TROISIEME FORMULE
Composée en 359, deux mois avant le concile deRimini,
f< Exposition de la foi, faite h Sirmium en présence de notre Seigneur le très-pieux et victorieux empereur Constance, auguste, éternel , sous le consulat de Flavius Eusèbe et d'Hypatius , le onzième des calendes de juin. Nous croyons un seul et vrai Dieu Père tout-puissant , auteur de toutes choses, et son Fils unique qui est né de lui sans passion avant tous les siècles , avant tout principe et avant toute idée ou termes de temps que l'esprit peut concevoir. Les siècles et les choses ont été faites par lui ; il a été seul engendré parle Père, seul de seul , Dieu de Dieu , semblable à son Père qui l'a engendré, selon la sainte Ecriture ; dont la génération n'est connue que du Père. Nous savons que ce Fils unique de Dieu est descendu du ciel sur la terre pour abolir le péché, qu'il est né de la Vierge Marie , a conversé avec ses disciples , a accompli les mystères selon la volonté de son Père, a été crucifié , est mort , est descendu aux enfers pour y disposer de tout ce qui était nécessaire;que les portes dô l'enfer ont tremblé en sa présence , qu'il est ressuscité le troisième jour, a conversé avec ses
disciples, est monté au ciel quarante jours après, est assis à la droite de son Père , d'où il viendra au dernier jour dans la gloire de son Père pour rendre à chacun selon ses œuvres. Nous croyons aussi le Saint-Esprit que Jésus-Christ , Fils unique de Dieu, a promis d'envoyer aux hommes pour les consoler et pour leur servir d'avocat, selon qu'il est écrit : Je rrCm vais à mon Père et je le plierai^ et il vous enverra un autre Consolateur qui est V Esprit de vérité; il prendra de ce qui est à moi-, et il vous le donnera. Quant au terme de substance dont les Pères se sont servis par simplicité, et qui, n'ayant pas été compris par le peuple , est devenu une cause de chute pour plusieurs , nous avons jugé h propos de le rejeter, puisqu'il ne se trouve point dans l'Ecriture, qui n'a jamais parlé de substance du Père ou du Fils. Nous disons que le Fils est en tout semblable au Père , comme la sainte Ecriture le dit et l'enseigne. »
Cette formule fut souscrite par :
Marc d'Aréthuse, George d'Alexandrie,
Basile d'Ancyre , Pancrace de Peluse,
Germinius de Sirmium , Acace de Césarée,
Valens de Mursa, Eudoxe d'Antiocbe ,
Ursace de Singidon , etc.
Comme terme de comparaison , nous ajoutons le Symbole de Nicéc ;
« Nous croyons en un seul Dieu Père tout-puissant, créateur de toutes les choses visibles et invisiblés, et en un seul Seigneur Jésus-Christ Fils unique (le Dieu, né du Père, c'est-à-dire de sa substance , Dieu de Dieu , lumière de lumière , vrai Dieu de vrai Dieu, engendré et non fait, de même substance que son Père, ce que les Grecs appellent consubstantiel , par qui toutes choses ont été faites au ciel et enterre; qui pour nous autres hommes et pour notre salut est descendu des cieux , s'est incarné et fait homme , a souffert , est ressuscité le troisième jour, est monté aux cicux d'où il viendra juger les vivants et les morts. Nous croyons aussi au Saint-Esprit.
« Quant à ceux qui disent qu'il y a eu un temps auquel le Fils n'était point avant que d'avoir été engendré , qu'il a été fait de ce qui n'était point , qu'il est d'une autre nature et d'une autre substance que son Père, qu'il est créé et sujet au changement, lEglise catholique et apostolique les frappe d'anathème. »
De ces trois formules de Sirmiiini, la première est catholique, la seconde est hérétique, et la
troisième est susceptible, tout à la fois, d'un sens catholique et d'un sens hérétique.
L'orthodoxie de la première est facile à démontrer. Elle exprime formellement :
L'unité de Dieu : « Un seul Dieu , Père toutpuissant. — Il n'y a pas deux Dieux. »
La divinité de Jésus- Christ : « Jésus-Christ est Dieu, — Fils de Dieu, — Dieu de Dieu. »
Son éternité : « Né avant tous les siècles. — Il n'y a jamais eu de temps ni de siècle où il n'était pas. — Son règne n'aura pas de fin. »
Sa filiation natuielle et non adoptive : « Fils unique de Dieu, — engendré par le Pèn;. »
Son immutabilité : « Sa divinité n'a soulïert dans rinça rnalion ni diminution , ni dommage , ni changement. »
Sa toute-puissance: « Par qui tout a été fait. »
Son Incarnation : « A été fait hounne pour nous. »
En résumé, toute la dilTérence qui existe entre cette profession de foi et le Symbole de iNicéc consiste dans Tabsence du mot vonmbsUintid. Mais si le mot a été retranché, la chose a été lub mise et exactement exprimée par dos expressions équivalentes : « Nous retranchons de l'Eglise tous ceux qui disent que le Fils de Dieu est de ce qui
n'était pas auparavant, qu'il n'est point de Dieu, qu'il est d'une autre substance que son Père, qu'il n'a pas toujours existé; tous ceux qui font deux Dieux du Père et du Fils , tous ceux qui disent que la substance divine peut s'allonger ou se raccourcir , ou qui appellent Fils cette extension de substance.
Au reste, dès que l'on admet que le Père et le Fils sont Tun et l'autre Dieu , et que cependant il n'y a qu'un seul Dieu, la consubstantialité du Fils avec le Père résulte nécessairement.
IVous confirmons l'appréciation que nous vêlions de donner de ce document en montrant que les écrivains contemporains l'ont jugé de la même manière. Nous avons dit que c'étaient Tovèque d'Aréthuse et le métropolitain d'Ancyre , l'un secrétaire et l'autre président du second concile de Sirmium, qui étaient les rédacteurs de cette formule. Or, c'est saint x\thanase lui-même qui témoigne de l'orthodoxie de leur sentiment au sujet de la divinité de Jésus-Christ : « Il faut agir, dit-il, avec Basile d'Ancyre et ses semblables, non comme avec des adversaires, mais comme avec des personnes qui ne sont pas éloignées de recevoir le mot consubstaniiel ; nous ne les combattons pas comme des ariens et des ennemis des Pères, mais nous discutons avec eux comme
avec des frères d'accord avec nous pour le sens, en débat pour le nom seul ^ »
Saint Hilaire, en parlant des évêques qui, trouvant que l'usage du mot consubstantiel avait des inconvénients , ne voulaient employer que l'expression de semblable ensubstance,--'ei\ai majorité des Pères du concile qui déposa Photin était dans ce cas, — s'exprime en ces termes :
« C'est le profit de l'Eglise que nous voulons ; ne condamnons pas les évéques , n'envenimons pas le mal : sous prétexte d'extirper l'hérésie , il ne faut pas lui donner des aliments. Dire que le Fils est semblable en tout à son Père , c'est dire qu'il lui est égal. Entre les personnes divines la ressemblance emporte la parfaite égalité, c'est renseignement des saintes Ecritures ^. »
Ces paroles approuvent d'une manière générale les diverses professions de foi qui expriment suffisamment la consubstantialité du Verbe
i Neque enim velulî adversùs ariomanilas aut quasi bellum gcsluri Patribus contradicimus, sed veluli frîlres cum fralribus disceplamus et cum quibus nobis eadem sit senlentia : controversia autem de verbis... Talis est Basilius ex Ancyra, elc. {De Synodis, 705.)
