CHAPITRE PREMIER
MÉDECINE ET SOGIOLOGIE
Il fut un temps où Ton dressait une cloison étanche entre les sciences naturelles et physiques, et les sciences de Tordre social et politique. On expliquait l'infériorité des historiens, comparés aux investigateurs de la nature, par la complexité des phénomènes que rencontrent les premiers par rapport à ces derniers. De plus, tandis que, d'un côté, les observations de l'historien sont plus sujettes à ces causes d'erreur qui proviennent du préjugé et de la passion, il ne peut, de l'autre côté, se servir de la grande ressource des expériences, par lesquelles on simplifie souvent les problèmes, même les plus compliqués, du monde extérieur. Il n'est donc pas étonnant que l'étude des mouvements de l'homme soit encore dans
l'enfance, en comparaison de l'avance prise par l'étude des mouvements de la nature (1).
Ce qui, a-t-on écrit, a imprimé aux sciences naturelles et physiques l'essor vif et continu qui les distingue, c'est l'adoption, sans réserve aucune, de la méthode expérimentale, dont Aristote, d'abord. Bacon ensuite, ont signalé la puissance. C'est aux faits, et seulement aux faits, que ces sciences demandent les informations à leur usage. Les sciences de l'ordre social et politique ne procèdent pas encore ainsi ; privées des lumières que, seuls, les faits peuvent offrir, elles laissent à l'imagination le soin de pourvoir au vide; et de là, des conclusions dans lesquelles l'erreur occupe d'autant plus de place que, parmi leurs éléments, figurent en plus grande quantité des notations abstraites, des idées spéculatives, des données plus dénuées de réalités objectives (2).
L'histoire ne peut rien pour notre bonheur présent ; elle peut, tout au plus, nous donner la notion de nos droits. Elle n'enseigne qu'à
(1) BucRLE, De l'Histoire de la Civilisation en Angleterre, citée par LiTTRÉ, La Science au point de vue philosophique, ô' édition, 1884, 480.
(2) Comjpte rendu des séances et travaux de VAcadémie des Sciences morales et politiques^ t. X (1878), 2° semestre, 386, 669 et 826 : De l'Histoire dans ses rapports avec les sciences sociales et politiques, par M. H. Passy.
juger les actions humaines, et c'est un bien maigre profit, comparé aux bénéfices qu'on retire de la mécanique, de la chimie, des sciences naturelles. Mais n'est-ce pas déjà une belle part que d'aider au développement moral des nations, comme à celui des individus ?
Depuis lors, un rapprochement s'est opéré entre des sciences en apparence si dissemblables, et une nouvelle école est venue, qui a laissé loin derrière elle les conceptions des économistes d'il y a une quarantaine d'années. « Le rôle actif des sciences expérimentales, professait déjà Claude Bernard, ne s'arrête pas aux sciences physico-chimiques et physiologiques ; il s'étend jusqu'aux sciences historiques et morales. On a compris qu'il ne suffit pas de rester spectateur inerte du bien et du mal, en jouissant de Tun et en se préservant de l'autre. La morale moderne aspire à un rôle plus grand : elle recherche les causes, veut les expliquer et agir sur elles ; elle veut, en un mot, dominer le bien et le mal, faire naître l'un et le développer; lutter avec l'autre pour l'extirper et le détruire (1). »
Des sociologues sont venus, qui ont conçu l'humanité comme formant « un grand tout
(1) Discours de réception de Renan.
organique. La société humaine, dans ses différents agrégats unifiés, présente autant de corps ou, si on le préfère, autant de systèmes de cellules ; et ces agrégats, par leur connexion intérieure, correspondent de plus près au système nerveux des individus de l'espèce animale, et surtout au système nerveux dont est doué le corps humain. Mais l'organisme n'est pas seulement constitué d'un système nerveux ; il dispose encore, à l'égard des organismes individuels, d'une substance intercellulaire, représentée par tous les produits destinés à la consommation. Ces produits circulent au sein de la société d'après les mêmes lois qui président au fonctionnement de la substance intercellulaire des organismes de la nature. Système nerveux, substance intercellulaire, voilà donc les deux facteurs réels dont est formée nécessairement toute réunion d'individus humains, toute société ».
L'économie politique dispose de quelquesunes des lois qui président à l'action des forces économiques de la société. C'est d'abord la loi de la division du travail, basée sur la loi générale de la spécialisation des organes et des fonctions physiologiques communes à tous les êtres organisés ; c'est, ensuite, la loi de la croissance de la population, qui découle de la
lutte pour Texistence des êtres organisés et de la survivance du plus apte. Mais Adam Smith, comme Malthus, qui ont découvert ces lois, n'ont pu prendre en considération tous les facteurs psycho-physiques qui agissent simultanément au sein de la société humaine et modifient les formules de ces lois dans leur application à la vie sociale.
