CHAP. VI
lieu.
au qui Is est
De plusieurs petites Isles esparses dans le golte de S. Laurent.
Les deux Isles desquelles nous auons parlé ci-dessus sont comme une barre au deuant de cette mer Méditerranée au golfe appelé du nom de S. Laurent, dans lequel la mer entre par trois diuerses emboucheures dont celle
lit:
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du milieu e»t aussi large entre ce» deux caps de S. Laurent et de Raye, les deux autres sont plus estroites par lesquelles ces deux Isles sont séparées d'un costé et d'autre de la continente. Cette mer est de forme triangulaire, et sa basse, s'il faut ainsi parler, s'estend d'un des angles de la Nouuelle- France qui est sur la hauteur de quarante-six degrés, iusques à l'autre angle, ou plus estroites eraboucheures sur cinquante-deux degrés, du long des deux Isles ; car le golfe est plus long de ce costé : les deux autres costés vont en s'aiguisant iusques aux embouchures du grand fleuue de Canada, où ils se finissent en un cône; le droit presque en droite ligne, et le gauche se courbant en croissant embrasse dans son sein quelques Isles. L'une d'icelles appelée Menego de ceux qui ont les premiers descouvert ce golfe, est grandement renommée pour l'abondance des merlus fort gros qu'on y pesche elle ne se trouve pourtant plus es nouuelles chartes géographiques, son nom estant aboli. A vingttrois lieues de celle-ci, il y en a trois autres petites, qui pour l'abonrlance des oiseaux qui s'y trouuent sontappellées tantost Isles aux Oiseaux, tantost Isles des Margaux et Champlain les nomme en sa charte Isles aux Tangeaux Deux de ces Isles qui sont entrerompues de rochers fort difficiles à aborder sont couuertes d'une telle multitude d'oiseaux, qui c'est comme une chose incroyable : elles sont sur la hauteur de quarante-neuf degrés et quarante scrupules, comme les Anglois ont remarqué. A la troisième terrist en fort grand nombre une certaine espèce de Phoques, animal comme ie croi incognu aux anciens appelé des nostres Walrus et des Anglois qui en ont pris le nom des Russiens Morsh C'est un animal amphibie et fort moiistreux, qui surpasse parfois quand il est
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paruenu à son ordinaire grandeur, les bœufs de ce païs en grosseur, il a la peau comme celle d'un chien marin, la gueule d'une vache, (d'où il a été nommé par aucuns vache marine) si ce n'est qu'il a deux dents qui sortent hors, recourbées en bas, longues parfois d'une coudée, qu'on employé à mesme chose que l'iuoire, et sont de mesme valeur ; ils ont rarement plus d'un ou deux petits ; c'est un animal robuste et fort saunage d'abord, par ainsi fort diflBcile à prendre, on le prend en terre, rarement en l'eau. Mais nous en auons fait mettre ici la figure, exactement et au vif dépeinte.
Cette beste fut monstrée en ce pays l'an clolocxir," laquelle le fameux docteur ^lius Euerhardus Vorstius, de bonne mémoire Professeur en médecine a descrit en cette manière. l'ai veu (dit-il) cette beste marine de la grandeur d'un veau, ou d'un grand dogue d'Ang'ieterre, assés semblable à un Phoque ; ayant la teste ronde, les yeux de bœuf, les narine plates et ouuertes, lesquelles il fermoit et ouuroit parfois, au lieu d'oreilles il auoit de chaque costé un truo, l'ouuerture de la gueule estoit ronde et assés petite, en la mâchoire haute, il auoit une moustache d'un poil cartilagineux, gros et rude. La mâchoire d'embas estoit en forme de triangle, la langue espaisse et courte ; le dedans de la gueule muni d'un costé et d'autre de dents plates. Les pies de deuaut et de derrière estoyent larges et le derrière du corps ressembloit entièrement à une Phoque de ces païs. Les pies de deuant estoyent tournés en deuant et ceux de derrière en arrière, tous diuisés en cinq doigts, mais joincts par une membrane espaisse. Les pies de derrière auoyeut des ongles et ceux de deuant point il estoit sans queue. La partie de derrière rempoit plustost qu'elle