2 Pium esi quod volumus ; ne damnemus Patres , ne animemus bsrclicos : ne, dura baGresim expellimus, bœrcsim nutriamiis...
Prsedicautes similem Filium in omnibus Patri, nihil aliud quhm tDqualem prœdicamus. Perfeclœ œqualilatis babet sigoificalionem simili* tudoj et bœc ex sanclis Scripluris intelligendum est. (Lib. de Synodis., in Cne.)
saris employer ce terme ; les suivantes fortifient le grand formulaire de Sirmium en particulier :
« Ce sont les circonstances de temps qui obligèrent les évéques du concile réuni contre Photin à entrer dans l'examen d'une foule de questions : Texpérience leur avait appris par combien de chemins détournés l'hérésiarque s'efforçait de rentrer dans l'Eglise d'où on l'avait chassé. De là la nécessité, après avoir donné un exposé général et orthodoxe de la doctrine catholique ^ , de condamner en particulier chacune des erreurs professées par des adversaires qui s'étaient fait remarquer par une grande subtilité d'esprit.»
Hilaire entre ensuite dans Texamen de chaque anathémisme en particulier , et montre le sens orthodoxe qu'ils ont tous. Le dix-septième, qui dit que le Fils est soumis au Père , présente au premier abord quelques diflicultés ; le saint Docteur ne manque pas de les signaler et de les résoudre : « Si la première lecture de cet article , dit-il , fait naître quelques soupçons , le contexte le dissipe entièrement. Il n'y a qu'à se rappeler ce qui suit et ce qui précède, pour être
i Post goncralem illam atquc indubilatam sacramcnlorum expositionem, clc.(Lib. de Synod., 59.)
convaincu qu'il ne s'agit ici que d'exclure là diversité de nature dans le Père et le Fils. On déclare ne pas les comparer, parce qu'il est impie d'admettre deux Dieux , parce que cette comparaison pourrait laisser croire que le Fils n'est pas lui-même Dieu. Le Fils est déclaré soumis au Père, mais par obéissance : une sujétion de cette sorte n'entraîne pas une diminution d'essence; le Fils ne «esse pas d'être Dieu pour remplir envers son Père les devoirs qu'il lui doit. Le Père est innascible, le Fils est engendré, et ils ne font qu'un seul Dieu. La soumission de Fils indique tout à la l'ois et sa dignité de Fils, et les relations qui existent entre lui et son Père, et l'identité de nature dans l'un et dans l'autre \ »
Ailleurs, le même Père fait l'éloge des signataires de la première formule de Sirmium :
« 0 honmies zélés pour la doctrine apostolique et évangélique , la splendeur de votre foi a dissir>é les ténèbres de cette nuit obscure de l'hérésie. Nous v^P^^i'ons voir revenir la vraie foi, depuis que vous 'al.^^ repoussé si courageusement les attaques de ses pertiul? ^"*^^"^^s \ »
i Lib. de Syn., 51.
2 Osludiosi lùxuUm ^postollc» alquc evangelica) dochino; virj, quos fidci cal.»r in hnlis lencbiis lix-relicac noclis accciidil ! uunlam spcm revocanJ* mœ fidci aiiulislis, conslaater audacis perfidie impelu.u icttindendo! (lib. de Sun., 78.1
Nous pensons que lorsque sur ces matières on a pour soi saint Athanase et saint Hilaire, il est inutile de s'appuyer sur (Vautres autorités.
La seconde formule contient tout le venin de rhérésie arienne. Elle confesse que Jésus-Christ est Fils de Dieu , mais elle ne dit pas que luimême est Dieu. Elle déclare qu on ne peut ni ne doit prêcher deux Dieux, sous prétexte qu'il est écrit : J'irai à mon Dieu et à votre Dieu; mais elle insinue que ce Dieu est également le Dieu desliommcs, et le Dieu de Jésus -Christ qui, pour les Ariens, n'était que le plus parfait de tous les hommes. On condamne tout à la fois le mot omousion, consuhstantiel, et le mot omoionsion, semhlahîe en substance; on ne veut pas même employer le mot substance; et enfin Thé- Tésie se démasque tout-à-fait, lorsque, appliquant à Jésus-Christ comme Dieu les paroles qu'il s'était appliquées comme homme, elle déclare quç le Père est plus grand que lui.
Les Ariens avaient dressé une semblable profession de foi au concile tenu à Milan en 545 ; mais le peuple assemblé dans l'église en eut à peine pris connaissance que, malgré la sainteté du lieu, il éclata en murmures et manifesta hautement l'horreur que lui inspiraient ce» nouveau-
tes. Les évêques ariens furent obligés de regarder leur travail comme non avenu.
La seconde formule de Sirmium n'eut pas un meilleur sort; Terreur y était exprimée avec trop de crudité : elle excita une indignation universelle; Févéque Basile rassembla un concile à Ancyre, et Fanathématisa solennellement. Ses auteurs reconnurent bientôt eux-mêmes qu'elle était pleine de contradictions ; ils s'aperçurent, en outre, qu'ils avaient eu tort de se départir de leur habileté ordinaire qui les portait à cacher leurs erreurs sous des phrases à double sens ; ils désavouèrent ce qu'ils avaient fait, et leurs blasphèmes inspirant de plus en plus de l'horreur aux populations catholiques , non-seulement ils désavouèrent leur œuvre, mais ils s'adressèrent à l'empereur pour qu'il les aidât à en faire disparaître tous les exemplaires. Pour répondre à leurs vues, Constance en effet publia un édit qui « ordonnait de rapporter toutes les copies de cette pièce au palais , » et décrétait de graves peines contre ceux qui seraient convaincus d'en être détenteurs. « Mais, dit Socrate, elle était trop publique pour pouvoir être supprimée par l'appréhension de ces peines. »
Marc et Yalens furent plus habiles dans la
rédaction de la troisième formule. Un catholique, à la rigueur, aurait pu Taccepter : « Jésus- Christ a été engendré du Père avant tous les siècles; il est Fils unique de Dieu, Dieu de Dieu, semblable à son Père, et semblable en tout. » C'est bien confesser qu'il est Dieu, mais on évite de le dire explicitement. On rejette les mots consubstantiel et substance, et on en condamne l'usage sans respect pour le concile général de Nicée : c'est tout ce que \x)ulaient les Ariens. Aussi la proposition que firent Valens et Ursace aux Pères libies de Rimini, d'adopter cette déclaration de foi, fut-elle nettement rejetée.
