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solu, et je suis prêt à partir. » On dît que, comme on le conduisait au lieu de son bannissement , Constance lui eftvoya cinq cents pièces d'or, mais que Libère les refusa, en disant à celui qui les lui présentait : « Dites à celui qui vous a donné cet or, qu'il le garde pour ses flatteurs et pour ses bouffons que l'insatiable cupidité tient toujours dans rindigence. Jésus-Christ, qui est en toute chose semblable à son Père, me fournit libéralement ce qui m'est nécessaire. » Libère ayant été dépouillé de la sorte de l'évêché de Rome, la conduite en fut confiée à Félix, diacre. On dit qu'il demeura toujours fort attaché à la foi du concile de Nicée, et qu'on ne trouva jamais rien à redire à sa conduite, si ce n'est qu'avant d'être ordonné il participait à la communion des hérétiques. Quand l'empereur entra dans Rome, le peuple lui demanda Libère avec de grands cris. Le prince ayant délibéré avec les évèques,lit répondre qu'il leur rendrait leur pasteur s'il vou* lait s'accorder avec les autres qui étaient à sa suite.
« L'empereur étant retourné bientôt après de Rome à Sirmich, y reçut une députation de la part des évèques d'Occident, et rappela Libère de Bérée; il le pressa, en présence des députés des évèques d'Orient et des évèques qui étaient à sa
suite, de reconnaître que le Fils de Dieu n'était point de même substance que son Père. 11 était excité à cela par Basile, par Eustathe et par Eleusius qui avaient grand crédit auprès de lui, et qui, ayant fait un petit recueil de ce qui avait été ordonné dans le concile de Sirmich contre Paul deSamosate et contre Piiotin, et du formulaire composé à Antioche au temps de la dédicace de Féglise neuve, comme si quelqu'un eût dessein d'introduire une hérésie particulière sous le nom de consubstcmtiel , lirent en sorte que Libère, Athanase, Alexandre, SeverienetCrescent, évèques d'Afrique, consentissent à ce formulaire auquel Ursace, Gi?rmain évèque de Sirmich, Valens évèque de ]\Iursa, et ce quïl y avait d^évé-ques d'Orient présents, consentirent pareillement. Ils acceptèrent une profession de foi de Libère, par laquelle il déclarait retranchés de l'Eglise ceux qui disent que le Fils de Dieu n'est pas semblable à son Père en toutes choses et quant à la substance. Eudoxe et ceux qui favorisaient avec lui l'erreur d'Aèce n'eurent pas plus tôt reçu dans Antioche la lettre d'Osius , qu'ils osèrent publier que Libère condamnait le terme de consubskinîiel , et avouait que le Fils de Dieu est dissemblable à son Père. x\près cela , l'empereur
permit à Libère de retourner à Rome. Les évê-
ques qui s'étaient assemblés à Sirmich écrivirent à Félix qui gouvernait alors les lidèles de cette ancienne capitcile, et au clergé, qu'ils reçussent Libère, qu'ils demeurassent tous deux assis sur le siège apostolique, qu'ils s'acquittassent en bonne intelligence des sacrées fonctions de leur ministère, et qu'ils oubliassent tout ce qui était arrivé de fâcheux, soit dans l'ordination de l'un, soit dans le bannissement de l'autre. Le peuple aimait le dernier comme un homme de bien qui avait eu le courage de s'opposer à la volonté de l'empereur et de défendre la vérité de la foi, et il avait excité des séditions pour l'amour de lui, il s'était porté jusqu'à répandre du sang. Félix n'ayant survécu que fort peu de temps , Libère gouverna seul TEglise de Rome. Et il semble que ce fut un don particulier de la Providence, qui voulut empocher que le trône de saint Pierre ne fut déshonoré s'il demeurait rempli de deux évêques, ce qui étaitxontraire aux règles de FEglise et aurait été sans doute un sujet de discorde '. »
Cette narration ne diffère notablement de celle de Socrate et de Théodore!, que lorsqu'il s'agit des circonstances qui ont précédé le retoiu* de Libère. Ce retour, d'après Sozomène, n'eut lieu que lors-
\ UiiL ceci.) lib. iVj cap. 2,
que Libère eut adopté et souscrit une profession de foi rédigée de concert avec les évêques qui étaient auprès de Fempereur. Auquel de ces historiens faut-il ajouter foi quand il y a désaccord entre eux ?
Sozomène écrivait quelques années après Socrate. Il se contente souvent de reproduire les travaux qu'il avait sous les yeux; quand il y ajoute ou qu'il les modifie, il ne fait pas toujours preuve dini discernement parfait; il admet trop facilement le merveilleux. Ainsi, au livre i*^', chap. 6% il raconte sérieusement que les Argonautes portèrent leurs vaisseaux sur leurs épaules l'espace de quatre cents stades. Ailleurs \ il dit que du temple d'Apliaca on voyait, à la nuit, chaque soir, sortir un feu semblable à une étoile, qui passait au-dessus de la cime du Liban et allait s'éteindre dans les eaux du fleuve. « Les païens , ajoutet-il , disaient que ce feu était Uranus ou Vénus, etc. »
En général, « supérieur à Socrate sous le rapport du style , Sozomène montre moins de critique ^ »
Quoi qu'il en soit du jugement et delà critique
i nist.f lib. XI, cap, S.
2 Biographie universelle de Mlchaud (art. Sozomiine.)
de Sozomène, on est forcé d'avouer qu'il est difficile d'admettre tout ce que contient le chapitre que nous venolis de citer.