A la suite de ces grands penseurs, d'autres se sont attachés à développer des conséquences que ceux-ci n'avaient su qu'entrevoir. Guidés par la méthode d'induction, ils ont montré que la marche rétrograde d'une société est, dans la plupart des cas, suivie d'états pathologiques plus ou moins prononcés ; de même que, dans la nature organique, l'enfantement est souvent suivi de la mort de l'organisme maternel, de môme les revirements historiques peuvent s'accompagner de crises et d'excitations, susceptibles d'affecter un caractère nettement morbide. Mais les maladies que subissent les organismes normaux et bien équilibrés ont, dans la plupart des cas, un caractère aigu ; tandis que les organismes individuels et sociaux qui dégénèrent ou vieillissent sont plus enclins aux maladies chroniques (1).
(1) L. de LiLiBUPELD, la Pathologie sociale, passim.
Il paraît presque superflu aujourd'hui de déclarer que <( l'organisme social a sa racine dans la constitution individuelle de l'homme ; sa raison d'être dans la race, le sol, le climat, les mœurs et le régime de vie des peuples. » Des quatre classes de faits qui constituent l'économie politique, deux au moins, la production et la consommation, sont en solidarité étroite avec les conditions physiologiques des agents qui accomplissent ces deux sortes de travaux.
Gomme l'a clairement développé un médecin philosophe, « ce qui travaille, ce n'est pas une machine, ce n'est pas non plus un pur esprit ; c'est un être complexe, composé d'un corps et d'une âme, et sur lequel les influences physiques, d'une part, les influences morales, d'une autre, en réaction l'une sur l'autre, agiront pour augmenter, perfectionner, ou ralentir et abaisser la production ».
Peut-on davantage contester l'action des modificateurs naturels que nous avons énumérés ? Quel autre que l'hygiéniste pourra venir en aide à l'économiste, en lui indiquant les moyens de régler la durée du travail, d'organiser celui-ci dans des conditions salubres, tant en étudiant la composition de l'atmosphère des ateliers, que la constitution des ouvriers appelés à y passer une partie de
leur existence ? Si le bien-être physique de rhomme, autant qu'il peut être l'ouvrage de son gouvernement, est l'objet de l'économie politique (1), il conviendra de rechercher comment agiront sur l'organisme les matières sur •lesquelles le travail s'exercera, autant que la force de résistance du sujet placé dans un milieu où il devra lutter contre tant d'influences délétères.
Lorsqu'on a parlé récemment de la situation économique qui a succédé à une guerre d'une exceptionnelledurée, leproblèmequi s'est posé, c'est de « guérir l'humanité au lendemain d'une crise sans exemple ». Les nerfs, les muscles, trop longtemps tendus, ont senti le besoin de se détendre : d'où la « vague de paresse » qui est passée à peu près sur tous les peuples.
La tâche qui s'impose, un de nos grands industriels (2) l'a définie en une phrase : « c'est l'organisation de la convalescence du monde ». Et devant le public attentif à ses paroles, il ajouta : « nos maladies sont passagères ; notre malaise est provisoire ; nous avons la possibilité de guérir et nous guérirons ». Parlant du bolchevisme, le même orateur a trouvé cette
(1) SisMOîiDi, cité par Saucerotte, V Histoire et la philosophie dans leurs rapports avec la médecine, 257, note 2.
(2) M. SeH:<EiDER, in Excelsior, 30 octobre 1919.
définition, empruntée à notre langage tecknique : « Le bolchevisme est une peste sociale et il faut en prévenir la contagion. »
Partout se retrouvent, sous la plume ou dans la bouche de ceux qui pensent ou agissent, des métaphores empruntées à notre jargon et qui témoignent à quel point l'esprit scientifique a pénétré jusqu'aux sciences sociales et politiques.
L'un parle de « Fanatomie des corps sociaux » que sont les États, et de leurs muscles. « Si ces muscles sont bien pinces et au bon endroit, la production du corps social est arrêtée et cet État est frappé de paralysie générale, par suite de la disette des produits indispensables à sa vie (1). » D'autres (2), mettant en cause ceux qui méditent « un bouleversement hasardeux de la société, au moment où cette société, meurtrie par les terribles plaies de la guerre, a besoin d'abord de panser ses blessures et retrouver son équilibre », les comparent à « ces aventuriers du scalpel... (qui) veulent placer de force la France sur leur table d'opération » ; mais la France est bien résolue à ne pas « se laisser opérer en pleine fièvre » et « choisira, pour se confier à eux, des gens
(1) La Démocratie nouvelle, 6 novembre 1919.
(2) Alfred Capls, le Figaro, 6 novembre 3919.
soucieux de sa santé, de sa prospérité, de son avenir, et non des carabins douteux, qui ne demandent qu'à la disséquer toute vivante ».
Ce choix d'expressions n'est pas amené par une rencontre fortuite; il trahit, pour le moins, la préoccupation qu'ont nombre de sociologues et de penseurs, de montrer la place qu'occupe le médecin dans la société moderne.
