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CHAPITRE IV

SAINT ETIENNE A-T-IL CONTREDIT LE PAPE CORNEILLE ? CE qu'il pensait du BAPTÊME DES HÉRÉTIQUES.

« Etienne fut un de ces vrais Papes de la trempe de Victor -, orgueilleux et dominateur , il reconnut comme frères et fit réintégrer par un concile deux évoques espagnols , Basilides et Martial, que Corneille avait destitués. Lequel de ces deux Papes eut raison? lequel agit comme représentant de Dieu , Corneille ou Etienne? En tout cas, ce dernier avait

condamné l'œuvre de son prédécesseur, et rais â néant son infaillibililé ^ »

Pour savoir lequel de ces deux Papes avait raison , nous avons cru nécessaire d'examiner d'abord ce qu'ils avaient dit et fait au sujet des deux évèques Basilides et Martial. Quel a été notre étonnement de ne pas trouver trace de cette affaire dans la vie et les œuvres de saint Corneille ! Nous avons supposé que, par une méprise de nom , Técrivain protestant avait écrit Corneille au lieu de Lucius son successeur , et nous avons cherché ce que ce dernier Pontife avait décidé sur la même question. Lucius , pas plus que Corneille, n'a destitué d'évêque espagnol. Cest pendant le ponlilicat de ces deux derniers Papes, il est vrai, qu'un concile d'Espagne dépesa Martial évoque de Léon, etacce))ta la démission de Basiliaes évèque de Mérida, mais ce fut à leur insu, et, lorsque les deux évéques eurent recours à Rome pour se faire rétablir sur leurs sièges, Corneille était mort depuis deux ans, Lucius depuis deux mois , et c'était le pape Etienne qui occupait la chaire apostolique ^

« Vainement, dit saint Cyprien(£)). 67), dans

4 A. Bo?^»., î. c. 17.

2 Corneille, élu le M juin 2^0, a éW wtrlyvUé l« U wflembre 232.

sa réponse aux peuples de Léon et de Mérida, écrite à la suite du concile qui eut lieu à Cartilage en Tan 254, vainement Basilides , après la découverte de ses prévarications ^ et l'aveu qui lui a été arraché par sa conscience, se dirige vers Rome ;. vainement il y surprend la religion d'Etienne placé loin des événements et de la vérité qu'Etienne ne pouvait connaître; vainement il a essayé de remonter par F intrigue sur un siège d'où la justice l'avait fait descendre : qu'a-t-il gagné par toutes ses manœuvres ? loin d'anéantir ses crimes, il les a comblés par toutes les infamies de sa vie précédente , il y a joint la perfidie et l'imposture. La faute en est bien moins à celui qui s'est laissé surprendre à défaut d'examen, qu'au traître qui l'a trompé. »

C'est donc Etienne seul qui a eu à s'occuper de Taffaire de Basilides et de Martial. Il est vrai que plus loin saint Cyprien ajoute : « Depuis longtemps Corneille, notre collègue , pontife ami de la paix et de la justice, et honoré par Dieu de

I.uiius, paj)c le M scf.lenil rç 2j2, fui dôcapilé le 5 mars 2oi. Clionne nioàla sur la cliairc aposlolique le î) avril 2îi î , cl ce fui peu de temps après que la dom.mde de lévOquc Dasilidcs arriva a Homo.

t r.asilidcs était liljcihtique, c'cs!-,î-dirc]qu'il avail refusé de sacrifier auï idoles, mais qu'il avail consenti par écrit à ce qu'on déclarât qu'il leur avait sacrifié. Il avait 'été convaincu, en outre, d'avoir blasphème t>iou, étant malade.

la communion des martyrs, a décidé, de concert avec nous et avec tous les évéques répandus dans le monde , que Ton pouvait admettre à la pénitence ces sortes de prévaricateurs , mais qu'ils étaient exclus pour toujours des honneurs de la cléricature et du sacerdoce. » Et c'est ce passage, sans doute, qui aura donné lieu à Terreur historique que nous combattons ; mais il ne se rapporte point à l'affaire d'Espagne : la décision qu'il rappelle fut prise à Carthage et confirmée à Rome en 251, trois ans avant la déposition et l'appel de Basilides, et elle ne fait d'ail leurs qu'exposer les principes généraux de la conduite à tenir envers les apostats qui demandaient à rentrer dans le sein de l'Eglise , sans déterminer l'application qu'il convenait d'en faire dans tel cas particulier. Observons enfin qu'il ne s'agit que d'une question de discipline. Un Pape peut promulguer des canons pénitentiaux , ses successeurs peuvent les modifier, en suspendre l'application, les abroger même , si le temps et les circonstances le demandent, et les uns et les autres « agir comme représentants de Dieu. »

Nous n'avons pas à justifier saint Etienne de son désaccord avec saint Cyprien au sujet du baptême. Le Pape soutenait que ce sacrement est valide dès qu'il a été régulièrement conféré, fut-ce par un hérétique ; c'est la doctrine de l'Eglise, et saint Jérôme nous apprend que les évèques d'Afrique le reconnurent eux-mêmes dans la suites