« L'empereur, excité par Basile, Eustathe et Elcusius , aurait pressé Libère de reconnaître que le Fils de Dieu n'était pas de même substance que son Père \ » Mais ces trois évoques ont toujours vu dans la diversité de substance une monstrueuse erreur, dont Basile d'Ancyre avait luimême provoqué la condamnation. Eustathe de Sébaste et Eleusiusde Cyzique ont été, il est vrai, accusés de scmi-arianisme, mais jamais ils n'ont pactisé avec la fraction des Ariens qui soutenait que le Fils était dissemblable à son Père.
Une autre preuve que Sozonicne se trompe en cet endroit, c'est qu'il dil; que les évèques avaient fait un recueil de ce qui avait été décidé à Sirmium contre Photin , et à Antioche contre Paul de Samosate. Le lecteur connaît le premier, de ces écrits ,'nous allons bientôt lui montrer le second : ni Funni Fautre ne disent que le Fils de Dieu n'est pas de même substcmœ , ils disent même le contraire. Les auteurs de ce recueil se
4 Llboilum ca'[)il compL'Hor.- ul Filiinn l'aUis non esse coiisulslanlia!cm prf.nicichir. îiislabant aiiicm el isiipeialofoia ad hoc inipcliebaiit iJasiliui, Lusîalliius el Elcusius. (Li». iv, o. 15.)
seraient donc contredits , puisqu'ils auraient fait demander à Libère le contraire de ce qu'ils avaient eux-mêmes adopté.
Qu'on se rappelle enfin dans quelles circonstances Basile et ses amis avaient remplacé Aèce et Eudoxe dans leur crédita la cour. Constance s'était entièrement livré à l'évèque d'Antioche , et celui-ci , abusant de son influence, venait d'obtenir des lettres impériales très-favorables aux Ariens, Basile, arrivé à Sirmium, voit l'empereur; il parvient, dès la prei]iière entrevue, à lui faire comprendre dans quelle voie fâcheuse on l'engage. Constance, éclairé, rappelle le prêtre Asphale, émissaire des Ariens, retire sa lettre, et la remplace pv^r une autre qui traite Eudoxe d'usurpateur audacieux, Aèce de pernicieux sophiste, et invite les ildèîcs à fuir leur enseignement. Peut-on admettre que quelques semaines après, le même jour peut-être, Basile ait fait proposer à Libère d'adopter l'erreur d'Eudoxe qu'il venait de combattre?
Le récit de Sozomène contient d'autres inexactitudes, ïl dit que «les évêqucs de Sirmich écrivirent aux habitants de Rome pour les engager il recevoir favorablement Libère. » ^tlais quel besoin de faire une démarche de cette nature, alors que le sénat , le peuple et le clergé poussaient
rattachement pour leur évêque jusqu'à exciter 'des séditions afin d'en obtenir le retour?
Il suppose que Libère et Félix ont gouverné simultanément pendant quelque temps FEglise de Rome. Cest formellement contredit par tous les historiens, même par ceux qui admettent quïl essaya de rentrer dans Rome après en avoir été chassé au retour du Pontife légitime. Il n'est pas vraisemblable que des évéques soient intervenus en faveur d'une mesure qui, d'après Sozomène lui-même, eût déshonoré le Siège apostolique et qui était contraire à toutes les lois de FEglise.
Enfin, notre historien assure que Félixmourut bientôt après l'arrivée de Libère, ce qu'il regarde comme un bienfait de la Providence. L'entrée triomphale de Libère à Rome eut lieu au mois d'août de l'an 357, et Félix, d'après Marcellin et Faustin , témoins oculaires, n'est décédé qu'au mois de novembre 561.
Nous concluons que Sozomène, en ce qu'il raconte d'opposé aux autres historiens, paraît mal informé.
Mais admettons comme indubitables le récit de cet historien et toutes ces circonstances , et
voyons, dans cette hypothèse, quelle a été la conduite de Libère.
Le dossier qu'il approuva se composait de deux pièces : la première était la formule dressée à Sirmium, en 351, contre les erreurs de Photin et de PauldeSamosate; la seconde, le formulaire dressé au concile d'Antioche, dit de la Dédicace. Le lecteur connaît la première; Socrate \ saint Hilairc^ et saint Athanase ^ nous ont conservé la seconde :
« Nous croyons, suivant la tradition de l'Evangile et des Apôtres, un seul Dieu Père tout-puissant, créateur de toutes choses, et un seul Seigneur Jésus- Christ, Fils unique de Dieu, par qui toutes choses ont été faites , engendré par le Père avant tous les siècles , Dieu do Dieu , tout de tout , seul de seul , parfait de parfait, Roi de Roi, Seigneur de Seigneur, Verbe vivant, sagesse, vie, véritable lumière, voie, vérité, résurrection, pasteur, porte, immuable et inaltérable ; image parfaite de la Divinité, de la substancc,..dc la puissance, du conseil et de la gloire de son Père ; qui est le premier-né de toutes les créatures; qui était en Dieu au commencement, comme il est dit dans l'Evangile : Ei le Verbe était
^ Ilist. ceci, lib. Il, cap. ^0.
