OUBLFES ET GIBELINS, CAPÉTIENS ET PLANT AGE NETS
Mais il faut au moins iodiquer et apprécier les priacipaux actes politiques de son règne, dans la guerre et dans la paix, il l'extérieur et dans ses États.
Sien de plus lamentable que ses croisades, La preiniëre, si sincèrement cuDtée par Joinville, eut lieu en 1248. A la suite d'uD vœu fait dans une maladie, mal);ré ses barons et ses conseillers, malgré sa très religieuse mère, Louis s'embarque à Aigues-Mortes avec une brillante armée, hiverne à Chypre et cingle, npn vers la Palestine, mais vers le Nil, jugeant que h prise du Caire rendrait aux clirétiens Jérusalem. 11 eût fallu connaître au moins la topographie du Delta. Damictle prise, il hésite, il s'égare dans le lacis des canaux, essuyé k Mansoura une défaite irrémédiable, prisonnier, il impose, il est vrai, aux vainqueurs par sa bravoure prodigieuse et sa haute mine, mais ne s'échappe qu'au prix d'une énorme rançon, un million de basants d'or, 11 s'attarde trois ans en Palestine, fortifiant quelques villes, conciliant les principicules rivaux, apaisant les ordres dits religieux, contristé par les vices et les crimes de tous ces pseudo-chrétiens. Seule, la mort de sa mère peut l'arracher à sa tAche ingrate (I2S4}.
Qui eût pu croire que, seize ans après, au comble de la prospérité, il allât recommencer une si triste expérience, et dans des canditioDs moins justifiables encore ! Le chemin du Caire pouvait, à la rigueur, mener au saint sépulcre ; mais une croisade contre Tunis était pour un roi de France du nu* siècle la plus inutile des folies. Saint Louis mourut de la peste sur les rivages d'Afrique; et seul, son frère, le noir Charles d'Anjou, tira pro6t d'une expédition qu'il avait suggérée (1S70).
Ainsi la dévotion saugrenue et une alTection excessive pour un frère qui en homme de sens et ' envers son royaum souffrit peu de ces fut une déplorable jugés féodaux. De
dépouillé, d'avoir châtié trop rudement un vassal auquel, lui, suzerain, devait aide et protection. En 1258, se mêlant de ce qui ne le regardait en rien, il était intervenu entre Henri III et le premier parlement réuni à Oxford. L'année suivante, comme pour relever la cause du roi anglais traqué et battu par un Leicester, il rendit au vaincu de Saintes une partie considérable de ses possessions françaises. 11 y avait de quoi faire tressaillir dans la tombe les os de Philippe-Auguste ! Oui : TAngleterre était expulsée de France ; elle n'avait plus où poser le pied sur noire sol; et, avec une stupéfiante inconscience, sans écouter les répugnances instinctives de populations moins aveugles que le saint roi, on restituait au rival, à Tennemi, sous la niaise condition d'hommage lige, la Guyenne, TAgénois, le Quercy, le Périgord, la Saintonge et le Limousin !
N'ajoutons pas un mot ; et, pour oublier cette sottise, que n'exigeaient ni la justice, ni la sainteté la plus stricte, tournons nous vers la France agrandie, pacifiée, qui vraiment commence à déborder les limites du domaine royal, à réveiller dans toute l'ancienne Gaule cette idée de patrie chère aux héros de la légende carlovingienne. Les Établissements selon Vusage de Paris et d'OrléanSf les Établissements des métiers de Paris, rédigés pour saint Louis, montrent une certaine entente de la iurisprudence et de la réglementation. £n multipliant les appels et les cas royaux relevés avec soin par des enquesteurSj en imposant une trêve de quarante jours {quarantaine le roi) à l'offensé pour attaquer l'offenseur, en abolissant le duel judiciaire, saint Louis a fait beaucoup pour adoucir des mœurs sauvages, pour assurer le faible contre le fort, et aussi pour donner à la royauté le monopole de la justice, avec tous les avantages moraux et matériels qui en découlent.
