suit le port d'Aqua forte qui a l'entrée fort estroite et le riuage entreronpu de toutes parts. Le routier de mer des Portugais met à deux lieues de ceslui-ci cette pointe de terre vulgairement dite Punta de Farilhan, à quarante-sept degrés de la ligne et un peu plus outre plusieurs recoins et bayes que les mariniers nomment vulgairement Abras. Après il y a trois petites Isles le long dn riuage distinctes de leurs noms, la première desquelles s'appelle Ilheo de Ferro, l'autre d'après Columbrina et la troisième Illieo de Galeotas, à deux lieues ou enuiron du Cap de Esphera, ou bien comme les François l'appellent de Sant Fresaye. De ce Cap on conte deux lieues iusques au port renommé de S. lean à quarante-siÈpt degrés et quarante scrupules de la ligne. A
cinq lieues duquel plus outre vers le Nord se présente le Cap 8. François, sur la hauteur de quarante et huict degrés, ouurant vers le Nord une grande baye, appellée des Portugais Enseada grande et des Anglois Thornbaye; en la hauteur de laquelh' ils diffèrent quelque peu, quant à nous nous suiuons les Portugais en cet endroit. Outre le Cap S. François, la c<<ste s'enfonçant en la mesine manière, fait une grande biiye et en icelle plusieurs recoins; laquelle les Portugais aj pellent Bahia de la Conception et les Anglois The Baye of Trinité, sur la hauteur prepque de quarante-neuf degrés. C'est une baye fort spacieuse qui a au plus estroit cinq lieues et laquelle s'étend au long et au large tant vers le Sud-ouest que versl'Ouesl uu-dedans des terres, elle a beaucoup de recoins, ayant chacun son nom, qui seroit.long à rapporter ici. Il y a trois riuiores qui s'y déchargent et plusieurs Isles esparces çà et là la terre y est assez fertile, d'où vient que cet haure est à bon droit conté entre les meilleurs de cette Isle. A deux lieues d'espace du continent de la grande Isle, il yen une petite qu'on appelle Bacalaos du nom des poissons qui s'y peschent. Du costé du Nord le Cap de Bona vista ferme le pont dessus dit, ayant un haure de mesme nom sur la hauteur de quarante-neuf degrés et quinze scrupules selon le conte des Portugais. De ce Cap iusques à un autre qu'on appelle Punta des Ilheos de Fray Louys et iusques aux Isles mesmes de Fray Louys il y a dix lieues sur la hauteur de quaranteneuf degrés et demi : de ces Isles iusques à l'Isle des Oiseaux comme la nomment les Portugais, sur la hauteur de cinquante degrés et quinze scrupules, il y a aussi dix lieues ; de là la coste se courbe vers le Nord-nordouest, il y a là beaucoup de basses et bancs, tousiours
âos neges, un extrême froid et point de jjoisaon. Auprès du Cap de Bona vista vers le Sud, quelques-uns y mettent une baye, laquelle aucuns nomment Frelay, les autres Forilland et Farillon. De ce Cap la terre maintenant receuant la mer et maintenant la repouF:sant, fait plusieurs bayes, recoins et pointes iusques au Cap de Grat qui est le dernier Cap de cette Isle vers le Nord. Les Anglois font mention de quelque petite Isle sur la hauteur de quarante et neuf degrés et quarante scrupules, laquelle ils appellent l'Isle des Pinguins, pour l'abondance de ces oiseaux qui y nichent, lesquels les Saunages nomment Aporath, ressemblans fort bien aux Pinguins, que ie descrirai ailleurs. Quartier, François, qui a entre les premiers fréquenté ces mers auoit appelle cette Isle pour la mesme cause Fsle des Oiseaux et les Portugais Ilha das aues. Iusques ici nous auons suui la coate du Nord, maintenant nous retournerons au costé du Sud.
Du Cap de Raz poursuiuant vers le costé dij Sud de cett-j Isle, tournant à l'Ouest, il y a deux lieues iu3(iues au port des Trespas.sés, par les Portugais Abra Trespessam, sur les hauteurs de quarante et six degrés, selon la computation des Anglois : Ce port est grandement commode et la mer profonde, nullement empeschée de bancs ou rochers : delà iusques à la rinière, nommée des Portugais Chincheta, on conte deux lieues ; de cette riuière à la baye S. Marie six : cette baye a une large embouoheure et qui s'estend iusques à quatre lieues, enfermant dans son sein une Isle qu'on appelle vulgairement Culn3tam. Suit de mesme costé le Cap 8. Marie à dix-neuf lieues du Cap Raz vers l'Ouest, comme quelques uns content. Outre ce cap, une autre baye s'ouure laquelle
on nomme Placentia ou Prœsencia sur la hauteur de quarante et six degrés et quarante-cinq scrupules ; assés p^^8 de là se trouuentauprôs de la coste quelques petites Isles ou plntoat rochers qui s'appellent ordinsiireraent Martyres. Et cinq petites Isles nommées du nom de 8. Pierre, qui fournissent d'un fort commode port aux mariniers, et qui ne cèdent en rien à la grande Isle en abondance d'arbres sauuages ; elles s'estendent iusques dans l'emboucheure du destroit, qui laue Terre-Neuve et les Isles de S. Laurent ou des Bretons. Vis-à-vis la coste du Sud de la grande Isle, Charaplain fait mention *du port des Biscayens vulgairement dit le Port aux Basques. Le dernier Cap vers l'Ouest s'appelle Cap de Raye qui est distant des Isles de S. Pierre de quarantedeux lieues, comme les Anglois asseurent. Dès ce Cap la coste retourne vers le Nord ou plustoat Nord-nordouest douze lieues de long, iusques au Cap Anguille ; duquel la coste se tourne vers le Nord-est dix-huict lieues iusques à la baye S. Georges, fort cognuë par la fréquente nauigation des Basques, elle est grande de neuf ou dix lieues et est habitée des Sauuages que nous auons descrit ci-dessus : Ce qui re3te de plus vers le Nord, est fort peu cognu iusques ici, car on y va rarement et encore malgré soi.