2 Lih. di Sijnod., 29.
8 De Symd., 735.
l>ieii; par qui toutes choses ont été faites, et en qui elles subsistent; qui, dans les derniers temps, est descendu du^iel, est né de la Vierge, selon les Ecritures, et a été fait homme et médiateur de Dieu et des hommes ; qui est Tapotre de notre foi et auteur de la vie, comme il l'a dit lui-même : Je suis descendu non pour faire ma volonté , mais la volonté de Celui qui m*a envoyé ; qui a souffert pour nous , est ressuscité, est monté au ciel, est assis à la droite du Père , et qui viendra avec gloire et avec puissance pour juger les vivants et les morts." Nous croyons au Saint-Esprit, qui est donné pour la consolation, la sanctification et la perfection des fidèles, comme il a été ordonné par Jésus-Christ notre Seigneur aux Apôtres, quand il dit : Allez , et enseignez toutes les nations^ les baptisant au nom du Père , et du Fils, et du Saint-Esprit : du Père qui est vraiment Père, du Fils qui est vraiment Fils, du Saint- Esprit qui est vraiment Saint-Esprit. Ce ne sont pas des noms sans signification et donnés en vain -, ils expriment exactement la substance, l'ordre et la gloire de chaque personne qu'ils désignent , en sorte que ce sont trois choses quant à la subsistance ou quant à la concorde. Tenant cette foi en présence de Dieu et de Jésus-Christ, nous condamnons l'impiété des dogmes hérétiques; et si quelqu'un enseigne, contre la sacrée doctrine de la sainte Ecriture, qu'il y a eu un temps ou un siècle avant que le Fils fût engendré , qu'il soit anathème. Si quel-
qu'un dit que le Fils est créature comme une des créatures, ou production comme une autre production , ou s'il parle autrement que l'Ecriture et enseigne autre chose que ce que nous avons appris , qu'il soit anathème. Car nous croyons vraiment et religieusement tout ce qui nous a été enseigné dans les saintes Ecritures par les Prophètes et par les Apôtres. »
« Ce formulaire, dit Sozomène * , est conforme à celui du concile de Nicée presque en toutes choses , si ce n'est qu'il y ait quelque sens caché sous Tobscurité des termes, duquel je ne me suis point aperçu. »
Sozomène a raison. Il faut se rappeler que, parmi les évêques du concile de la Dédicace, il y avait beaucoup de semi- Ariens, pour soupçonner de l'hérésie dans ces paroles ; et, comme Dieu seul juge les intentions, on regarde en général ce concile comme catholique, et sa profession de foi comme irréprochable. A la vérité, on y cherche en vain le mot consubstantid, mais il ne convenait pas de l'employer en cette circonstance, à cause du mauvais sens que Paul de Samosate et ses partisans lui donnaient. «On attribuait cette formule, ditFleury^ au martyr saint Lucien, et il
»-• Ilht. eccles., lib, m, cap. b.
2 Uist. ecclà., liv. xiv, u° 10.
n'y manque que le mot constibsiantiel; mais cela même la rendait plus agréable à ceux à qui ce terme était suspect. Saint Hilairé ^ montre qu'elle est toute catholique. »
Résumons-nous. En supposant vrai tout ce que dit Sozomène de Libère, il suit simplement que ce pontife aurait approuvé deux professions de foi, celle d'Antioche et celle de Sirmium , regardées partout le monde ou comme catholiques ou comme susceptibles d'un sens catholique. Certes, il aurait pu le faire sans trahir sa conscience ni les intérêts de l'Eglise : eh bien! il ne le fît pas; mais, achevant d'éclaircir ce que ces formules pouvaient avoir d'obscur , et voulant à tout prix prévenir toute équivoque et tout subterfuge, il prend le dossier, en analyse le contenu et en fîxe le sens par cette énergique apostille : « Je déclare retranchés de l'Eglise ceux qui disent que le FjJs de Dieu n'est pas semblable à son Père en toutes choses et quant à la substance ^» Ursace, Gcrminius et Valons rétractent leurs erreurs ; Basile et ses amis, que le patriarche d'Alexandrie veut qu'on traite en frères, approuvent pareillement j les évêques africains Athanase ,
4 I.ib. de Synod ,31.
2 Sozora., Hist.cccteg,
2êi5
Alexandre, Severien, Crescent, dont la foi était toujours restée pure , souscrivent avec joie ; et Libère , qui put croire en ce moment à la pacification de TEglise, revient triomphant à Rome recevoir les félicitations d'un peuple qui Taimait à l'excès.
Certains auteurs ont avancé que le récit de Sozomène était la condamnation du pape Libère ; nous trouvons, au contraire, qu'il est son triomphe. On fait venir ce Pontife du fond de son exil pour l'obliger à reconnaître que le Fils de Dieu est dissemblable en substance à son Père, et il fait signer à tous anathème a qui refusera de dire qu'?7 lui est semblable en tout et en substance ! » Quelle victoire plus complète pouvait honorer son retour ^ ?
Toutefois nous ne voyons pas encore apparaître le mot consubstantiel; il est temps enfin d'expliquer ce fait.
1 D'après Sozomène , les évoques présents acceptèrent de la main de Libère et approuvèrent la profession de foi par laquelle ils déclaraient relranchés de l'Eglise tous ceux qui disaient que le Fils de Dieu n'est pas semblable à son Père en toutes choses et eu substance. Fleury dit que c'est Libère seul qui porta celte excommunication : « Mais Libère protesta, de son coté, qu'il excommuniait ceux, etc. (lib. xiv, c. 6). » C'était déjà trop de suivre, entre quatre historiens, celui dont l'autorité est la plus contestée ; au moins fallait-il le traduire fidèlement.
