DE L*UTILITÉ DE LA PSYCHOLOGIE
avec la psychologie, afin que celle-ci puisse leur rendre des services positifs, et parce qu'à leur tour, ils peuvent rendre des services positifs à la psychologie (1).
Si nous passons au domaine historique, nous devons tenir pour exact que, dans une certaine mesure, les sciences sociales se détachent « des spéculations métaphysiques, pour se souder aux sciences naturelles ». « Plus on ira, écrivait Littré il y a plus d'un demi-siècle, plus on sentira que les études biologiques sont l'indispensable préliminaire des études sociologiques ou historiques (2). »
Mais plus la sociologie a de liens avec la biologie, plus il importe d'en marquer l'indépendance. « La sociologie n'est point une science de déduction, c'est une science d'observation. » 11 y a cette différence entre la sociologie et la biologie, que, dans celle-ci, l'état statique et anatomique est le fondement de
(1) La nécessité de cette entr'aide a été nettement mise en lumière par M. le docteur Ed. Claparède, privat-docent à l'Université de Genève, dans un très attachant travail, publié dans la Revue médicale de la Suisse romande (21" année, 1901, 597-609). L'auteur arrive à ces conclusions, que la psychologie n'est pas seulement utile à la médecine, mais encore à la sociologie, à la politiqne et, principalement, à la pédagogie. « En voilà assez pour justifier les prétentions à la vie de la psychologie. >»
(2) La Science au point de vue philosophique, 351.
l'état fonctionnel, alors que l'évolution est l'élément premier, essentiel, de la sociologie. La sociologie sera peut-être un jour une chimie sociale; elle tient encore beaucoup de l'alchimie (1). » L'histoire ne se confond pas encore avec la sociologie, elle est, en attendant, selon l'expression de Fustel de Coulanges, « le grand musée, le grand laboratoire de la sociologie ». L'histoire ainsi entendue n'est donc qu'une science en voie de formation, une science rudimentaire et pas encore constituée.
On ne saurait émettre, d'autre part, la prétention qu'il n'y ait qu'une conception de l'histoire, la conception matérialiste. Autant il serait absolu de prétendre que, seuls, les hommes font les événements, autant il paraîtrait absurde d'accepter cette théorie désespérante, que « les choses humaines sont un enchaînement dans lequel un fait sort nécessairement d'un fait et produit, non moins nécessairement, un autre fait (2). » Accepter le bien-fondé d'une pareille thèse, à propos de l'histoire, serait refuser de réserver une place au libre jeu des facultés et des volontés humaines.
(1) Albert Sorel, Nouveaux Essais d'histoire et de critique (1898) : L'individu et l'État.
(2) Draper, les Conflits de la Science et de la Religion.