‹ L'histoire; entretiens sur l'évolution historiqueChapitre 16 sur 32 · LA GRÈGE. APOGÉE ET DÉCLIN · texte numérisé non relu

LA GRÈGE. APOGÉE ET DÉCLIN

Tamour et la haine ; Hérodote, le plus large et le plus moderne des anciens historiens ; Hippocrate de Cos, le médecin philosophe qui a découvert Tinfluence des milieux et des eaux ; le mathématicien Méton, inventeur du cycle de 6000- ans, réformateur du calendrier. De tous ces talents, de tous ces génies^ groupés autour de TOIympien à la figure sereine, à la gravité affable, à la vie intègre et simple, à la réserve pleine de dignité, nous laisserons l'éloge, qui ne pourrait qu'être ici écourté, à la critique littéraire et artiste; nous ne retiendrons que les amis les plus chers à Périclès, ceux mêmes qui souffrirent de son amitié, qu'il ne put préserver des attaques dirigées contre lui-même par une opposition hypocrite, Ânaxagore, Phidias, Âspasie.

La réaction, impuissante contre l'orateur et le politique dont les conseils et les actes répondaient si bien à l'orgueil patriotique et aux goûts raffinés d'Athènes, eut recours aux imputations les plus perfides. Elle accusa d'impiété, non pas celui qui couvrait r Acropole de temples et de sanctuaires, celui qui élevait aux dieux tant de monuments et de statues, qui solennisait plus de quatre-vingts fêtes religieuses, qui donnait tant de splendeur aux Panathénées et aux mystères d'Ëleusis ; mais le philosophe qui proposait une explication rationaliste du monde; mais le grand artiste qui, sous les formes d'Athénè et de Zeus Olympien, représentait moins des personnages mythiques et traditionnels que des aspects et des symboles variés" de la pensée humaine; mais la femme intelligente qui se plaisait aux conceptions des plus libres esprits de la Grèce.

L'accusation, il faut bien le dire, était fondée, et c'est pour les accusés un titre de gloire. Anaxagore, dont nous discuterons ailleurs la doctrine, tendait à substituer^ dans le gouvernement des choses, au caprice des dieux, un principe intellectuel et rationnel, le Nous, dont on a fait depuis le Verbe, le Logos et le Dieu-Providence. Il était simplement un métaphysicien qui pensait avoir découvert une haute vérité, mais qui ne réclamait nullement pour cette vérité un culte et des formules d'adoration. Il n'en était donc que plus irréligieux ; car il considérai!

certainement, quoique sans les attaquer, la mythologie et le polythéisme comme un amas de fictions plus ou moins ingénieuses et agréables; les dévotions populaires d'Eleusis, les fêtes orgiaques de Dionusos-Zagreus, les mystères d'Adonis et d'OrphéOy dont la détestable invasion était encore récente, comme des puérilités plus ou moins respectables. Or, le parti clérical s'inquiétait fort peu du respect; il craignait la lumière. Aristophane pourra déverser impunément le ridicule sur le personnel divin, bafouer Zeus dans les Oiseaux^ Dionysos dans les 6re* nouilles^ et n'en demeurer pas moins le plus orthodoxe et le plus venimeux des réactionnaires encroûtés; et ce n'est pas lui que les dévots poursuivront jamais; ce sera le penseur Euripide, l'honnête ergoteur Socrate. Voilà les gens dangereux, ceux «qui font les malins », ceux qui, grands ou médiocres, pensent ou parlent trop haut. Nul doute que Périclès et ses amis ne fussent de ceux-là, des libertins et des déistes, comme diront, aux xvii« et xviii^ siècles, nos gens de robe et de sacristie.