L'époque de saint Louis est justement vantée ; la beauté des constructions (Sainte-Chapelle, Reims, Chartres), l'éclat des vitraux, la grâce, un peu longue, des statues, la régularité de l'écriture, les grands progrès de la prose française, de la langue •nême, la popularité de la grande Université de Paris, la pros-
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p4rité commerciale des foires de Champagne, marquent un de ces temps d'équilibre et d'arrSt où se consolident les résultats acquis, mais où se préparent tes décadences. L'alliance est faite entre Aristote et la théologie ; la pensée s'appauvrit ; la poésie perd l'allure épique de la Chanson de Roland, et les cycles de Cliarlemagne, d'Ogiei le Danois, «l'Arthur, du Saint-Graa], s'épanchent sur le monde, qui les goûte et les ressasse, en insipides verbiages. La traînante et fade allégorie de Guillaume de Lorris, le Roman de la rose, fait les délices des châtelaines, des pages et des paladins. La chevalerie, née d'une très honorable révolte contre les brutalités des hobereaux voleurs et meurtriers, gStée déjà par les patenOtres que l'Eglise s'était hâtée de lui apprendre, tombait dans les mièvreries, les aiïeclations amoureuses, les parades vaines d'une bravoure inintelligente. L'impéritie militaire qui s'était révélée à Uansoura était d'un fâcheux augure pour l'avenir. C'est au xii' siècle, non au un', que s'est manifestée la première renaissance de la France avec Abélard, te Roland et les communes, de l'Espagne avec les fuerus et l'ancien Romancero, de l'Allemagne avec les NUbelungen, de la Scandinavie avec VEdda,
La mort de deux frères de saint Louis, Hoberl d'Arlob à Uansoura, Alphonse de Poitiers à Tunis, avait encore étendu le domaine royal, lorsque le mariage do son petit-âts Philippe IV avecJeanne, héritière de la Champagne et de la Navarre, réunit sous un seul sceptre, sauf tes Gefs anglais, tous les pays que le déplorable traité de Verdun (843) n'avait pas détachés de ta Gaule. Philippe IV, dit te Bel, trouva même on prétexte pour confisquer la Guyenne et pour occuper au nord la Flandre, trop ouverte aux influences anglaises; de cette province, mal administrée, il ne devait lui rester que Lilt Flamands avaient fait éprouver à la che trai, une mémorable défaite (1302], qu Puelle ne vengea qu'à demi (I30i].
Ce Philippe le Bel est fameux par un bardis et d'actes plus utiles que juste
tous les scrupules; il n'eu resta pas un pour son pet'it*&ls. Entièrement imbu des doctrines absolutistes que les légistes tiraient des Godes justiniens à Tusage des empereurs et des rois^ Philippe ne connut d'autres lois que sa volonté, son intérêt et son pouvoir. Il pillait les juifs, taxait le clergé, faisait hausser ou baisser la valeur des monnaies. Morigéné, menacé par un pape arrogant, il l'envoya souffleter par un ambassadeur^ et faisant de sa querelle une afTaire nationale, assembla par trois fois (1301, 1303, 1309} des Etats généraux^ qui approuvèrent sa conduite. A Boniface YIII, mort de chagrin, il substitua un pape français, Clément V (1305), et transféra, pour soixante-dix ans, le saint-siège à Avignon (1308). Les immenses richesses des Templiers lui faisaient envie depuis longtemps. Il obtint de son pape la suppression de cet ordre fameux et d'orthodoxie douteuse. En un jour, 13 octobre 1307, tous les templiers de France furent arrêtés et dépouillés; et, en 13U, leur grand maître, Jacques de Molay, périt dans les flammes.
Après ce terrible roi, trois ombres passèrent sur le trône au milieu d'une réaction féodale et d'une corruption effrénée : Louis le Hutin, Philippe le Long, Charles le Bel, trois frères. Le second de ces rois, qui furent les derniers Capétiens directe, pour écarter du trône sa nièce Jeanne, comtesse de Cbampa^i^ne, fit déclarer par des États généraux que <c les femmes ne succèdent pas au royaume des Francs ». Ce fait, ainsi transformé en loi — la loi salique — a été l'origine ou plutôt le prétexte de la guerre de Cent ans. La loi salique, en effet, n'était pas dirigée seulement contre la fille de Louis le Hutin ; elle coupait court aux prétentions du roi d'Angleterre Edouard III, petit-âis, par sa mère, de Philippe \W, dont le plus proche héritier mâle, Philippe de Valois (1328), n'était que le neveu. Et, malgré les malheurs qu'elle a déchaînés sur la France, il faut reconnaître qu'elle fut alors la sauvegarde de la nationalité française.