Athanase, qui faisait grâce des mots quand il était sur des sentiments, en fit une vive critique :
« 11 ne manque plus rien , dit-il , à la piété et à la doctrine de TEglise catholique. Ursace , Valens et Germinius viennent de tout compléter , et ils ont eu soin de préciser la date de cet heureux événement. Leur formule de foi commence par indiquer l'année , le mois et le jour qu'elle a été composée. Il fallait bien apprendre aux personnes intelligentes et habiles que leur foi, bien loin d'être ancienne , n'avait commencé que sous le règne de Constance. Ils n'ont rien écrit qu'en vue de leur hérésie. Ils font profession d'écrire de Notre-Seigneur, et ils nomment un autre Sei-
TOHE I. IG
gneur, Constance, qui appuie et fortifie leur impiété; ils ont appelé cet empereur éternel, eux qui nient que le Fils de Dieu le soit... Les sages de notre siècle, qui n'ont écrit ni histoire ni prophéties, proposent une exposition de foi catholique , et ajoutent les consuls, les mois et les jours ; ils marquent le temps de leur foi comme les prophètes marquaient le temps de leur ministère. Mais plût à Dieu qu'ils n'eussent parlé que de leur foi , et non de la foi catholique! Ils n'ont pas dit : Voilà ce que nous croyons, mais : Voilà quelle est la foi de l'Eglise. Leur hardiesse et leur témérité est une preuve de leur ignorance, et la nouveauté de leurs écrits approche fort de la perfidie des Ariens. »
Examinons maintenant à la laquelle de ces trois formules le pape Lihère a apposé son nom.
A-t-il signé la troisième?
Non ; aucun auteur ancien ne suppose ni directement ni indirectement qu'on ait proposé,
en 559 , un nouveau formulaire de foi au pape Libère. Ursace et Valens se réunirent à Sirmium quelques jours seulement avant l'ouverture du concile de Rimini , puisque leur formule est datée du 22 mai et que les premières sessions du concile commencèrent au mois de juin suivant. Ils se concertèrent sur le plan de conduite à suivre en cette circonstance, rédigèrent leur profession de foi et la tinrent soigneusement cachée jusqu'à ce que le moment d'en proposer l'adoption fût arrivé. Si cette pièce eût été munie de l'approbation de l'Evêque de Rome, son auteur n'aurait pas manqué de s'en prévaloir lorsque les évêques catholiques la rejetèrent avec tant de vivacité, en déclarant que « tout ce qu'on voulait substituer au Symbole de Nicée portait, dans sa nouveauté même , une preuve sans réplique de sa corruption. »
D'ailleurs , c'était en présence de l'empereur Constance qu'eut lieu la réunion préparatoire où fut dressée cette formule : or à cette époque toutes les convocations étaient faites, et on n'en avait point adressé à Libère évêque de Rome, à Athanase patriarche d'Alexandrie, à Lucifer de Cagliari, à Eusèbe de Verceil, à Grégoire d'Elvire, c'est-à-dire à un certain nombre d' évêques que Ton
savait déterminés à défendre à tout prix le mot
comubstantlel ou au moins les mots setnhlahle en 5t(&5^awce ; comment ridée aurait elle pu venir à Ursace et à *Valens de s'exposer à un refus que Fabsence de ces termes dans leur formule rendait certain ?
Les auteurs de Y Art de vérifier les dates se sont donc trompes, et quand ils lîxent ^ cette dernière réunion d'évêques à Sirmium au 22 mai 558 , et quand ils insinuent que Libère n'est retourné à Rome qu'après avoir signé ce formulaire arien. C'est en 559 qu'il faut placer le consulat de Flavius Eusèbe et d'Hypatius ^. A cette époque Libère, revenu de son exil , s'occupait activement des besoins de son Eglise dont il avait été éloigné pendant deux ans ; voyant avec peine qu'on eût convoqué un concile sans son intervention, il se préparait, comme nous le verrons, à défendre la
1 ChroDol. des conc.
2 D'après les Table» chronologiques d'Idacc, furent nommés consul* :
h'n 3I>7 Conslanec IX et .Tiilien II.
» 358 Dalianus et f.erealls.
» 559 Eusebius el Uypalius.
» 360 Coustaucc X et Julien Ilf.
(Idalii Descriptio Consulim.)
Celte époque est encore fixée par les actes du concile de Rimini. L« décret porté , le 20 juillet , contre les principaux cvùques ariens commence en ces termes : « Sous le consulat d'Euscbccl dllypaliu», lô ^2 des calendes d'as ùl; le concile assembla à Rimini^ etc. »
UiEÂRY ST. M^Y S COLLEGE
foi de Nicée contre la rude épreuve qu'elle allait subir.
A-t-il signé la seconde?
Non ; saint Hilaire va nous en fournir la première preuve :
« La perfidie arienne, dit-il, à laquelle Libère a apposé sa signature, est celle qui avait été souscrite par vingt- deux évoques, savoir : Narcisse, Théodore, Basile, etc. » Suivent les noms que nous avons déjà cités. Or ces vingt-deux évêques ont signé la première formule, et n'ont signé quelle. Cet argument à lui seul est décisif, aussi la plupart des partisans de l'opinion contraire n'ont- ils rien trouvé de mieux que de le passer sous silence ; d'autres le mentionnent, mais en élevant contre lui les difficultés suivantes ; 1° La formule souscrite par Libère est appelée par saint Hilaire perfidie arienne ^ et dans un autre endroit le saint Docteur interrompt son récit pour dire anathème à Libère et à ses pareils : donc Libère a signé la première formule, puisque la seconde est catholique. 2° Les vingt-deux évêques ont, il est vrai, signé la première formule , mais peut-être qu'ils ont souscrit pareillement la seconde. 5' Ne peut-on pas supposer que Tauteur
des Fragments s'est trompé sur la liste des noms, et a mis à une formule les signatures de l'autre ?
Aucune de ces difficultés n'est sérieuse.
Nous verrons tout à F heure ce qu'il faut penser de rauthenticité de ces an a thèmes ; mais, en l'admettant pour le moment, il est facile de les justifier. A l'époque où écrivait Fauteur des Fra^menls^ les Ariens avaient tellement ahusé de la condescendance des catholiques, qu'on avait fini par comprendre que Femploi du mot consubstantiel était le seul moyen de prévenir toute surprise, et qu'il fallait regarder comme hérétique ou suspecte d'hérésie toute formule qui ne le renfermerait pas. Ce qui était irréprochahle dans le principe, pouvait donc alors être regardé comme répréhensible. Ces formules méritaient encore la qualification de perfides, parce qu'elles étaient moins explicites que le Symbole de Kicée, et que les hérétiques en abusaient.
On ne peut supposer non plus que les mêmes évêques ont pu souscrire à Fune et à Faiitre formule; car, si nous exceptons Ursacc et Valons qui approuvaient toujours ce que leur imposait la majorité de Fassemblée où ils se trouvaient, les autres ou élaient morts avant 557, ou n'étaient pas a Sirmiuni à cotte époque, ou sont connus par leur opposition à la seconde formule qui y fui dressée-
Ainsi Théodote d'Héracîée mourut en 555, deux ans avant le départ de Libère pour Fexil ; Eudoxe, Cécrops, Marc, Macédonius, dont les sièges étaient tous en Orient , n'ont pu signer un formulaire dressé uniquement , d'après Sozomène, par des évêques occidentaux. On ne peut supposer non plus que cette formule a reçu l'approbation de Basile, qui l'avait solennellement combattue et condamnée dans le concile d'Ancyre sa métropole; de Sylvain de Tarse, qui, au concile de Séleucie, défendit énergiquement la consubstantialité du Verbe; d'Exupérance, confesseur de la foi et défenseur de saint Athanase au concile de Milan; de Bassus, d'Evagrius, de Gaudentius, dont nous lisons les noms catholiques à côté de ceux d'Osius, d'Athanase et de Vérissime au concile de Sardique.
