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saurait dire d'eux qu'ils sont des résultantes, plutôt que des facteurs essentiels. Leur génie échappe totalement à l'analyse du déterminisme historique, puisque le génie est un fait d'exception, mystérieux, inexplicable (1). »

Si on n'accepte pas dans toute leur rigueur et l'étendue de leurs conséquences les théories de Garlyle (2) et d'Emerson, sur les « surhommes », on ne peut cependant rayer d'un trait de plume les fortes individualités qui ont interprété, concrétisé la volonté flottante de la foule, et dont les décisions ont entraîné la masse moutonnière. Plus le gouvernement sera despotique, plus le rôle de ces conducteurs d'hommes, de ces pasteurs de peuples sera considérable.

Est-ce à dire qu'il faille admettre à la lettre l'exactitude de ce mot de Voltaire, que « les plus faibles resssorts font les grandes destinées » ?

A coup sûr, il y a une part à accorder au hasard, aux accidents de fortune. « Quoique

(1) Le matérialisme historique et M. G. Ferrero, par Edouard Rod. (Le Correspondant, oct.-déc. 1906, 900 et suiv.)

(2) « L'histoire est une collection de biographies. » Bacon avait dit : « L'objet de l'histoire, ce sont les individus. » Opinion assurément trop absolue ; la vérité est dans un juste milieu. L'auteur de la Philosophie de Vhisloire en France nous propose une solution très acceptable : cf. R. Flint, op. cit., 222.

les hommes se flattent de leurs grandes actions, a dit La Rochefoucauld (1), elles ne sont pas souvent les effets d'un grand dessein, mais les effets du hasard. » Que le hasard s'appelle Dieu ou Providence, que les idées divines se réalisent dans les actions des )iommes, ou que ce soit la Providence « qui, sans être une divivinité (car, nulle part, on ne lui dressa d'autels ni rendit de culte), en remplisse par délégation les fonctions (2), la science n'a pas à en connaître ; mais si le sort d'un empire se trouve lié à la constitution physique du monarque qui préside à ses destinées, le médecin serait-il le seul à n'avoir pas voix au chapitre? Que les moindres faits aient, à l'occasion, de vastes conséquences, que des événements mémorables soient nés de circonstances parfois futiles, il serait vain de le méconnaître; mais gardons-nous d'en grossir exagérément l'importance ; ne cherchons pas à expliquer tous les mouvements du passé par des contingences, ainsi que l'a fait Voltaire pour l'origine des Croisades ou l'avènement de la Réforme (3) ;

(1) Maximes, 67.

(2) B0URDEA.U, 3H5.

(3) Elles sont de Voltaire, ces lignes révélatrices du même état d'esprit : « François I" mourut de cette maladie, alors presque incurable, fjue la découverte du Nouveau-Monde avait transplantée en Europe. C'est ainsi que

ou quand il a essayé de prouver que le mariage des rois a fait en Europe le destin des peuples.

Certes, le rôle du sexualisme dans l'Histoire est loin d'être négligeable (1), mais il ne suffit pas à diriger, à lui seul, les événements.

Souvent, tels mobiles ne paraissent déte-rminants que parce qu'on n'aperçoit pas les causes générales et profondes qui les ont amenés. Peut-être a-ton tendance à confondre les causes occasionnelles avec les causes efficientes. J.'J. Rousseau a dit avec beaucoup de sens (2) : « On trouve souvent dans une bataille gagnée ou perdue la raison d'une révolution qui, même avant cette bataille, était déjà devenue inévitable ; la guerre ne fait guère que manifester des événements déjà déterminés par des causes morales que les historiens savent rarement voir. » Montesquieu avait écrit, avant l'auteur de VE?nile : « Ce n'est pas la fortune qui gouverne le monde. Il y a des

les événements sont enchaînés : un pilote génois donne un univers à l'Espagne ; la nature a mis dans les îles de ces climats lointains un poison qui infecte les sources de la vie ; et il faut qu'un roi de France en périsse ». Essais sur les mœurs, chap. cxxv.

(1) V. les deux articles consacrés à cette question par M. Charles Louandre, Du rôle des femmes dans l'Histoire de France : Rev. des Deux Mondes, 1" oct. 1872 et i" mai 1873.

2) Dans son Emile, chap. iv.

causes générales, soit morales, soit physiques, qui agissent dans chaque monarchie, l'élèvent, la maintiennent ou la précipitent; tous les accidents sont soumis à ces causes; et, si le hasard d'une bataille, c'est-à-dire une cause particulière, a ruiné un État, il y avait une cause générale, qui faisait que cet État devait périr par une seule bataille ; en un mot, l'allure principale entraîne avec elle tous les accidents particuliers (1). »

Rien de plus exact , mais cola ne signifie point que cette idée de remonter aux petites causes soit condamnée sans retour. « Si, au lieu de s'arrêter à une seule petite cause, on en considérait plusieurs, on pourrait établir une sorte de compensation entre le nombre des termes et la petitesse de chacun d'eux (2). » C'est la thèse soutenue par Schiller : « Si Ton trouve, dit l'historien-poète, au début de son Histoire des Pays-Bas, la première partie de cette étude trop pauvre en événements importants, trop détaillée sur des faits minutieux, ou qui paraissent tels..., qu'on se souvienne que c'est précisément de ces faibles germes que sortit peu à peu la Révolution tout entière, et

(1) Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains, chap. xvni.

