SOCIOLOGIE ET BIOLOGIE
lui attribuer plus d'importance qu'elle n'en a réellement. M. Seignobos a écrit, sur ce sujet, des lignes qui sont des plus judicieuses : « En transformant... des caractères abstraits en réalités organiques, on a construit un système de métaphores. Puis on a appliqué à ces métaphores les lois constatées par l'observation directe des vrais organismes : subordination des fonctions, adaptation, sélection, atrophie, développement des organes. La première condition pour opérer ainsi eût été de prouver l'identité (ou du moins la ressemblance) de nature entre un organisme biologique et une société, c'est-à-dire un groupe d'hommes ayant les mêmes usages, les mêmes goûts ou le même souverain. Or, on n'a pu indiquer que des analogies métaphoriques, et on a négligé le caractère fondamental qui distingue les faits sociaux, le caractère subjectif (1). »
Ces artifices de langage attestent, à coup sûr, une ter^tative d'emprise de l'histoire ou plutôt de la sociologie, sur un domaine où on ne la rencontrait guère autrefois ; mais gardons-nous d'en tirer l'induction d'une identification absolue entre la sociologie et la biologie. Tenonsnous en, sur ce point, à la réflexion si mesurée
(1) La Méthode historique appliquée aux sciences sociales ; Paris, 190), 130-2.
de Tarde : « Les hommes ne sont pas que des anthropoïdes et la sociologie ne doit pas être l'étude seule des facteurs moraux. »
En réalité, conclurons-nous avec le professeur Grasset, « il n'est nullement nécessaire de contester la valeur de nos connaissances en biologie et en sociologie, pour séparer et complètement distinguer les deux sciences. Il suffit de montrer que, si elles ont des lois communes, toutes leurs lois ne sont pas communes. » En voulant identifier la société humaine avec les sociétés animales, on fait trop bon marché du libre arbitre et de la notion du progrès, de l'élément liberté et de l'élément moralité. Que les hommes soient soumis, comme les animaux, aux lois générales de la vie, nul ne le conteste, mais à condition de les tenir pour « des animaux singuliers, non pas seulement par leur complexité, mais par leur conscience. Ce sont, en un mot, des organismes capables d'idéal et cet idéal pourra intervenir jusque dans la concurrence naturelle (1). » En d'autres termes, « les sociétés humaines ne sont pas des troupeaux » (Grasset). Et nous terminerons ces considérations générales par cette citation appropriée de Guizot : « Il y a, dans
(1) BouGLÉ, La sociologie biologique et le régime des castes {Rev. philos. ^ 1900).