‹ L'histoire; entretiens sur l'évolution historiqueChapitre 23 sur 32 · NORMANDS D AMOLETEHRB ET D ITALIE · texte numérisé non relu

NORMANDS D AMOLETEHRB ET D ITALIE

vices, SDCore moins de vertus; il est très vaillant et très habile, très dui, très Apre k la curée, nullement aimable ni brillant ; et cependant il apporte, sans y son|;er, quelque civilisation, quelque élégance, une langue moins rude et plus claire que le lourd et rugueuxparler saxon. Ce n'est pas tout. En rattacbantla grande lie à ses possessions continentales, il ouvre au commerce, h la marine, à la puissance de l'Angleterre cette carrière immense, ce prodigieux avenir dont la race anglo-saxonne n'aurait peutêtre, sens lui, jamais soupçonné la grandeur. Non pas qu'il entrevit lui-même les conséquences lointaines de sa victoire ; non pas que l'élroitesse de l'esprit féodal et, plus tard, Paveugle (urie du fanatisme religieux ne dussent restreindre et ralentir pendant quelques siècles l'essor du génie et de la domination britanniques. Hais il y a dans la succession des elTets et des causes une force cachée â ceux-là mêmes qui l'ont mise en mouvement. La fortune de TAngleterre, son action redoutable sur l'univers, ont eu pour point de départ l'entreprise égoïste de Guillaume le Conquérant.

Le désarroi des vaincus permit aux Normands de s'avancer en toute sûreté vers la Tamise, brûlant, pillant, massacrant à plaisir. Londres, cerné de toutes paris, ouvrit ses portes. Guillaume, après une assez courte hésitation, ût son entrée solennelle; il fut lâchement acclamé. Couronnéà Westminster, le jour de Noël, par l'archevêque d'York, avant même de visiter l'ouest et le nord encore insoumis, il s'occupa d'une première distribution du butin. Il commença par frapper Londres d'un énorme tribut, qui servit à apaiser les plus impatients parmi ses compagnons ; puis, faisant inventorier toutes les propriétés publiques et privées, il les prit ou les distribua toutes. Ainsi avait agi Rollon en Normandie, C'était dépasser, et de bien loin, en rapacité les Francs et les Gots. Tous ceux qui avaient combattu ou résisté, tous ceux quis'étaient dérobés à l'hommage, furent to Les églises mêmes et les monastères se vir vreté évangélique ; une partie de leurs tréso et abbés d'outre-mer; de notables préseni

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dard d'Uarold, prévinrent les susceptibilités du saint-siège. Guillaume connaissait parfaitement le précepte sacré : « Faites-vous des amis avec les richesses mal acquises. * Une attribution libérale de bourgades, de domaines^ d'héritières saxonnes, de maisons, de terres et d^argent ne laissa sans récompense^ sans g^lo^ aucun des vainqueurs d'Hastings, depuis le baron et le cbevalier, jusqu'au varlet, sergent ou goujat d'armée.

Cependant il couvrait de citadelles le pays conquis, désarmait les villes, remplaçait les gouverneurs indigènes, exigeait partout des serments de fidélité et des otages. Confiant sa conquête à son frère Eudes, il courut triompher à Rouen, et surtout déposer en lieu sûr son butin personnel, d'immenses richesses fi 0^7^; il revint juste à temps pour comprimer une révolte générale, prodigua les promesses autant que les menaces (1068), marcha sur l'ouest, emporta Exeter où s'était réfugiée Githa, mère d'Harold, conquit le Somerset, le Glocester, la Gornouailles ; sûr du midi, il se tourna vers le nord soulevé tout entier; la prise, rincendie, le massacre d'Oxford, de Leicester, de Derby, de Nottingham, de Lincoln, d'York enfin, dispersent, écrasent, les forces coalisées des Saxons, des Cambriens, des Ecossais (1069). Rappelé au midi par une descente de deux fils de Harold; au nord par une invasion danoise, par la rébellion d'York et la proclamation d'un roi national ; à l'ouest par les mouvements des Gallois, et encore par la conspiration de Hereward dans les provinces centrales de Test; partout victorieux, mais après quatre rudes années (1072), il put se considérer comme maître absolu du territoire entre la mer des Gaules et la Severn, la Tweed et le cap de Cornouailies ; alors affinèrent dans les nombreuses régions saccagées et dépeuplées les aventuriers du continent, heureux de se ruer à la curée sans avoir été à la peine. Les Saxons, asservis ou réfugiés dans les bois, serfs désolés, outlaws hardUis mais impuissants, les uns rançonnés et battus, les autres tués comme des chiens, subirent leurs misères en silence. Des querelles avec ^es Manceaux et les Angevins, avec son fils aîné Robert, avec le

