‹ L'histoire; entretiens sur l'évolution historiqueChapitre 22 sur 32 · NORMANDS B ANOLETBHRB EX D ITALIE. MS · texte numérisé non relu

NORMANDS B ANOLETBHRB EX D ITALIE. MS

ans — est resté cherâ l'Angleterre. Dix uns de combats, vingt ans de paix, une administration sage et réparatrice, de vrais tulents d'organisateur et de législateur, une intelligence et un savoir très rares en ces temps d'obtuse ignorance, ont valu à ce prince le nom de grand. Il traduisit en langue vulgaire certaines élucubrations latines, Piiul Orose, Bède, quelques passages des Confessions de saint Augustin, une lettre pastorale de Grégoire; il fonda diverses écoles et, dit-on, l'Université d'Oxford. Il s'acquitta aussi de besognes plus urgentes, entretenant les forteresses, remplaçant les anciennes levées temporaires par des milices permanentes, assurant les c<)tes par les croisières d'une ilotto de cent vingt vaisseaux. Une police et une justice sérieuse, reposant sur une hiérarchie àe comtés, centuries et dizaines, de jurys, d'assises locales qui relevaient du Wit(enag«no( (assemblée des sages), réprimèrent le brigandage, rétablirent dans les campagnes l'ordre et la paix.

Ce fut grâce aux travaux d'Alfred que ses premiers successeurs, Edouard, Athelstan, Edmond, le second surtout, purent tenir en respect et même englober les remuantes populations anglodanoises. Athelstan (925-940) fut véritablement le premier roi de toute l'Angleterre ; il soumit au tribut tous les chefs gallois ; il battit les Danois et les ScÔts, força le roi d'Ecosse Constantin à reconnaître sa suzeraineté. En 937, une formidable coalition le rappela aux bouches de l'Humber ; Écossais et Danois Northumbriens venaient de joindre une flotte de six cents voiles, envoyés d'Irlande par un Olaf, conquérant danois de Dublin. Athelstan triompha, à Brunanburgh. Après lui, le Dragon du Wesseï ne fut pas toujours aussi heureux contre le Corbeau des enseignes Scandinaves. Edmond se vit contraint (943-944) d'abandonner le nord par traité à Olaf; Jl mourut cependant, ainsi au'Edred (946-95S), « roi des Anglo-Saxons, des Northurabriei Bretons ». Mais, trente années durant, la moine, Dunstan, abbé de Glastonbury, émoussa l'énergie des rois. Une nouvelle pc trouva les eûtes démunies; Southamplon,

lurprises. Ua triste sire, Ethelred II (978-i018), qui ne sut qu'acheter ses ennemis ou les massacrer par une odieuse trahison (iOOO), se vit menacé dans Londres, soit par la Severn^ soit par la Tamise, dépouillé des provinces du nord par des Olaf, roi de Norvège, des Swénon, des Turkhill, pourchassé enfin jusque dans nie de Wight.

En 1015, Swénon^ après avoir dévasté tout le centre de l'Angleterre, entra dans Londres^ et son fils Canut y fut proclamé roi. L'année suivante, après la mort d'un Edmond Côte de Fer, ce Danois fut accepté de toute TÂngleterre et même d'un assez puissant voisin, Richard 1", duc de Normandie, pourtant oncle et protecteur naturel des princes légitimes. Tandis que ceux-ci, fils d'Ëthelred, s'enfuyaient jusqu'en Hongrie, leur mère, Emma, sœur du Normand Richard, épousait Canut, dont le règne, né dans le sang, se continua, non sans gloire, dans une paix relative (1035). Maître de la Scandinavie tout entière, Danemark^ Norvège et Suède, suzerain de l'Ecosse, Canut gouverna l'Angleterre en Anglais, etitouré de fonctionnaires saxons, appliquant le droit saxon, véritable continuateur d'Alfred et d'Aliieistaii. Chrétien d'assez fraîche date, il proscrivit cependant le culte de Wodeu, l'adoration des astres et la sorcellerie ; il multiplia les couvents, rétablit le denier de Saint-Pierre^ longtemps oublié ; prenant la besace et le bâton du pèlerin^ il fit le voyage de Rome pour expier les fureurs de sa jeunesse.

La conception barbare du butin patrimonial, le partage de l'empire anglo-scandinave entre les quatre fils de Canut dit le Grand, ramena l'anarchie et précipita la décomposition de ce petit monde anglo-saxon, si éprouvé^ si divisé, si incapable de cohésion patriotique. Le plus puissant des Saxons, Godwin, serviteur et favori de Canut, ministre de la reine normande Emma, tuteur du jeune Normand-Danois Hardicanul, régna sur le bassin de la Tamise et sur les anciens États saxons. Le nord, le pays des Angles et des Danois, fut laissé à un Harold-Pied-de- Lièvre, un pur Scandinave, qui ne tarda pas à s'emparer de 7ute l'Angleterre. Puis, en 1040, Emma et Hardicanut, qui

NORMANDS DANOLETËRRB ET D ITALIE, iUt

s'étaient réfugiés à Bruges, reparurent victorieux. Pendant une année, le malheureux royaume fut la proin d'un fou sanguinaire et débauché, sorte d'infime Caliguta. L'Angleterre, délivrée de Hardicanut, essaya de so reprendre, accueillit un ûls d'Bthelled, le vacillant Edouard le Confesseur, Saxon il est vrai, mais élevé par ses oncles el cousins normands.

