‹ L'histoire du Nouveau-Monde ou Description des Indes Occidentales [microforme]Chapitre 7 sur 23 · CHAR V · texte numérisé non relu

CHAR V

Situation de i'Isle des Bretons, qualités de son air et de sa terre, peuple y

habitant.

Il y a une autre Isle qui est a l'Ouest de Terre-Neuue, au milieu entre icelle et le Continent de la Nouuelle- France; dite S. Laurent, du golfe qu'elle clost, et des Bretons de son Cap Oriental (qu'on appelle vulgairement Cap Briton) son costé du Sud est long entre l'Est et l'Ouest de vingt-cinq lieues, distant de la ligne de quarante-cinq degrés et quarante-cinq scrupules. Son Cap Occidental est esloigné de Campseau (qui est au dernier bout oriental de la Nouuelle-France) de huict lieues; de son Cap de l'Est (dit Cap Briton) iusques au Cap Raz, (dernier bout de Terre-Neuue vers l'Est) on conte quatre vingts sept lieues : Elle est séparée du Continent de la Nouuelle-France par un détroit de neuf ou dix lieues de long, qui encore qu'il s'estende iusques en la mer Méditerranée de S. Laurent par un canal assés profond, toutesfois il est peu souuent fréquenté, à cause qu'il est fort estroit, et que le courant y est dangereux, duquel les François lui ont donné le nom de Passage courant.

Cette Isle est de forme triangulaire, ayant de tour presque quatre vingts lieues, esleuée pour la plus grande

part en colînes et mont?ignes, extrêmement belle et délectable : la mer y entre iusques au milieu par de petits canaux, qui la diuisent en plusieurs parties comme si c'estoyent de petites Isles : il y a au milieu un lac parsemé de plusieurs petites Islettes, dans lesquelles il se trouue une grande quantité de Sauuagine ; les canaux sont remplis de coquillages, entre autres d'huistres, mais qui sont d'un mauuais go jst. Il y a par tout de grands bois remplis de fort hauts chesnes, sapins et autres arbres semblables à ceux de l'Europe et de plusieurs autres incognus de par deçà. La terre par une agréable fertilité y produit des fraises et autres fort bons fruiets ; l'herbe encore qu'elle y soit haute est moins prisée pour estre trop menue. I es bois nourrissent des cerfs, renards noirs, loutres et autres bestes sauuages : il y a aussi force oiseaux et entre iceux des Pinguins.

Elle est habitée en plusieurs endroits de Saunages, qui sont semblables en habit et mœurs à ceuxdeTerre-Neuue, ils ont les cheueux- noirs, qu'ils laissent pendre iusques au dessous des épaules ; le commun d'entr'eux couurent leurs parties honteuses de peaux de bestes sauuages, estant nuds quant au reste ; les principaux portent un petit manteau aussi de peau de beste saunage qui leur couure la poictrine et les espaules : ils nourrissent pour la chasse certains chiens noirs avec un fort grand soin. Les Portugais y ont mené autresfois une colonie, mais ennuyés de la rigueur de l'hiuer, de laïr, du froid et des ordinaires tempestes, ils changèrent incontinent de lieu.

Il y a peu de haures pour la grandeur de l'Jsle : au costé du Sud à deux ou trois lieues du Cap Briton, qui est la pointe Orientale d'icelle, le port des Anglois est

situé (dit des François) pource qu'ils ont coustume d'y aller ordinairement pescher, et un peu plus outre vers l'Ouest, celui que les Anglois appellent Newport, comme qui diroit Nouueau port, fait par une petite Isle qui est au-deuant la grande : à huict lieues de là il y en a un troisième, que les Saunages nomment en leur langue Cibo, où il se trouue une telle quantité de cancres et escreuisses, que c'est une chose incroyable. Voilà les haures qui sont au costé du Sud. Au costé qui retourne vers le Notd-est, à dix huict ou vingt lieues vers le Nord-ouest du Ca * Briton les Portugais mettent le port Ninganis, sur lequel ils s'estoyent autresfois placés, et qu'ils ont depuis abandonné. Le Cap du Nord de cette Isle est vulgairement appelle Cap S. Laurent, au deuant d'icelui est située l'Isle de S. Paul ; de ce cap iusquea à Ïerre-Neuue et au Cap de S. Marie, les François content quatre vingts trois lieues. Enfin la coste se tourne vers le Sud-ouest fournie de force haures et anchrages, peu remarqués et seulement cognus de nom, que i'estime estre du tout inutile de descrire ici de peur d'ennuyer le Lecteur.

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