YIII,
Consuhstantiel ost la tradiiclion du mot grec omousios * . Ce terme es t compose de omos qii i veut dire semblable , pareil , et de ousia qui signifie substance : son sens littéral est (\ot\q, semblable en substance,
Omoiousws, com.posé aussi iiovsia et (['omoios qui, comme omos^ veut dire semblable, a le même sens qi\'o7noiisios , avec cette différence tcutefois que dans certains cas ce sens est moins absolu : ainsi, tandis que tous les dérivés d'c???os emportent une idée de similitude, d'égalité, a identiij, comme omopolis qui est de la même ville, onior.e dans le mémo Heu, omomisio'i au contraire en a qui indiquent les degrés tjivers de rcsscr blance : tel est omoloô qui veut dire, selon les circonstances, être égal , semblable, pareil, et aussi être seulement ressemblant, imiirr, paraître. On ne peut donc le nier, Tadcplion du terme consubslanfiel tém.oignc de la profonde sagesse des Pères du concile do Nicéc. Nulle autre expression , en effet, no rend avec plus d'é-
1 O'/xowffWf,
nergic et de précision la ressemblance parfaite du Père et du Fils , ressemblance qui entre les personnes divines suppose Fidentité de substance.
Mais enfin ce terme n'exprime pas une idée nouvelle, et le dogme de la consubstantialité peut s'énoncer sans lui : il n'est pas dans l'Evangile, on ne le lit pas dans le Symbole des Apôtres; il était rarement employé avant l'année o2d, et le concile de Nicée, en l'insérant dans sa profession de foi, ne lit pas de loi pour prescrire de s'en servir désormais toutes les fois que l'on voudrait assurer que le Fils de Dieu est de même nature que son Père. Son usage dans les controverses religieuses fut, il est vrai, à dater de cette époque, de plus en plus fréquent, mais il ne devint point exclusif. Aussi le concile d'Antioche est généralement reçu comme catholique , quoique le mot consubstmitiel ne ligure pas dans ses actes \ La déclaration de foi de Marcel d'Ancyre, approuvée par le })ape Jules, ne le renferme pas-. Saiîît Cyrille, patriarche de Jérusalem, n'en faisait jam.ais usage. L'évêque Germinius abjure sincèrement larianisme, sans qu'on songe à le
1 I.c concile d'Anliocîie conlrc Paul de Samosalc avait rejo(c le mol consubilanliel a cause du mauvais sens que cet héiolique y donnait, ce <]ui u'cmpCxliait pas que ce concile ne fut rôvcrc universellcmcul dans 1 n^;liso. (God. lieruianj, Vie de saint Athanase; u, 197.)
2 Saint Epinb,, Uœrcs.,1-2.
lui faire prononcera Saint Ambroise, au concile d'Aquilée , n'en dit rien dans un colloque avec les ariens Secondien et Pallade ^. Saint Mélèce fut exilé pour avoir hardiment exposé la foi chrétienne dans son discours d'installation, prêché à Antioche devant l'empereur Constance et sa suite : il n'avait jamais prononcé le vnoicwisubstantielK
\ s. Hil., Fragm, i3.
2 Coucil. Il, 979.
5 Théodoret, lib. il,, cap. 31.— Epipb., îlœT.^ 73.
Le P. Maimhourg, lui, rcgarJc comme hcréliques tous ceux qui , en parlant de la diviuilé de Noire-Seigneur, n'employaient pas le mot contubstantiel ; puis, quand les événements viennent démentir sou système, il fait intervenir un miracle, et tout est expliqué. Voici comment il parle de saint Mélèce :
« Kl comme Melelius qu'ils avaient fait patriarche d'Anlioclie en la place d'iiludoxe, croyant qu'il seconderait leurs efforts, se fui misa prêcher la foi de Nicée , s'élant converli lout-à-coup par une espèce de miracUf ils le firent chasser de son siège. » (Lib. iv, lom. i, 5GI.)
Même moyen d'explication quand Eleusius de Cyzique et Sylvain do Tarse ne parlent pas en vrais héréliqucs : « Ce qu'il y eut à'admira' ble ca cette occasion, c'est qu'Elcusius et Sylvanus, disputant fortement contre la formule d'Acacius, furent tellement convaincus parla force de la vérité qui se produisit presque malgré quHls en eussent par leurs raisonnements qu'ils soutinrent en face de l'empereur, que, présupposé qu'il crût contre les Anoméeus, comme il le disait, que le Fils do DicC n'était pas une créature formée ou de rien ou d'une autre essence quj celle de son Père, il fallait nécessairement qu'il lui fût non-seulcmcnl semblable en substance , mais aussi consubstantiel. n El plus loin : « Ces deux illustres évèqucs , devenus toul-à-fail catholiques d'une si merveilleuse manière, de semi-Ariens qu'ils étaient^ etc. » [Ilist. de l'Arianisme, i, 352.)
Au lieu d'admettre, sans raison suffisante, des moyens si merveilleux
Alhanasc lui-même ne s'en sert pas toujours , et quelquefois dans ses écrits il semble donner moins d'importance au mot consubstantiel qu'à ceux de substance et de nature , comme dans ce passage de sa lettre aux Africains : « Les évèques de JXicée ont confessé que le Fils de Dieu est de même substance que son Père ; les autres évèques ont été déposés jusqu'à trois fois dans la ville de Rimini, et ils ont eu la hardiesse d'écrire qu'on ne doit pas dire que Dieu est une substance ou une nature. » Ailleurs * il appelle catholiques ceux qui rejettent le terme consubstantiel comme obscur. Le pape Damase, successeur de Libère, écrivait en pleine paix aux évèques d'ilîyrie : « Le contre-poison de cette doctrine corrompue (il s'agit du concile de Rimini) a été p.réparé par le concile de Nicée : il consiste à croire que le Père et le Fils n'ont qu'une même divinité , une même vertu , une même nature. Nous devons aussi croire que le Saint-Esprit est de même substance ^\ »
pourchanger lessemi-Aiicns en/0L'7-à-/"ai< calholi(fUts, îl serait raleuxd« chercher ce qu'ont pensé leurs contemporains, les Alhanasc, les Jérôme, les Kilaire, de ne passe croire le droit d'élre plus scvcre qu'eux à douze siècles de distance, et enfin de se rappeler le précepte d« saint Paul ; Sapere ad sobriclalem.