Enlin, la supposition que les noms ont pu être transposés n'est pas plus sérieuse. Potame , en 551, n'avait pas encore quitté la Lusitanie; Gerniinius était évêque de Cyzique et non de Sirmium, dont le siège était occupé par Photin ; et si Osius eut succombé à cette époque, les Ariens ne seraient pas restés quatre ans sans se prévaloir tVune adhésion qu'ils désiraient vivenjent.
2" Quand Libère eut signélaformule de foi qu'on
lui présentait, il ne fut pas autorisé pour cela à prendre le chemin de Rome ; son exil continua : il fut obligé de s'adresser aux évêques d'Orient pour les prier de se concerter ensemble alin d'obtenir de l'empereur son retour à Rome * ; et, ces lettres et ces démarches n'obtenant aucun résultat, il fallut encore employer l'intervention d'Ursace et de Valens. Ce seul fait n'est-il pas suffisant pour montrer que l'empereur regardait comme insuffisantes les concessions déjà faites? c'est-à-dire que, puisque l'exil a été prolongé après la signature, Libère ne l'avait apposée qu'à la première formule ou à quelque autre équivalente et non à la seconde.
o"^ Après que, à force de mauvais traitements, on fut parvenu à arracher la signature d'Osius, les évêques de Sirmium envoyèrent cette nouvelle à leurs amis U'Orient. « Eudoxe et Aétius , dit Sozomène, répandirent le bruit que Libère aussi avait rejeté le mot consubstantiel et adopté le mot dissemblable ^. » Mais si Libère eût souscrit la formule d'Osius et de Potame, ce n'est plus une fausse rumeur que l'on eût fait courir,
■1 Dignemini communi concilio ac studio laborare quatenùs de exilio dimltiar, et ad sedem quso mihi dlviaitùs crédita est revertar. {Epist, ad Orient. Episc.)
2 Lib. IV, cap. 15,
c'est une nouvelle fondée et certaine que l'on se serait hâté de répandre. Les Ariens étaient capables de répandre de faux bruits, ils ne l'étaient pas de taire une nouvelle qui leur eut donné gain de cause.
4° Nous avons vu le mauvais accueil qui fut fait à la seconde formule de Sirmium : cette réprobation fut si générale, que les évêques eurent besoin de recourir au pouvoir séculier pour faire disparaître toutes les copies d'un écrit qu'ils regardaient comme un monument de leur maladresse. Or, en serait-il arrivé ainsi dans la supposition qui veut que Libère Tait revêtue de son approbation? Quels cris de joie, au contraire, aurait poussé Thérésie î quel triomphe pour ceux qui avaient dressé cette profession de foi î Disons donc que cette formule mort-née , et bientôt désavouée par ses auteurs , n'a pas même été présentée à Tévêque de Rome.
5^ Lorsque Eudoxe, évêque de Germanice, se fut emparé du siège d'Antioche, il rassembla un concile d'évêques anoméens comme lui, et ce concile, entre autres résolutions , prit celle d'écrire à Ursace , Valens et Germinius, pour les leliciler de ce qu'ils avaient obtenu d'Osius une adhésion qui faisait la gloire et la force de leur parti. La victoire n'eùt-elle pas été plus grande
et surtout plus complète si Libère avait fait comme Ôsius , et la lettre eùt-elle manqué d'en faire mention?
6"* Si Libère a signé quelque chose, ce ne peut être qu'à Bérée ou à Sirmiiunr Si c'est à Bérée, ce fut, d'après saint Jérôme, à l'instigation de Fortunatien , évêque d'Aquilée *; si c'est à Sirmium, c'est Basile d'Ancyre , alors en faveur à la cour, qui a présenté la formule. Or, Tun et l'autre n'ont jamais été regardés conmie anoméens. Fortunatien, il est vrai, iinit, après une longue résistance , par condamner Atlianase au concile de Milan , mais il ne voulut jamais rien souscrire contre la foi. Les sentiments de Basile sont bien connus : saint Athanase nous dit que ce prélat regardait l'introduction de nouveaux mots comme dangereuse , mais qu'il était d'accord avec lui sur le fond des choses. Nous en avons une preuve dans la manière dont il souscrivit la troisième formule de Sirmium. Cette profession de foi manquait au moins de clarté. Basile fit précéder son nom de cette clause qui , sans renfermer les termes consubslantiel et sub* slcmcc, rendent la même idée par d'autres expressions :
^ Forlunatianus in boc liabelur dolcslabilis, quôJ Libcrium priù» «ollicilavit ac fiegit. {De Script, cccles., 97.)
« Moi Basile, évêqiie d' Ancyre, je croîs, comme il est écrit ci-dessus, que le Fils est semblable au Père en tout, c'est-à-dire non-seulement quant à la volonté, mais quant à la subsistance, Fexistence ci l'être, comme étant Fils, selon l'Ecriture ^ esl)rit d'esprit , vie de vie , lumière de lumière, Dieu de Dieu, en un mot, Fils en tout semblable au Père ; et si quelqu'un dit qu'il est semblable seulement en quelque chose, je le tiens séparé de l'Eglise catholique comme ne tenant point le Fils semblable au Père , suivant les Ecritures \ »
C'est le langage d'un catholique. Si nous admettons que ces deux évêques étaient semiariens, nos conclusions n'en seront pas affaiblies. Conçoit-on que, reniant tous leurs antécédents et agissant contre leur conviction , ils aient sollicité de Libère l'approbation d'un écrit qu'ils avaient eux-mêmes condamné? qu'ils aient provoqué une mesure qui aurait rempli de joie leurs adversaires et qui , de sa natufe, était très-propre à ménager à Eudoxe et à son ami les moyens de reprendre leur crédit à la cour?
Ce n'est pas seulement Fortunaticn, nous diton, mais encore l'arien Démophile, qui a pressé
I D. Ceillicr, lom. IT.
2o2 Libère de se rendre aux volontés de rcmperinr. Dupin a tort d'appeler Démophile arien. Phi< lostorge qui Tétait ouvertement, et qui connaissait ses amis, reproche à cet évêque de cacher ses sentiments , et d'avoir fait beaucoup de mal aux Eunoméens \ ce qui montre jusqu'à Févidence qu'il ne fut jamais que semi-arien. Mais, en admettant l'objection telle qu'on la fait, elle corrobore notre thèse au lieu de Tinlirmer. L"évêque de Bérée était un des signataires de la for mule de ool; cest sans doute celle-là qu'il a présentée à l'approbation de Libère : quelle raison a-t-on pour croire qu'il a demandé plus qu'il n'avait accordé lui-même? Au reste, la lettre aux évéques d'Orient, qui fait intervenir Démophilc comme solliciteur, dit formellement qu'il s'a^nit de la déclaration de foi proposée, discutée et adoptée à Sirmium en sa présence ^.