« Quel est le savoir le plus utile ?, » se demande le philosophe anglais Herbert Spencer (1) ; et il répond sans hésitation : <.< La science qui concourt à la préservation directe de soi-même, en empêchant la perte de la santé. Il faut que la diffusion de l'hygiène précède et prépare, dans un avenir plus ou moins éloigné, une manière de vivre plus conforme à la raison. »
Ainsi le rôle du médecin est destiné à grandir, à se développer de manière telle que, demain, peu d'actes de la vie de l'homme ou de la société pourront s'accomplir sans qu'on fasse appel à sa compétence ou à son dévouement.
[]) Cilé par Paul Rvbier, Du rôle social du médecin; thèse de Paris, 1904.
On peut dire, à l'heure actuelle, de la médecine, qu'elle est au carrefour de toutes les sciences : par l'hygiène, elle touche à la politique (1) et à la sociologie ; par la pitié qu'elle professe pour les misères humaines, elle se rapproche de la religion. « En quoi le prêtre et le médecin sont-ils distincts?... Toute médecine est nulle, aveugle, inintelligente, si elle ne commence pas par la confession complète, par la résignation et la réconciliation
(1) « La politique est une science, une science comme les autres... En politique, comme en chimie, les phénomènes sont liés entre eux par des rapports de cause à effet. Pour prévoir juste et pour agir bien, il est nécessaire de démêler ces rapports... C'est ne rien comprendre à la politique que de nier ou de ne pas rechercher, comme il convient, le déterminisme des faits sociaux. » La Politique expérimentale^ par Léon Donnât (Paris, 1885), 474.
avec rharmonie générale. » Parlant ailleurs de la médecine au moyen âge, à propos du traitement qui fut appliqué à Charles VI, Michelet dit encore : « La médecine se passait chrétiennement, au bénitier même des églises; souvent on commençait par confesser le patient et Ton connaissait ainsi sa vie, ses habitudes. On lui donnait ensuite la communion, ce qui aidait à rétablir l'harmonie des esprits troublés. » Sous la plume de Michelet, qui n'est pas suspect de cléricalisme, c'est un bel hommage rendu à la foi et à son action curative.
Mais revenons à la médecine : par les recherches physiologiques, elle tend à- renouveler la philosophie et à restreindre le domaine, qui va de plus en plus se rétrécissant, de la métaphysique.
Quel chemin parcouru, depuis l'époque où la philosophie française, régentée par Victor Cousin, répudiait comme une souillure tout commerce avec ce qu'elle appelait l'iniquité, c'est-à-dire la physiologie, représentée alors par Cabanis et Broussais, physiologie passée de mode, mais qui n'en était pas moins déjà une science appuyée sur de multiples faits d'observation. Les psychologues affectaient délibérément de méconnaître l'importance de
26 l'histoire ÉCLA.IBËË PAR LA CLINIQUE
cette « guenille » qui sert d'enveloppe à l'âme et ils niaient que l'exercice de la pensée pût être sous la dépendance d'une lésion susceptible de paralyser la mémoire ou de supprimer la faculté du langage.
On a souvent allégué d'un passage de Gelse, pour prétendre qu'Hippocrate avait établi une barrière infranchissable entre la médecine et la philosophie. C'est par suite d'une mauvaise traduction, qu'on est arrivé à cette interprétation du texte attribué au Père de la Médecine. Hippocrate, au contraire, s'est toujours conformé à ce précepte, qu'il faut introduire la philosophie dans la médecine et la médecine dans la philosophie. « Ces deux sciences, dit-il expressément, diffèrent peu et toutes les choses qui sont du ressort de la philosophie se trouvent dans la médecine. » Médecine et philosophie ont été très étroitement unies dès l'origine et cette alliance s'est perpétuée, à travers les siècles, chez tous les médecins qui ont laissé un nom dans l'histoire des sciences. La plupart des philosophes célèbres, contemporains ou successeurs d'Hippocrate, ont cultivé les sciences naturelles, la zoologie surtout, qui se rattache partant de points à la médecine. Platon possédait des connaissances médicales ; les études d'Aristote sur la nature animale attes-
tent assez qu'il était profondément versé dans la connaissance de notre art.
Aristote avait, du reste, pour père, un médecin; enfin, plusieurs des disciples de Socrate étaient ou furent médecins. Faut-il rappeler, dans des temps plus modernes, les grands noms de Bacon, de Descartes, de Locke, pour attester que les coryphées de la philosophie n'ont pas dédaigné d'acquérir des connaissances médicales ?
Les philosophes ont le plus grand intérêt à nous connaître, nous sommes leurs alliés naturels. Une science qui touche, pour ainsi parler, à tout, a un vaste commerce de réciprocité à entretenir ; pourquoi la philosophie se seraitelle dérobée à notre emprise ?