Bref, les coups furent si adroitement portés, que Périclès, en dépit de sa puissance^ eut grand'peine à les parer. Ânaxagore n*eut que le temps de se dérober par la fuite à une sentence peut-être capitale. Phidias, aisément disculpé de détournements imaginaires, comprit qu'il serait plus en sûreté à Olympie. Pour sauver Aspasie, Périclès dut plaider lui-même sa cause; on dit même qu'il pleura. Peu après, ce fut le plus sûr, il l'épousa.

En dépit de ces avanies, il continuait d'administrer et d'employer utilement les riches finances de la république, de veiller sur la fidélité et la sécurité des lies et villes alliées, n'intervenant qu'avec mesure dans leurs querelles particulières, et surtout évitant avec Sparte,sans jamais baisser pavillon, tout conflit inutile.

Les deux États étaient en paix (433), lorsqu'une guerre éclata entre Gorinthe^ ville depuis longtemps dorienne, et sa riche colonie, Corcyre^ où le parti populaire s'était emparé du gouvernement. La ville mère prétendait y réintégrer les aristocrates bannis.Corcyre implora le secours d^Athènes. Corinthe, une

LA ORËCE. AÏOOÉK ET DiCLlH. III

première fois bittiie par la flotte égyptienne, se tourna ven Sparte. Ainsi allait comnieacat k rameuse et dâpionhie (;uem du Péloponâse.

a Qu'est-ce qa'Alhines avait à faire en ce dilTérend d'une mé- Iropole avec sa colonie T disaient les ambassadeurs corinthiens. N'est-ce pas chose de famille ? Corinthe, la première, n'avail-elle pas approuvé la conduite d'Athènes ft l'égard deSamos révoltéet • Sans doute; mais certaines raisons rendaient inévitable l'entremise d'Athènes, raisons si fortes que Périclès lui-même, tout prudent qu'il fat, ne put les éluder. L'Acarnanie, qui est voisine de Corcyre, et qui commande l'entrée du golfe de Corinthe, était, dans l'Hellade, la seule alliée certaine d'Alhènes. Athènes elle-même y avait établi, i Naupacte, les Messéniens bannis du Péloponèsa après la troisième guerre de Hessénie. Une victoire de Corinthe et de Sparte ne laissait-elle pas sans défense ses alliés et ses protégés? Puis, que dirait-on d'Athènes, capitale de la démocratie, si elle permettait qu'on eitermin&t, à Corcyre, les partisans du gouvernement populaire, d'Athènes souveraine des merSj si elle abandonnait à ses rivaux la mer Ionienne! Ne risquait-elle pas d'affaiblir son prestige aux veux de ses sujets de la mer Egée? Il s'agissait lit d'intérêts vitaux.

On essaya d'abord de demi-mesures. Athènes déclara qu'elle n'entendait pas entrer dans la querelle d'une métropole avec sa colonie; mais qu'au cas où les escadres péloponésiennes combinées tenteraient une descente à Corcyre ou en Acarnanie, sa flotte leur barrerait, pacifiquement, le passage. Et c'est ce qui eut lieu. Les Corcyréens, battus, purent rentrer chez eux à l'abri des vaisseaux athéniens, et les gens du Péloponèse durent faire retraite sans avoir osé rompre i L'orgueil de Sparte en souffrit. Si écoutées el la guerre éclata.

Tout le Péloponèse, moins Argi tresse Béotie, se levèrent contre humiliée, prodigua sons main, pi aux confédérés. lU égare, gardienn

de sa puissante voisine, livra le pajsage aux armées de Lauédémone, et l'Altique, sans dérense, fut envahie et ravaf^e.