L'absurde est donc partout, hors celle vérité : Le pape Libelle n'a pas sic/né la seconde formule de Sirmhim ; et , comme la première peut recevoir un sens catholique, et que l'évèque de Rome plus que personne avait le droit de
\ Funomiauls gravissimc liîfcnsus, gravissiiuis cos niaiis offciil. (Lib. IX, cap. 9.)
2 S. ni!., lro<jm, hist. v, C.
juger des circonstances qui pouvaient faire employer tel ou tel langage, tout en exprimant le dogme d'une manière suffisante, nous pouvons en conclure que Libère, dans l'affaire de rarianisme, n'est pas tombé.
Si c'était à nos frères dissidents seuls que nous nous adressons, nous croirions notre tâche finie. Il me semble avoir complètement disculpé la mémoire de Libère de l'accusation d'hérésie.
Le pape Libère est tombé dans i'arianisme, ont ditBlondell, Dupîessis, Basnage. Libère est arien, écrivent encore MM. Bost, Malan, Puaux. — Libère arien î Ecoutez-le : « Je crois un seul Dieu Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, et Jésus-Christ son Fils unique , Dieu de Dieu, lumière de lumière, par qui a été créé tout ce qui existe, et qui dans le temps s'est incarné pour notre salut. Si quelqu'un dit que Jésus-Christ n'est pas de Dieu, ou qu'il est d'une autre substance, qu'il soit anathèmcî Si quei(|u'un dit que le Père et le Fils sont deux Dieux, qu'il soit anathèmeî » Esl-ce donc là de I'arianisme ? C'est la pure foi de Nicée : nous l'avons montré. Ce n'est pas, je pense, un jury composé de Protestants qui oserait condamner un pape pour avoir exprimé un dogme chrétien sans employer un mot
qui n'est pas dans rEcriture-Saînte, et que plusieurs écrivains de la Réforme ont blâmé le concile de Nicée d'avoir inventé.
Mais les catholiques, convaincus de Tortliodoxie de Libère, veulent savoir en outre s'il n'a pas été faible en croyant n'être que i)rudent, s'il avait des motifs suffisants pour ajourner Fusage d'une expression devenue sacramentelle ; ils sont avides de connaître toutes Jes circonstances qui intéressent à un haut degré leur foi à l'Eglise et leur vénération pour le Siège apostolique. Continuons donc nos recherches.
A't-il signé la première?
Si on n'invoque que l'autorité de Socrate, de Théodoret, de Cassiodore , de Sulpice-Sévère et de Prosper d'Aquitaine, le pape Libère n'a rien signé du tout. Nous allons d'abord examiner le témoignage de ces historiens, nous verrons en-
suite celui de leurs contemporains qui sont d un sentiment contraire.
Commençons par Socrate, le plus ancien d'entre eux : a Constance avait déjà résolu depuis longtemps d'introduire la doctrine d'Arius dans toutes les Eglises. Il tint à injure et à mépris le départ des évêques sans sa permission. Il donna donc à Ursace, à Valons et à leurs sectateurs, un pouvoir absolu de faire ce qui leur plairait contre ceux qui n'étaient pas de leur sentiment. Il envoya aux Eglises d'Italie l'exposition de foi qui avait été lue à Ri mini , et ordonna que ceux qui refuseraient de signer fussent chassés de leurs sièges et que d'autres fussent mis à leur place. Libère, évêque de Rome, ayant refusé de consentir à cette formule, fut envoyé en exil, et Félix fut établi à sa place par les partisans d'Ursace. Ce Félix n'était que diacre de l'Eglise de Rome, et il fut élevé à la dignité d' évêque parce qu'il avait embrassé la perfidie d'Arius. Quelques-uns disent néanmoins qu'il ne l'avait pas embrassée, et qu'il fut contraint par force de se laisser ordonner. Ils ne créèrent donc que confusion et que désordre en Occident, les uns étant chassés hors de leurs Eglises et envoyés en exil par l'autorité de l'empereur, et d'autres étaient établis à leur place. Libère fut rappelé bientôt
après, et rétabli sur son siège par le peuple mutiné, à la fureur duquel Constance ne voulut point s'opposer*. »
Socrate suppose qu'il n'y a eu qu'une seule persécution, c'est deux qu'il fallait admettre : la première en 355, après le concile de Milan, à la suite de laquelle eurent lieu l'exil de Libère, l'intrusion de Félix, le triomphe de Constance, la demande dn peuple romain, et enfin le retour de Libère; et la seconde en 559, après le concile de Rimini. A cette époque, les émissaires de Constance exerçaient partout de grandes violences pour faire signer la formule des Ariens, et chassaient de leurs Eglises lesévèques catholiques. Ce point redressé et Tordre chronologique, que Socrate négligait souvent, établi, les faits sont exacts. Ce passage tire même une autorité particulière de la place qu'il occupe dans VHlstolro ecclésiastique. Laissons parler Fauteur:
« J'avais écrit d'abord les deux premiers livres de mon Histoire sur la foi du témoignage de Ruffin, et l'avais suivi en tout sur sa parole. Mais, ayant lu depuis le livre d'Athanase dans lequel il déplore ses malheurs et se plaint d'a- N oir été envoyé en exil par les calomnies des par*
\ Ilisl. ceci., lib. Ji, c. o7.
lisans d'Eusèbe, j*ai cm ajouter foi à ceux qui avaient vu les choses dont ils rendaient témoignage, et à ceux qui en avaient ou fait ou souffert la plus grande partie, plutôt qu'à ceux qui n'en savaient rien que par conjecture. Ayant, déplus, trouvé des lettres de plusieurs grands hommes de ce temps-là, je m'en suis servi pour découvrir la vérité : ce qui m'a obligé de dicter une seconde fois le premier et le second livre de mon Histoire, sans néanmoins retrancher les endroits où Ruffin ne s'était pas trompé '. »
Ainsi Socrate a refait tout entiers, et à deux reprises différentes, les deux premiers livres de son Histoire. La seconde fois il s'est aidé, pour compléter les matériaux que Ruflin lui avait fournis, des ouvrages de saint Athanase et de divers autres écrits de personnages qui avaient pris part aux événements dont ils parlaient. Oi% dans ces deux livres, pas plus du reste que dans les autres, il n'est fait allusion à une signature ou adhésion donnée à une formule quelconque par le pape Libère. Ne peut-on pas en conclure qu'à l'époque où Socrate écrivait il n'avait été ques- 'ion jusque-là d'aucun fait de ce genre, que nonseulement les ouvrages de Ruffîn, mais encore
^ /fis/. eccL, lib. ii, c. i, T05IE T, if
ceux d'Athanase, n'en faisaient aucune mention? S'il en était autrement, comment ^crate, si soigneux à tout recueillir, eùt-il négligé de parler d'un fait si grave ? Son impartialité à l'égard des évèques de Rome est bien connue, et c'est plutôt de la sévérité que de la bienveillance qu'il montre à leur égard. Ecoutons-le :
« Les Novatiens étaient en grande considération à Rome, où ils possédaient de vastes églises fréquentées par une multitude incroyable de peuple. Mais ils devinrent en butte à la jalousie des évêques de Rome qui, de même que ceux d'Alexandrie, ne se tenaient plus dans les bornes de la modestie sacerdotale, et avaient commencé d'usurper une autorité trop absolue. Voilà pourquoi ils ne laissèrent plus la liberté des assemblées publiques à ceux qui n'avaient aucun différend avec eux touchant la foi; et, bien qu'ils connussent la pureté de leurs sentiments, ils ne laissaient pas de leur ôter tout leur bien. Les évêques de Constantinople ne sont jamais tombés dans ce désordre; ils ont toujours chéri les Novatiens et permis leurs assemblées, comme je l'ai déjà dit \ »
Ce passage ne prouve pas que Socrate fût no-
4 nist., Ijb. TIl, c. iL
vatien, comme Font dit certains auteurs oubliant qu'il avait fait ailleurs sa profession de foi catholique ; mais il montre au moins qu'il n'est pas prévenu en faveur des évêques de Rome, et qu'il n'était pas de nature , comme historien, à taire leurs fautes.