•I DeSynod., 12.
2 Epist. ad EpUc, îliiJr^ TOJIE I. i«|
Lr; même Pontife , condaninant les eneiirs d'Apollinaire et deTiiiTolhée, prononce anathème contre ceux qui disent que le Verbe de Dieu est éloigné de lui par une sorte d'extension, qu'il n*a pas la même substance, et qu'il finira un jour * : voilà le dogme exprimé avec exactitude , sans l'usage du mot consubsiantieL On n'était donc pas hérétique uniquement pour omettre ce terme.
Bien plus , on n'était pas catholique par cela seul qu'on l'employait : « 11 en est, dit saint Athanase , qui font semblant de recevoir la foi établie dans le concile de Nicée, et qui la. rejettent en efTet , en donnant de mauvaises explications au terme de consubstanlicl ^.
Sozomène parle de ceux qui avaient eu le dessein d'introduire une hérésie particulière sous le nom de consuhslanUel '^ , et Paul de Samosate l'employait en efïet sans répugnance, le trouvant même très-propre à exprimer ses erreurs *. Aussi
\ Epist. courra ApoU. et Tim.
-2 Lpisl. ad imper. Jov.
3 Uisl., lib. IV, cap. lii.
4 Paul de Samosate , évoque d'Anliodie , enseijjiiait coninie Sabellius que le Père, le l'iis cl le Sainl-Esprit n'élaicnt qu'une seule personne; que le Verbe et le Sainl-Esprit élaienl dans le Père, mais sans avoir d'existence réelle et personnelle, et seulement comme la raison est dans riiomme; de strie qu'il n'y avait véritablement ni^ Père , ni Fils , jù Saint-Esprit, mais seulement un seul Dieu. C'est en ce sens qu'il disait que le Fils était consubstanlielau Père, détruisant ainsi la propriété et la dislinclioii des personnes. (Tillcmont; iv, 291.— S. HiL, xvii, u" 156.
les hérétiques neliaïssaieiit-ils pas seulementcette expression , ils redoutaient encore celle de substance^ et c'est Tune et Tautre, surtout le mot substance, qu'ils avaient résolu d'abolir à Rimini. Ecoutons Théodoret :
a Lorsque les défenseurs de la foi eurent été chassés, ceux qui tournaient Tesprit de Tempereur comme il leur plaisait se promirent de renverser aisément la saine doctrine et d'établir celle d'Arius : ils persuadèrent, pour cet effet, à ce prince de convoquer à Rimini les évoques d'Orient et d'Occident , et de leur ordonner d'abolir les termes de substance et de consubstantiel qui étaient comme deux machines in\entées pour détruire Terreur d'Arius , parce que ces deux termes n'avaient produit que des différends et des troubles. Lorsque les' évèques furent assemblés , ceux qui tenaient la doctrine d'Arius tachèrent de tromperies autres et piincipalement ceux d'Occident qui étaient les plus simples, en leur disant qu'il ne fallait pas diviser le corps de l'Eglise pour deux termes qui ne se trouvent |)as dans l'Ecriture -Sainte; qu'il fallait dire que le Fils est semblable au Père en toutes choses , et ne rien dire du terme ùe substance K »
4 Jlhf.j lib. H; cap. IS.
Saint Hilaîre, de son côté, les défendait toutes les deux : « Ppurquoi se faire la guerre sur des noms? Vous rejetez ma croyance, ou plutôt la vôtre, en condamnant le sens que j'attache à un mot. Mais, direz-vous, un autre le prend dans un mauvais sens. Condamnons ce mauvais sens, mais ne troublons pas la sécurité du pieux croyant. Vous pensez qu'il faut adopter la formule de Samosate (dWntioclie), afin de condamner le sens dépravé que plusieurs donnent au mot consubstanliel : soit ; mais souscrivons aussi au concile de Nicée, afin que les Ariens ne rejettent pas le consubstantleL — Mais il est à craindre que le terme semblable n'ait pas la même signification que le terme consubstanUeL Décrétons qu'il n'y a point de dilTérence entre ces deux expressions : être cTane même substance et être iVune substance semblable ^ »
C'est à la lin de l'année 358 que saint Hilaire écrivait ces paroles, qui prouvent que le sens des mots consubstanliel et substance n'était pas encore entièrement fixé entre les catholiques.
-I Synodo Sainosalcnas suLscrlbendum putas, ne sccuiidiiiu Sauiusalcnl iiilcHigenliam quisquam sibi usurpet homonsion ? Subscrihamus et M caDjc Synodo, ne homonsion iraprobcnl Ariani.— Sed verendum est no teiundiim fidem non homœoumn significaïc vidcalur homoitsion'f Dcceruatiir nibil diffciic, uuius et similis esse substaulia;. [De Sijnod-f 88.)
Ces divers faits nous expliquent la conduite du pape Libère. Quand on soumettait à son approbation des formules de foi, il n'examinait pas si tel mot déterminé s'y trouvait, mais si la vérité catholique y était exactement exprimée, si les erreurs d'Arius y étaient clairement condamnées. Devait-il faire davantage, alors surtout qu'il avait Fassentiment d'autres évoques dont la pureté de foi lui était connue , et qu'il avait sous les yeux l'exemple d'hérétiques donnant au mot consubstantiel un sens dépravé?