(2) MouGBOLLB, les Problèmes de Vhistoire; Paris, 1886, 12.

que tous les grands résultats ultérieurs purent se produire par une somme innombrable de petites circonstances. » La connaissance des moindres détails a donc de l'importance, quand il s'agit d'établir pourquoi le cours des choses a suivi telle ou telle orientation.

« Une petite cause pouvant avoir une influence considérable sur un homme, elle peut avoir sur le milieu social une influence proportionnée à l'influence exercée par cet homme (1) . »

Tite-Live (2), Tacite (3) font découler de grands effets de petites causes. Montaigne (4), auquel il faut toujours revenir, n'a-t-il pas dit : « Nos plus grandes agitations ont des ressorts et des causes ridicules : combien encourut de ruyne nostre dernier duc de Bourgoigne pour la querelle d'une charretée de peaux de mouton ! Et Fengravure d'un cachet fût-ce la première et maistresse cause du plus horrible croulement que cette machine ayt oncques souffert?... Les poètes ont bien entendu cela, qui ont mis, pour une femme, la Grèce et l'Asie à feu et à sang. »

(1) Yves Gutot, Préface de l'ouvrage de Mougeolle précité.

(2) « Ex parvis rébus seepe magnarum momenta pendent ... Annales, XXXII, 17.

(3) Annales, IV, 32.

(4) Essais, t. III, 10.

Les faits généraux qui composent le fond principal du drame historique font souvent reléguer dans l'ombre la physionomie des acteurs. Sans doute, le rôle de ceux-ci n'est pas toujours prépondérant, mais il n'en est pas moins que la biographie , en pénétrant plus avant dans le vif de l'humaine nature (1), est loin d'être négligeable. Cette considération n'a pas échappç à Leibniz qui, lorsque la biographie d'un personnage est d'un intérêt capital pour l'Histoire générale, ne manque pas de colliger tout détail, accidentel ou pittoresque, destiné à faire connaître ce personnage ; il étudie ses moindres actes, persuadé qu'en politique, « ce sont les motifs cachés qui font agir les souverains et sont les véritables causes des entreprises ». Un mot injurieux, une mauvaise nuit, une jalousie féminine, le rapport d'un serviteur, un rien peut suffire à provoquer ou à déclencher une guerre (2). Ces causes sont les machines de théâtre qui n'apparaissent pa-s sur la scène; quand elles sont connues, elles ramènent le héros au niveau des autres hommes (3).

(1) P.-A. Cap, Études biogr.,i. I, m.

(2) Cf. Chron. méd., 1" avril 1»Ï3 : Une syncope funeste à la France.

(3) Leibniz historien, par DAViLLé, 613.

Leur importance est loin de se mesurer à leur valeur relative : le boulet qui a tué Turenn^ a changé le sort de la guerre de Hollande ; cependant la modification de la trajectoire dépendait de peu de chose. N'a-t-on pas écrit que l'accès de fièvre, causé sans doute par la pluie continuelle qu'il avait essuyée pendant Ifiei journée du 27 août, fit rentrer brusquement Napoléon à Dresde, et l'empêcha de rejoindre Vandamme qui, après une résistance désespérée, fut fait prisonnier, ce qui devint le signal et peut-être la cause la plus puissante des désastres de la campagne de 1813?

Voltaire (1) n'était-il pas persuadé que la face de l'Europe avait été changée, par la jatte d'eau qu'avait laissé tomber, par une méprise affectée, la duchesse de Malborough, sur la robe d'une favorite de la reine Anne?

Leibniz croyait non moins à l'influence de ce verre d'eau, dont un dramaturge du siècle dernier a su tirer un si ingénieux parti (2) . Le même philosophe reconnaît qu'il est souvent délicat de découvrir les vraies causes en histoire, mais qu'il ne faut jamais mépriser le

(1) Siècle de Louis XIV, chap. xin.

(2) L'épisode du Verre d'eau, que Scribe a mis en pièce, est tiré du -Siècle de Louis XtV, de Voltairb, chap. xxii.

détail, qui fait pénétrer dans l'intimité même des choses. « Un fait ne peut ordinairement être établi que par un détail », écrivait-il à Bossuet; de même il disait, dans une autre circonstance, que « l'Histoire aime à descendre dans le détail ». Rarement Leibniz a généralisé, connaissant les difficultés d'une généralisation hâtive ; par contre, il lui est arrivé de tirer, parfois, d'un seul fait, des conclusions légèrement hasardées : de ce qu'un évêque malade allait à cheval, il conclut au peu d'usage des voitures à cette époque ; d'une maladie de Charles le Chauve, il induit que les princes se fient ordinairement plus aux charlatans qu'aux médecins.

