‹ L'histoire; entretiens sur l'évolution historiqueChapitre 21 sur 32 · NORMANDS D'ANGLETERRE ET D'ITALIE · texte numérisé non relu

NORMANDS D'ANGLETERRE ET D'ITALIE

La Grande-Bretagne, abandonnée par les légions romaines, est envahie par les Pietés et les Scots. — Les Bretons Logriens appellent à leur aide des aventuriers saxons. — La conquête saxonne. — Résistance glorieuse du Cambrien Arthur. — Établissement des Angles entre le Forth et la Tamise. — Les Bretons, refoulés dans le pays de Galles, émigrent en Armorique. — L'Heptar- -chie anglo-saxonne. — Incursions des Northmen ; invasions des Danois et des I^orvégiens. — Alfred le Grand. Athelstan. «- Conquête danoise : Canut le Grand; Hardicanut. — Restauration saxonne : Edouard le Confesseur. — Bivalité de Harold, fils de Godwin, et de Guillaume le Bâtard, duc de Normandie. — Bataille d'Hastings. — Conquête habile, féroce, spoliatrice de l'Angleterre. — Caractère à la fois féodal et absolu de la suzeraineté royale.

— Religiosité, rapacité, ténacité : traits durables de la nouvelle nation. — • Danger pour la France d'une Angleterre à la fois insulaire et continentale. — Les Normands en Italie; pèlerinages et aventures. — Anarchie et prospérité de l'Italie méridionale. — Dès 1028, un comté normand dAversa devient le point d'appui des bandes normandes. — Robert Guiscard bat et se concilie le pape Léon IX, délivre tardivement Grégoire VII assiégé dans le môle d Adrien.

— Il laisse son frère Roger achever la conquête de la Sicile, et guerroie, avec des chances diverses, contre les Vénitiens et les Byzantins. — Vaillance et ambition de Robert Guiscard. <— Longs démêlés entre l'Église romaine et les

: Eglises orientales. — Les Iconoclastes. — Anathèmes échangés. — Le patriarche Photius ; le schisme. — Le saint-siège a grandement besoin, pour rétablir le prestige catholique, d'un triomphe remporté par la chrétienté d'Occident.

Reléguées sur les extrêmes confins de Tancien monde, les !Ies Britanniques sont restées longtemps en dehors de Thistoire. Au temps de Texpansion phénicienne, elles fournirent, il est vrai, à l'industrie occidentale l'élément nécessaire du bronze, rétain des Gassitérides. Elles furent, à l'époque de l'indépendance gauloise, le berceau ou le refuge de l'institution druidique. Durant la période romaine, elles participèrent quelque peu, et tardivement, à la civilisation générale. Mais, au moment où la propagande chrétienne allait rattacher l'Irlande et le midi de la Bretagne à l'Europe latine, le départ des légions rappelées par l'empire aux abois laissa les Bretons, divisés entre eux, sans l'histoire. 29

défense contre les incursions des Pietés et des Scots demeurés sauvages et libres. Les Cambrions, maîtres de la partie occidentale, avaient gardé toute leur énergie guerrière ; mais les Logriens, demi-civilisés^ possesseurs de Londres, la capitale reconnue de l'île entière^ avaient perdu sous le joug romain l'habitude des armes. Leur pendragon ou pentetp^n Wortigem, mal soutenu par les Gambriens^ crut devoir prendre à sa solde certains écumeurs de mer, qui relâchaient volontiers sur la côte de Kent, dans la petite île de Thanet (448). Ces aventurais» Hengist et Horsa, après avoir vaincu les Pietés, refusèrent de quitter le pays qu'ils avaient délivré ; leurs bandes, incessamment accrues de nouveaux immigrants, s'emparèrent du Kent; des flottilles nombreuses jetèrent bientôt sur la côte méri'dio* nale^ et jusqu'en Irlande, des envahisseurs non moins tenaces; et, avant la Gn du v^ siècle, quatre petits royaumes intrus, ayant pour capitales Canterbury, Chichester, Winchester et Londres, avaient refoulé les Bretons jusqu'à la pointe de Gornouailles et au delà de la Severn, dans les montagnes galloises.

Les conquérants^ proches parents des Gots, des Jutes et des Scandinaves^ étaient venus, en grande majorité, de la Saxe maritime, avec leurs dieux nationaux, Woden, Thor, Freya^ Dyu> Surtur^ dont les jours de la semaine portent encore les noms : Wednesday (mercredi), Thursday (jeudi), Friday (vendredi), Tuesday (mardi), Saturday (samedi) ; avec leurs mœurs barbares et turbulentes; avec leur langue enfin, qui s'est complètement substituée aux dialectes celtiques. Leurs querelles infimes, les crimes monotones de leurs sanguinaires principi* cules, offrent moins d'intérêt que la longue et vaillante résistance des Cambriens. Pendant plus de vingt ans (520-542), le brave roi Arthur, le héros de la légende celtique, tint en respect les Saxons de l'ouest, du Wessex; mais l'indépendance bretonne ne lui survécut guère. Les Angles, chassés du Mecklembourg par les Slaves Obotrites, à Tétroit sur cette lisière maritime où ils remplaçaient les Saxons, quittèrent à leur tour le continent. Un premier ban, mené par Idda et ses douze fils, en 557, aborda