Eon, In idéei mx xiv" el xv* liènlsi. — Brillsnla débuta da Philippe d ig. — Laa Flanuada, battai à Caiael, ippaileot les Anglais. ~ Diiaalr Écluse. — loTMion dÉdauard III. — L« chmalerie trioçaiia à Créoy. -
jn at CharlBi le Msunia, — BiLailla de Polliere ; impéritia et captivit }i Jeao. .- PDiiMnoa du Princa Noir. — Ët<ils giDéraui, ÉliaDoe Marcel IntiDD. — Beatria du dauphin k Périt. — Retoni de Jaaa, tiaili d
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L'eitravaganca et la débauche, ta folie, la révolte, la trahison, le désarroi, la peste, la famine, la misère, une inconscience morale sans exemple, une férocité sans nom, voilà les fléaux qui assaillent l'iiumanilé au seuil de la Renaissance. Qu'on regarde les miniatures du temps, ces grotesques élégants à vestes courtes, à poitrines rembourrées, ces longs manteaux bizarres i mancties tailladées, parfois ouverts de l'épaule aux pieds, ces longues houppelandes d'hôpital, ces chapi gués barbes pendantes, et ces chevaliers armures an gui eu se m ent articulées, clos da commodes comme de lourds coléoptères; les femmes dévêtues jusqu'au nombril, ci
pointes^ de boursouflures indescriptibles; parmi ces fantoches^ les hommes noirs^ rouges, violets, guère moins affublés^ à figure papelarde^ rusée, haineuse, les sorbonniens sans patrie, les théologiens sans âme, les évêques sans foi et une bande de papes sans pudeur, des Jean XXIii, des Benoît Xlil, des Grégoire, voltigeant comme bourdons à travers les vrais et les faux conciles, entre Avignon et Rome, entre FÂngleterre et la France. Maintenant, derrière cette mascarade fringante dont l'aimable Froissart conte si gaillardement les sottises et les crimes, entrevoyez dans les campagnes désolées les jacqueries furieuses, les bandes armées qui pillent à Taventure^ des populations prisonnières décimées, torturées, pendues devant leurs villes en flammes, et, dans Paris désert envahi par les loups, les réchappes des pestes et des massacres jouant, au cimetière des Innocents, la comédie macabre, dansant sur les tombes la ronde de la mort. Vous trouverez toutes ces choses relatées avec une sécheresse admirable dans les Mémoires d'un Bourgeois de Paris. Dante, mort en 1320, n'a pu consigner ces horreurs dans son Enfer. N'y a-t-il donc pas de lumière en ce sombre tableau? Il y en a. Les arts plastiques, malgré diverses erreurs, continuent à évoluer. Les lettres comptent de nombreux prosateurs, sans souci du style, mais expressifs et vivants. Des hommes d'esprit harcèlent de fabliaux narquois le noble et le prêtre, et peignent au vif les vices et les complaisances de la haute société. De ce belles âmes », que le désespoir incline à l'égoîsme du salut, se retran. chent dans les fausses vertus de Hmitation. Des réformateurs trop dévots s'amusent au jeu périlleux des hérésies. Des politiques trop sensés veulent établir l'égalité dans l'impôt, mais se laissent égarer par cette manie sanguinaire qui est Ja caractéristique du temps. Enfin, de la lisière lorraine s'élève une note éclatante et naïve ; et radieuse un moment se détache sur le sombre horizon la belle guerrière ingénue, la seule illuminée qui jamais ait songé à servir son pays.