Quand Ursace et Yalens , qui avaient signé la consubstantialité devant le pape Jules çt l'égalité de substance devant le pape Libère , retourneront à leur vomissement ; quand les circonstances changeront , et que les hérétiques redoubleront d'efforts pour tromper les simples avec leurs artifices de langage, alors nous verrons Libère couper court à tout subterfuge , imposer Fadoption pure et simple du concile de Nicée, et exiger Femploi, en signe d'adhésion, du mot consubstcmticL
Mais nous avons d'autres témoins à charge h faire entendre.
Quatre auteurs contemporains, dit-on, parlent (le la chute de Libère, savoir : saint Atlianase , saint Hilaire , saint Jérôme, et enfin le pape Lihnre lui même. Citons d'abord les trois premiers.
Saint Athanase : « Si Libère n'a pu supporter jusqu'à la fin les ennuis de Texil , il a au moins montra pendant deux ans qu'il connaissait la conspiration tramée contre moi \ »
— « Or Libère, ayant été exilé, fut vaincu par b^s ennuis de l'exil et les menaces de mort qu'on lui fît; il souscrivit ^ »
Saint Hilaire : a Ce qu'il avait fait et promis, Libère annule tout en écrivant aux impies Ariens qui avaient condamné saint Athanase, évèque orthodoxe. »
— « Libère, je te dis analhèmc à loi et à tes pareils ; anathème une seconde fois , Libère; analhème trois fois, prévaricateur. »
i Apoloj^ie conire les Ariens, 80.
2 IJ. UiïloUe aux Moines, 41,
— « J'ai dit anathème aux prévaricateurs et aux Ariens '. »
— «Tu as excitédes troubles jusque dans Rome, lu as arraché de son siège Tévéque de cette ville; et je ne sais, 6 malheureux, quand tu t'es montré plus impie, ou lorsque tu Tas exilé, ou lorsque tu l'as rappelé ^. »
Saint Jérôme : « Fortunatien s'est rendu détestable en venant à bout, à force de sollicitations, de faire approuver Fhérésie à Libère, cvèque de Rome *^. »
— « Libère, cédant aux ennuis de l'exil, souscrivit une formule hérétique, et rentra comme un triomphateur dans Rome *. »
Je ne serais pas étonné qu'à îa vue de cette page le lecteur n'ait senti s'affaiblir, peut-être disparaître entièrement la conviction qui devait commencer à se former dans son esprit de l'innocence de Libère. Peut-on désirer des paroles qui soient plus fortes et des témoinsd'une plus grande
•< ExOp. Iiisl. Fragm.
2 Troisième Uequèle à Conslaiice,
3 De Script, tccles.. 07.
4 S. Hier,, QhïQn.
autorité? Qu'importe que les historiens n'ai(^îit pasparléde la^ehute de Libère? elle est altcslee par trois auteurs dont personne n'a jamais soupçonné la probité, et qui ont pris une partactive aux événements qu'ils racontent : donc elle est réelle.
Nous l'avouons nettement, cette conclusion serait légitime, si les prémisses qu'elle suppose étaient vraies. Il n en est pas ainsi : les passages que nous venons d'extraire des œuvres de saint Athanasc, de saint Hilaire et de saint Jérôme ne sont pas d'une authenticité certaine, et, lus dans le contexte, ils n'ont pas le même sens qu'ils paraissent avoir lorsqu'on les cite, comme nous l'avons fait, détachés et groupés. Nous ajoutons que la même réflexion s'applique aux lettres de Libère.
Hàtons-nous d'en donner les preuves :
1^ Les passages de saint Athanase sont supposés. Commençons par les donner dans toute leur étendue :
« Ils ont donc agi selon la justice et conformément aux lois ecclésiastiques , ceux de mes frères qui ont préféré être en butte à la persécution et se voir condamnés à l'exil plutôt que de regarder comme nuls, selon la demande qu'on leur en faisait, les jugements portés sur nous par un si grand nombre d'évéques. Si ces dignes
pontifes n'eussent pris ma défense qu'en paroles, ou si je n'avais eu pour moi que les évêques de quelques sièges obscurs et inconnus , on pourrait peut-être soupçonner de la partialité ou de la complaisance. Mais ils m'ont soutenu nonseulement par leurs discours , mais encore par les peines de Fexil qu'ils ont souffert. De ce nombre a été Libère de Rome : car , quoiqu'il n'ait pas supporté les misères de Vcxil jusqu'à la fin, il les a néanmoins supportées pendant deux ans, parce qu'il connaisscdt parfaitement la consjnra' tion formée contre nous. De ce nombre est encore le grand Osius avec les évéques d'Italie, des Gaules, et plusieurs évéques d'Espagne, d'Egypte, de Libye , et tous ceux de la Pentapole. // est vrai qu' Osius, épouvanté pendant un peu de temps par les menaces de Constance, a pani ne leur point résister ; mais la passion tyranniciue de ce prince, les violences qu'il exerçait, les outrages dont il le chargeait, les calamités cpûil lui faisait endurer, tout cela fait connaître c[u'Osius n'a abandonné pour un temps notre cause que parce que, ci 7'aison de la faiblesse de soii grand âge, il ne pouvait soutenir les mauvais traitements , et non point parce qiîil nous croyait coupable. Si quelqu'un veut donc savoir ce qui nous concerne, et s'édifier sur les palinodies des Eusébien?? qu'il lise le§
écrits publiés à mon sujet, qu'il consulte non pas un , dçux ou trois évêques , mais le grand nombre d'entre eux qui s'est déclare pour moi ; qu'il appelle en témoignage Libère, Osius et leurs associés , qui , en voyant les procédés indignes dont on usait envers nous, ont préféré souffrir les maux les plus extrêmes que de trahir la vérité ou de regarder comme nul le jugement qui me déclare innocent : admirable conduite, qui nous fait juger de ce que les autres évêques ont dû souffrir ! Ce sont là autant de monuments, autant de forteresses élevées contre Fhérésie d'Arius et contre la méchanceté de ces sycophantes. Cette conduite est aussi un modèle pour la postérité. Tous les chrétiens apprendront qu'il faut combattre pour la vérité contre Tarianisme, et avoir en horreur le précurseur de FAntechrist. J'en conclus aussi que les accusations de nos ennemis sont sans fondement, et que le suffrage et les éloges d'un si grand nombre d'évêques établissent mon innocence '. »
Le passage de X Histoire aux Moines est hi-ww coup plus explicite sur la chute de Libère. Koiis croyons utile de faire connaître pareillement ce qui le précède et ce qui le suit dans le texte :
\ Apologie contre le* Aiitjns, p. Sî) cl suiv.
