LA GRÈCE. APOOÉË ET DÉCLIN
mistocle fut d'en relever renceinte et d'en fortifier les abords. Tandis qu'il endormait, par une longue ambassade, la défiance et la jalousie de Sparte, l'Acropole se garnissait de murailles, et les Longs Murs s'avançaient avec une rapidité prodigieuse vers le Pirée, vers Munychie et Phalère, rattachant la ville à ses ports, où les trirèmes se construisaient par vingtaines. Les Spartiates avaient d'abord montré quelque velléité de poursuivre la gUerre nationale; ils avaient envoyé en Thrace leur roi Pausanias, celui qui commandait à Platées; mais celui-ci, alléché par les richesses qu'il avait ravies dans le camp et sous la tente de Mardonius, se laissa ouvertement séduire par For des Perses. Soit pour pallier cette honte — la Grèce n'y était pas faite encore — soit pour se retirer d'une entreprise où ils n'avaient brillé qu'au second rang, ils abandonnèrent à leur rivale la gloire et le fardeau des représailles. Athènes accepta l'un et l'autre. Ce furent ses généraux qui^ délogeant peu à peu les Perses des rivages thraces, lui assurèrent Texploitation fructueuse des mines d'or du Pangée et de Thasos; ce furent ses galères qui, donnant partout la chasse aux débris de la grande flotte tyrienne, rangèrent de force ou de gré dans son alliance toutes les îles de la mer Egée. Il y eut bien quelques mauvaises volontés, très vigoureusement réprimées, mais presque en tout lieu, la reconnaissance, l'admiration, saluaient l'empire naissant de la libératrice. Les îles et territoires qu'il avait fallu soumettre reçurent des clérouques ou colons, citoyens pauvres» dotés par la mère patrie. Partout ailleurs, un serment de fidélité absolue, des subsides annuels, en vaisseaux, en hommes et en argent^ consacrèrent, non seulement la suzeraineté d'Athènes^ mais ses devoirs de protection. Cette fédération fut l'œuvre d'Aristide, et c'est à lui que fut confié le trésor des alliés, déposé à Délos. Cet honnête homme par excellence, après avoir manié tant de millions» mourut si dénué, que l'État dut pourvoir à ses funérailles et doter sa fille. Ce pauvre glorieux, qu'un moment, à l'instigation de Thémistocle, le peuple s'était lassé d'entendre appeler juste, avait combattu à Marathon, à Salamine, à Platées, en Thrace, dans TArl'histoirb. 8
il4 l'histoire.
chipel ; il avait fait à son pays le sacriOce de ses préférences aristocratiques et délivré la démocratie de Tinégalité censitaire. Il lui avait enfin donné plus qu'un empire, son courage, son expérience; plus encore, le renom de sa sagesse, le lustre de sa justice et de sa probité.
Des services plus éclatants encore, et plus décisifs, ne préservèrent pas Thémistocle du discrédit et d'une ingratitude, peut-être injuste. Le sauveur d'Athènes expia dans Texil ses intrigues et ses richesses; réfugié en Perse, il en fut réduit à se tuer pour ne pas servir contre sa patrie. Cette fin lui vaudra tout au moins Tindulgence de la postérité. Athènes, attendrie^ redemanda ses restes et lui éleva un tombeau.
Ces deux grands hommes eurent de dignes successeurs : Cimon et Périclès.
Cimon, fils de Miltiade, avait, moins le don delà parole, semble-t-il, tous les talents de son père et de Thémistocle, Grand général, et heureux, il avait i;ieconquis la Thrace maritime et concouru fortement à la fondation de Tempire athénien. En l'an 470, il avait remporté sur les côtes de Pamphylie, en un seul jour, la double victoire de TEurymédon sur une armée perso-carienne et sur une flotte phénicienne. C'était un autre Mycale (470).
Ce triomphe porta au plus haut point Taudace d'Athènes^ et la jeta dans quelques aventures fâcheuses, notamment une guerre d'Egypte en faveur d'un patriote rebelle, Inaros, qui après un brillant début aboutit à la perte d'une Hotte dans le Delta. Échec douloureux, bien qu'elle n^eût paru qu'à titre d'auxiliaire, mais qui n'arrêta pas. d'ailleurs sa fortune ascendante.