Voyons maintenant le récit de Théodoret :
a Je veux insérer dans cet ouvrage la confession que Lihère eut avec l'empereur Constance, pour montrer la générosité avec laquelle il défendit la foi. Des personnes de piété, qui vivaient en ce temps-là, la recueillirent à dessein d'exciter le zèle des autres par l'exemple .de cet évéque de Rome, successeur de Jules et de Sylvestre. L'empereur Constance dit : « Parce que vous êtes chrétien et évéque de notre ville , nous avons jugé à propos de vous faire venir pour vous exhorter à renoncer à cette maudite extravagance, à la communion de l'impie Athanase. Toute la terre l'a jugé ainsi, et il a été retranché de la communion de l'Eglise par le jugement d'un concile. >j — L'évêque Libère répondit : « Seigneur , les jugements ecclésiastiques se doivent faire avec une grande justice; c'est pourquoi , si votre piété le trouve à propos, ordonnez que
Ton établisse un tribunal, et, si Atbaiiase est trouvé digne de condamnation , sa sentence sera prononcée suivstnt Tordre de la procédure ecclésiastique; car nous ne pouvons condamner un homme que nous n'avons pas jugé. » — L'empereur Constance dit : « Toute la terre a condamné son impiété, et il ne cherche qu'à gagner du temps, comme il Fa toujours fait. » —Libère dit : « Tous ceux qui ont souscrit n'ont point vu de leurs yeux ce qui s'est passé ; ils ont été touchés du désir de la gloire, ou par la crainte de l'infamie dont vous les menaciez. » — L'empereur dit : « Que veulent dire la gloire, la crainte et l'infamie ? » — Libère dit : a Tous ceux qui n'aiment pas la gloire de Dieu, préférant vos bienfaits, ont condamné sans le juger celui qu'ils n'ont point vu: cela ne convient pas à des chrétiens. » — L'empereur dit ! « Toutefois il a été jugé étant présent au concile de Tyr; et dans le concile tous les évêque du monde l'ont condamné. » —Libère répondit : « Jamais il n'a été jugé en sa présence; tous ceux qui le condamnèrent alors, c'est-à-dire à Tyr, le condamnèrent sans raison, après qu'il se fut retiré. » — L'eunuque Eusèbe dit : « ïl a été reconnu ennemi de la foi catholique dans le concile de IXicée. »— Libère : « îl n'y en a que cinq qui l'ont jugé, savoir : ceux qui ont été envoyés dans la
Maréote pour informer contre lui ; de ces cinq, deux sont morts , Théognis et Théodore ; les trois autres vivent, savoir : Marc, Valens et Ursace. Le concile de Sardique a prononcé sa sentence contre ces commissaires, et ils ont donné des requêtes au concile pour demander pardon des informations calomnieuses qu'ils avaient faites par défaut contre Athanase dans la Maréote. Nous avons maintenant leurs requêtes entre les mains: à qui doit-on nous obliger de communiquer, à ceux qui ont condamné Athanase et en ont ensuite demandé pardon , ou à ceux qui viennent de le condamner?» — - L'évêque Epictète dit : « Seigneur , ce n'est pas pour l'intérêt de la foi ou des jugements ecclésiastiques que Libère vous tient ce discours, mais pour se vanter à Rome, aux sénateurs, qu'il a confondu l'empereur. » — Constance dit à Libère : « Pour combien vous comptez-vous dans le monde, de vous élever seul avec un impie pour troubler la paix de l'univers ?» — Libère dit : « Quand je serais seul, la cause de la foi ne succomberait pas pour cela ; autrefois il ne se trouva que trois personnes qui résistèrent à Tordonnance. » — L'eunuque Eusèbe dit : « Vous faites de l'empereur un Nabuchodonosor? »— Libère répondit : « Non, mais vous n'êtes pas plus raisonnable de vouloir que nous condamnions
un homme que nous n'avons point jugé. Je demande aussi, moi, que Ton commence par apporter une signatuVe générale qui confirme la foi de Nicée; qu'ensuite on rappelle de leur exil tous nos frères, qu'on les rétablisse dans leurs sièges; et quand on verra ceux qui troublent maintenant les Eglises se conformer à la foi apostolique, alors que tous s'assemblent à Alexandrie où sont Taccusé et les accusateurs et ceux qui prennent leurs intérêts, afin que, ayant tout examiné, nous en puissions juger. » —Epi ctète dit : «Les voitures publiques ne suffiraient pas pour transporter tant d' évoques. » — Libère répondit : « L'Eglise n'a pas besoin de voitures publiques, chaque Eglise pourvoira bien à conduire son évoque jusqu'à la mer. » — L'empereur dit : « Ce qui est une fois réglé ne peut être renversé ; le jugement de la plupart des évêques doit l'emporter, vous êtes le seul qui vous attachiez à l'amitié de cet impie.» — Libère dit : «Seigneur, nousn'avons jamais ouï dire qu'un accusé n'étant pas présent, un juge le traite d'impie comme étant son ennemi particulier. » - L'empereur dit : « îl a offensé généralement tout le monde, et moi plus que personne. 11 ne s'est pas contenté de la perte de mon frère aîné, il n'a point cessé d'exciter Constant, d'heureuse mémoire, à me haïr, si je n'avais résisté
par ma douceur à ses efforts et à ceux de mon frère. Je ne me saurais si bon gré de rien, non pas même de la défaite de Magnence ou de Sylvain, que d'avoir éloigné ce scélérat des affaires de l'Eglise. » — Libère dit : «Seigneur, ne vous servez pas des évêques pour vous venger de vos ennemis: les mains des ecclésiastiques doivent être occupées à sanctifier. Commandez, s'il vous plaît, que les évêques soient renvoyés chez eux, et, s'ils s'accordent sur la foi orthodoxe de Nicée , qu'ils s'assemblent afin de pourvoir à la paix de l'univers, mais qu'il ne semble pas que l'on veuille opprimer un innocent. » — L'empereur dit : « Il n'est question que d'une chose : je veux vous envoyer à Rome quand vous aurez embrassé la communion des Eglises. Cédez au bien de la paix, souscrivez, et retournez à Rome. » — Libère dit : <i J'ai déjà pris congé des frères de Rome, caries lois de l'Eglise sont préférables au séjour de Rome. » —L'empereur dit : « Yous avez trois jours pour délibérer si vous voulez souscrire ou retourner à Rome ' or, voyez en quel lieu vous voulez être mené. » — Libère dit : « L'espace de trois jours ou de trois mois ne change point ma résolution; c'est pourquoi envoyez-moi où il vous plaira. »
ce Deux jours après , Tempereur fit appeler Li-
bère ; et, comme il n'avait pas changé de sentiment, il ordonna de le reléguer à Bérée en Thrace. Quand Libère fut sorti, l'empereur lui envoya cinq cents sous d'or pour sa dépense. Libère dit à celui qui les avait apportés : « Allez, donnez-les à l'empereur , il en a besoin pour ses soldats. » L'impératrice lui en envoya autant. Libère dit : « Rendez-les à l'empereur , il en a besoin pour la dépense de ses armées ; et, si l'empereur n'en a pas besoin, qu'il les donne à Auxence ou à Epictète : ils en ont besoin. Comme il n'avait rien voulu prendre de l'empereur ni de l'impératrice, l'eunuque Eusèbe lui en offrit d'autres ; mais Libère lui dit : a Tu as rendu désertes les Eglises du monde, et tu m'offres une aumône comme à un criminel; va, commence par te faire chrétien.» Et, sans avoir rien pris, il partit trois jours après pour aller en exil \
-1 Voici toutes les réflexions que celle page admirable de l'histoire de l'Eglise a inspir(?es a un auteur prolestant :
« Qui veut voir quelles étaient alors la petitesse et la sujétion de l'Evoque romain sous l'empereur romain, qu'il lise le seizième chapitre du deuxième livre de l'/7Js/otr« de Théodoret, où il y a un dialogue entre Liberius et l'empereur Conslantius , lequel, parlant à Liberius comme un monarque a son sujet, le relègue en bannissement et lui oi donne cinq cents Ocus pour l'entretenir dans son exil. » (Duplessis, Réponse de Du Perron pour le roi Jacques. Nouveauté du Papisme opposée à l'antiquité du Christianisme, liv. v, ch. 7.