Périclèa avait prévu ces maux. Les habitants des campagnes avaient pu se réfugier à temps daus le camp retraoché que formaient la ville et les ports. Les flottes, maîtresses de la mer, donnaient la chasse aux escadres ennemies et rendaient avec usure aux rivages péloponésiens les dévastations dont l'Attique avait à souffrir. Une petite et vaillante armée, avec des chances diverses, luttait du cAté de la Béotîe. Due défaite, il Cbéronée, n'était pas pour abattre les courages. « L'année a perdu son printemps I » s'écria Périclës dans la courte oraison funèbre qu'il adressa aux jeunes gens morts pour la patrie, mais comme s'il eût voulu dire ; s Autre année , printemps nouveau et plus heureux! » Il se trompait, cette fois. Une épreuve plus cruelle allait plonger l'Attique dans ie deuil. La peste, ta terrible peste que Lucrèce a dépeinte, enleva par milliers les hoplites, les guerriers citoyens. Le peuple, affolé, destitua Péricl es, le frappa de condamnations et d'amendes, puis lui rendit par acclamation le pouvoir qu'il savait seul exercer. Inébranlable dans le désastre public et privé — le fléau lui avait pris deux fils — déridés continuait à diriger la défense et l'attaque sur terre et sur mer, lorsque la peste, en se retirant, le frappa du coup mortel. Mais il sembla qu'il eilt laissé son âme forte à son pays. La démagogie, si décriée, si calomniée par Aristophane, sut maintenir les libres institulions qu'Athènes s'était données. Elle rendit vains les complots des partisans de la paix à tout prix, des arises de l'ennemi; elle releva les courages de la soulageâtes misères par l'institution du trio- : au moins du pain aux membres de l'assemblée lef, le corroyeur Cléou, que je n'entends point 'ériclès, se montra du moins patriote, général térie, brave soldat à Potidée, uii il mourut en .das, le meilleur général de Sparte. Au dehors» ne, Démoslhènes, ne se lassait pas de déconcerrises hardies, Lacédémone réduite à moins de

LA ORËCË. APOGfiB ET DÉCLItl, 111

700 citoyens. 11 lavageait les eûtes, emportait ks vitlea, mettait garnisoQ à Cythère, entrait dans G^thion, le port de Sparte, assiégeait Pylos et enfermait dans lllol de Sphactérie quelques centaines de Spartiates, dont la bravoure dut capituler deTanila faim. Dix ans la lutte se prolongea avec un acharnement inouï, une extraordinaire cruauté. Sparte armait les Hilotea el les massacrait après la victoire ou la défaite. Athènes exterminait les Mityléniens révoltés.

Enfin, vers iiO, une trêve pennit aux deux partis de respirer, de se refaire. Sparte était vraiment épuisée d'hommes libres et de ressources. Elle ne laissa pas de guerroyer pour son compte, obscurément, avec ses voisins et ses alliés. Athènes, en somme moins éprouvée, en admettant des métèques et des étrangers au droit de cité, combla les vides faits par la peste et la guerre ; elle reprit sa vie active, littéraire, artistique, commerciale. Au bout de quatre ou cinq ans, elle paraissait aussi puissante, aussi florissante qu'après l'affaire de Corcyre. C'est alors qu'elle eût eu besoin d'un sage Périclès ; elle eut un indécis, Nicias, et un fou, Âlcibiade.

Ce brillant jeune homme, neveu de Périclès, frotté de philosophie, plein de talent, de bravoure, que Socrate avait sauvé à la bataille de Délion, n'avait qu'un souci, faire parler de lui. C'est lui qui, le premier, Gt couper la queue de son chien. Il s'avisa, pour braver la superstition populaire, de mutiler les Hermès, Et quel jour (quelle nuit) choisit-il pour ce tour d'écolier 7 la veille de son départ pour une expédition insensée, qu'il avait conseillée et qu'il commandait. En faco de Sparte, toujours au guet, il avait persuadé au peuple athénien de consacrer toutes les forces disponibles à la conquête, inutile et absurde. de la Sicile. Une victoire, d'ailleurs très probal assurer la dictature. Mais il compUit sans les He dicule équipée le fit rappeler, bannit. La colère

