‹ L'histoire éclairée par la cliniqueChapitre 8 sur 17 · RAPPORTS DE L^HISTOIRE AVEC LES SCIENCES · texte numérisé non relu

RAPPORTS DE L^HISTOIRE AVEC LES SCIENCES

Les tumeurs malignes, comme le cancer, ne sont pas non plus une conquête récente de la civilisation : on a découvert en Egypte un os iliaque, de l'époque romaine, atteint d'un volumineux ostéo-sarcome ; la pièce remonte à deux mille ans(l).

Comme nous, les hommes primitifs souffraient de maladies du foie et des reins, de l'athérome des artères, de lésions pulmonaires, de la goutte, etc. (2).

S'il faut en croire le docteur Marcel Baudouin, le médecin préhistorien dont les travaux font autorité, la goutte aurait été reconnue chez Tours des cavernes, à l'époque de la pierre taillée; chez l'homme, dès le néolithique; à l'âge de fer, elle a dû avoir une importance aussi considérable que le rhumatisme chronique. Si on ne peut en prouver l'existence à la pierre polie, parce qu'elle ne présente pas de lésions osseuses spécifiques, on peut arriver cependant à la démontrer par la thérapeutique qu'on utilisait contre elle dès cette époque. Tout cela importe à l'histoire, car on a ainsi la preuve que celle-ci a des parchemins beaucoup plus anciens que ceux qu'on lui reconnaît. « Ce

(1) Chron. méd., 15 juil. 1915, 204.

(2) Chron. méd., 15 avril 1912, 240; Ce que nous révèlent les momies.

vieux passé, comme l'enseignait Fustel de Coulanges, c'est encore le présent, car le présent en est formé. »

Toutes ces connaissances nouvelles nous amènent à modifier nos points de vue. Ainsi, pour nous en tenir à la médecine, si on s'en rapporte aux enseignements historiques, « la première fracture consolidée n'est connue que depuis telle date » : on fouille un dolmen et on trouve des fractures consolidées datant de la pierre polie. Mômes résultats pour l'ostéite, les altérations dentaires (carie, polyarthrite alvéolaire, inclusions, dents bifides, etc.). De même pour les stations thermales : telle d'entre elles, dont on rapportait l'origine au mo3^en âge, a été reconnue exister au temps des Romains ; mais les préhistoriens venant à la suite des archéologues, en ont prouvé l'existence dès l'époque néolithique.

Des châteaux, historiquement connus par une charte du onzième siècle, ont été reconnus du neuvième; des églises, qu'on disait des débuts du gothique, ont accusé des traces du mérovingien. 11 y a plus : une île de l'Océan n'est connue que comme île, historiquement, au moyen âge ; la préhistoire démontre qu'elle a été presqu'île, dès l'époque grecque ou romaine.

Encore un des résultats de la préhistoire,

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unie cette fois à V océanographie : une île a disparu, rOrcanie, par exemple ; on explore les fonds sous -marins, on découvre les i estes de Pile, sous forme de hauts-fonds, on fait des recherches à l'aide de scaphandriers, on trouve des vestiges sous-marins de l'époque romaine, voire même des mégalithes : l'effondrement est donc post-romain et non antérieur, de par la préhistoire.

La paléontologie a montré que la stérilité a été l'agent de la disparition des espèces et des races supérieures : or, Pespèce humaine est soumise à la même évolution. Tout récemment, dans une revue qui s'est placée à l'avant-garde du mouvement littéraire, l'auteur d'une très curieuse dissertation surles causes de la chute de l'Empire romain, n'avançait-il pas qu'il serait « possible de sortir utilement de l'histoire », en demandant « un peu de lumière à une autre discipline, la paléontologie ? Gomment et pourquoi les plus superbes espèces ont-elles disparu ? Les paléontologistes ont donné la réponse : « Pour les rameaux phylétiques (ce que nous appelons les espèces dans le langage courant), une évolution qui se termine par la mort, c'est la règle générale (1). »

(1) Mercure de France, 16 oct. 1919.