Après Bacon, Descartes avait prévu que la rénovation de la philosophie naturelle manifesterait ses premiers effets dans l'art de conserver la santé, qui est, selon lui, le premier et le fondement de tous les autres biens de cette vie ; car, ajoute-t-il, « l'esprit dépend si fort du tempérament et de la disposition des organes du corps que, s'il est possible de trouver quelque moyen qui rende communément les hommes plu& sages et plus habiles qu'ils n'ont été jusqu'ici... c'est dans la médecine qu'on doit le chercher. . . Il n'y a personne, môme
de ceux qui en font profession, qui n'avoue que tout ce qu'on sait n'est presque rien en comparaison de ce qui reste à savoir, et qu'on se pourrait exempter d'une infinité de maladies, tant du corps que de l'esprit, et même aussi peut-être de l'affaiblissement de la vieillesse, si on avait assez de connaissances de leurs causes et de tous les remèdes dont la nature nous a pourvus ».
Particularité digne de remarque, les premiers cartésiens furent des médecins, dont la plupart se rencontraient aux conférences qui se tenaient chez un disciple de Descartes, le physicien Rohault, ou à l'hôtel de Condé, dont un autre disciple du philosophe, le docteur Bourdelot, leur faisait les honneurs.
Considérons qu'en plein dix-huitième siècle, un médecin attaché à la Cour pouvait écrire, sans soulever de protestations : « Tous les philosophes conviennent de l'importance de la physique qui, pour nous instruire de l'histoire naturelle, ne se contente pas de monter jusqu'aux cieux, d'examiner ce qui se passe dans les airs... mais qui, pénétrant dans chaque être en particulier, nous fait connaître tout ce qui compose et fait l'ornement de l'univers... Un cours de philosophie serait incomplet, s'il était privé des lumières que lui donnent les dé-
monstr allons anatomiques. » Devons-nous rappeler que Bossuet suivit les leçons de Fanatomiste Du Verney, et qu'il sut mettre à profit l'enseignement qu'il en avait reçu, dans son Traité de la connaissance de Dieu et de soimême ?
Le patron de Descartes et du cartésianisme, le père Mersenne, est un de ceux qui ont le plus contribué à répandre la découverte de Pecquet sur les vaisseaux chylifères. Les expériences les plus remarquées sur la transfusion du sang sont dues à un médecin philosophe, J.-B. Denis. Gassendi s'est occupé presque autant d'anatomie que de philosophie. Mais il est un autre philosophe, que la médecine peut revendiquer : celui-là avait « tout appris, tout lu, tout approfondi et tout comparé » ; après avoir parcouru les écrits des médecins anciens, il avait correspondu avec ceux qui vivaient de son temps (Leuwenhoeck, Ramazzini, Hoffmann), sur toutes les nouveautés médicales, « jugeant Pétat de la science avec une perspicacité qui ferait honneur au meilleur des médecins (1) ». Leibniz — c'est à lui que nous venons de faire allusion — ne cache pas que « les transformations de MM. Swammerdam,
(1) Auguste Eymis, Médecins et Philosophes, thèse de Lyon,
Malpighi et Leuwënhoeck sont venues à son secours » pour expliquer la durée de la substance en dehors de l'idée de la génération.
Par Hoffmann, Leibniz se tenait au courant des recherches sur la physique et la chimie ; c'est Hoffmann qui lui communiqua ses observations sur là concordance entre la pression barométrique et Tapparition de certaines maladies.
Leibniz anticipait sur l'avenir, quand il écrivait : (( Les progrès de l'art viendront des mathématiques, de la mécanique, du microscope, de la chimie et... des observations scrupuleuses... Le public, mieux policé, se tournera un jour, mieux qu'il n'a fait jusqu'ici, à l'avancement de la médecine... On ne lui laissera aucune observation sans être enregistrée ; on aidera ceux qui s'y appliquent, on perfectionnera l'art d^ faire de belles observations, et encore celui de les employer pour établir des aphorismes... Le public sera en état de donner plus d'encouragement à la recherche de la nature et surtout à Vavancement de la médecine, et alors cette science importante sera portée bien fort au delà de son présent état et croîtra à vue d'œil (1). »
D'une lettre que le même Leibniz écrivait à
(l) Leib.niz, Œuvres philosophiques, avec Introduction de P. Janet; Paris, 1866, t. I.
l'abbé Bignon, à la date du 26 mai 1714, nous extrayons : « Les sciences vont refleurir. Il serait à souhaiter qu'on prît soin un peu plus qu'on ne fait des avancements de la médecine pratique, en distinguant la simple hypothèse d'une conjecture, la conjecture vraisemblable de la certitude des faits ; mais surtout qu'on s'attachât davantage à faire et à enregistrer des observations... Je ne considère plus les mathématiques pures que comme un exercice servant à pousser l'art de penser, car pour la pratique, tout y est presque découvert depuis les nouvelles méthodes; mais il n'en est pas de même de la physique, où nous ne sommes que dans le vestibule (1). »
Leibniz était déjà persuadé que l'anatomie est d'une utilité indispensable pour le chirurgien, et il souhaitait qu'on poussât l'étude de la dissection jusqu'à ses plus extrêmes limites. Il affirmait sa conviction qu'un jour viendrait où, grâce aux progrès de l'art, on arriverait à guérir certaines maladies réputées incurables.
