CAPÉTIENS ET PLANTAGENETS
Les Welf et les Wibling. — Conrad de Hohenstaufen et Henri le Superbe. — Frédéric Barberousse lutte contre la féodalité germanique, le municipalisme italien et l'ambition papale ; longtemps vainqueur, il éprouve à Legnano un désastre complet et subit la loi du pape Alexandre III. — Henri VI conquiert les Deux-Siciles.— Frédéric II, pupille d'Innocent III, réussit d'abord à ceindre la couronne impériale ; mais il échoue dans son projet de rattacher l'Allemagne auxDeux-Siciles; le centre et le nord de l'Italie lui résistent.— Il perd l'empire et meurt vaincu. — Grands talents de Frédéric II. — Interrègne. — Rodolphe de Habsbourg fonde la fortune de la maison d'Autriche. — Triste fin des Hohenstaufen : Manfred, Charles d'Anjou, Conradin. — Obscurité des preiniers Capétiens. -- Habileté de Louis VI. — Médiocrité de Louis VII; sa femme répudiée, Éléonore de Guyenne, porte en dot un tiers de la France à Henri Plantagenet, duc de Normandie et d'Anjou, roi d'Angleterre. — Assassinat de Thomas Becket.— Révoltes des fils de Henri Plantagenet.— Philippe- Auguste confisque la Normandie, le Maine, etc., et remporte à Bouvines une célèbre victoire sur une coalition anglo-germanique ; il gouverne avec sagesse. — Talents, vertus et lourdes fautes de saint Louis.— Éclat de l'architecture sous son règne ; décadence de l'épopée ; progrès de la scolastique.— Philippe le Bel fait souffleter le pape, brûler les Templiers : il altère les monnaies ; c'est un maître homme, mais sans scrupule et sans foi. — Une corruption éhontée règne dans le monde féodal sous le règne des trois derniers Capétiens directs.
Il existait, au x« siècle, des Welf d'Aldtorf qui s'unirent par le mariage à une famille italienne, les seigneurs d'Esté, issus de quelque marquis toscan, un Guy, un Lambert, et intimement liés avec les aïeux de la grande comtesse Mathilde. L'empereur Henri IV, ayant eu la chance de s'emparer de la Bavière, au lieu de la garder, la donna à un Welf, dont le fils épousa la riche et puissante Mathilde. Bien que cette union eût été peu durable, elle avait singulièrement ajouté à la renommée de cette maison des Welf, dont les possessions couraient entre le Danube et les Alpes, depuis la Suisse jusqu'à l'Autriche et la Styrie, et qui pouvait réclamer de grands domaines en Italie. Lorsque l'em-
pereur Lothaire eut donné, avec sa fille unique, son duché de Saxe à l'héritier des Welf, Henri le Superbe, il crut certaine* ment avoir assuré la couronne à ses petits-enfants. Les États du jeune duc de Bavière et de Saxe dépassaient en étendue ceux des OUons ; et Torgueilleux feudataire se targuait de régner du Danemark à la Sicile. Ce forent précisément sa puissance et sa superbe qui Técartèrent du trône. Tandis qu'il convoquait ses partisans à Mayence, l'archevêque de Trêves appelait à Coblentz quelques princes et les décidait à proclamer Conrad de HodeustaufeUf seigMur de Wibling , duc de Frsincmiie, neveu de Heim Y. Le frère de Conrad, Frédéric, était duc de Souabe. Telle est Torigine des termes guelfe et gibelin et du sens qu'j attachèrent bientôt les fK^puiattens italiennes : welf^ enoeni da eésarisBÊe, mais, fatalement, ami de l'Église ; wibling, partisan de l'empire et de Taatorité laïque. Ces deux significations admettaieat, d'ailleurs, bien des nuances.
En ces âges d'immoralité profonde et de dévotion universelie, il y avait, en Ailemagne, des évéques guelfes, en Italie^ des villes gibelines; les papes passaient de Tune à l'autre opinion, tantôt pieîas d'exigence et de jactance quand rautorité knpériale semblait fléchir, tantôt humbles et suppliants qnand la ^l^uce des partis les chassaient de Rome. Conrad, cependant, triomphait de son compétiteur. Henri ie Superbe, débasqoé de la Bavière, mis au ban de Tempire et convaincu de félonie, perdit encore la Saxe, donnée à un margrave de Branibor (Brandebourg); et son fils adolescent se vit réduit à une nainlme prîncipauté de Brunswick. Mais l'empereur, malgré de fréquents appels, n'osait se risquer en Italie. Un Welf se maintenait en Bavière, et îes Saxons préféraient au Brandebourgeois ieur jeune dnc exHé. Conrad, espérant qu'une croisade apaiserait les guerres privées, partit peur l'Orient et n'en revint que pourmonTir, battu et humilié (1152). Son successeur, son neveu Frédéric de Souabe, dit Barèeroirwf , si fameux par ses triomphes et ses revers, prit le pouvoir sous d'heureux auspices. Welf par sa mère, il crut pouvoir, sans danger, rendre à son parent Henri le Lion ht Saxe