GUELFES ET GIBELINS, CAPÉTIENS ET PLÂNTÂGENETS
légat, à Aix-la-Chapelle. L'empire lui échappait. Au moment où, maître de la Toscane (les Uberti, gibelins, avaient chassé les guelfes de Florence), il marchait au secours de son fils Enzio en Bomagne, celui-ci était défait et pris par les Bolonais (1249). Accablé par ce revers, il retourna mourir près de Lucera (décembre 1250).
Ces notes rapides laissent entrevoir les vicissitudes de cette terrible existence, mais elles n^ont pu révéler les talents supérieurs, la haute culture de Frédéric II, l'éclat de sa cour, le charme de son esprit savant et lettré. Il parlait toutes les langues, l'arabe, le grec, le latin, Titalien, le provençal, l'allemand ; et sa liberté d'esprit méritait toutes foudres de TÉglise, qui ne lui ont pas manqué. Ses fils Conrad et Manfred, non,moins excommuniés, continuèrent pendant seize ans sa vie d'aventures, cette lutte des gibelins contre les guelfes, dont la mort de |Manfred (février 1266) et l'odieux supplice de Gonradin (1268) furent les suprêmes épisodes. La brillante race des Hohenstaufen avait péri. Un farouche et sanguinaire ambitieux, Charles d^ Anjou, frère de saint Louis, avait hérité de leurs domaines italiens, pour lesquels il fut un exécrable fléau. Quant à l'Allemagne, morcelée en huit cents États qui guerroient entre eux, elle^voit en trente ans passer trois empereurs illusoires, Guillaume de Hollande, Richard de Cornouailles, Alphonse X de Castille.
Si toutefois on laisse de côté les démembrements continuels, les révolutions de famille, les brigandages des petits seigneurs nichés comme des vautours dans une^ multitude de repaires, de burgs fortifiés, on s'aperçoit que ce}long interrègne n*a pas nui au développement du commerce et à Taffranchissement des populations asservies. Les villes libres ou impériales dont les empereurs franconiens s'étaient fait un appui contre les grands vassaux, se multiplient, s'étendent, s'accroissent de tous les serfs fugitifs, se confédèrent pour l'échange et le trafic de leurs produits. Dès 1241, Hambourg et Lûbeck avaient formé une ligue commerciale, d*où sortit la célèbre ligue hanséatique. En 1247, Mayence, Cologne, Spire, Worms, Strasbourg et Bâle s'étaient l'histoire. ^^
unies dans une confédéralion rhénane. Partout, d'ailleurs, avec I les jurandes et les corporations, s'établissaient des magistratures locales, qui gouvernaient féodalement une banlieue de bourgades soustraites aux exaclions des hobereaux voisins. Henibres de la société féodale, les villes Turent admises aux assemblées politiques, aux diètes qui réglaient les querelles des feudataïres et désignaient les empereurs.
En 1273, un comte de Habsbourg en Brisgau, avoué des cantons libres d'Uri, Schwjtï et Unterwald, assiégeait Bâie et son évfique, lorsqu'on vint l'avertir que Louis de Bavière, au nom des sept électeurs, l'avait proclamé empereur à Francfort. Filleul de Frédéric II, il était passé au service d'Ottocar, roi de Bohême, d'Autriche, de Carinthie, de Moravie, puis était revenu prendre possession d'un modeste héritage. Sa bravoure et son habileté reconnues, plus encore ta médiocrité honorable de sa fortune, l'avaient fait préférer au trop puissant Ottocar. Rodolphe, c'était son nom, prit BâIe d'abord, puis se rendit à Francfort, se Bt couronner à Aix-la-Chapelle et prêta serment sur la croix de l'autel, à défaut du sceptre que les malveillants avaient dissimulé (1274). Sans perdre de temps, il maria trois de ses filles (il en avait six) au comte pulatin du Rhin, au duc de Saxe, au margrave de Brandebourg, tous trois électeurs, il humilia et battit i Markfeld, en 1278, son redoutable rival Ottocar, et s'adjugea l'Autriche, la Carinthie, etc., qu'il partagea entre ses fils, fondant ainsi ta maison archiducale et impériale d'Autriche ; il passa le Rhin et maintint la suzeraineté de l'empire sur la Franche-Comté, le Dauphiné et la Provence (1277). Vais il ae se risqua point en Italie ; sagement, il se contenta do vendre le plus cher possible à Florence, à Lucques, à Gênes, à Bologne, leur indépendance, et de restituer au saint-siège l'exarchat et la reste de l'État pontifical. Énergique et prudent, Rodolphe de
rendit à l'empire au moins l'apparence de l'unité. Il 1291, sans avoir pu transmettre la couronne à son
I avait assuré la puissance et l'avenir de sa maison.
pour te moment l'Allemagne et l'Italie à leurs dis-
ODELFBS ET GIBELINS, CAPÉTIENS BT PLANTAQENBTS. SIS cordes intérieures et à leur développement national; et observons en Occident le croissance pénible de la royauté française, et les prodromes de l'inévitable rivalilé qui va la mettre aux prises avec l'Angleterre.