<ï Libère, amené devant Constance , lui parla avec une sainte liberté : Cessez donc , empereur, lui dit-il, de persécuter les chrétiens et de vouloir employer notre màiistère à in trodui re l'hérésie dans l'Eglise. Nous sommes disposés à tout souffrir plutôt que de jamais nous entendre appeler ariens. Disciples du Christ , pourrions-nous devenir ses ennemis? Pardonnez ces conseils à mon expérience. Pourquoi combattre celui dont vous tenez votre empire ? ce sont de continuelles actions de grâces que vous devez lui adresser , et non persécuter ceux qui croient en lui, et mériter ce reproche : « ïl t'est dur de regimber contre «raiguillon. » Mais plut à Dieu que votre oreille l'entendît, et que , comme Paul , vous y fussiez sensible î Me voici : je sais que Texil m'attend ; je suis à votre disposition. Je me sui^ hâté de venir pour leur épargner de dresser un acte d'accusation, qui ne peut être qu'un tissu de calomnies et de mensonges.
« Ainsi parla Libère , cet homme admirable. Uiï décret d'exil fut la réponse à ces dignes paroles. On eut soin , comme toujours, de séparer les confesseurs.
« Dans la persécution précédente, le tyran 31aximien avait condamné plusieurs confesseurs à l'exil, mais il avait adouci leur sort en leur per-
mettant de rester ensemble. Constance , par un raffinement de barbarie , ordonna de séparer ceux quimissait la même foi. Les exilés ne pouvaient pas se voir, même en danger de mort ; Tempereur, en agissant ainsi, croyait affai]>Iirrunion et Tamitié qui régnaient entre eux. 11 ignorait que le Dieu qu'ils confessaient tous saurait bien les protéger dans leur isolement , dùt-il leur envoyer, comme autrefois au prophète Elisée, plus de défenseurs que Constance n'avait de soldats. Au reste, cette mesure tourna contre les persécuteurs : leurs ciimes eussent été peu connus si le même lieu d'exil eût été indiqué à tous les confesseurs , tandis que leur présence? en divers lieux les fit connaître partout.
« Quelles atrocités! et qui croira, en les entendant raconter, que ce sont des chrétiens qui ont pu les commettre? Libère avait envoyé en députation à l'empereur, avec une lettre de sa rnaiu, le prêtre Eutrope et le diacre Hilaire : le prêtre rst aussitôt conduit en exil, le diacre est condamné à la même peine, mais il subira auparavant le supplice de la flagellation : on le dépouille de ses habits , les fouets déchin^nt sa chair ; aux coups on joint les reproches : « Pourquoi n'as tu pas fait opposition à Libère? pourquoi as- tu porté ses lettres? » CVst ce crime que voulaient punir
Ursaco, Valens et les eunuques. Le saint diacre^ pendant qu'on le frappait, bénissait Dieu, se rappelant ces paroles : « J'ai abandonné mon corps « aux fouets des méchants. » Et les bourreaux frappaient en se moquant de lui. Des évèques n'ont pas craint d outrager ainsi un lévite ; ils riaient aux éclats et approuvaient ce dont ils étaient témoins , tandis qu'IIilaire continuait à bénir Dieu. Etre frappé est d'un chrétien , mais frapper des chrétiens est d'un Pilate et d'un Caïphe. C'est ainsi que dès le commencement ils ont essayé d'ébranler l'Epilise de Rome, désirant avant tout la rendre participante de leur impiété. Or Libère, après cleiiv ans (Cpxih succomba mfin et somcrmU par la crainte de la nmrt dont on le menaemt; mah cela même prouve la haine de Libère pour V hérésie et ses sentiments favorables pour Athanase tandis qiril a été en liberté : car tout ce qu'on fait contre ses premiers sentiments par la force des tourments doit être attribué à la malice des persécuteurs, et non pas à ceux qui ont la faildesse de succomber par la crainte. Ils ne négligèrent donc rien pour répandre leurs erreurs. Mais les peuples demeurent fidèlement attachés à la foi qu'on leur a enseignée: ils attendent le retour de leurs pasteurs et fuient, comme à l'aspect d'un serpent,
rhérésie qu'on leur prèche\ — Après de si beaux et de si nombreux exploits, les Ariens s'appliquèrent à circonvenir le grand Osius. Ils croyaient, dans leur fureur n'avoir rien fait tant que le vénérable vieillard n'aurait pas ressenti les effets de de leur malice. Les titres de doyen des évéques , de confesseur de la foi , la durée d'un épiscopat de soixante ans, ils ne respectent rien. Ils ont à cœur leur hérésie, ils méprisent tout le reste : misérables, qui ne craignent ni Dieu ni les hommes! Ils allèrentdonc trouver Constance, et lui tinrent ce discours : « Nous avons déjà beaucoup fait ; l'Evèque dos Romains est en exil où l'avaient précédé une foule d'autres évêques; la terreur
I Vcrhoraii nompo clirislianorum, christianos autcm rerberaro Pilatl cl r,aïp!i3D facinus est. Sic ilaque à principio ipsam Roman am Ecclesiam lf)l)oriUiarc conali sunt , oplonlcs suam illi admiscerc impielalem.