Nous n'aurions jamais cru que l'erreur pûl conduire une intelligence a un pareil degré d'aveuglement.
« L'empereur étant allé à Rome deux ans après, les femmes de ceux qui tenaient dans la ville les charges et les dignités prièrent leurs maris de demander à l'empereur le retour du pape Libère, exilé deux ans auparavant. Ils répondirent qu'ils craignaient la colère de l'empereur ; que peutêtre il ne pardonnerait rien à des hommes, qu'il aurait plus d'égards pour elles, et que, s'il ne leur accordait pas ce qu'elles demandaient, du moins il ne leur en arriverait aucun mal. Les dames suivirent le conseil de leurs maris et se présentèrent devant l'empereur, parées avec leur magnificence ordinaire, afin que, jugeant de leurs qualités par leurs habits,il eût plusde considération pour elles. Elles le supplièrent donc d'avoir pitié de cette grande ville, privée de son pasteur et exposée aux insultes des loups. Constantius répondit que Rome avait un pasteur capable de la gouverner, sans qu'il en fût besoin d'autre : il entendait Félix. Les dames romaines repartirent que personne n'entrait dans l'église quand Félix y était, parce que, encore qu'il gardât la foi de Kicée, il communiquait avec ceux qui la corrompaient. L'empereur se laissa fléchir, et ordonna que Libère serait rappelé et gouvernerait TEglise en commun avec Félix. Mais, quand on lut dans le cirque les lettres qui portaient cet ordre, le peu-
pie s'écria qu'il était juste ; et comme il y avait dans le cirque deux factions distinguées par les couleurs, chacune, disaient-ils, aurait son pasteur. Après s'être ainsi moqués des lettres de l'empereur, ils s'écrièrent tous d'une voix : « Un Dieu, un Christ, un Evêque! » Ce sont leurs propres paroles. Quelque temps après ces acclamations du peuple fidèle , Libère retourna à Rome , et Félix se retira dans une autre ville ^'»
Ici encore on n'aperçoit pas trace de signature, et cependant on ne pouvait désirer une narration plus circonstanciée.
Le même auteur, écrivant à l'évêque Renat, parle ainsi du siège de Rome : « C'est à divers titres que cette chaire sacrée possède la principauté sur toutes les Eglises du monde ; mais le plus remarquable , c'est de n'avoir jamais été souillée par la tache de l'hérésie , de n'avoir jamais été occupée que par des évêques à la foi pure, d'avoir conservé intacte la doctrine des Apôtres ^. » L'évêque de Tyr aurait-il écrit ces paroles s'il eût été persuadé que Libère, dont il
^ TbeoJ., nist. eccUs., lib. il, cap. -Ibet f. — Fleurv, nîsL ecclés.f
lÎT. XIII.
2 Habet sanclissiraa illa SeJes ecclesiarura quœ in totoiout orbe prîncipatum multig nominibus : atque anle bacc omnia qubd ab ba)iclicà laba immunis maDsit, nec uUus fidei coalraria lentiens io ea sedit , >eJ apo* •lolicamgraliatnintegramconierTaTit. (Theodor., Epi$t. ^{Q, adRenat.)
connaissait à fond Fhistoire, avait succoitibé sous les efforts des hérétiques ?
Cassiodore , qui avait sous les yeux les ouvrages de Socrate, de Sozomène et de Théodoret, adopte le récit de ce dernier, quïl reproduit presque textuellement :
«Ce vaillant et glorieux athlète de la vérité se rendit en Thrace, lieu de son exil. Deux ans après, Constance vint à Rome. Les femmes des magistrats et des sénateurs allèrent trouver leurs maris pour les supplier de demander à l'empereur le retour de Libère, les menaçant, en cas de refus, de les abandonner et d'aller elles-mêmes partager l'exil de leur pasteur. Ceux-ci répondirent : « Nous redoytons la colère de l'empereur et l'odieux d'un refus ; mais allez vous-mêmes lui porter votre requête, il peut vous écouter, et dans tous les cas vous pouvez subir un refus avec moins d'inconvénients qu'un corps de l'Etat. » Cet avis est goûté. Ces dames chrétiennes, dont on ne saurait trop louer le zèle, se revêtent de leurs plus magnifiques habits , afin de montrer quelle était leur condition sociale, et d'être ainsi mieux accueillies à la cour et plus facilement exaucées dans leur prière. Admises auprès de l'empereur , elles le supplient d'avoir pitié d'une
si grande ville, privée depuis si longtemps des secours et de la vigilance de son pasteur, et livrée sans défenseui'^ à la fureur des loups. Constance reprit vivement : « La viiie n'a pas besoin de pasteur, elle en a un qui veille sur elle. » C'est qu'en effet, après le départ du grand homme, on avait ordonné à sa place un de ses diacres nommé Félix, qui, à la vérité, s'était toujours montré fidèle à la foi de Nicée, mais qui communiquait sans discrétion avec les Ariens; aussi nul fidèle n'allait dans l'église quand il y était. Les pétitionnaires ne manquèrent pas de raconter toutes ces circonstances à l'empereur ; vaincu par leurs instances, il promit de rappeler cet admirable pontife, ajoutant qu'il gouvernerait l'Eglise de Rome conjointement avecFélix. Quand le héraut eut fait connaitre cette détermination , le peuple rassemblé pour voir les jeux du cirque dit qu'elle était juste, et que les spectateurs, étant distingués dans l'amphithéâtre par deux couleurs différentes, il convenait que chaque parti eût aussi son pasteur. Et, après avoir fait semblant d'approuver de cette manière ce qu'ils venaient d'entendre, ils s'écrièrent tous à l'unanimité : « Un seul Dieu, un seul Christ, un seul Evêque ! » J'ai cru qu'il était du devoir d'un historien de rapporter ces propres paroles. « Après cette demande inspirée par la justice
et la pîéto à un peuple si attaché à la foi du Christ, le très-saint pontife Libère fut rappelé de Texil. Félix se retira, et alla habiter dans une autre
ville *. >»
Sulpice-Sévèrc, ne donnant qu'un abrégé de rhistoire universelle, entre nécessairement dans moins de détails ; il en dit assez toutefois pour montrer ce qu'il pensait de Libère, de son exil, et des causes de son retour :
« Denys, pour avoir improuvé la lettre de Constance, composée par Valens, fut chassé de Milan et remplacé par un autre évèquc. Libère, également évèqucdcUome, et îlilaire évèquo de Poitiers, furent aussi exilés ^ Rhodanius évéque do Toulouse, homme d'un caractère doux et dont la résistance était moins le résultat de son propre caractère que de son union avec îlilaire, eut le mémo sort; et pourtant tous étaient prêts à exclure Aihanasede leur communion, pourvu qu'on examinât la question de dogme. Mais les Ariens pensaient que le meilleur parli pour eux était d'écarter du combat de si grands hommes : ils furent donc en-
1 Posl hoc Torb Cbiisto smaLilispopuli {)i?5 it jusiilii exortialns V(h f<?s , sanc'iissimiis quiJem Libeiius est rcversus ; Félix aulem receilens ; lial.itavii aliam civitalcm. {JUsl, Irip., iib. y, c. 18.)