Leibniz a eu des vues^plus justes, sur les facteurs d'ordre matériel en rapport avec les facteurs d'ordre psychologique. Pour le créateur de la « monade », « le tempérament est au corps ce que le caractère est à l'esprit : c'est l'état naturel du corps, comme le caractère est celui de l'âme. Il contribue lui-même à former le caractère... C'est lui qui différencie les personnes, car tous les esprits sont égaux; c'est lui que l'on doit étudier, quand il s'agit de négocier avec les hommes. Comme il est la cause de nos maladies, sa détermination relève en partie de la médecine, mais il se rè-

vêle par la nourriture que nous prenons, par notre style, notre manière de sentir et de nous laisser persuader ».

Nous permettra-t-on de rappeler le mot si souvent cité de Pascal (1) : « Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé ? » Et de Pascal aussi : « Gromwell allait ravager toute la chrétienté ; la famille royale était perdue et la sienne à jamais puissante, sans un petit grain de sable qui se mit dans son urètre. Rome allait trembler sous lui; mais ce petit gravier s'étant mis là, il est mort, sa famille abaissée, tout en paix et le roi rétabli (2). » — « Si, ajoute en manière de commentaire à cette citation, le professeur Debove (3) , Pascal eût connu le tréponème, la paralysie générale, les troubles cérébraux qu'elle engendre, il eût pu dire que ce n'est pas seulement par la forme de son nez qu'une Gléopâtre peut changer la face du monde. »

Sans aucun doute, « les maladies nous gâtent le jugement et le sens », comme l'a encore remarqué Pascal ; et c'est pourquoi il n'est pas indifférent de rechercher de quel genre de

(1) Pensées, éd. Havet, art. VI, 43.

(2) Id., ibid., art. III, 7.

(3) Présentation des Indiscrétions de Vhistoire (5* série) à l'Académie de médecine: Chron. méd., L5 juin 1908.

maladie a été atteint celui qui a dirigé les destinées d'un Empire.

On aurait tôt fait de rabaisser une méthode historique, en liant les événements les plus considérables à une cause infime, à une indisposition passagère et sans réaction durable : par exemple, en attribuant exclusivement la perte de la bataille de Waterloo à l'état de santé de Napoléon le jour où cette bataille s'est livrée (1).

Laissons les poètes, habitués à l'hyperbole, professer de pareilles théories ; à eux seuls sont permises ces licences.... poétiques. Victor Hugo veut-il déboulonner les tyrans de leur piédestal, il leur lancera cette imprécation irrévérencieuse :

Un roi, cela vieillit, même un roi fort, puissant. Les rois ont des poumons, de la bile, du sang. Un cœur, qui le croirait ? et même des entrailles ! La fièvre avant l'émeute a fréquenté Versailles ; Le ventre peut manquer de respect ; les boyaux Osent mal diriger les aliments royaux ; Bons rois ! Dieu joue avec leur majesté contrite ; Dans la toute-puissance il a mis la gastrite ; Il faut bien l'avouer, dût en frémir d'Hozier, Ainsi que les dindons, les rois ont un gésier (2).

(1| Voir dans la Chronique méd., du 1" févr. 1909, 66-70, la consciencieuse étude du docteur Ravarit. (2) Les Quatre vents de l'esprit, t. I, 130.

A une autre place, le poète revient sur le même sujet, avec une truculence d'un goût douteux :

S'il a mal digéré, le ciel est obscurci ; Son moindre borborygme est une âpre secousse ; On chancelle s'il crache, on s'écroule s'il tousse ; Son ignorance fait sur la terre un brouillard (1).

Tout en nous élevant contre ces exagérations, nous n'irons pas jusqu'à prétendre qu' « une âme guerrière » est toujours « maîtresse du corps qu'elle anime ». Certes, on pourrait découvrir quelques exemples de personnages qui ont conservé leurs moyens, leurs facultés, en dépit des plus cruelles souffrances, du mauvais éfeit physique dans lequel ils se trouvaient : Grégoire le Grand, ce pape héroïque, réglait les affaires du monde du lit où le clouaient de continuelles tortures; Guillaume de Nassau a déployé des efforts surhumains pendant tout le cours d'une vie qui ne fut qu'une longue maladie. C'est à Guillaume de Nassau que pensait La Bruyère, lorsqu'il parlait «de cet homme pâle et livide, qui n'a pas sur soi dix onces de chair; que l'on croirait jeter à terre du moindre souffle, et qui fait néanmoins plus de bruit que quatre autres, et met tout en combustion. »

(1) Année terrible, 130.

La goutte a-t-elle empêché Charles-Quint, Gondë, le maréchal de Saxe de gagner des batailles? Masséna, le maréchal Saint- Arnaud ne surent-ils pas dompter leurs douleurs? Rappelons que ce dernier, atteint d'une hypertrophie du cœur et d'une hydropéricarde, qui lui étaient la respiration, se fit placer sur son cheval, y resta plusieurs heures, soutenu par deux soldats, donna des ordres, dirigea les mouvements des armées alliées et gagna, dans cet état, la bataille de l'Aima (1). Nous pourrions produire bien d'autres exemples, tendant à attester que le moral n'est pas fatalement asservi à nos misères physiques; mais ce sont là, pourrait-on dire, d'heureuses exceptions.

