‹ L'histoire; entretiens sur l'évolution historiqueChapitre 14 sur 32 · LA GRÈCE. ÂPOQÉB ET DÉCLIN · texte numérisé non relu

LA GRÈCE. ÂPOQÉB ET DÉCLIN

d'Erétrie, une \iUe eabéenne qui avait secouru les lonieos. Il était, d'ailleurs, entouré d'exilés grecs : le vieil Hippiis, uo Démarate, ancien roi dépossédé de Lacédémone, des princes de Thessalie, les Aleuades^ qui le poussaient en avant.

Une première expédition échoua. £n 492, Mardonios s'était porté sur la Thrace ; une tempête dispersa sa flotte au pied du mont Atlios, et son armée fut battue par les Briges, nation thrace; il répara, il est vrai, cet échec, non sans peine, et rentra en Asie. Darius n'en députa pas moins à Sparte et à Athènes des ambassadeurs pour demander Thommage de « la terre et de Teau » (formule consacrée). « Vous aurez Tune et l'autre », répondirent les éphores, et ils les firent jeter dans un puits. Athènes ne traita pas mieux les envoyés des barbares. Ce double outrage, ce double crime, eut pour effet d'assurer l'alliance, encore très douteuse, du Péloponèse et de l'Hellade.

En 490, le plan d'invasion par le nord fut abandonné. Les généraux Datis et Artaphernès^ soumettant au passage les Cyclades, cinglèrent droit sur l'Eubée^ où ils détruisirent Erétrie, et débarquèrent en Attique, à Marathon, petite plaine marécageuse adossée au Pentélique. Devant leurs 100000 hommes se tenaient 10 000 Athéniens, tout ce que la ville menacée avait pu réunir de citoyens, de soldats improvisés et même d'esclaves. Platées, en Béotie, avait envoyé 1000 hommes. Ce petit corps était commandé par 10 stratèges qui avaient chacun leur jour: parmi eux, Galiimaque, Thémistoele, Aristide, Mlltiade, enfin, très jalousé. Par artifice ou par chance, ce fut Miltiade qui livra la bataille. Son centre, affaibli à dessein et par nécessité, plia sous le choc ; ses deux ailes, massées sur des collines et garanties d'un mouvement tournant par des abatlis d'arbres, s'élaucèrent avec furie sur la colonne perse victorieuse et la rabattirent vers la plage. Les généraux perses, se rembarquant à la hâte, essayèrent de gagner Munychie et d'emporter Athènes sans défense, où les attendaient les partisans d'Hippias. Mais ils avaient été prévenus par Miltiade, la côte était gardée. Leurs flottes, démoralisées, regagnèrent l'Asie; 6400 Perses avaient

péri à Marathon, et seulement 192 Grecs^ proportions sensiblement égales. Eschyle combattait à Marathon, et son frère, Cynégire, y fut tué ou blessé en montant à l'assaut d'une galère. L'*armée lacédémonienne arriva deux jours après révénement extraordinaire qui assurait à Athènes l'hégémonie de la Grèce.

Marathon fut une petite, bien qu'heureuse bataille. Mais ce fut la première, nous dit Hérodote, où des Grecs osèrent regarder en face ces Mèdes dont le nom seul était un objet de terreur. Athènes était une moyenne cité, et TAttique un mince district. Mais, en cette année 490, la faible ville et sa banlieue ont sauvé la civilisation occidentale, encore en sa jeunesse, d'une précoce décrépitude.

Miltiade n'était pas, peut-être, un grand homme, ni même un général toujours heureux, puisqu'il ne put enlever l'île de Paros et rentra blessé dans Athènes pour y mourir flétri d'une amende qu'il ne pouvait payer. Cependant^ la ville qu'il a illustrée, ingrate pour le vivant, fut juste pour le mort. Elle fit peindre sur les murs du Pœcile Miltiade et son collègue Gallimaqueau milieu des héros. Parmi les offrandes et les statues votives envoyées à Délos, elle envoya la statue de Miltiade, seul jugé digne de siéger près des dieux immortels. Rien ne manquait à sa gloire, puisque <c ses lauriers troublaient le sommeil » de Thémistocle, plus encore que la bonne renommée d'Aristide.