11 court à Sparte, la décide à secourir SyracusE Nicias et Démosthènes, prévenus par un habile : pos, perdent l'occasion et la vie. Flotte, armée

désastre est total, irréparable ; et cependant Athènes ne désespère pas, crée des ressources nouvelles, trouve un merveilleux amiral, Conon (413), qui, avec des flottes perses, court les mers et retient tous les alliés dans le devoir. Âlcibiade, las de sa trahison, noue des intrigues avec Tissa pherne, un satrape de TAsie Mineure, entraîne, à Samos, une armée athénienne, remporte, dans THellespont, deux victoires navales (411), triomphe à Cyzique (410), sur terre et sur mer, prend Byzance, rentre à Athènes idole et, la même année, en ressort exilé, pour aller mourir, en Asie, de la main des Perses (407). C*est que, de ce côté, le vent a tourné : Tissapherne favorisait Athènes; un ambitieux, le jeune Cyrus, s'est allié à Sparte et donne au général lacédémonien Lysandre un appui sans réserve. Athènes possédait encore dans THellespont une flotte considérable. Lysandre répie, surprend les vaisseaux dont les équipages étaient à terre et remporte, malgré les efforts de Conon qui s'échappe avec huit galères, une victoire aisée et complète. JEgos-Potamos, tel est le nom de ce brigandage (405). Athènes, désormais sans défense, est prise d'assaut, démantelée, occupée par une garnison ennemie, livrée en proie à Todieuse oligarchie des trente tyrans^ qui se montra vingt fois plus cruelle, plus inique, que la populace en ses pires fureurs (404).

Athènes, pourtant, n'est pas morte, bien qu'affaiblie et blessée pour toujours. Au bout de quelques mois, un heureux coup de main d'un exilé, Thrasybule, lui rend son indépendance et sa constitution populaire.

Mais la suprématie était passée à Lacédémone. Elle en usa mal et la perdit vite, en moins de vingt ans (387). Elle ne ût rien, dit Duruy, pour Tart, pour la pensée, encore moins pour la science. Ses chefs, pour la plupart, ne montrèrent qu'une rapacité brutale, une perfidie sans égale. Agésilas, presque seul, échappe à ce jugement sommaire. La Perse avait renoncé à vaincre les Grecs, mais non à les corrompre et à s'en servir. Dix mille mercenaires grecs formèrent le noyau d'une armée qui devait détrôner un Artaxerce II au profit du jeune Cyrus ;

LA ORËCB. APOOËB ET DâCLIH. 113

et ils auraient vainc», si le prétendant n'eût péri de la main de son frire. C'est alors que, de Cunaxa en Babylonie, par les montagnes de l'Arménie et du Pont, sous la conduite de l'Athéiiien XénophoD et du Spartiate Cléarque, ces dix mille aventuriers exécutèrent une merveilleuse retraite, qui révéla l'inconsistance delamonarciiie|>ersique(401j. Agësilas, précurseur d'Aleiundre, s'élança sur l'Asie Uineure, battit les satrapes, secourut l'Egypte encore une fois révoltée, liallait frapper les coups décisils, quand une coalition de Corinthe, Argos, Thèbes, Athènes, le rappela en Europe. C'était l'or du grand roi, u trente mille archers >, disait le roi de Sparte, qui opérait cette diversion, erficace : car, si Agésitas réussit à battre les confédérés i Coronée, Conon, à la tète d'une flotte phénicienne, reconquiert l'Archipel et vient relever les murs d'Athènes.

Alors, Sparte, pour se venger plus il l'aise (387), abandonne à la Perse, par un traité solennel, les Grecs d'Ionie. Et toute la gloire dorienne aboutit à cette honteuse dérision : la Perse, tant de fois vaincue, la Perse, en décomposition, prend le rAle d'arbitre et de Mentor; elle traite les , Grecs en enfants querelleurs, donne aux uns la liberté, dit à ceux-ci : vous obéirez â Athènes, vous, h Lacédémone; â d'autres : je vous garde pour vous rendre sages. Cimon dictait la paix, au nom d'Athènes. Au nom de Sparte, Aniaikidas la subit.