Godwin, sans l'adhésion duquel Edouard n'aurait pu régner, s'adjugea d'abord toutes les fonctions et tous les pouvoirs. Sa fille Edith fut reine ; ses six fils occupèrent tous lea gouvernements et les charges de la couronne. Lui-même était maître de tout le sud. Dans son étroite sujétion, Edouard s'entoura de Français et de Normands, dont l'insolence, irritant les Saxons, assura la popularité de la famille de Godwin. Un moment chassé et proscrit (lOSI) avec tous les siens, celui-ci arme en Flandre une flotte qui s'empare de Wight. Harold, son (ils aîné, à la têts d'uneescadre irlandaise, lejointà l'entrée de la Tamise. Edouard assiégé dans Londresdut renoncer à ses velléitésd'indépendance, reprendre sa femme Edith, et reconnaître Harold pour grand maître de sa maison, gouverneur du Wessex, du Susses, du Kent etdel'Essex. Il y eut grand massacre d'étrangers, fuite d'évèqu es normands (1 053-1 0S3). Jusqu'en I06S, Harold fut le véritable roi. L'autre, laissé à ses exercices pieux, rappelait vainement de Hongrie des neveux oubliés, intriguait en Normandie avec les prélats exilés, faisait espérer le trône â son cousin Guillaume. Vers la fin de sa vie cependant, il parut abdiquer ses rancunes, bien justifiées. H se rappela qu'il était Saxon, dernier représentant duj>remier roi de Wessex, Cerdic ou Cédric. £t c'est conformément à ses vœux que le Wittenagemot décerna la couronne à Harold qui en exerçait depuis quinze ans tous les droits (janvlerl066).

Couronne funeste, liélas ! ardemment convoitée par un rapace d'autre vol que le brave et naif Saxon ; couronn promise à l'astucieux bitard de Bobert le Diab cbeuse aventure de Harold naufragé en Normal prêter à son ennemi transformé en hôte flatt<

serment d^aliégeance, au-dessus d'un pot plein de'reliques. Cette supercherie, correctement présentée à Rome^ valut au Normand une bulle d'investiture, et Tappui, nullement désintéressé, de l'Église. Guillaume eut cependant quelquejpeine à recruter une armée ; ses sujets hésitaient. Il fit appel à tous les irréguliers^ à tous les soudards des Flandres, de TArtois, de TÂnjou, du Maine, de la Bretagne, et parvint, dès juillet, à réunir à Tembouchure de la Dive soixante mille hommes et trois mille navires. Lie mauvais temps faillit faire anrorter Texpédition ; la flotte diminuée, les troupes affaiblies, durent se réfugier à Saint-Valery ; enfin des reliques promenées en grande pompe à travers le camp « rendirent les vents favorables » ; et Guillaume débarqua sans résistance^ le 28 septembre, à Pevensey, sur la côte de Sussex.

Harold, retenu dans le Nord par une invasion norvégienae combinée avec une révolte de son frère Tostig, venait à peine de délivrer York et de remporter une victoire complète, quand il apprit Tarrivée des Normands. Sans se donner le temps de réparer ses pertes et d'accroitre son armée, malgré les sages avis de son frère Gurth — troublé aussi, en tant que dévot chrétien, par le parjure que lui reprochait son rival — il courut au-devant de sa destinée. Il combattit plus en soldat qu^en roi, se laissa prendre à une retraite simulée de Tennemi, et mourut bravement au pied de son étendard. 11 faut lire dans Augustin Thierry Tadmirable récit de cette bataille d'Hastings (14 octobre 1068), qui est une des grandes dates de l'histoire du monde ; c'est d'elle, en effet, que procèdent la fortune et le vaste essor de l'Angleterre. On ne sait qu'y admirer le plus, de la bravoure des Normands ou de leur inconscience morale; ces bandits, qui viennent pour « gaigner x>, pour piller et massacrer sans aucun motif des gens qui ne leur ont jamais fait aucun mal^ se sont préalablement confessés; ils ont été bénis par l'évèque de Bayeux; et cela leur suffit ; parfaits chrétiens et voleurs sans scrupule, ils vont fonder une nation fertile en contrastes, et greffer la nature déjà si com-

Te du Normand (demi- Scandinave, demi-neustrien), sur sse bonhomie saxonne. Guillaume n'a pas précisément de

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