J'ai cité les deux hommes qui, entre Marathon et Salamine, eurent le plus de part au gouvernement d'Athènes, tous deux vaillants et expérimentés, l'un, surtout vertueux, l'autre, supérieurement habile, remuant, avide de pouvoir et de richesse, cherchant son immortalité dans la gloire de sa patrie. Archonte en 493, déjà mûr à Marathon (il avait quarante-cinq ans), Thémistocle se désolait, se rongeait, de voir son éloquence, sa finesse, ses talents, primés parla gloire d'un demi-citoyen, d'un petit roi d'une presqu'île thrace. Miltiade mort, redoutant peu le sage Aristide — encore parvint-il à l'exiler en 483 (ostracisme) — Thémistocle ne permit pas qu'Athènes s'endormît dans son triomphe d'un jour; il obtint que l'argent des mines de Laurion

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fût consacré à Téquipemeot de 100, pais de 200 wsseanx de guerre ; que la rade ouverte de Monychie fat abandwuce peur le port sûr et fermé da Pirée. 11 homilia la narine ^Ee^ simple îlot qoi osait tenir tête à Athènes. Enfin^il s'employa de son mieux à maintenir les alliances, à accroître le prestige et les ressources de son pays. 11 sentait et il savait que Darius n^accaptait pas un échec, plus cuisant à Torgueil royal que mena- •çant pour la puissance d'un vaste empire.

Une insurrection en Egypte, la mort de Darius (485), les troubles qui suivirent l'avènement de Xerxès, tirèrent seuls en longueur les préparatifs de revanche commencés par Darius. Xerxès, qui ressemblait à son père comme Camhyse à Cjrus, se montra du moins déterminé à en fiuir avec la Grèce. Il avait rassemblé 1 200 navires, deux millions d'hommes. Entre deux corps d'armée de 800000 soldats chacun, il s'avançait, ayant près de lui Ahuramazda, ou Mithra, ou le feu sacré, traîné sur un char d'or par des chevaux blancs. Il fait jeter un pont sur le Bosphore, et assis sur un trône élevé, il regarde défiler sous lui cette immense cohue de guerriers étincelants et de milices barbares et sauvages, dont Hérodote décrit si bien les traits^ la stature, les costumes, les armes, peuplades appelées des coins les plus reculés de l'Asie. Il y avait tant d'hommes, de chevaux, de bêtes, que leur soif assécha tous les fleuves de la Thrace. La Thessalie est traversée sans obstacle; mais Léonidas est aux Thermopyles; T avant-garde Spartiate, 300 hommes, après une résistance merveilleuse, est tournée par trahison et massacrée, la Béotie, la Phocide ravagées.

La flotte immense des Perses faisait voile vers l'Eubée, et malgré de nombreux désastres partiels, malgré des combats malheureux dans le golfe Maliaque, elle accomplissait son mouvement parallèle.

Tout à coup, les Péloponësiens apprennent que Xerxès est en Attique; ils ne songent plus qu'à se retrancher dans leur péninsule, derrière l'isthme fortiOé à la hâte. Que d'intrigues, que de ruses sans scrupules dut opposer Thémistocle à cette lâcheté, à

iid l'histoire.

cet abandon de la ville qui avait sauvé la Grèce ! a Frappe, mais écoute », dit-il au roi de Sparte Eurybiade, et il lui met dans la main quelques talents d'or. Ce corrupteur de fonctionnaires obtient enân que les flottes alliées resteront quelques jours dans les parages de Salamine. Cependant^ la population d'Athènes est embarquée et répartie entre diverses villes du Péloponèse. Il était temps. Athènes est prise, brûlée, le temple d'firechthée est abattu. Et Xerxès, toujours sur son trône, assis sur le rivage, regarde les 200 galères de Thémistocle et les alliés que la honte a rendus braves couler et disperser ses innombrables vaisseaux. Il fuit, il s'échappe^ il va s'enfermer dans son harem» pleurant ses soldats et ses belles trirèmes (480). Cette fois, ce n'est plus un échec, c'est une catastrophe. Une grosse armée, laissée en Béotie, près de Platées en ruines (300000 Perses et Grecs serviles), trouve maintenant devant elle toute la Grèce libre (100000). Mardonius est battu en rase campagne par les Spartiates, et voit son camp forcé par les Athéniens (479). Le même jour, à Mycale, en Carie, Xanthippe, le père de Périclès, et un des rois de Sparte, remportent sur terre et sur mer une double victoire. Eschyle, enfin, consacre par un drame triomphal, les Perses^ Thumiliation de l'Asie terrassée.

Le V" siècle appartient à Athènes. La gloire et l'infortune, le génie et les aberrations d'une ville qui comptait à peine vingt mille citoyens, ont tenu dans l'histoire plus de place, ont exercé sur l'esprit humain plus d'influence que toutes les vicissitudes de l'Egypte, de la Chaldée ou de la Perse. Si Ton cherche les causes de cet épanouissement, non pas soudain, mais cependant rapide, on en trouvera beaucoup sans doute, mais qui auraient pu engendrer les mêmes effets en cent autres lieux, et qui procèdent elles-mêmes de circonstances entrevues et insaisissables. Mais qui nous dira combien d'éléments pélasges, cariens, thraces, achéens, ioniens, et dans quelles proportions, se sont amalgamés pour produire, à un moment donné, un peuple si distinct de ses plus proches voisins? C'est seulement l'invasion dorienne (xi« siècle) qui a mis Athènes en lumière. Jusque-là,

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malgré son nom de déesse, Athènes^ dans le monde acbéen, demeurait au second plan, entre les deux Ârgos qui ont vaincu Priam.