Bossuet lui-môme en convient : le pouvoir de l'âme sur le corps a ses limites ; ot, « pour qu'elle lui commande, en effet, il faut toujours supposer que les parties soient bien disposées et qu'il soit en bon état. Car quelquefois, on a beau vouloir marcher, il se sera jeté telle humeur sur les jambes, ou tout le corps se trouvera si faible par l'épuisement des esprits (autrement dit, par faiblesse nerveuse), que cette volonté sera inutile ». Le professeur Le Dou-

(1) Cf. Docteur Foibsac, Dt IHnfluenee des climatt surVhommB et det agenti phytiquei sur le moral.

ble (1) accompagne ces lignes de réflexions auxquelles nous nous associons pleinement. « Que parfois, en dépit des infirmités, une volonté énergique impose ses ordres à un organisme en voie de déchéance, c'est possible; mais que cet empire s'exerce d'une façon continue et quand on le désire, rien ne permet effectivement de le, croire. Que cet empire s'exerce, même momentanément, sur un organisme profondément lésé, c'est impossible. Imaginez l'âme la plus guerrière, supposez-la dans le corps d'un homme dont la moitié droite est paralysée depuis plusieurs mois, par suite de l'épanchement d'une plus ou moins grande quantité de sang dans l'hémisphère gauche du cerveau, elle ne sera certainement pas maîtresse du corps entier qu'elle anime. Les seules maladies dont une forte volonté triomphe sont

celles que n'accompagne aucune altération

organique. »

Parmi les affections qui altèrent le plus sensiblement notre caractère, influencent nos déterminations, les névroses et les psychoses occupent le premier rang (2). Sans admettre,

(1) Bossuet anatomiste et physiologiste ; Paris, 1913, 240.

(2) Après Eylau et Friedland, en 1807, alors qu'il rêvait de mettre sur sa tête la couronne de Sobieski, Murât, se voyant évincé, manifesta des symptômes non équivoques de neurasthénie lypémaniaque, qui ne fut pas sans influen-

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avec Taine, que « riiomme est fou comme le corps est malade, par nature » ; que « la santé de notre esprit, comme la santé de nos organes^ n'est qu'une réussite fréquente et un bel accident (1) », il n'est que trop vrai que lé nombre des fous et demi-fous, parmi les chefs d'Etat (2) ou les fondateurs de sectes, est plus considérable qu'on l'imagine d'ordinaire, et qu'il y a eu des aliénés sur les trônes (3), aussi bien qu'à la tète des gouvernements démocratiques. C'est là surtout que la sagacité du médecin peut s'exercer; c'est en éclairant l'étude de certains règnes à l'aide des lumières de la patho> logie mentale, que le psychiatre viendra efficacement au secours de l'historien (4). Il ne

cer les évéuements qui se déroulèrent dans la péninsule. (La neurasthénie mélancolique de Murât en Espagne, en 1808, par le docteur Sabriel Ravauit, Chron. méd. l" oct. 1910, 625-634).

(1) Taise, V Ancien Régime, 312.

(2) C'est tout un chapitre de la pathologie historique qu'il faudrait consacrer aux « fous couronnés m ; signalons seulement ici une étude peu connue, consacrée à un chef d'État sud-américain, par le docteur Diego Carbonnel (Chr. méd., 1" juin 1907, 189-192).

(3) Sans nous étendre sur le cas de Charles VI, dont il sera ultérieurement question, rappelons qu'il y a à peine un siècle, un fou a occupé le trône d'Angleterre jusqu'à sa mort, et il vécut jusqu'à 82 ans : il s'agit de George III. Cf. dans la Chron. méd., du 15 janv. 1914, la savante étude du docteur Niclot, médecin principal de l'armée, sur le « rôle public des médecins de George III ».

(4) Une intéressante application de la psychiatrie à l'his-

126 l'histoire éclairés par la clinique

s'agit plus, dès lors, de pénétrer un caractère à travers un tempérament, mais de montrer les conséquences que peut avoir sur les destinées d'une nation la santé cérébrale de celui qui la dirige (1).

Gomment resterait-on indifférent à la pensée que des peuples aient été condamnés à obéir à des despotes fous ou imbéciles ? Si l'on songe que le sort de milliers d'êtres humains dépend d'un homme qui, sous une impulsion morbide, peut entraîner les immolations de générations entières et provoquer des catastrophes par son unique caprice, comment ne pas voir une relation de cause à effet entre une excitation cérébrale passagère ou un affaiblissement intellectuel progressif, et les ruines et les dévastations qui en sont les suites ? Niera-t-on que la médecine soit une science inutile pour

toire a été faite par nos distingués confrères, les docteurs Paul Sérieux et Lucib?< Libbrt, médecins des asiles d'aliénés de la Seine, qui ont démontré que, dans certaines prisons d'État, comme la Bastille, à côté des victimes de l'arbitraire royal, on enferma de véritables aliénés, tout au moins des dégénérés dangereux, « insuffisamment responsables pour la prison et trop malfaisants pour être laissés en liberté ». V. les n" de la Chron. méd., 1" et 15 oct. 1911 : Les anormaux constitutionnels à la Bastille.