Leibniz a présidé à la transformation des idées philosophiques qui s'opéra au dix-huitième siècle ; mais c'est surtout sous l'égide de Bacon et de ses doctrines, que matérialistes
(1) Chronique médicale, 1" avril 1908, 223.
et sensualistes s'essayèrent à saper les bases de la métaphysique. La physiologie s'offrit à éclairer la psychologie, et au besoin, à se substituer à elle.
Un médecin du régiment des Gardes françaises, La Mettrie, tombé malade devant Fribourg, ayant constaté que Tamoindrissement des facultés intellectuelles suit l'affaiblissement des organes, en inféra que la pensée est un produit de l'organisation. Et sait-on par qui son système fut le plus âprement combattu ? Par un autre médecin, dont on n'attendait pas l'intervention en cette affaire, par notre redouté confrère Marat.
Marat estime que l'ouvrage de La Mettrie est « un mauvais recueil d'observations triviales, de fades et faux raisonnements métaphysiques ; en un mot, un système où, sans rendre raison de l'influence réciproque de l'âme et du corps^ l'auteur rapporte tout à la dernière de ces substances, et ne reconnaît que la matière dans un être pensant et libre, capable de vertu et de remords (1) ».
Un des promoteurs de l'Ecole philosophique écossaise, Thomas Reid, qui, lui, aussi, avait
(1) De l'homme, des principes et des lois de l'influence de l'âme sur le corps et du corps sur Vâme. Amsterdam, 1775, 3 vol. in-12 : cf. Marat inconnu, par le docteur Cabanes.
étudié la médecine, s'est efforcé de montrer les bénéfices que peut retirer la psychologie des connaissances physiologiques. C'est l'époque où Royer-Collard introduisait les doctrines des Écossais à Paris (1), en même temps que Barthez les faisait connaître à Montpellier.
Quelques années auparavant, Maine de Biran avait publié un mémoire sur le système de Gall, un autre sur le somnambulisme, le sommeil et les songes ; un troisième, sur les rapports du physique etdu moral. Dans ces divers mémoires, il avait su tirer parti des travaux des physiologistes, à l'instigation et sur les conseils de son ami, l'aliéniste Royer-GoUard, le frère du philosophe. Notons, en passant, l'influence qu'a eu le système de Gall sur la direction moderne de la justice et du droit, en atténuant la responsabilité par la notion de relativité (2).
Loin de nous la prétention d'avoir donné une revue complète des différentes doctrines philosophiques auxquelles des médecins ont apporté le concours de leur science. Gombien d'oublis pourrait-on nous reprocher? Il est un nom, toutefois, que nous aurions garde de pas-
(1) De rinfluence de la philosophie écossaise sur la philosophie française, par M. Boutroux, professeur à la Faculté des lettres de Paris (flxtrait de la 7?t'i'ue française d'E(Umhow'(j ; Edinburj^h, 1897).
(2) A. Etmin, Médecins et Philosophes^ 264.
ser sous silence : il appartient à un homme dont l'œuvre embrasse tout le domaine de la physiologie, « l'inventeur et le législateur de la science physiologique », vous avez nommé Claude Bernard.
Qui fut plus philosophe que ce physiologiste ? « Non seulement, écrit le professeur Grasset (1), il proclame utile et nécessaire l'union delà science et de la philosophie ; mais, à côté et en dehors des faits dont il analyse si bien le déterminisme, il proclame la nécessité des idées générales. Il complète ainsi, par la critique expérimentale, l'induction baconienne, trop étroitement envisagée par beaucoup. »
Claude Bernard avait, de bonne heure, reconnu que la séparation de la science et de la philosophie ne pouvait être que nuisible au progrès des connaissances humaines. « Cette union solide de la science et de la philosophie, écrivait-il, est utile aux deux, elle élève l'une et contient l'autre. Les lettres, la philosophie et les sciences doivent s'unir et se confondre dans la recherche des mêmes vérités; car si, dans le langage des écoles, on sépare, sous le nom de sciences de V esprit, les lettres et la philosophie des sciences proprement dites qu'on
(1) L'Évolution médicale en France au dix-neuvième siècle.