Réduits à une partie des domaines de leur maison, â la souveraineté de ri le- de-France, de l'Orléanais et de la lisière picarde, les quatre premiers Capétiens vécurent sans gloire et sans puissance; Louis VI rÉveilté, puis le Oros, profita du désarroi jeté dans le monde féodal par la première croisade. Il bataille, avec succès, dans les environs de Paris, contre les sires et barons de Montmorency, de Montlhéry, deCoucy, du Puiset; il prend Corbeil; s'étend dans le Bourbonnais et l'Auvergne; réprime les attaques des comtes d'Évreux et de Champagne, intervient dans les troubles do FlandKi el tSche d'installer en ce pays un neveu du roi d'Angleterre, Guillaume Cliton, fils de Robert, duc dépossédé de Normandie. C'est un homme avisé qui Tait beaucoup avec peu ; il s'insinue entre les villes et les seigneurs et favorise., hors de ses États, les affranchissements communaux. La France prend figure. L'empereur Henri V, qui déjà touchait Reims, rentre dans les Ardennes sans pousser plus loin une entreprise d'ailleurs insensée.
Louis VII fut médiocre. Croisé piteux, mari niais, qui perd par UQ sot divorce (1152} toute la France occidentale, de Nantes aux Pyrénées, il ne manqua pas d'une certaine activité stérile, tantôt perdant, tantôt gagnant de minimes batailles contre son puissant vassal Henri Planlagenet, et occupa, sans accroc notable, le trône durant quarante-trois ans (1137-1180). H reste, pour l'histoire, Louis le Jeune.
Sa femme répudiée, Éléonore de i trouvé preneur de ses vastes dom croyait acquis à la France. En l'époui duc de Normandie, se vit suzerain C de la Touraine, de l'Auvergne, du Saintonge et de l'Aquitaine. Bientôt! trouva beaucoup plus richement poi
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même sur le continent ; Poitiers et Umoges, Angoulême, Agen, Bordeaux, venaient s'ajouter au Mans, à Caen, à Rouen. Heureusement pour Louis VU, Henri fît l'honorable mais très grosse faute de s'attaquer au clergé anglais, de vouloir modérer les privilèges abusifs concédés par Guillaume le Conquérant aux juridictions ecclésiastiques. Ayant choisi, pour faire prévaloir certaines constitutions adoptées en 1164 à Clarendou, un de ses familiers, qu'il fit investir du siège primatial de Cantorbéry, il trouva dans cet ancien ami un adversaire acharné jusqu'à la déraison. L'Église a fait un saint de ce Thomas Becket, parce qu'il fut lâchement assassiné devant l'autel (il-îO); mais il faut bien dire qu'il a été un ingrat et un traître.
Louis Vil avait, avec plus d'adresse qu'on n'eût pu s'y attendre, envenimé la querelle, accueilli Becket fugitif, ménagé une réconciliation, exalté le martyr, voué à l'exécratipn des fidèles l'instigateur du meurtre. Henri H s'en tira par une pénitence publique et par la conquête de l'Irlande orienta/e (ii7i); mais la jalousie d'Éléonore lui suscita de graves et perpétuais soucis, les rébellions successives et simultanées de ses quatre fils, Henri Court-Mantel, duc du Maine et d'Anjou, Richard Cœur de Uon, duc d'Aquitaine et fervent disciple du troubadour guerrier Bertrand dé Bom, Geoffroy, duc de Bretagne, et Jean sans Terre (non apanage encore). Toute une moitié de son règne se consuma en conférences,. combats, victoires, pardons, serments toujours violés. Le roi de France, malgré quelques échecs, se trouva bien de ces dissensions; A la fin Henri fut serré de si près par Richard et par le misérable Jean, qu'il mourut épuisé, brisé par le chagrin plus que par l'âge (H89).
