‹ L'histoire du Nouveau-Monde ou Description des Indes Occidentales [microforme]Chapitre 6 sur 23 · CHAP. IV · texte numérisé non relu

CHAP. IV

Description du grand Banc, oomiue le vulgaire l'appelle, qui s'estend iuaquea en Terrc-Neuue, et de l'Isle de Sable.

Au deuaat de l'Isle de Terre-Neuue que nous venons de descrire, s'estend un grand banc en la mer que plusieurs nations de l'Europe appellent d'un nom commun le Grand Banc : lequel se peut mettre entre les merueilles de l'Océan ; car veu que cette grande mer du Nord est si profonde qu'estant un peu esloigné de terre, à peine ne trouue-on fonds avec une ligne de deux cents brasses, toutesfois comme une coline ou un dos, et profond parfois de trente, parfois de quarante brasses, s'entend en long iusques à quelques centaines de lieues, sauoir depuis le quarante et unième degré iusques au cinquante-deuxième de hauteur. Il a de large au plus vingt quatre lieues et où il s'estroîcist seize et mesme moins : finissant en pointe aux deux bouts : plus il s'auance vers le Nord et plus la mer y est profonde, au contraire vers le sud ; car mesme on voit des rochers que les François appellent les Nucquelets. Il y a d'espace depuis le cap Raz iusques à ce banc, vingt- cinq lieues, la mer estant fort profonde entre deux ; aux autres lieux il y a un peu plus ou un peu moins de distance iusques à l'isle de Terre-Neuue. Au reste il s'y pesche une abondance incroyable de poisson tous les ans par les François, Espagnols, Portugaisj et quelquefois aes^ autres nations ; les Basques les appellent Bacalaos, les François, Moluës ou Morues, poisson fort cognu en tout l'Europe.

On pesclie ces poissons dès le milieu d'Auril iusques à la fin de iuillet, les ayant prins on les esuentre et sale, ainsi sal<'s, les François les appellent morue verte. Tout ce temps il y voile une si grande abondance d'oiseaux au-dessus, qui viuent des entrailles de ce poisson qu'on iette en mer (que les nauires n'ont besoin d'autre signal) et se prennent aux hains aussi bien que les oiseaux, avec un grand plaisir : entre ces oiseaux, les François font particulièrement estime des Fauquets.

Outre ce grand banc on a remarqué plusieurs autres patits autour de Terre-Neuue, et principalement deux, l'un desquels est au costé du Sud de cette Isle et s'estend iusques aux Isles de S. Pierre ; dit des François Banc au Vert ; l'autre est au costé du Nord de i'Isle de Sable, il se tourne vers le Nord-est, ce seroit chose longue et nullement nécessaire de réciter les autres.

En outre il y a I'Isle de Sable (que les François appellent ainsi de sables qui y sont,) sur la hairteur de quarante-quatre degrés, à enuiron trente lieues de I'Isle des Bretons ou S. Laurent vers le Sud, elle a de tour presque quinze lieues, beaucoup plus long que large, pleine de bancs, desgarnie de haures et diffamée de naufrage de plusieurs. L'an cI.)Ioxviii les François sous le commandement du baron de Léry incitez par la commodité du lieu, auoyent résolu d'y placer une colonie ; mais après l'auoir considérée de plus près, ils furent contraints de la quitter, surtout pour la dissette de victuailles et d'eau douce, laissant leur entreprise sans effet ; ils y laissèrent seulement le bestail et pourceaux qu'ils y auoyent amenée, qui n'y ont pas beaucou;) profité par le detïaut de pasture ; car pour la plus grande partie

risle est stérile et du tout sable. Après ie trouue que les Portugais 1 ont aussi essayée, mais avec pareil succès, ^nfin après auoir long temps esté abandonnée par les Portugais et autres nations, le Marquis de la Roche François s essaya de l'occuper, y plaçant quelques colomes 1 an cloloxcviri : et y laissa quelque petit nombre de gens, qui y vescurent auec grande difficulté de poisson et du bestail qu'on y auait auparauant laissé; et furent contraints de s'habiller de peaux de certains renards noirs et de loups marains, enfin ils en furent retirés cinq ans après II y a peu d'estangs dans cette Ile, nulle tontaine : beaucoup d'arbrisseaux et peu d'arbres • la terre y est presque nue ou légèrement couverte d'herîbe • on la peut difficilement aborder à cause des bosses et bancs qui y sont, aussi n'estime-ie pas qu'elle le mérite

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