appelle les sciences de la nature, ce serait une grave erreur de croire qu'il existe pour cela deux ordres de vérités, distinctes ou contradictoires : les unes, philosophiques ou métaphysiques ; les autres, scientifiques ou naturelles. Non, il ne peut y avoir au monde qu'une seule et même vérité, et cette vérité entière et absolue, que l'homme poursuit avec tant d'ardeur, ne sera que le résultat d'une pénétration réciproque et d'un accord définitif de toutes les sciences : soit qu'elles aient un point de départ en nous, dans l'étude des problèmes de l'esprit humain ; soit qu'elles aient pour objet Tinterprétation des phénomènes de la nature qui nous entourent. Les sciences de l'esprit ont dû se manifester d'abord et ont été appelées les premières à régner sur le monde ; mais aujourd'hui, dans leur gigantesque essor, les sciences de la nature remontent jusqu'à elles et veulent les pénétrer en les éclairant par l'expérience. » On a pu dire de Claude Bernard qu'il fut vraiment un « maître des intelligences ». Il a agi sur la pensée contemporaine comme, en leur temps, Descartes, Pascal, Bufîon et Cuvier. Pour mesurer cette influence, il convient de mentionner cette corrélation, que Claude Bernard a été le contemporain d'Auguste Comte et de Littré, d'une part ; de Leconte de
Lisle, Flaubert, Renan et Taine, d'autre part.
« L'action de la science, fait observer, à ce propos, le professeur Grasset, fut considérable sur cette révolution qui, vers 1850, fit passer la littérature française, du romantisme individualiste, auto-observateur et subjectif, qui ne sait que son âme et ne veut décrire qu'elle, au naturalisme (ou réalisme) observateur, objectif, impersonnel et impassible, qui s'affirme dans l'histoire, la critique, le roman, même au théâtre et dans la poésie, et qui est en quelque sorte le résultat de la pénétration de l'esprit scientifique dans les diverses branches de la pensée et de l'activité humaines. » ' On ne saurait mieux résumer la thèse que nous nous sommes proposé de développer.
Quels ont été, en effet, les éducateurs de toute la génération littéraire du second Empire ? Sainte-Beuve et Balzac. Or, en toutes circonstances, Sainte-Beuve s'est réclamé de notre discipline, reconnaissant que son « fond véritable » était « Lamarck et la physiologie ». « Ma curiosité, aimait-il à dire, mon désir de tout voir et de tout regarder de près, mon extrême plaisir àtrouverle vrai relatif de chaque chose et de chaque organisation, m'entraînaient à cette série d'expériences qui n'ont été pour moi qu'un long cours de physiologie morale. »
Quanta Balzac, il ne se vantait point, en s'in titulant « docteur es sciences sociales ». Jules Glaretie nous le disait un jour : Balzac était plus qu'un romancier et un littérateur, c'était vraiment un médecin, Taine l'a bien jugé, qui écrit : « Les médecins n'ont pas de plus grand plaisir que la découverte d'une maladie étrange ou perdue : il (Balzac) est médecin, il fait comme eux... Il commençait à la façon, non des artistes mais des savants. Au lieu de peindre, il disséquait . » Et ailleurs : « Partout où il y a une difformité ou une plaie, Balzac est là, il fait son métier de physiologiste. » Elles sont de Taine ces définitions du romancier de la Comédie humaine : « C'est le musée Dupuytren in-folio ; c'est un beau champignon d'hôpital, c'est Molière médecin, c'est Saint- Simon peuple (1). »
Sur l'électricité nerveuse, sur les fonctions psychiques, sur la sélection (Balzac fut un évolutionniste avant la lettre), sur les « forces inconnues », il a eu plus que des prévisions, des précisions qui nous déconcertent.
Bien avant les romanciers naturalistes, Balzac a pressenti le parti que peut tirer le littérateur de l'observation directe ; il a entrevu
(1) Taine, Nouveaux essais de critique et d'histoire : Balzac,
l'influence des milieux sur la formation et le développement de l'individu : par là il fut véritablement un précurseur. Quelle clairvoyance dans ce passage que ne désavouerait pas l'Ecole de la Salpêtrière : « Aujourd'hui, les mystères du Sabbat, si souvent peints par les peintres du seizième siècle, ne sont plus des mystères. Les Egyptiens ou Bohémiens, cette nation étrange venue des Indes (sic), faisait tout uniquement prendre le haschich à leurs clients. Les phénomènes produits par cette conserve expliquent parfaitement le chevauchage sur les balais, la fuite par les cheminées, les visions réelles, pour ainsi dire, des vieilles changées en jeunes femmes, les danses furibondes et les délicieuses musiques, qui composaient les fantaisies des prétendus adorateurs du diable. Aujourd'hui tant de faits avérés authentiques sont issus des sciences occultes, qu'un jour ces sciences seront professées, comme on professe la chimie et l'astronomie. » Avec son étonnante faculté de voyant^ Balzac a lu dans le futur : on n'a pas encore créé une chaire d'occultisme, mais on étudie les «forces inconnues » avec l'attention que méritent des questions qui préoccupent, à l'heure présente, les savants les plus qualifiés.
D'une curiosité inlassable, Balzac s'était éga-
lement intéressé aux pratiques du magnétisme; il avait une foi si ferme dans sa vertu curative qu'il s'était improvisé magnétiseur au service de ses amis et de ses proches.