La victoire de TEurymédon eut un résultat plus immédiat et plus heureux^ l'élévation de Cimon aux premières magistra* tures, dont l'avaient écarté sa vie irrégulière et ses relations avec les aristocrates malveillants. Le peuple n'eut pas à se repentir d'avoir fait appel à ses talents. Pendant huit ou neuf ans, Cimon se consacra tout entier et contribua de sa bourse à la défense et à Tembellissemcnt d'Athènes, continuant les travaux entrepris
hi. OBÏOB. APOOÉB ET DÉCLIN. HS
par 'Tbémîstocle, les enceintes de l'Acropole et des portB, dotaat Il Tille d'uD Théséion, temple dorique de Ttiésée, noble ddiSce qui existe encore. Il semble avoir pris quelque part aui troubles civils dont furent victimes le grand Eschyle et le réformateur Ëpbialte. Le poète, accusé d'impiété par le parti sacerdotal et réactionnaire, s'enfuit en Sicile, où il monrut. Épbialle, qui avait voulu limiter le pouvoir de l'Aréopage, fut assassiné. One revanolie du peuple et l'inDuence croissante de Périclès ame~ aâreat l'exil de Cimon. Il subit avec dignité la sentence de bannissement. Il se retira, mais gardant à sa patrie une fidélité inébranlable. On le vit, dans une bataille douteuse, s'offrir à ses concitoyens et sacrifier ses amis pour le service d'Atliènes.
Plus avisé peut-Mre que Cimon, Périclès s'éloigna de l'aristocratie, où il était né, pour s'attacheruniquement aux inàtilutions démocratiques. Le peuple le paya de son dévouement par une faveur presque constante, qui le maintint au pou voir pendantplua de trente années, de 461 â 429, jusqu'à sa mort. L'administration de Périclès, il ne faut parler ni de règne, ni de dictature, puisque les diverses magistratures qu'il occupa lui étaient décernées par des élections annuelles et libres, marque le point culminant de la puissance athénienne et de la gloire hellénique. C'est un hommu rare, celui qui peut joindre aux suffrages de ses amis l'admiration de ses adversaires, l'universel respect. Tel fut Péricl6s, loué par le grave Thucydide, que sa politique avait banni. La médisance mAme, cherchant une injure, ne trouva qu'un hommage : on l'appela l'Olympien. La hauteur de son iront, qu'il dissimulait parfois sous un casque, fut son seul ridicule. Il n'eut qu'un faible, l'amour passic gueur militaire, souvent exe vaises volontés et les révol Athènes pouvait-elle toléret sécession de l'Eubée, son bi abandonner Naxos, le centre aux intrigues, à la trahison pacte et le subside fédéral
force de Tempire, la puissance de la métropole, la sécurité des alliés. La Grèce même reconnut la légalité des violences nécessaires, exercées par Périclès en personne ou par les stratèges de la république.
La caisse nationale, transférée de Délos à Athènes et gérée par des magistrats athéniens; la défense concentrée en ses mains ; les appels judiciaires portés devant les Héliastes et l'Aréopage : telles furent les conditions et les moyens de la politique de Périclès. Et TefTet de ces mesures fut vraiment prodigieux, surtout lorsque les dernières opérations de Gimon, dans les parages de Chypre, eurent réduit la Perse à Tabandon complet de la mer Egée et du Pont-Euxin (449). Alors tout le commerce de rionie, rendue à la liberté, toutes les céréales et les denrées de la Scythio, les voyageurs, les curieux, affluèrent sur ce petit angle de terre, devenu le centre du monde civilisé, dans cette ville enchantée, où les colonnes, les cariatides aux robes cannelées, les peintures, les statues, les coloris variés des riches entablements doriques s'associaient pour le plaisir des yeux, où la parole grave et simple d'un homme semblable aux immorlels versait la sagesse, la prudence et le patriotisme persévérant aux cinq mille tètes légères d'une assemblée souveraine. Gorinthe, Sicyone, Argos, rivalisaient avec Athènes de luxe et de beauté, mais elles ne possédaient rien de semblable à Périclès et aux amis de Périclès, Anaxagore lephilosophe, Sophocle, dont la longue vie (495-406) embrassait le siècle entier de la bataille de Marathon à la victoire des Arginuses; Euripide, le plus humain des tragiques grecs, Phidias, Ictinus et Poiygnote, la trinité de l'art, enûn la plus illustre de ces filles libres que rendait nécessaires la réclusion de la famille antique, Aspasie, amie fidèle et souvent conseillère de Périclès, et qui lui inspira peut-être Tidée de son autel dédié à la Pitié.
Athènes vit encore, en cet âge unique, le grand Démocrite d'Abdère, le pythagoricien Archélaos, Zenon d'Elée, Empédocle d'Agrigente, ce matérialiste mystique qui attribuait le mouve- Tient et la vie au conflit balancé de deux forces contraires.