Mais voici, chevauchant sous une affreuse et riche casquette, dans un hoqueton fleurdelysé, le très prodigue, très frivole et
très cbevalereus Philippe de Valois, sixième du nom. Derrière lui, pareilleroeDt déguisés et montés, se pressent des milliers de gens h cuirasse et i panache. C'est l'est royal courant sus aux Flamands révoltés contre leur comte cruel et fanfaron. Seize mille braves de Bruges et de Furnes les attendent sur le mont Cassel (23 août 1328). Pour cette fois, la chevalerie triomphe. Tous les conimuniers gisent dans la plaine en trois monceaux. Le roi de France retourne à Paris triomphant et atteint du délire des grandeurs; rêvant croisades, empires d'Allemagne et. d'Orient, l'Italie pour son frère, Arles pour son fils, et encore l'immense trésor du vieux pape Jean XXII. Le réveil est inquiétant : c'est l'alliance des Flamands tisseurs de diap et des An-, glais fournisseurs de laine; c'est Edouard HI, bien muni d'ar-. gent par les négociants dont il va défendre les intérêts, bien pourvu de vaisseaux, d'archers et de soldats plus que de gentilshommes et de bravaches, qui, dès 1339, assiège Cambrai et s'avance jusqu'à laCapelie; qui, en I3i0,fait détruire, dans. le port de l'Écluse, cent cinquante navires français et trente mille hommes ; qui, en 1 313, intervient en Bretagne contre le prétendant français, Charles deBlois; qui, en 134S, débarque en Normandie, prend et pille fiarfleur, Caen, Saint -Lô, Louviers, Vernon, Verneuil, Pont-de-l'Arche, Mantes, Meulan, Poissy, Saint- Germa in, Saint-CIoud, Boulogne et Bourg-la-Beine.
Que faisait doiic ce roi Philippe, si puissant et, après tout, si brave? 11 assemblait de grandes armées, une brillante noblesse, même de fartes milices communales et des arbalétriers italiens ; mais, quoi 1 II n'avait pas de généraux et ne savait pas commander. En 1346, il avait forcé à la retraite. les envahisseurs et les suivait jusqu'en Ponlhieu, entre la Broyé et Crécy. El, dans l'après-midi du 26 août, une petite armée anglaise de dix mille hommes couchait dans les fondrières trente mille soldats français, douze cents chevaliers, quatro-vio princes ; et, le lendemain, sept mille coi de fieauvais, qui arrivaient ne sachant rie encore taillés en pièces. Le roi, lui cinqu
5f6 l'histoire.
à temps par un ami. Nos braves chevaliers^ pour combattre tous au premier rang, avaient d'abord culbuté leur propre infanterie, et, piaffant dans les terres détrempées par la pluie, s'étaient débandés avant d'atteindre la colline où se massait l'ennemi. L'année suivante. Calais, bien défendu par Jean de Vienne, aurait pu, ce semble, être sauvé. Philippe VI parut en vue de la ville à la tète de deux cent mille hommes. Il ne sut qu'offrir le combat sans pouvoir l'imposer. 11 délogea, licenciant son armée. C'est ainsi que Calais, la clé du détroit, tomba au pouvoir des Anglais pour deux cents ans. Edouard, qui n'était pas tendre, faillit souiller sa victoire par l'assassinat des six plus notables bourgeois de la ville héroïque. « Qu'on fasse tôt venir le coupe-téte », criait-il en sa fureur. Seule, la reine Philippa, qui venait de battre et faire prisonnier le roi d'Ecosse, put obtenir la grâce d'Eustache de Saint-Pierre et de ses compagnons.
Aux désastres de la guerre s'ajoutaient les ravages de la peste noire, qui, partie de Narbonne, s'avançait vers Paris, enlevant ici les deux tiers, là les neuf dixièmes de la population. A Paris, on compta de cinq à huit cests morts par jour, y compris les juifs accusés d'empoisonner l'air et les eaux. Des affolés mystiques, les flagellants, couraient demi-nus les rues et les champs, se labourant le corps de fouets armés de pointes de fer, hurlant des cantiques et des litanies. A la peste, aux insanités religieuses, succédèrent les orgies et les fêtes. La cour donnait l'exemple; quand Philippe VI mourut (1350), il venait d'épouser la fiancée de son fils, une jeune fille de dix-huit ans.
Rien encore, malgré tant de malechance, n'était perdu. On homme de simple bon sens, et bien servi, pouvait partout en France, aux petites armées d'invasion, opposejr des forces doubles. Mais Jean II, le Bon, faible et violent» prodigue, faux naonnayeur,fut le plus brouillon et le plus obtus des rois chevaliers. 11 faut reconnaître aussi qu'il avait à sa cour et dans sa propre famille un rival adroit et dangereux, Charles le Mauvais, roi de Navarre et comte d'Évreux, de Mantes, de Meulan, etc., petitde Louis X, et que seule la loi salique avait écarté du trône.