4tif roi de France Philippe I«', n*ébranlèrent pas la puissance

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du conquérant (1086), qui put achever et réglementer son œuvre de spoliation. Par un registre cadastrai fameux, rédigé en français^ livre appelé par les vaincus Booms day booh^ livre du Jour du jugement, titre nouveau et définitif de la propriété en Angleterre^ tous les lots grands et petits, laïques et ecclésiastiques, en terres^ en hommes, en revenus, avec les obligations correspondantes, furent révisés et fixés avec une précision^ une rigueur vraiment extraordinaires pour ces temps de désordre social. La féodalité anglaise y est constituée non sur un accord entre les vassaux et le suzerain, mais sur la volonté, le bon plaisir du souverain, qui accorde, et révoque s'il y a lieu, les grâces concédées à des sujets. Le roi reste non seulement le suzerain des suzerains, mais le propriétaire réel et direct de tous les domaines alloués; si hien que le moindre vassal, comme le plus haut^ a deux maîtres, son suzerain immédiat, baron, comte ou duc, et le roi. De là vient l'originalité des luttes politiques en Angleterre, la coalition de Taristocratie et du peuple contre la royauté. Sur le continent, au contraire, la royauté s'appuie sur les communes, sur le peuple, contre Taristocratie, jusqu'au jour où, trahissant ses alliés, elle sacrifiera la nation à la noblesse et au clergé, dont elle partagera la ruine.

L'occupation de PAngleterre par les Normands, la plus singulière aventure de ce moyen âge si fécond en surprises, ne fut pas, comme on sait, la seule conséquence de rétablissement des Northmen en Neustrie, de ce si curieux compromis entre la finesse matoise du Galio-Romain et la rapacité féroce du pirate Scandinave. D'autres descendants des compagnons de Rollon s'en allaient, dès les premières années du xi^ siècle, chercher fortune en Espagne, en Grèce, voire en Palestine, car ils combinaient, dans un parfait amalgame, la piété, la vaillance et la soK des biens positifs. En 1006, quarante pèlerins normands, revenant d'Orient, abordèrent à Salerne, tout à point pour arracher à une bande de Sarrasins les dépouilles de la ville rançonnée. Les riches présents qu'ils rapportèrent, leurs récits avantageux, popularisèrent la profession de pèlerin en Italie. Dès iOlO, i019,

il fut d'usage d'aller prendre service à la solde des ducs lombards ou byzantins, des villes maritimes qui formaient autant de petites républiques précaires tout autour de Tancienne Grande- Grèce.

Nous avons jeté déjà un rapide coup d'oeil, forcément bien sommaire, sur l'étrange et pourtant très vivante anarchie de ritalie du nord, pleine de ducs et de marquis^ de rois et d'empereurs, mise à feu et à sang, ballottée entre Ténervemeiit et l'exaspération, appelant et trahissant les Provençaux, les Savoyards, les Germains^ les Hongrois et les Sarrasins de Ligurie ; nous avons esquissé le tableau de cette Rome invraisemblable, où se rencontraient les courtisanes reines, maîtresses et mère& de papes folâtres, les tribuns d'aventure tels qu'Adail>ert ou Crescentius, et les Césars saxons peu rassurés, tenus en échec, humiliés par d'ambitieux théocrates. Mais nous avons dd laisser dans l'ombre quelques intéressants essais de vie indépendante, d'expansion demi-armée, demi-commerciale, soit dans les lagunes de l'Adriatique, d'où Venise commençait à rallier toutes les villes de l'Istrie et de la côte dalmate ; soit sur la lisière de Ligurie et à l'embouchure de TArno, d'où Gênes et Pise, se tenant à récart des troubles de l'Italie centrale, disputaient aux musulmans la mer et les rivages de Corse et de Sardaigne ; soit enûn le long des golfes méridionaux où Naples, Amalli^ Salerne, Tarente, Otrante, Brindes, Bari, sous la suzeraineté lointaine des empereurs grecs, échappaient le plus souvent à l'autorité des seigneurs lombards et des gouverneurs byzantins, tout en s'arrangeant de leur mieux avec les pillards de la Sicile sarrasine. Ces villes du midi, riches et animées, sans cesse tenues en alerte par les attaques du dedans et du dehors, bordaient un territoire morcelé en menues principautés^ grecques ou lombardes, convoité par les papes et les empereurs d'Allemagne, sans cesse infesté par des mercenaires grecs, par des troupes féodales et par des armées germaniques, les seules redoutables, mais dont l'intervention était nécessairement la moins fréquente.

Quelles occasions de « gaigner » n'offrait pas à des partisans

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