Les loisirs que Sparte s'était faits, elle les remplit d'infamies et de violences ineptes, détruisant un jour, sans motif, Hantiiiée, ailleurs Olynthe, qui n'en pouvait mais, s'amusant à surprendre et à garder la citadelie do Thèbes, alors son alliée (382}. La sottise, cette fois, fut payée cher. La Béoliej jusque-là peu riche en héros, du moins historiques, en produisit deui, Pélopidas, Epaminondas. L'un délivra Thèbes, l'autre confédéra toutes les villes béotiennes, battit les Spartiates à Leuctres (371), les poursuivit à travers le Péloponëse ju! et, à leur porte, fonda Mégalopolis et H centre et de refuge aux mécontents (369)

Athènes ne devait rien A Thèbes. Eli

tSt L HISTOIRE.

d'inlervenir, avec Coriiilhe et d'autres, eu Taveur de Sparte ; et elle s'en Tùt repentie, si Epaminondas ne fût pas mort, vainqueur, à Mantiuée (362).

Ces év^uements ont précédé de peu l'interventiou, tout à tait inattendue, de la Macédoine. Rarement pajs et Etat avaient paru moins destinés à la puissance et à la gloire. Séparée de la Thessalie par t'Olympe, du Danube par les Balkans, de la Thrace pat le fleuve Strymon et le mont Pungée, exclue de la Ctialcidique par des colonies athéniennes, confinée au golfe où tombent les fleuves Axios et Haliakmon, s'éleodant à gauche, i droite, où elle pouvait, tantôt vassale de la Perse, tanlût tributaire de petits rois thraces ou illyriens, la Macédoine s'était, il est vrai, plus d'une fois immiscée dans les affaires de la Grèce. Un Alexandre, qui avait donné à Xeriès le pain et Teau, n'en était pas moins venu avertir les Platéens des mouvements de Hardonius. D'autres, Amyn tas, Perdiceas, Pausanias, Arcliélaos, avaient louvoyé entre Sparte et Athènes, obtenu parfois des secours, suscité çà et là des dirScultés. Ces rois, comme leurs peuples, étaient des Grecs, superposés i des Pélasges et h des Thraces; Grecs attardés, comme les Doriens, ei, comme ceux-ci, Héraclides; il est même probable que la légende d'Héraklès est originaire de Macédoine. Leur dialecte, si l'on en juge par les noms propres en as. par le respect d'Alexandre pour la mémoire de Pindare, tpparenté au dorien. La culture hellénique avait pénétré âeux: le dernier Archélaos avait volontiers accueilli Euriugitir. Mais ce vernis grec, dû sans doute au voisinage des es athéniennes, dissimulait k peine une barbarie A ta fois e et vicieuse.

il arriva que Pélopidas, ie vaillant Béotien, appelé au sed'un lOi de Macédoine, ramena comme otage à Thëbes un prince intelligent, ambitieux, qu'Epaminondas se plut à ire. Échappé apri^.s la mort de son maître, ce prince, Phi- |459), s'empressa de mettre à profit les leçons qu'il n'avait bliées. Oncle d'un loi enfant, il usurpa aisément le trône, Datut ses compétiteurs et, pour se faire la main, essaya la pha-

U QRtCB. APOOÉE ET DScLIH. 425

lange, une invanlion d'Bpaminondas, contre les bandes irrégulieras des illyriena el des Thraces. En peu d'années, par ses armes et par son mariBije avec Olj'mpias, princesse molosse, dpirote, il se trouva maître d'un royaume assez considérable. Les mines d'or et les forêts du mont Pangée, qu'il s'appropria, le mirent i même de tenter quelque grande aventure.

