‹ L'histoire éclairée par la cliniqueChapitre 5 sur 17 · DE L^UTILITÉ DE LA PSYCHOLOGIE · texte numérisé non relu

DE L^UTILITÉ DE LA PSYCHOLOGIE

La psychologie ne doit pas, évidemment, se borner à des études abstraites sur l'âme humaine, en isolant les divers phénomènes psychiques soit des conditions organiques, soit des influences extérieures : d'une pareille méthode peut sortir une belle et forte doctrine morale, mais non une véritable théorie scientifique; la psychologie doit encore, ce nous semble, chercher les rapports de l'être pensant, sentant, voulant, avec l'organisme, avec la nature extérieure, avec la société dont il fait partie ; mais il y a un écueil dont il faut se garder : en ramenant l'histoire à une sorte de physiologie sociale, où la personnalité s'efface sous l'action irrésistible des causes économiques et naturelles, « l'âme des peuples, ainsi que l'a dit un philosophe (1), comme l'âme des grands individus qui les représentent dans le drame historique, disparaît de la scène, pour faire place à cette force des choses, que les uns nomment la fatalité^ les autres jP/oc^d;t/e/ice... On en conclut, au nom de la science, à une philosophie de l'histoire qui ne compte ni avec la liberté ni avec la conscience des hommes. Ici encore, y aurait-il, entre la science et la conscience, une de ces

(1) Et. Vacuerot, Revae des Deux Mondes, 1" juillet 1869.

contradictions qui feraient craindre que les droits de celle-ci n'eussent à souffrir des progrès de celle-là ? »

Il n'est pas douteux que l'homme, en présence des forces de toute espèce, physiologiques, physiques, économiques, sociales, qui paralysent son action, ne puisse toujours leur opposer une résistance efficace ; mais en regard de ces forces aveugles, ne peut-il mettre les forces morales, qui, dans le développement de l'humanité, ont bien eu leur rôle à jouer ? « Ces (Jeux puissances de l'histoire, nous reprenons l'argument du philosophe cité tout à l'heure, font chacune leur œuvre suivant leurs lois propres. La première obéit aux lois de la force, la seconde à celles de la conscience et delà raison. Voilà... ce qu'il faut distinguer, si l'on veut rétablir l'entente entre la science et la conscience en histoire et dans tout le domaine des sciences morales. »

Il ne faudrait pas laisser croire que le champ sociologique soit devenu l'apanage exclusif des naturalistes, parce que les sociétés ont été assimilées à des organismes : n'a-t-on pas été jusqu'à comparer la circulation de la monnaie à la circulation du sang ? Cette terminologie pourrait faire illusion ; il ne convient pas de

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