(1) Comment comprendre la responsabilité de Louis XVI, par exemple, dans la genèse de la Révolution, si on n'instruit pas son « procès mental » ? Cf. Le Procès mental de Louis XVI, par le docteur Rebufat, thèse de Bordeaux, 1907.

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fixer la nature de désordres mentaux aussi gros de conséquences ?

Nous sommes de l'avis de cet aliéniste qui prétend qu'à « vouloir entrer dans le détail des infirmités de chacun, pour éclairer le cours des choses humaines...., c'est mutiler cette grande et noble étude (1) ». Voir partout des malades, pour peu que les sujets soient un peu élevés dans la hiérarchie intellectuelle ou sociale, serait encourir le légitime reproche de rabaisser les grands hommes à notre niveau et de ne trouver sains de corps et d'esprit que les êtres vulgaires : tel n'est pas, loin de là, notre dessein; mais contester que la folie ait exercé son influence sur les destinées des peuples, serait nier l'évidence même.

Une objection s'est souvent présentée, qui demande à être sans plus tarder rétorquée. « Les médecins, les anthropologistes, a-t-on dit, n'ont rien à voir dans l'appréciation de ces grandes intelligences, dont l'histoire est l'histoire même et la gloire du genre humain, et dont les écarts, les troubles... échappent à une aussi outrageuse juridiction. Sans doute, ces rares et quelquefois bizarres esprits se servent,

(1) Brierre de BoisMo.NT, Dôs Hallucinations; Paris, 1862,480.

pour leurs opérations, du corps qui a l'honneur d'être leur enveloppe, des organes de ce corps, et, parmi ces organes, du cerveau. Il le faut bien ; c'est la loi de nature. Mais ils les dominent, ces organes, ils n'en sont jamais dominés. La matière est pour eux un instrument, jamais elle ne leur devient un maître. Un tel assujettissement est bon pour la plèbe des âmes. Que les anthropologistes, les médecins aillent donc porter ailleurs l'analyse de leur scalpel et de leur science. » Un de ces médecins, un des plus réputés parmi les aliénistes, visé dans cette tirade, a victorieusement répliqué : « Eh oui ! sans doute, l'homme, l'homme le plus grand est attaché à la terre par son corps, qui est de la terre. Eh oui, sa nature est double, homo duplex : saint Paul l'a dit... Eh oui, l'homme qui veut connaître et faire connaître l'homme doit l'étudier dans son esprit et dans ses organes, dans leurs liens, leurs dépendancfes réciproques. Il doit savoir et faire savoir que cette dépendance est plus grande ou au moins plus sensible dans les maladies et qu'elle y est de plus en plus à l'avantage des organes ; que dans les maladies, surtout, qu'on nomme maladies de l'esprit, cette suprématie du corps est presque absolue : d'où cette dégradation attristante qui, dans ces

sortes d'états morbides, abaisse... les plus grands personnages au niveau des plus petits. Or, qui est-ce qui peut mieux savoir et faire connaître tout cela, que les hommes qui, par le double privilège de leur fonction et de leurs études, ont pu..., dans le passé et dans le présent..., faire tous les rapprochements et toutes les comparaisons nécessaires (1) ».

Est-ce manquer de respect au génie, que de chercher à en découvrir la genèse ? Le culte des esprits supérieurs doit-il aller jusqu'à l'idolâtrie, et devons-nous nous interdire de les étudier « dans les mystères de leurs faiblesses, après les avoir admirés dans les pompes de leur grandeur » ; de juger leurs actes, quand de ceux-ci dépend le sort de tout un peuple obéissant à leur voix ?

La psychologie de l'histoire peut-elle se désintéresser de l'étude des hommes qui détiennent la toute-puissance ? A une époque où dominait la croyance au surnaturel, où prophètes et visionnaires passaient pour communiquer les volontés célestes, inspirer les déterminations des souverains, et préparer par ce moyen l'asservissement des peuples, nul ne se fût avisé

(1) Du Démon de Socrate, spécimen d'une application de la science psychologique à celle de Thistoire, par L.-F. Lklut, nouv. édit.; Paris, ISôG, 45 et suiv.

de lutter contre une croyance générale en harmonie avec les idées et les préjugés du temps. Durant des siècles, on vit d'innombrables hallucinés confesser en pleine conviction leurs relations avec le démon, et des juges, non moins convaincus, condamner ces malheureux au supplice (1). Pendant des siècles, les bûchers se sont allumés et l'on a livré aux flammes de malheureux insensés, qui n'avaient commis d'autres crimes que d'avoir un système nerveux détraqué.