2 r.ibeviu! quoque cllîilûiius PictavoruRi ppiscopus dantur csllio»
voyés en exil il y a quarante-cinq ans, sous le consulat d'Arbétion et de Lollien. Peu après, des troubles qui s*élevèrent à Rome y firent rappeler Libère ^ Les exilés, du reste, reçurent partout des marques de la plus vive satisfaction ; on fournit abondamment à leurs dépenses, et toutes les provinces de l'empire leur envoyèrent des dcputations. »
Les Chroniques de Prosper d'Aquitaine mentionnent Fexil et îe retour de Libère en ces termes :
« Sous le consulat de Philippe et de Solia, Libère fut ordonné le trente-quatrième évèque de Rome. Condamné à l'exil pour la foi la neuvième année de son pontificat, tous les ecclésiastiques de Rome jurèrent de ne jamais reconnaître d'autre évèque que lui ; mais lorsque Félix eut été mis à sa place par les Ariens, plusieurs se parjurèrent, et un an après, au retour de Libère, ils furent chassés de Rome avec Félix ^. »
^ Scd Libcrius paulb posl urbi rcdJilur, ob scdlliones romanas.
Ce n'est pas la seule fois que des motifs analo[!ues ont fait changer do détermination au chef de TElat. En 309 Tcmpcreur avait envoyé en exil Brelonnien, évoque de Tomy, pour avoir refusé de communiquer avec les Ariens. Les Scythes exprimèrent vivement leur mécontentement, cl Valeus se hâta de rappeler le saint confesseur. (Sozoni; VI, 21.)
2 Chron. inlegrum. Patrologics iom. u, c. 578,
Voilà cinq historiens graves, impartiaux, qui, ayant à parler de Libère, de sa résistance aux volontés de l'empereur, de son exil et des causes de son retour , Font fait sans supposer de sa part aucune souscription à des écrits suspects d'hérésie, aucune concession aux ennemis de la religion.
Il nous reste à voir ceux qui ont parlé de Libère comme ayant condamné saint Athanase, ou souscrit à la formule de Sirmium.
Nous commençons par Sozomène, continuateur d'Eusèbe comme Socrate et ïhéodoret. Voici comment il raconte Fexil de TEvéque de Rome :
« Le concile de Milan ayant été terminé sans aucun succès , l'empereur condamna au bannissement ceux qui s'étaient opposés au dessein des ennemis d'Athanase. Comme il souhaitait avec passion d'établir une créance uniforme dans toute l'Eglise, et de réunir tous les évêques dans la profession d'une même doctrine,
il méditait de les assembler pour cet effet en Occident. La vaste étendue des mers et des terres qu'il fallait traverser rendant cette entre^ prise difficile, ne l'abandonnant pas néanmoins entièrement, avant que d'entrer dans Rome et d'y paraître devant le peuple avec la pompe et la magnificence d'un vainqueur qui a réduit ses ennemis sous sa puissance, il envoya quérir Libère et lâcha de lui persuader de se conformer aux sentiments des évèques qui étaient à sa suite, et entre lesquels était Eudoxe. Libère ayant re« jeté sa proposition et protesté qu'il ne ferait jamais rien de ce qu'il désirait , il commanda de le conduire à Bérée, ville de Thrace. On dit qu'une autre raison pour laquelle il fut ainsi relégué est qu'il n'avait jamais voulu se séparer de la communion d'Athanase, bien que l'empereur l'accusât d'avoir fait injure à l'Eglise, d'avoir été cause de la mort de l'aîné de ses frères, et d'avoir jeté des semences d'inimitié entre l'autre et lui. Comme l'empereur se servait contre lui de l'autorité des jugements qui avaient été rendus dans tout le concile et principalement dans celui de Tyr, Libère lui répondit qu'il né fallait pas avoir grand égard au jugement de ses évèques qui n'avaient condamné Athanase que par haine, ou par crainte, ou par fureur; il demanda que tous les
prélats signassent la foi du concile deNicée, et que ceux qui étaient en exil pour l'avoir soutenu fussent rappelés; qu'après cela lesévèques se transportassent à Alexandrie chacun à leurs dépens, sans qu'ils fussent à charge à personne, ni que le public leur fournît ni voiture ni argent; et que l'on s'y informât exactement de la vérité, puisque ceux qui avaient fait les injures et ceux qui les avaient souffertes y demeuraient, et que la preuve en était plus aisée à acquérir en ce lieu-là qu'en nul autre. Enfin il lui montra la lettre écrite par Valens et par Ursace à Jules son prédécesseur, par laquelle ils reconnaissaient l'innocence d'Athanase, et demandaient pardon des fausses informations qu'ils avaient faites dans la Maréote contre lui; il conjura l'empereur de ne pas condamner un évêque absent et de n'avoir aucun égard au jugement qui avait été rendu contre lui, puisqu'il avait été visible que c'était un piège de ses ennemis. Pour ce qui est de Tinjure dont il se plaignait touchant ses frères, il le supplia de ne s'en point venger par la main des prêtres que Dieu a consacrés à la sanctification des hommes et à toutes sortes de bon nés œuvres. L'empereur le voyant si peu disposé à suivre ses intentions , lui donna deux jours pour délibérer. Mais Libère, au lieu de les accepter, lui dit ; « Je suis tout ré-