La France possédait alors un jeune roi (vingt-trois ans), Philippe, qui eut les talents de Louis VI et, pour les déployer, un champ moins restreint- Peu scrupuleux sur les moyens de se -ocurer l'argent, il pressura fortement les juifs — c'était jage — ; peu soucieux de morale internationale, il aida de it son pouvoir Richard révolté contre Henri II;: mais il eut :t, entre temps, de rattacher au domaine royal le Valois,
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l'Aniiénois et le Vermandois ; s'il Dl la sottise de quitter sod royaume pour la Terre sainte, il eut soin de ue partir qu'après son grand et très peu sûr ami Richard, devenu roi d'Angleterre, et de reveRir avant lui pour exploiter la haineuse ambition du prince Jean. Tout cela ne brille pas sans doute par la loyauté. 11 ne faut pas demander h ces temps ce qui manque âouvent au nôtre. La grandeur du péril eicuse souvent ces menées. Bien que les Plantagenels reconnussent encore en France la suzeraineté du roi, la force des choses les faisait Anglais,et de leurs possessions françaises des annexes de l'Angleterre. Lorsque Jean eut assassiné son neveu Arthur, légitime héritier de la Normandie et de la Bretagne, Philippe saisit l'occasion : il le Tit déclarer déchu de Sefs usurpés par un crime, et rattacha pour plus d'un siècle la vieille Neustrie à le France. Il occupa aisément le Poitou, l'Anjou, la Touraine; la Bretagne devint fief immédiat de la couronne (12U3-1 305). Jamais encore la monarchie n'avait réalisé de tels accroissements.
Jean sans Terre, humilié, excommunié, puis vassal de l'Église (1213), essaya de prendre sa revanche de tant de hontes et de revers. Son neveu, l'empereur Otton, consentit à envahir la Flandre. La coalition fut vaincue h Bouvines, entre Lille et Tournai. Philippe, désormais Philippe-Auguste, vaillamment soutenu par l'infanterie des communes, y remporta une éclatante victoire, qui lit de la monarchie française la plus grande puissance de l'Occident latin. L'œuvre de Guillaume le Conquérant en fut ébranlée. La noblesse et les villes anglaises, après avoir arraché à Jean la Grande charte ( lèges de l'Église, l'indépendance > le vote de J'impAt, la liberté ini appelèrent au trOne lj)ui3, lils di de Jean sauva seule l'Angleten Louis dut céder la place à un enl consacrait, pour ainsi dire, les II
L'administration de Philipps-J royaume, divisé en bailliages et
sur la justice royale. Paris^ embelli, pavé, fortifié, monta sur la rive gauche jusqu'à la rue des Fossés-Saint-Victor. L'UniTersité reçut une dotation (1200). Notre-Dame, commencée au siècle précédent, étala irax yeux cette façade à la fois sobre et riche, qui demeure le modèle de Tarchitecture gothique.
Louis VllI (1223-1226), recueUlant le» fruits de Thorrible guerre albigeoise, s'empara d'Avignon, de Nimes, d'Albi et de Garcassonne. Sa mort prématurée n'arrêta pas les progrès de la monarchie. Sa veuve, Blanche de Gastille, aidée par le comte de Champagne^ Thibaut le Chansonnier, sut déjouer une ligue de vassaux mécontents (1231) qui refusaient d'accepter la régence d'une étrangère. Dès 1229, par le traité de Paris, Raymond VII abandonnait à la France Garcassonne et Beaucaire, et à son futur gendre, Alphonse de Poitiers, troisième fils de Louis VUI, le comté de Toulouse. Le concours de l'Église fut largemeût rétribué par le don du Gomtat Venaissin.
Plus tard, en 1242, une coalition du sud-ouest, dirigée par le roi d'Angleterre Henri III, fut vivement refoulée ; les victoires de Tailiebourg et de Saintes inaugurèrent véritablement le règne de Louis IX. Jusque-là, en effet, ce jeune prince avait vécu sous l'aile d'une mère impérieuse et dévote qui réglait l'emploi de ses heures, même ses relations conjugales. Il dut à cette discipline étroite les vertus, mais aussi les ridicules et, ce. qui est plus grave, les erreurs d'un saint, erreurs compliquées de puérilités dites chevaleresques et de scrupules féodaux. Par bonheur, en cet âge à la fois naïf et violent, la sainteté était un titre au respect et à la popularité. Enfin la nature avait donné à saint Louis des qualités que ne put étouffer la discipline maternelle : la bienveillance, le sens de Tordre, l'amour de la justice, une dignité vraiment royale. Il ne fut pas seulement Torthodoxe intolérant qui ordonnait de percer d'un fer rouge la langue des blasphémateurs; il fut le juge indulgent, assis en surcot de laine sous le chêne de Vincennes. Baiseur de reliques, il se tint parfois debout devant Rome, et, quoique sans succès, se porta médiateur entre Innocent IV et Frédéric II.