Lorsqu'un homme de grand cœur, le disciple préféré de Cornélius Agrippa, médecin de Louise de Savoie, mère de François P"", lorsque Jean de Wier voulut faire reconnaître les possédés comme des malades, les juriconsultes de son temps l'accablèrent d'épithètes injurieuses, et peu s'en fallut qu'il ne connût à son tour les douceurs de Vin pace ; mais, en dépit de toutes les persécutions, il poursuivit son apostolat et put démontrer que les infortunés qu'on livrait au bras séculier n'étaient que des névropathes, à qui le chevalet, les brodequins de fer et les tenailles ardentes arrachaient des déclarations fausses. I>ans son indignation contre une pareille audace, le chef de l'école constitution-

(1) E. LiTTRÉ, Médecine et Médecins; Paris, 1875, 108 ; cf. Littérature et Histoire, du même, 190-191.

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nelle en Europe, le juriste Jean Bodin, ne comprenait pas qu'un médecin osât disserter sur des questions de théologie et de religion.

Quel autre, cependant, que le médecin, auquel sont familières les études de psychologie morbide, peut dégager un enseignement, tirer une leçon de ces épidémies de déraison qui ont fait au moins autant, sinon plus de victimes que les pestes les plus meurtrières ?

L'histoire de la sorcellerie, qu'est-ce autre chose que l'histoire d'un accès de délire collectif ? L'immense et durable crédit dont a joui Satan, n'est-ce pas un outrage au sens commun ; cette peur aveugle d'un être imaginaire, quelle preuve plus navrante de l'infirmité de l'esprit humain ? Qu'on lise les ouvrages de médecins contemporains de ces vésanies multiples, on y verra leurs auteurs ne pas mettre en doute un seul instant la réalité des affections démoniaques. Il a fallu une science plus éclairée pour reconnaître que les maux attribués aux sortilèges, n'étaient autres, pour la plupart, que des atteintes de catalepsie, de syncope, de somnambulisme.

Les maladies que nos ancêtres appelaient démoniaques, la science moderne les étiquette affections nerveuses ; la possession est devenue de l'obsession ; les perturbations morales,

dont on disait jadis qu'elles détachent la femme de Dieu pour l'affilier au diable, ont été reconnues n'être rien autre chose que les causes communes, journalières, d'un grand nombre de névroses, aussi bien de névroses sensitives et motrices, que de névroses intellectuelles ou affectives (1).

« Les phénomènes sociologiques ont avec les faits psychiques d'aussi étroits rapports que les phénomènes biologiques. Il n'est pas un sentiment, pas une idée en un individu, pas un acte accompli par l'un de nous, qui ne porte la marque du milieu social. A quel petit nombre de conceptions, de tendances et d'émotions serions-nous réduits, si nous ne subissions aucune influence sociale, si nous n'étions pas des êtres sociaux, en même temps que des êtres psychologiques (2) ? »

Dans les psychoses collectives, un élément reparaît sans cesse, qui mérite de fixer l'attention du médecin autant que du sociologue : c'est la contagion mentale, que décèlent ces manifestations diverses de folies grégaires,

(1) Cf. Conférences historiques faites pendant Vannée 1865 (à la Faculté de médecine de Paris) : Jean de Wier et les sorciers, par AxEiNFELD ; Paris, 1866.

(2) Les causes sociales de ia/oiie, par G.-L. Dup-rat ; Paris, 1900, 11.

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telles que les psychoses religieuses (1), les terreurs paniques des foules et les suicides épidémiques, dont Fhistoire des révolutions et des guerres offre tant d'exemples.

Dans les troubles de la rue, les émeutes, les insurrections, partout où des actes de violence se commettent, ceux qui y prennent la part la plus active ne sont pas que des criminels d'habitude (2); ce sont aussi des dégénérés, des

(1) « L'influence des milieux sur les psychoses, écrivent les docteurs Marie et Vallon (a), nous paraît nettement démontrée par les psychoses mystiques ; les caractères différentiels que le délire emprunte au temps, aux lieux et aux croyances ambiantes, loin d'être superficiels et de pure forme, apparaissent d'autant plus profonds qu'on les étudie de plus près ». Mais « ce ne sont pas seulement les délires mystiques, les délires à évolution systématique qui démontrent l'influence du milieu social sur les psychoses, ce sont, fait très judicieusement remarquer un philosophe contemporain (b), tous les genres de troubles psychiques qui attestent l'existence d'un lien causal entre les modes d'existence sociale et les diverses sortes de maladies de l'esprit »,

(2) Foules et sectes au point de vue criminel, par G. Tarde : Rev. des Deux Mondes, 1893 ; du même, VOpinion et la foule; Paris, Alcan, 1901 ; docteur J. Luys, La Foule criminelle : extrait des Ann. de psychiatrie et d'hypnologie, octobre 1894 ; Scii'io SiGHELE, la Foule criminelle, Paris, 1901 ; les Folies de

(a) Des psychoses à évolution progressive : Archives de neurologie, 1898, 479.