Les colonies d'Athènes lui fermaient, sur plusieurs points, l'accès des côtes; quelques-unes, Olynthâ,Amphipi>lis, Byiance, étaient des républiques puissantes et florissantes ; libres, mais précieuses alliées de leur métropole. Pour ne pas éveiller trop tôt la méfiance d'Athènes, Philippe Tait cadeau à Oljothe de Polidée,aacienna colonie que la Macédoine s'était annexée après la guerre du Péloponèse; puis il fond sur Amphipolis, s'en empare et tente de surprendre Byzance. Cette fois Athènes était sur ses gardes; elle réussit à sauver cette clef du Bosphore.

Philippe change alors de tactique. L.a Thessalie était opprimée par les tyrans de Phères; il l'en délivre. Les Phocidiens, pour avoir labouré un champ consacré h Apollon, venaient d'être excommuniés par les Arophictyons de Delphes. Philippe se présente comme protecteur de la religion (quoi da plus habile?), écrase l'armée phocidienne ; il a, dès lors, des partisans dans l'Heliade entière, même dans Athènes. Cependant, Athènes l'arrête encore aux Thermop^les (452).

La noble cité était toujours le centre des lettres et des arts. Ses grands poètes n'étaient plus ; mais elle pouvait s'enorgueillir de ses philosophes, dont les théories sont encore aujourd'hui le fond de notre enseignement. L'école de ce Socrate, que nous honorerons toujours pour avoir sacrifié sa vie h la dignité de la pensée, y était représentée par les disciples variés du brillant Platon, par l'universel Aristote, par l'ascétisme de Zenon et le cynisme de Dyogène, ces fâcheux qu'évitait volontiers la sérénité d'Epicure. Thucydide avait achevé son histoire. L florissait au barreau avec les Lysias et les Isocratt éloquence à la tribune avec Escbina et Démosthène. , sédaitmème un bon général, Phocion, qui avait défen

et TEubée. Enfin, sa langue, le dialecte attique, était devenue l'idiome littéraire de la race entière*

Démosthène fut un grand citoyen. Il fit pour sa patrie tout ce que la parole pouvait faire. Mais contre la phalange, il fallait autre chose que la furie des Philippiques et des Œynthiennes. Olynthe tomba (348). L'Eubée, TÂttiquemême^ furent envahies. Les Macédoniens commirent l'inutile sauvagerie de renverser les trophées de Marathon et de Salamine.

En dépit d*une trêve négociée par Démosthène au risque de sa vie, Philippe, sous prétexte d'une seconde guerre sacrée, franchit les Thermopyles, accable les Phocidiens^ et s'adjuge la voix que ce malheureux peuple possédait encore dans le conseil amphictyonique (348). Membre, désormais^ et maître du corps hellénique, il" attend que les réactions lui créent des partisans dans toutes les villes de la Grèce ; il retourne guerroyer vers le Danube et assiéger les dernières colonies de THellespont, que Phocion réussit encore à sauver. Cependant, ses agents salariés travaillaient pour lui, dans Athènes même. Le traître Eschine parvenait à lui faire décerner la direction d'une nouvelle guerre sacrée contre les Locriens. Pour un suprême effort, Démosthène réunit Thèbes et Athènes. Mais Theure sombre est venue. Athènes et la liberté succombent noblement à Ghéronée (338). Et, par une ambitieuse ironie, Philippe se fait proclamer par les Amphictyons généralissime des Grecs contre les Perses.

De Marathon à Ghéronée, la Grèce a vécu : victorieuse et glorieuse par Athènes et la démocratie; troublée, humiliée devant la Perse, livrée à la Macédoine par Lacédémone et par la réaction cléricale. Elle traîne désormais une existence précaire, une longue agonie. Et c'est un barbare hellénisé, qui, héritier des Thémistocle, des Cimon, des Agésilas, va répandre sur l'Orient, porter jusque dans Tlnde, cette gloire antique confisquée par Philippe, ce grand nom qu'il usurpe, ce flambeau dont la pourriture d'Asie va empoisonner la lumière.

Page 1