Pflrro Libcrius exloriis faclus posl bicnnium dcniquc fiaclu» est, minisqae moi lis perlcrritus subscripsit. Veiùm ipsà re coniprobalur cùm violciilià oorum, lum Libcrii in bœrcsim illam odium ejusquc pro Atb«* nasio suffragium, quandiù scilicol libcrè aibilrioque suo agerc licuif. Nam qua; tormentorum vi prœler priorem senlcnliam eliciuntur, ea non rcfornùdantium , scd vexanlium sunl plarila. Nibil ilaque bceresis su» gralià non ag{]rossi sunt.
Populi verô pcr singulas Ecclcsias quam didicère fidcm retineotc» magisiros expcctanl sucs, ac Cbrislo adversariam baercsim, quam coacli recep'>re, onines veluli scrpenlem aversantur.
Post laiia tamquc mulla facinora , nibil sa perfccUse rali impii quandiù magnus llosius eorum maligniUtcm exp«rluf non «sel. (/I«(i Ar, mi Mon. Al, 42.)
règne partout; mais notre satisfaction ne saurait être complète tant qu'Osius bravera nos attaques. Personne n'est exilé tant qu'il sera au milieu des siens; son éloquence et sa foi peuvent mettre tout le monde contre nous : il préside aux conciles , il envoie des lettres , et tous S'inclinent devant son autorité. Il est le premier rédacteur du Symbole de Nicée : c'est d'après sa décision que les Ariens sont traités partout d'hérétiques. Si on le laisse tranquille, l'exil des autres nous importe peu, et notre hérésie touche à sa lin. iSous venons vous signaler cet homme; son grand âge ne doit point exciter de pitié, et les cheveux blancs ne méritent aucun égard quand il s'agit de religion. »
« L'empereur n'hésita pas ; il connaissait parfaitement celui quon lui dénonçait, il lui écrivit donc de venir le trouver au même temps qu'il essayait de tenter Libère. »
Saint Atlianase raconte ensuite le refus formel que fit Osius de se rendre aux désirs de l'empereur, les instances de celui-ci pour abattre le courage du confesseur , la réponse par écrit qui arriva de Cordoue ; puis il continue en ces termes :
« Osius s'encourageait lui-même en disant ; « C'est en haine de la vérité que l'on persécute
notre x\lhanase, que 1 on teml des embûches à Libère évéque de Rome , et h tous les autres. »
« Le patron de Timpiété, l'empereur de Thérésie, Constance, apprenant qu'il y avait en Espagne beaucoup d'évèques qui étaient opposés aux Ariens, essaya de les faire souscrire par force ; et n'ayant pu y réussir, il lit venir Osius et le retint une année entière en exil à Sirmich , sans aucune crainte de Dieu, sans égard à l'affection de Constantin son père pour ce saint évéque, sans respect pour Tàge d'un vi(Mllard de cent ans. Et tout cela en faveur de son hérésie : // 7i'a rien gagné ce nouvel Achaz, ce Balthazar de notre siècle; cm\ à force de faire violence à ce vieillard et de le retenir captif, tout ce qu'il a JM obtenir fut que, accablé de maux, à peine il communiqua avec Valens et Ursace, sans néanmoins souscrire contre Athanase ; encore ne négligea-t'il pas de réparer cette fende au lit de la mort : il déclara, comme par testdment, la violence qui lui avait été faite, frappa d'anathème l'hérésie arienne , et défendit à tout le inonde de la recevoir, ■
« Qui , en voyant ou en écoutant ces forfaits, ne s'étonnera et ne s'écriera vers le Seigneur : « Avezvous donc livré Israël à la boucherie ? » Qui, réftécliissant sur ces malheurs, ne criera vers Dieu : f La slupeur et FelTroi convrenf In surface delà
ferro ; le ciel a été étonné, et la terre a reculé d'épouvante? » Los pasteurs des peuples, les maîtres *le la foi sont chassés de leurs Eglises, et des impies prennent leur place. Quel est celui qui, voyant Libère évèque de Rome exilé, le père des évéques Osius maltraité, une foule d' évoques chassés de leurs sièges, ne conclura, à moins qu'il ne soit dénué de tout sens, que les accusatîons portées contre Athanase sont calomnieuses et forgées à plaisir? Tous ces zélés pontifes n'auraient pas accepte les tribulations, s'ils n'eussent eu connaissance des manœuvres de ces sycophanles. Quel crime a commis Libère? que peuton reprocher au vieillard Osius ? quel reproche adresser à Paulin, à Lucifer, à Denys, à Eusèbe, à tous ces nombreux exilés, évèques , prêtres, diacres? aucun, ils sont entièrement innocents. Tout leur crime, c'est d'être haïs des méchants , c'est d'être fortement opposés à l'hérésie arienne et aux débuts de l'Antéchrist à qui Constance prépare les voies \ »
Ces longues citations nous ont paru nécessaires pour bien comprendre les réflexions qui vont suivre. On a remarqué les quatre passages
1 Uisloria Arianorum ad MoMclios, AQ clscf].— S. Athan., lom. i^ p. -c:i.