{b) G.-L. DupRAT, les Causes sociales de la folie. Introduct., 28; dans le même ouvrage, cf. le chap. vi, sur « la folie religieuse ». On pourra consulter, sur ce même sujet, une thèse de doctorat en médecine de SoLEiMAN Nagatv, Contribution à l'étude de la folie religieuse, Paris, 18%; et louvrage capital de L.-F. Calmeil, De la Folie, considérée sous le point de vue pathologique, philosophique, historique et judiciaire ; Paris, 1845.

alcooliques, frères ou fils d'aliénés, dociles à toutes les impulsions, et communiquant à leur tour aux sujets sains, qui se sont glissés parmi eux, leur cruauté ou leur folie. « Là où, à cause de la confusion, personne ne commande et personne n'obéit, les passions sauvages sont libres comme les passions généreuses ; et malheureusement, les héros — qui ne manquent pas — sont impuissants à retenir les assassins. Ceux-ci agissent; la majorité, composée d'automates qui se laissent entraîner, assiste sans savoir et sans pouvoir réagir (1). » Incontestablement, la contagion frappe de préférence les prédisposés, mais dans ceux-ci il convient de comprendre les hésitants et les faibles (2). Au cours des tueries de la Révolution française, se sont passées des scènes de sadisme, d'exhibitionnisme, de nécrophilie, qui n'ont pas été seulement accomplies

la foule, par Henry Chantala., thèse de Toulouse, 1907 ; la Psychologie des foules, par Gustave Le Bon, etc.

(1) H. Taine, les Origines de la France contemporaine, t. II,

(2) « Il y a donc chez certains individus, plus ou moins déséquilibrés, bonasses et faibles pour la résistance, des réserves latentes d'influx nerveux mobilisables, qui sont prêtes à se répandre au dehors, et à produire des actes quelconques, bons ou mauvais... et cela, parce qu'ils étaient réunis à leurs semblables, parce qu'ils ont été entraînés, comme ils le disent, et qu'il fallait hurler avec les loups. » LuTs, loc. cit., 6-7.

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par quelques déséquilibrés. Mais cette lubricité n'a-t-elle pu naître subitement dans le cerveau de bon nombre de ces égorgeurs, pai* suite de la contagion de ces perversions sexuelles (1) ? N'est-il pas démontré aujourd'hui que toutes les manifestations de la vie psychique sont contagieuses; et que certaines conditions sociologiques, aussi bien que certaines manières d'être pathologiques, acquises ou héréditaires, favorisent cette contagion (2) ?

L'importance des commotions politiques, comme cause d'aliénation mentale (3), n'est plus à démontrer. Sans exagérer cette importance, nous n'irons pas jusqu'à admettre que les révolutions guérissent, en fin de compte, plus de nerveux et de déséquilibrés qu'elles n'en produisent (Morel). Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il est quelque peu paradoxal de prétendre (4), que « les révolutions.

(1) Docteurs A. Vigourolx et P. Juquslier, la Contagion mentale; Paris, 1905, 209.

(2) Id. ibid., 243.

(3) V. Influence des événements et des commotions politiques sur le développement de la folie, mémoire lu à l'Académie de médecine, le 2 mai 1848, par le docteur Bblhomme. Paris, Germer-Baillière, 1849.

(4) Comme le médecin Mahc-Antoine Petit, qui a écrit tout un « Discours sur l'influence de la Révolution française sur la santé publique ». Essais sur la Médecine du cœur, 116-157.

surtout celles par lesquelles un peuple s'élance vers la liberté », donnent aux tempéraments (( une trempe nouvelle». Qu'il ait été constaté que des troubles névropathiques, des palpitations cardiaques ou des accès d'oppression asthmatique, voire même la goutte ou la paralysie nerveuse, aient, sous l'influence de la commotion produite par les événements, cédé pour un temps, ou même d'une manière définitive, il n'y a là rien que de normal ; mais que des ulcères, des hydropisies, des imflammations, aiguës ou chroniques, du poumon, aient été guéris sans le secours d'aucune autre médication, on nous permettra de rester sceptique. Ce que Barthez appelait la « méthode perturbatrice », produit parfois, d'heureux résultats, encore n'y faut-il pas trop compter. Combien serions-nous plus disposé à nous ranger à l'opinion de ceux qui estiment que « ces grands événements ont surtout pour effet de faire surgir et de mettre en évidence un certain nombre de psychopathies, qui, en des temps non troublés, fussent passées inaperçues (1) ; et aussi, de communiquer aux idées

(1) « Sous la régence du duc d'Orléans, relate Marc-Antoine Petit, lors de la chute des billets de banque, on remarqua que les hôpitaux se remplirent de maniaques et de fous. » On a observé aussi la fréquence des apoplexies à Philadelphie, lors de la révolution américaine ; la même

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délirantes du moment une couleur spéciale (délire anxieux, délire obsidional (1) ou des assiégés (2), etc.