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entre PHumber et le Forth ; d'autres contingents prirent terre dans le Norfolk et poussèrent, dans l'ouest, jusqu'aux montagnes de Galles et au Cumberland. Les Cambrions du nord luttèrent quelque temps et succombèrent. Le pays de Galle« même fut envahi et son fameux monastère de Bangor livré aiuc flammes. Trois royaumes angles, Northumbrie (Bernicie et Deira), Mercie (dansFintérieur), Estanglie, vinrent s'ajouter aux quatre royaumes saxons ; et l'Angleterre proprement dite, du Forlh et de la Clyde aux rivages du sud, se trouva définitivement ravie aux anciens possesseurs du sol. La plupart des Bretons qui ne purent se réfugier dans le pays de Galles ou en Irlande cherchèrent un asile dans une nouvelle Bretagne, en Armorique.

L'Église n'avait pas tardé à entreprendre l'éducation des Anglo- Saxons; vers la fin du vi« siècle, un roi Elhelred, circonvenu par sa femme et par un envoyé du pape Grégoire, abandonna ses dieux; et lentement, de proche en proche, non sans retours fréquents à Tancien culte, l'adresse des missionnaires transfor9ia en réjouissances chrétiennes les festins sacrés dont ia fumée avait si longtemps nourri Woden et Freya. Des évêchés, de nombreux monastères, surent tirer, cela va sans dire, de la piéjté royale et populaire des aliments plus solides, terres, honneurs et richesses. Les longs ciseaux de Rome tondirent ce troupeau naïf. Les papes obtinrent d'un roi dévot l'institution du fameux denier de Saint-Pierre. Il est vrai qu'en échange de ces libéralités, les biens spirituels ne furent pas refusés à l'heureuse contrée. L'Angleterre saxonne eut ses saints, ses docteurs, même ses lettrés, un vénérable Bède, un ingénieux Alcuin ; des écoles répandirent quelques lueurs dans cette barbarie, tout effarée devant les nécessités d'un ordre social quelconque. Mais ni l'intellect ni le tempérament de ces convertis ne se plièrent sans peine et sans dommage aux disciplines nouvelles. Les mœurs n'en furent guère amendées; bien que plus d'un prince repen^ tant allât pèleriner à Rome ou expier sous le froc les crimes de sa vie, le meurtre, la trahison, la débauche ne cessèrent point d'avoir large part aux habitudes, aux relations publiques et pri-

vées. Des âmes pleines encore de souvenirs liéroïques, d'aventures bizarres, de passions et d'actions effrénées qui animent l'épopée de la race — le poème de Béowulf — étaient comme affadies, comme hébétées, par la doucereuse platitude de l'idée chrétienne. Le peuple, assagi moins qu'énervé, se trouvera sans force, sans ressort, contre les calamités que lui réserve un très prochain avenir.

Dès Tan 787, les Northmen, ces c rois de mer » si funestes à nos Carlovingiens, s*étaient abattus sur les côtes d'Angleterre ; c^t les Danois, attirés par les Angles leurs voisins, affluaient enNorthumbrie. Leurs immigrations, tantôt paciGques, tantôt et plus souvent violentes, se continuèrent pendant tout le ix« siècle. Réprimées avec succès par un Egbert le Grand, qui réussit à imposer sa suzeraineté à Tancienne heptarcbie (800-840), elles désolèrent les règnes troublés de ses quatre ou cinq successeurs.

En 871, Alfred, réduit aux quatre principautés saxonnes, dut se borner ù défendre la ligne de la Tamise ; Northumberland, Mercie, Estanglie, tout le pays angle était aux mains des Danois. En 876, les envahisseurs se jetèrent sur le sud-ouest; la ville d'Exeter périt dans les flammes. Deux ans plus tard, abandonné par ses vassaux, Alfred disparut ; caché sous des haillons de pécheur, dans un marécage de la Cornouailles, il attendit que l'humiliation rendît quelque courage aux Saxons. A la tête d'une petite troupe de désespérés, il escarmouchait contre les bandes danoises; enfin, au bout de six mois, relevant, dans le Somerset, l'étendard royal, il remporta, en 879^ une grande victoire et put rattacher au bassin de la Tamise reconquis certaines villes de la Mercie, Lincoln, Leicester, Stanford, Derby. Les chefs danois acceptèrent le baptême. Quinze ans plus tard^ son petit royaume courut encore un grand danger. Le fameux pirate Hasting, débarqué dans le Kent, marchait sur Londres ; le nord s'ébranlait déjà, quand Alfred y courut ; les milices londoniennes assiégèrent Hasting dans son camp ; et celui-ci reprit la mer et la route des Gaules (893).

Le souvenir d'Alfred -. il mourut en 901, à l'âge de cinquante

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