Dès que son territoire, épargné par le flot dorien, est devenu le refuge des Ioniens et des Âchéens chassés du Péloponèse et le centre de l'émigration qui va coloniser rArchipel et (a côte d'Asie, elle apparaît à la fois comme la métropole désignée de la Grèce exté^rieure et comme le foyer de la résistance à la domination de Sparte. Ce n'est pas tout. L'affluence d'habitants nouveaux, en amoindrissant Tautorité traditionnelle des Eupatrides, détermine une évolution graduelle vers un régime égalitaire. La réforme de Selon supprime le privilège de la naissance et, sans étoufl'er le germe des discordes, des trahisons futures, donne au principe démocratique l'impulsion décisive.

Ainsi, le même fait, l'intrusion dorienne, érige Athènes en champion de la Grèce indépendante contre Thégémonie Spartiate, en protagoniste de la démocratie contre Taristocratie. Enfin, la constitution populaire, en appelant aux fonctions publiques, militaires et civiles, tous les citoyens, jusqu'au moindre artisan, et peu à peu les nombreux alliés, étrangers, esclaves même, dont Taccession comblait les vides ouverts parla mort et les batailles, délie et affine les esprits, exerce le jugement et la raison, éveille le sens et le goût de Téloquence, des pensées fortes ou délicates savamment enchaînées. Les talents à Tenvi, orateurs dans les assemblées, philosophes dans les gymnases et dans les rues, historiens dans les solennités civiques et religieuses, sollicitaient Tattention d'une foule intelligente. Quant à l'amour du beau plastique, lentement suggéré, il est vrai, par les ébauches de l'art oriental, mais désormais commun à la race entière, où pouvait-il mieux se manifester que dans une ville récemment détruite, où tout était à refaire, et qui, fière de ses ruines, entendait se relever digne de ses victoires, de ses richesses et de sa puissance nouvelle? De là cette éclosion simultanée de tant d'écrivains et d'artistes dont Tœuvre mutilée force encore notre admiration ; de là ce concours de génies qui, de

toutes parts, viennent visiter dans Athènes leurs égaux ou leurs maîtres et recommander leurs noms aux auditeurs d'Eschyle^ de Sophocle et d^Euripide, aux fins appréciateurs de Mnésiclès, dlktinos, de Polygnote et de Phidias. Telles furent quelques, unes des causes de la grandeur d'Athènes, et dont les effets ont survécu à sa chute.

Sparte a ses amis, elle en eut même, et trop, parmi les Athéniens; les partisans de cette égoïste cité vantent à bon droit la vaillance de ses soldats et Thabileté de plusieurs de ses généraux, rénergie indomptable de ce petit clan de proie qui, réduit, dès la fin du v« siècle, à sept cents citoyens, prétendait commander au Péloponèse et à PHellade entière. Mais ce qu'ils admirent le plus c'est la rudesse de ses mœurs, la barbarie de son régime social, son dédain pour l'art et la politesse de Tesprit, ce qu^on appelle ses vertus. Paradoxe étrange, si Ton considère que la haine, l'oppression, l'impitoyable cruauté et Tinintelligence complète des intérêts helléniques, enfin la vénalité la plus ébontée, ont été les principales vertus de Lacédémone, et que le plus grand triomphe de sa politique, après les victoires de Lysandre et d'Agésilas, sera l'abandon, et par traité solennel, des Grecs d'Asie délivrés par Athènes. 11 ne faut pas non plus confondre, ainsi qu'on le fait souvent, la cause de Sparte avec celle des Dorions, c'est faire injure aux Doriens que de chercher à Sparte le type de leur race, que d'opposer au génie large et flottant d'Athènes un génie dorien, âpre, étroit et fort. L'esprit dorien n'était nullement incapable de culture. Corinthe, Gorcyre, Syracuse, tant de brillantes colonies dorien nés en Italie et en Sicile, se sont montrées les dignes rivales des cités fondées par les Achéens et les Ioniens. Seules, des circonstances particulières, des nécessités urgentes, ont contraint la dorienne Lacédémone à conserver ou à simuler cet archaïsme moral et social qui Ta tenue en arrière de la civilisation hellénique. Laissons maintenant parler les événements.

Athènes, victorieuse, n'existaitplus : sa flotte régnait sur l'Egée ; ses habitants campaient sur ses ruines. Le premier souci de Thé-

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