Il est hors de conteste que les enfants conçus pendant ces périodes peuvent subir le contre-coup des émotions violentes éprouvées par leurs parents et devenir ainsi des candidats aux psychopathies (Morel, Régis). Tous ces faits sociaux relèvent de la psychologie morbide à n'en pas douter; comme aussi l'étude de ces

observation a été faite par Baglivi, à Rome, lors de la guerre de 1694 ; celle de 1745 produisit les mêmes effets en Ecosse. De même, on constata un plus grand nombre d'anévrismes « sous la tyrannie de Robespierre », ainsi que « d'accouchements laborieux, par vice de position de l'enfant,.,, comme si, rebelles au vœu de la nature, ils [les nouveau-nésj eussent refusé d'aborder dans un monde alors souillé par les plus grands forfaits ». On reconnaît là le ton déclamatoire de l'époque : cf. M.-A. Petit, op. cit., passim.

(1) M. de Vogué, dans sa réponse, à l'Académie, au discours de M. Paul Bourget, parlant de l'ouvrage de Maxime du Camp, les Convulsions de Paris, s'exprimait en ces termes : <♦ Il a laissé le modèle achevé d'une grande monographie, et sinon une histoire de la Commune, du moins des matériaux bien vérifiés pour l'historien physiologiste qui étudiera ce douloureux accès de fièvre obsidionale et alcoolique. » Plusieurs médecins, entre autres Leoramd du Saulle, Chron. méd., l" et 15 fév., 1" mars 1896, J.-V. La- BORDE, les Hommes et les Actes de l'insurrection de Paris devant la psychologie morbide, Paris, 1872, et L. Nass, le Siège de Paris et la Commune, Paris, 1914, ont traité le sujet scientifiquement, ainsi que le souhaitait M. de Vogué.

(2) E. Régis, Précis de Psychiatrie, 3» édit. ; Paris, 1906, 25.

fanatiques meurtriers que sont les régicides ou magnicides^ qui « se réclament tous d'une des idées ou théories du moment, dont ils croient être les héros et les martyrs (1) » (Régis).

Il est, toutefois, une catégorie de malades qui paraissent à l'abri des secousses sociales, en raison du caractère, subjectif à l'excès, de leur affection. Leur misère psycho-physiologique les éloigne, semblerait-il, des préoccu^ pations d'ordre social; et cependant, ces sortes de patients, ces hystériques, malgré leur instabilité mentale, sont, sous l'influence d'un malheur public — une épidéiriie, une catastrophe politique ou financière — en proie à des idées fixes, qui donnent naissance aux attaques, aux tics, aux crises variées, si difficiles à éviter, si lentes à disparaître (2).

Il était à prévoir que la suggestibilité si particulière des hystériques les rendrait particulièrement aptes à subir l'action transformatrice du milieu social. D'une façon générale, on a pu dire que « la fréquence des psychopathies est proportionnelle, pour les pays, à leur degré

(1) Outre l'ouvrage que Régis a consacré aux régicides dans le passé et dans le présent, il est reA^enu, à maintes reprises, sur le sujet qui lui tenait au cœur : cf. Arch. d'anthrop. crim., 1907 : étude sur Lucheni; Précisée Psychiatrie, etc.

(2) Pierre Janex-, cité par Duprat, op. cit., 39.

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d'avancement dans la civilisation; pour les classes sociales, au développement et au fonctionnement de leur cérébralité (1) ».

C'est une erreur de croire que la folie soit de tous les temps, à moins d'y ajouter ce correctif, qu' « un genre d'aliénation mentale peut prédominer à une époque et en un lieu, qui, à une autre époque et dans un autre lieu, semble effacé par le genre opposé.... Les peuples dont l'état social est le plus éloigné du nôtre, ne semblent pas ignorer l'épilepsie et l'hystérie ; mais l'épilepsie parait y revêtir des formes moins graves que chez nous (2) ».

La paralysie générale est surtout devenue fréquente dans les nations à civilisation avancée, surtout dans ces quarante dernières années (3). Ainsi on a démontré que le monde de la Cour, sous Louis XIV, a présenté des psychoses pures (confusion mentale, folie traumatique, folie héréditaire), mais on n'y a relevé aucun cas de paralysie générale (4). Ne serait-ce pas pour donner raison à ceux qui ont avancé que ce qu'on appelle aujourd'hui la cause directe des psychoses, l'élément pathogénique, l'infection,

(1) RÉGIS, op. cit., 23.

(2) Dlprat, loc. cit., 7".

(3) i4nn. tnéd.-psychologiqucs, \^M (art. du docteur Sauze).

(4) Cf. l'article du D' Clllerke, dans la Chron. méd.; 1908,

le virus, n'a pas l'importance décisive qu'on est porté à l'attribuer ? Tout au moins ne suffit-il point par lui-même, il faut quelque chose de plus. Au temps du grand Roi, « on ignorait nos sensibilités exaspérées qui, de presque tout contemporain, font un candidat aux troubles nerveux ou psychiques. On ignorait le surmenage sous toutes ses formes, l'àpre lutte sociale qui, de nos jours préparent si énergiquement le naufrage des cerveaux aux prises avec l'agent infectieux ou toxique ». Gullerre.

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