Nul ne parlait, à son époque, de suggestion hypnotique : la chose, à défaut du mot, se trouve dans une de ses œuvres, datée de 1836. Précurseur, Balzac le fut non seulement des Bernheim, desLiébeaut et de l'École de Nancy iUe fut encore de Lombroso et de l'École lombrosienne : les théories du criminel-né, du criminel d'habitude, celles même de la contagion du crime, Balzac les a montrées vivantes, en pleine action.
N'a-t-il pas, en outre, décrit l'asphyxie par l'oxyde de carbone, dans Melmoth réconciliée ; le rôle du phosphore sur le système nerveux, dans la Recherche de V absolu ? Ne s'est-il pas révélé pathologue, en créant M. de Mortsauf, le héros du Lys dans la vallée ; clinicien, dans le Père Goriot et la Peau de chagrin; thérapeute, en prescrivant la cure d'altitude et la cure de silence, alors que la médecine les ignorait encore ; aliéniste, dans la remarquable lettre qu*il envoyait à Moreau de Tours pour le remercier de son beau livre sur le génie et la folie ? Qu'il se soit renseigné auprès de médecins ou d'hommes de science, ou que sa merveilleuse
intuition l'ait servi, suppléant à l'expérimentation, il n'en est pas moins vrai que « si quelque goût des certitudes positives nous est revenu » (1), c'est à Balzac, en partie, que nous en sommes redevables.
Ste-Beuve, Balzac, et nous devons leur joindre Stendaîil, devaient enfanter Flaubert et Alexandre Dumas fils ; mais aussi, Taine et Renan. Si Taine « mélange sans cesse l'ordre scientifique avec l'ordre esthétique », l'appareil de Renan est « moins sensible, moins physique ». Selon l'expression de Gh. Maurras, l'exégète de la Vie de Jésus « n'allait point caparaçonné de science ; comme chez tous les animaux supérieurs, son squelette était dissimulé sous la chair, son armature lui était intérieure ; est-ce la peine de dire qu'elle était forte et que, si les sciences morales, l'histoire, la philologie comptent Renan pour un de leurs maîtres, il était informé de la substance des sciences naturelles et de leurs changements principaux » ? Chez Renan, son penchant pour les méthodes scientifiques est tenu en bride par une réserve et un goût qui en tempèrent l'excès ; mais n'avonsnous pas vu qu'il regrettait parfois, non sans
(1) Ch. Maurras, L'esprit scientifique a-t-il pénétré les lettres contemporaines ? (France médicale).
une pointe de mélancolie,, de ne pas s'être adonné à nos études, pour lesquelles il se sentait un invincible attrait? Pour Renan plus que pour Victor Hugo, qui en a inventé la formule, le beau doit être le serviteur du Vrai.
La vérité, qui la poursuivit avec plus de constance ? Elles sont de Renan, ces phrases qui équivalent à une profession de foi : « La vérité est, quoiqu'on dise, supérieure à toutes les fictions. On ne doit jamais regretter d'y voir plus clair... (1). » Et, à une autre place : « Le devoir de l'homme est de se mettre devant la vérité, dénué de toute personnalité, prêt à se laisser traîner où voudra la démonstration prépondérante... Dans la recherche de la vérité, on s'interdit d'avoir un désir, une tendance, un attachement personnel (2). .) Un homme de laboratoire, un Claude Bernard ne se serait pas autrement exprimé.
Celui qui se voue à la recherche du vrai, où peut-il mieux trouver son emploi que dans l'histoire ? C'est un tort de prétendre que « l'histoire demeure, chez les historiens même, essentiellement littéraire ». Parce qu'elle est fondée sur des témoignages et des documents « dont le sens et les rapports sont suscepti-
(1) Rena:?», Souvenirs d'enfance et de jeunesse, XII-XIII.
(2) Id., ibid., 297.
blés d'une infinité d'interprétations », et qu'elle est souvent « incapable de vérifier ses hypothèses par des observations ou des expériences vraiment scientifiques », il ne s'ensuit pas que l'historien qui, s'élevant au-dessus d'une sèche chronologie, prétend redonner vie à des âges disparus, ne fasse œuvre de résurrection et, en faisant de la psychologie, ne fasse souvent, voire à son insu, de la psychophysiologie. Par là, l'histoire sort de la littérature, pour reprendre rang dans la science.
Sans doute, cette psychologie des historiens est dénuée de tout esprit et de toute méthode scientifique : pour cette raison, les savants ne sont-ils pas justifiés de leur offrir leur concours, même si celui-ci n'est pas sollicité ? Assurément, l'idéal serait que le même homme pût réunir en lui l'érudition du chartiste et la science du médecin, la compétence du biologiste et la pénétration du psychologue ; mais n'est-ce pas demander l'a peu près impossible?