Jean voulut d'abord se rattacher en lui donnant sa fille; puis il rirrita par de mesquines tracasseries, se vit contraint de lui pardonner un assassinat, finalement l'arrêta par trahison à la table même du dauphin (1356). Si bien que la Normandie, Tlle-de- France, la Champagne, où Charles le Mauvais possédait des fiefs ou des droits, étaient en proie à des troubles continuels, pendant que sur la lisière anglo-française, en Saintonge, en Bretagne, une guerre sourde se réveillait par accès, incursion soudaine ou tournoi meurtrier (comme celui des Trente).
Au plus fort de la querelle entre ce mauvais et ce bon — qui se valaient bien — Edouard III avait lancé trois fiottes sur divers points de la côte, et Jean n^avait pu empêcher le Prince Noir (le prince de Galles), débarqué à Bordeaux, de piller rudement le Languedoc. En vain des ordonnances avaient déjà fait varier quatre-vingt-six fois la valeur du marc d'argent ; les ressources royales étaient totalement épuisées, et les États de la langue d'oil, convoqués à Paris (juin 135S), États où brillait déjà Etienne Marcel, n'accordèrent de subsides qu'à condition d'en contrôler l'emploi et au prix de réformes aussi impossibles qa*urgentes.
Enfin, pourvu tant bien que mal d'une assez forte armée, Jean se décide à poursuivre le Prince Noir, qui s'était avancé jusqu'à Romorantin avec une dizaine de mille hommes ; il le devance vers Poitiers et l'arrête à Maupertuis, où l'habile Anglais se retranche sur une éminence. Pendant deux jours, une mouche du coche, révoque de Périgueux, prétend s'entremettre, obtenir la soumission du petit corps anglais ; enfin il s'en va faux-bourdonner ailleurs, et la bataille est résolue. Au lieu d'entourer fortement la hauteur, Jean forme dans la plaine trois lourdes masses de seize mille hommes, et lance trois cents chevaliers contre quatre mille archers : de là une petite déroute, inévitable, mais si partielle qu'un peu de sang-froid suffisait pour y parer. Jean perd la tête, fait dire au dauphin de reculer avec tout un corps d'armée, s'avance en désarroi pour soutenir son avantgarde sous une nuée de flèches. Le Prince Noir saisit le moment, lance sa chevalerie, deux mille hommes environ ; le front de
bataille du roi est rompu. Que sont devenus les deux autres corps? L'un, celui des fils de France, ne revient pas; l'autre a disparu ; quand leurs attaques de flanc, convergentes, eussent suffi à étouffer les chevaliers anglais. Jean^ cerné, blessé, se laisse prendre ; il était si facile de mourir. L'imbécile paladin, traîné devant son vainqueur^ reçoit avec plaisir des hommages dont il ne comprend pas l'ironie. Il va, dans Bordeaux, au milieu des festins dont il prend sa part, des tournois où il brille par ses beaux coups de lance, amuser de son incomparable sottise le malin Gascon et l'Anglais plein d'humour (18 septembre 1356).
Les Français avaient perdu dix mille hommes ; triste défaite assurément, mais de faible profit pour l'ennemi si le roi eût péri ou se fût échappé. Mais la captivité du sire, l'impuissance du dauphin, grêle et maladif, les ravages des bandes armées, la misère des campagnes, la révolution communale, si chimérique alors, tentée par Etienne Marcel, mirent la France plus bas qu'on ne l'avait viie encore.
Marcel, prévôt des marchands, riche drapier, était, nul n'en peut douter, un patriote et un organisateur ; il se hâta de fortifier Paris, d'amasser dans les tours et les courtines de l'enceinte continue les balistes, les projectiles et les canons. Puis, avec \e concours de son éloquent ami Robert Lecoq, évèque de Laon, il fit voter par les États généraux convoqués à Paris (octobrenovembre 1356), une série de propositions qui remettaient aux mains de hauts commissaires la révision et l'assiette des impôts, la surveillance de tous les actes du gouvernement. La stabilité de la valeur monétaire, la punition des fonctionnaires prévaricateurs et — inspiration funeste — la délivrance de Charles le Mauvais, étaient imposées au dauphin. Le 3 novembre, Robert Lecoq insinuait que les États avaient jadis déposé des rois.
Le dauphin, réfugié d'abord à Metz près de son oncle Tem-
pereur Charles IV, essayait vainement de recourir à une altéra-
'on des monnaies. Une prise d'armes des métiers le contraignit
convoquer de nouveaux États, d'accepter la tutelle de trente-
c réformateurs généraux « auxquels devaient obéir en toute