Quelques critiques modernes, à la suite du protestant Blondell et du janséniste Launoy, ont prétendu que le pape Etienne, aussi éloigné de la vérité que son adversaire, avait cru que le baptême chez les hérétiques était toujours valide, même quand on le conférait en en viciant la forme, par exemple , en omettant l'invocation des trois personnes de la sainte Trinité. Cette assertion est démentie par les monuments les plus authentiques. « Cyprien évèque de Carlhage,

I Illi ipsi ppiscopi qui ro! aplizandos lia?rci'uos cuin Cypriano slalucniiil, ad anliquam consucludinem rcvoluli novtim emîsi^rc docrclum. (Hier., Dial. in Lucifer.)

Sainl AiifjiKrm iioil quo sainl Cypticn Cl» fil au!anl, mais quo les Doïiaiistoj on» Hipprimo sa ivlraclaliou,

dit Eusêbe, n^admettait leS'hérétîqiies à sa communion qii'aprè&les avoir rebaptisés; mais Etienne, qui ne voulait rien changer à l'ancienne tradition , ne put tolérer cette conduite \ —Nonseulement il ne faut pas rebaptiser les hérétiques, dit Faconde d'Hermiane , mais ceux qui le font méritent d'être excommuniés : telle est la doctrine de l'Eglise, qu'Etienne a soutenue avec raison contre Cyprien ^.— Agrippinus, évéque de Carthage, dit saint Vincent de Lerins, ayant, le premier de tous et contrairement aux divins Canons, à la règle de l'Eglise, aux sentiments de tous ses collègues , et à la coutume des anciens , enseigne que le baptême devait être renouvelé , des réclamations s'élevèrent de toutes parts contre une nouveauté qui exposait le sacrement à des sacrilèges et mettait la foi en péril. Les évèques surtout résistèrent avec force; à leur tête on voyait le pape Etienne d'heureuse mémoire, qui occupait alors la chaire apostolique. Supérieur à tous par l'autorité de son siège, il se crut obligé, je pense, de les surpasser aussi par la vivacité de sa foi. Il écrivit aux évèques d'Afrique , et résuma

4 Verùm Stcphanus nihil aJvorsùs Iradilionem quœ ]am Inde ab iillimis lemporibus oblinuerat iiinovaadum ralus, gravissimc id lulit. {Ilîst. VII. 3.) -'■ 2 Lil). contra Marcion., 377, éd. Sirm. !

ainsi ses instructions : Il ne faut rien innover , mais se conforma^ à la tradition. Ce saint Pontife comprenait , dans sa prudence , qu'une piété bien éclairée ne doit rien ajouter à la doctrine , dépôt sacré qu'il faut transmettre intact tel qu'on l'a reçu. Comment se termina cette affaire? comme on devait s'y attendre : l'antiquité fut conservée, les nouveautés furent rejetées \ » Mais quelle était cette tradition que le Pape ordonnait de suivre? Saint Cyprien nous la fait connaître en nous rapportant les propres paroles d'Etienne : « Si quelquim vient à nous, de quelque hérésie que ce soit , que l'on garde sans rien innover la tradition, qui est de lui imposer les mains pour la pénitence ^. » Cette réconciliation avait-elle lieu sans information préalable sur la manière dont le baptême avait été conféré ? Non; et nous trouvons encore dans les ou\rages de saint Cyprien un passage dont on peut évidemment conclure que, si Etienne admettait la validité du baptême quel qu'en fût le ministre, il supposait toujours que la forme ordinaire du sacrement avait été exactement employée. » « Il est absurde , c'est Firmilien qui parle , de

i Vinceul. Liriaeus. iii Commonii.

2 Si quis ergo à quàcumquc hseresi vencrit ad nos, nihil innoveluP nisi quoJ iradilum est, ulmanus illi mipoualur ad pœuilenliam, (Slepb,, apud Cj/p»'., Lpisl 74.)

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croire avec Etienne qu'il est inutile de s'informer du ministre du baptême, sous prétexte que ce sacrement peut conférer la grâce par Finvocation des trois personnes de la sainte Trinité, le Père , le Fils et le Saint-Esprit *. »

On objecte 1* «qu'un écrit anonyme, publié probablement par saintEtienne, reconnaît comme \alide le baptême des iMarcionites , réprouvé jilus lard par le concile de Constantinople. » Et pourquoi attribuer cet écrit à Etienne, quand rien ne prouve qu'il en soit Fauteur? Il est possible, du reste, que les Marcioni tes, qui variaient à chaque instant dans leur croyance et leur discipline, aient cbangé plus tard la forme du sacrement de Baptême,qailsavaientconservéedansle principe. T « Qu'Etienne, dans son décret, veut parler du baptême de quelque manière qu'il ait été donné;» et Du Pin, à Tappui de cette interprétation, cite les paroles qtidmmque hœresi lenerit ad vos. «Ce n'est pas là traduire, dit Bossuet, c'est visiblement falsifier le décret du Pape ^. >^ o" « Qu'Etienne avait

i lllud absiiidiim obl quôd non piitaitt quxrendum esse qui« ^il tli< qiii bupiizavcii}, eo quJ'J qui laptizalus sit graliini conscqui poJaoi il invocalâ Tiiiiitate, nominum Patris, et Filii et Spirilùs Sancli. {FiriTi.. opKd Cyyr., Ep. 75.)