Les procédés de mensuration anthropométrique, s'aidantdes renseignements historiques, ont permis des identifications posthumes, que l'histoire, réduite à ses seuls moyens d'information, eût été impuissante à obtenir (1).

L'ouverture des tombeaux nous a livré des secrets qui intéressent la médecine légale autant que la grande histoire : rappelons l'exhumation des restes de Voltaire et de J.-J. Rousseau au Panthéon (2) ; celle de Louis XVII au cimetière Sainte-Marguerite (3) ; du ministre Turgot (4) et du philanthrope Ghamousset (5), dans des églises parisiennes.

(1) Notamment pour les crânes des musiciens Ha-ydn : Chron. méd., 1" juin 1909, 350, et Sébastien Bach, id., 1" février 1913, 80; du philosophe Descartes, id., ibid., 81; cf. Légendes et Curiosités de Vhistoire, t. III : les Vagabondages d'un crâne.

(2) Chron. méd., 1898; Arch. d'anthr. crim., 1898, 590; Rev. scient., 1899, 9 et 289.

(3) Voir les travaux, sur cette question, des docteurs MiLCENT et RÉCAMiER, cn 1846 ; — R. Chantelauze, les Derniers Chapitres de mon Louis XVII; Paris, 1887; — Docteur Félix de Bagker, Louis XVII au cimetière de Sainte-Marguerite, enquêtes médicales ; Paris, Ollendorf, 1894 ; — Docteur M. Bilhaut, Les ossements de L. . . XVII: Ann. d'orthopédie et de chir. pratiques, t. VII, 8' année, n° 6, juin 1894 ; — G. Maurevert, Louis XVII à la Chapelle expiatoire et au cimetière Sainte" Marguerite : La Plume, fascicules 1 et 2 du numéro exceptionnel, consacré à la Question Louis XVII, 542-3 ; — Lucien Lambeau, la Question Louis XVII; le Cimetière Sainte-Marguerite ; Paris, 1904, etc.

(4) Chron. méd., 1899, 168.

(5) Chron. méd., 1" nov. 1898.

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Nous avons eu sous les yeux le protocole d'autopsie de l'amiral américain Paul Jones (1), reconnu et identifié, après cent treize ans d'inhumation, par nos confrères Gapitan et Papillault.

Dans le cas de Louis XVII, l'examen du système dentaire a démontré que les débris exhumés appartenaient à un adolescent de 14 à 16 ans, par suite beaucoup plus âgé que l'était le Dauphin au moment de sa mort : la légende qui s'était créée autour de ce squelette d'inconnu croulait du même coup.

L'identité du prince impérial (Napoléon IV) ne fut admise sans conteste, qu'après que les dentistes du prétendant eurent reconnu certaines particularités dont ils avaient eu à s'occuper, du vivant du prince confié à leurs soins.

Toutes les sciences, on le voit, dont quelques-unes nées d'hier, ont apporté leur contribution à l'histoire, qui n'a pas à dédaigner leur aide; pourquoi le pathologiste ou, si l'on préfère, le médecin, se verrait-il refuser un concours offert dans le seul but d'atteindre cette

(1) Chron. méd., 15 oct. 1905 : cf. Arch. d'anthropol. crim., 15 nov.-15 déc. 1905; et surtout «L'identification du cadavre de Paul Jones et son autopsie cent treize ans après sa raort », par MM. L. Gapitan et Papillault : extrait des Bull, et Mém. de la Soc. d'anthropol. de Paris.

vérité qui se laisse si malaisément approcher (1) ?

(1) « La vérité est une grande coquette ! Elle ne veut pas être cherchée avec trop de passion. L'indifférence réussit souvent mieux avec elle. Quand on croit la tenir, elle vous, échappe ; elle se livre quand on sait l'attendre. C'est aux heures où on croyait lui avoir dit adieu qu'elle se révèle ; elle vous tient, au contraire, rigueur quand on l'affirme, c'est-à-dire quand on l'aime trop. » Rena».

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