L'historien peut fournir au médecin des matériaux d'étude, lui indiquer le sujet où il réclame son intervention. Ce libre échange intellectuel est susceptible de donner les plus heureux résultats. La vérité historique apparaîtra bien plus nettement, dans certains cas déterminés, après les investigations du méde-
cin dans un champ jusqu'alors exploré par les seuls historiens. C'est à spécifier ces 'cas que nous nous attacherons par la suite.
Il n'est plus à démontrer que certains événements historiques ne sauraient être expliqués qu'avec l'aide des procédés de la science. Qu'on nous entende bien : loin de nous la prétention de ramener l'histoire tout entière à uae série de problèmes de psjxhologie morbide ; nous ne prétendons pas davantage faire intervenir, comme mobiles des événements, l'unique facteur physiologique ou pathologique; nous n'aspirons qu'à fournir une contribution, la contribution scientifique, à l'étude des questions où celle-ci nous paraît devoir apporter d'utiles éclaircissements. L'historien ne risquet-il pas de s'égarer, de commettre des erreurs lourdes, s'il se mêle d'interpréter tel événement ou tel personnage, muni de notions scientifiques imparfaites, cueillies au hasard de 'ses rencontres médicales et qui donneront une apparence de fausse science à une trop hâtive assimilation ?
Gallimaque, qui fut le médecin des bandes impériales, avait, au dire de Bordeu (1), une
(1) Théophile de Bordeu, Recherches sur l'histoire de la médc' eine, 194.
singulière prétention au sujet de l'histoire : il disait que c'est aux médecins à l'écrire, parce qu'ilssont disciples d'Esculape, lequel était fils d'Apollon, c'est-à-dire fils du Père des Sciences et du Protecteur des Muses. Cette raison de Gallimaque, remarque à ce propos notre médecin-philosophe, était ridicule ; mais sa prétention l'était-elle autant? S'il est vrai, comme Montaigne l'affirmait, que le véritable moyen de connaître les hommes de la plus grande réputation. César, Pompée et leurs semblables, serait de savoir comment ils se conduisaient dans leurs ménages et non point à la tète des armées, qui pourrait, mieux que les médecins, peindre les hommes considérés sous ce point de vue? Faisons abstraction du côté ironique de cette dernière réflexion de Bordeu et retenons-en seulement que, sous le personnage, il est souvent nécessaire de découvrir l'homme, et que nul, plus que le médecin, n'est mieux qualifié pour le peindre intus et in cute.
Mais sont-ce les seuls services que le médecin puisse rendre à l'historien? Sans nous attarder à énumérer toutes les applications de la pathologie à l'histoire, ce qui sera l'objet des chapitres suivants, nous terminerons par une anecdote, qui témoigne en quelle estime des historiens, d'une autorité incontestée,
ont tenu les travaux des médecins adonnés à la critique médico-historique.
Il fut un temps où Thistoire romaine était en grande faveur : une notice médico-légale sur le meurtre de Jules César, présentée à l'Académie de médecine, recueillait les suffrages de cette Assemblée d'élite et, à cette occasion, l'auteur du travail, Dubois (d'Amiens), recevait les félicitations du ministre de l'Instruction publique en personne. On conte qu'à la réception du l^»" janvier suivant, l'Excellence pressa vivement Téminent secrétaire perpétuel de l'Académie, d'éclairer de ses lumières quelques points obscurs des crimes des Césars. — « Faites-nous maintenant l'histoire de l'empoisonnement de Britannicus », dit Victor Duruy au docteur Dubois. Mais les préoccupations de celui-ci étaient ailleurs et la solution de ce problème médico-historique fut ajournée.
Dans une autre circonstance, V. Duruy écrivait à notre érudit confrère, le docteur Corlieu, qui lui avait fait part de ses recherches sur les morts des rois de France «... On nous rendrait service, à nous autres historiens, si l'on soumettait toutes les morts tragiques de personnages importants à une sérieuse étude médicale. Pour Charles ÏX, je me suis hâté de remplacer la fameuse sueur de sang par une phtisie:
c'est plus prosaïque, mais le procès-verbal d'autopsie ne permet pas de conserver la tradition (1). » Et l'illustre homme d'État ajoutait, en manière de post-scriptum : « La physiologie devient le fond de la médecine^ celui d'une partie de V histoire. »
Pouvait-on plus explicitement formuler le programme d'une science qui en était à ses premiers balbutiements, et mieux délimiter les frontières qu'elle n'est pas autorisée à franchir ?
(1) Dès 1863, par conséquent dix ans avant le docteur Corlieu, dont le livre sur la Mort des Rois de France date de 1873, le docteur G. Saucerotte s'élevait contre la prétendue sueur de sang de Charles IX ; il notait que l'autopsie de ce prince avait prouvé qu'il avait succombé à une affection pulmonaire. « Il mourut sut)itement en rejetant le pus d'une vomique formée dans le poumon gauche. » L'Histoire et la philosophie dans leurs rapports avec la médecine, 104 ; cf. les Morts mystérieuses de VHistoire, par le docteur Cabanes, première série de l'édition en deux volumes.