2 I>u Pin. .Yorti". f;(/'/«()//(.. elc, i, {©(. — Bossue». Mémoire fie Cf //«i (f»l à eorriffrr, cic.

soutenu que tout baptême était bon dès qu'il avait été conféré au nom de Jésus-Christ. » C'est Firmilien seul qui Tassure, et nous pourrions récuser l'unique témoignage d'un adversaire que la passion aveuglait peut-être; mais nous préférons rappeler que cette locution , « baptiser au nom de Jésus-Chrîst, » était, dans les premiers siècles de l'Eglise , synonyme de celle-ci , « baptiser au nom de la sainte Trinité. » Saint Luc luimême l'emploie dans ce sens dans le livre des Actes : « Après ces paroles , ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus'; » « ce qui ne veut pas dire, dit saint Hilaire^, que les Apô très , oubliant le précepte de leur Maître , ne baptisaient pas au nom du Père , du Fils et du Saint Esprit. »

On objecte enfin que « le concile de Nicéc a pris un moyen terme entre saint Cyprien et saint Etienne, » ce qui laisse croire que l'un et l'autre se trompaient. Et où donc était la vérité dans TEglise à cette époque, si les deux partis professaient également Terreur ?

Le concile de Nicée, en parlant de la manière dont il fallait recevoir les hérétiques qui revenaient à FEglise catholique, distingue entre les

i His Hudilis, hapfi/ali <nnl in nomine Pomlai Josu, [Art. xix . ^ .) 2 L. de Synoffis, n^ 8ï.

Novatiens et les Paulianistes , et arréie qu'aux premiers il faut demander seulement la promesse par écrit de suivre les dogmes de TEglise et de se conformer à ses lois , mais que les seconds doivent être absolument rebaptisés. Il n'y a pas de contradiction entre ces canons et la décision du pape Etienne. Les Novatiens n'erraient ni dans la foi de la'Trinité, ni dans la forme du baptême ; les disciples de Paul de Samosate, au contraire, niaient la divinité de Jésus- Christ et mêlaient aux formules sacramentelles des paroles qui en altéraient le sens. C'est donc avec raison que le concile de Nicée regardait leur baptême comme ïiul; saint Etienne en eut fait autant. Quelques années auparavant , le concile d'Arles avait défini en ces termes le même point de doctrine : « Si quelqu'un d'entre les hérétiques vient à l'Eglise, on lui demandera le symbole. Si l'on trouve qu'il ait été baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, on lui imposera seulement les mains, afin qu'il reçoive le Saint-Esprit. S'il ne répond pas selon la foi de la Trinité , on le baptisera. » (vm*^ Canon). Ce qui est presque littéralement la décision du pape Etienne \

1 Dans celle mcmovablc controverse, la seule règle fixe et invariable, c'est que, confonnémeut a la Iradiîion, il iie fallait point rebaptiser les liorc^liques qui avaient été bapliscsau nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit. !\lais tout le monde comprendra sans peine que Tapplicalion de

Les vertus du pape Etienne égalaient son savoir; les Donatistes eux-mêmes, ennemis passionnés des Evèques de Rome, n'ont rien trouvé à reprendre dans sa conduite, et Pétilien, un de leurs chefs, le range au nombre des plus saints Pontifes qui aient occupé la chaire de saint Pierre \

Il fut décapité pour la foi le 2 août 257 , après avoir gouverné l'Eglise quatre ans deux mois et quinze jours. ^^

celle règle devait souvent présenter des difficultés, et varier suivant les lieux et les 'temps : car des béréliqucs qui observaient la forme essentielle du baptême dans un temps ou dans un lieu, pouvaient l'allérer dans un autre. Aujourd'hui , par exemple, quoiqu'on sacbe fort bien qu'un baplCme conféré par un hérétique , même par un infidèle , est valide dés qu'il a été donné avec les conditions voulues, toutefois on baptise presque toujours sous condition les protestants qui se convertissent, parce qu'on n'est plus sur qu'ils y observent toutes ces conditions. C'est ce qui explique les difficultés et la diversité des pratiques qui se remarqueront encore dans l'Eglise. (Uorbbacher , Ilist. imiv. de VEglisôj V, 479.).

1 Inter eos connumeravit et Stcpbanuni quos «^iwopalum illibalè gessisse confossus est. [Du unit. Bapt., conlra Pelil,

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