ne marchoit. Il auoit la peau espaisse, coriace et couuerte d'un poil court et délié, de couleur cendrée. Il grondoit comme un sanglier, ou parfois crioit d'une voix grosse et forte. Il rempoit par la place hors de l'eau. On le mettoit tous les iours dans un tonneau plein d'eau l'espace d'un heure pour s'y ioiier. C'estoit un faon vieux de dix sepmaines, comme disoyent ceux qui l'auoyent apporté de Noua Zembla. Il n'auoit encore point les dents ou les cornes qui sortent dehors à ceux qui sont plus vieux, mais on voyoit en la maschoire haute les bosses, d'où on pouuoit iuger qu'elles sortiroyent bientost. Il sembloit quand on le touchoit que ce fust un animal fnrieux et robuste, et respiroit très fort par les narines. Il viuoit de bouillie d'auoine ou de mil, il suçoit lentement plustost qu'il ne mangeoit, il approchoit de son maistre auec grand effort et en grondant, lors qu'il lui presentoit à manger, mesmes il le suiuoit au flaire d'icelui. Son lard ne semble pas mal agréable à ceux qui en ont gousté. On montroit aussi les testes de deux grands qui auoyent chacune deux dents qui sortoyent en dehors à la façon de celle des Eléphants, longues grosses et blanches, recourbées en bas vers la poitrine. Les Anglois qui les auoyent apportées, disoyent que leurs cuirs pesoyent quatre ou cinq cents liures. Ils contayent aussi qu'ils montayent auec ces dents sur les rochers et s'y soustenoyent d'icelles et qu'ils sortent par troupes à terre pour y dormir. Leur pasture, comme ils disoyent, estoit de grandes et longues feuilles d'une certaine herbe qui croissoit au tond de la mer, et ne mangeoyent ni chair ni poisson. le vei la mesme un engin du mesme animal presque dur comme un os, rond et long d'une coudée ou plus, gros, i)esant et solide ; au
au
bout près du gland, il escoit plus gro8 et plus rond qu'ailleurs. Les Moscouites s'en seruent pour faire sortir la pierre des reins.
On conte de ces Isles iusques à l'Isle de Buai cinq lieues. Il se trouue une grande diuersité entre les Autheurs touchant son sit et sa grandeur : Quartier, François, qui l'a premier descouuerte et lui a imposé nom, lui donne deux lieues de long et autant de large ; les autres lui donnent un bien plus petit circuit ; mais tous tiennent que la mer qui l'enuironne est fort poissonneuse et louent aussi son terroir pour estre fertile, plein de pasturbges et fort propre aux semences ; ils discordent aussi quant aux arbres ; car Quartier asseure qu'on y trouue de fort grands arbres, et les autres seulement de fort petits et vrais arbrisseaux ; si ce n'est que les noms des Isles ayent esté changés ; d'où viendroit cette diuersité entre les'Autheurs. Quartier entre les commodités de cette Isle met en rang les fraises, les roses, les vignes et plusieurs herbes, mesme il dit qu'il y vient des pois naturellement par-ci par-là dans les champs. Proche de celle-ci il y en a une autre plus petite qu'on appelle rijsle Blanche de mesme fertilité q;*e l'autre.
Au iourd'hui on renomme sur toutes les Isles Ramées (ainsi nommées par Charaplain) premièrement fréquentées par les Malouins l'an cloloxc pour y prendre les Walrusses, qui ont de coutume tous les ans d'y tenir en fort grand nombre pour y faonner : et du depuis par les Anglois. Mais il y a si grande différence entre les routiers de ces deux nations et ceux qui en ont fait mention auparauant, tant en la description de leur sit, qu'en la définition de leur circuit, qu'il est fort difficile d'ar-
rêter quelque chose de certain. Les François mettent sur quarante-sept degrés et donnent vingt lieues de tour 'X celle que les Saunages appellent Menquith. A. l'autre qui est proche de celle-ci nommée Hup vingt lieues de long. Celle-ci est d'une terre sablonneuse et ne produit ni herbe ni arbrisseau : pareillement l'Isle Duoron qui est séparée des Ramées d'un canal de trois lieues de large et de sept ou huict brasses de profond. Quant à nous nous auons posé en nos chartes les Isles Ramées et de Brion comme nous les auons trouuées dans les plus nouuelles chartes des François, iusques à ce que la diligence des mariniers y ait apporté plus de clarté.
Le costé droit du destroît Jt S. Laurent est fort peu cognu ; car encore que Quartier qui a le premier nauigé , par ces estroites emboucheures, qui passans entre le Cap du Nord de Terre Neuue et le Continent de l'Amérique septentrionale entrent dans ce golfe Méditerranée, face mention de plusieurs Isles, bayes, anchrages, ports et riuières, neantmoins tout cela est pour le iourd'hui incertain, sans nom ou du tout confus ; voilà pourquoi ce seroit donner de la peine aux Lecteurs et abuser de leur patience que de les reciter. Ainsi ie me contenterai de dire, que ces emboucheures s'appellent des François Golfe des Chasteaux et continuent ainsi estroites quelques . lieues, et où elles commencent à s'eslargir ; les deux riuages s'esloignant l'un de l'autre, elles font premièrement cette baye dit vulgairement Grand Baye ; après où elles s'eslargissent tout à fait cela se nomme Golfe de S. Laurent, nous laisserons le reste sans y toucher.