‹ L'histoire et l'infaillibilité des papesChapitre 25 sur 86 · TOME l · texte numérisé non relu

TOME l

rt^flexion est de moi et noîi de i'aposlai; ce qui suit est de Libère) que plusieurs de mes frères les évoques ont proposée, discutée et adoptée à Sirmium, je l'ai reçue volontiers (je dis anathème c\ Libère et il ses pareils!) sans y rien trouver j\ redire (anathème h Libère ! anathème trois fois au prévaricateur 1) ^. Au reste, je vous prie quo, puisque vous me voyc25 d'accord avec vous en toutes choses, vous vouliez bien travailler en commun afin que je sois rappelé de mon exil et que je retourne au siège que Dieu m'a confié.

« Cette profession perfide de Sirmich que Libère appelle catholique fut proposée par Démophile et souscrite par Narcisse, Théodore, Basile, Eudoxe, Démophiîe, Cécrops, Sylvain, llrsacc, Yalens, Evagrius, ïlyrenius , Exupérance , Tércntion , Bassiis, Gaudentius, Macedonius, Marc, Aetius, Jiilcs, vS"!vcrin , Simplicc et Junior (à chercher) , tons iiéré tiques. )r

I Quro Sifiriioa pîuribus fratiibus et cocjuscopis iiosît'is Iraclala. e^;nsita elsusccpla est (liscc est perfidia ariana : Ikto t'r[o n:)(:ai, non oposl;.!:.; Liberius sefiuenlia)ûb oniuibusqui iiiprasonti l'iiontnt, îiano (^^-^o \\ho\\\i ar.imosuscopi (analbcma tibia medicliim, ï/ihori, et sociis luis!), in nu'' > conlrailixi, consonsum accommodavi, banc soquor, biXcîimc lenclur [-■'■' ruin tibi anathema, et tcrliô, nr.%'Varioalor I.ibefi!); sano pc!cn;lsiin, olo.

TROISIÈME LETTRE : Quia SCtO tOS K

« Libëre exilé, à Ursace, Valens et Germinius:

« Je sais que vous êtes des enfants de paix, et que vous désirez voir régner la concorde et l'unité dans l'Eglise catholique. C'est pour contribuer moi-même à obtenir ce résultat , et non par aucun autre motif, je vous l'assure , que je m'adresse librement à vous aujourd'hui. Sachez donc qu'avant de me rendre auprès de Constance et d'écrire aux Eglises d'Orient, j'avais condamné Athanase évêque d'Alexandrie , et l'avais séparé de la communion de l'Eglise : tout le clergé de Rome en est témoin; plusieurs même trouvèrent que je l'avais fait trop tard, et que j'avais ainsi contribué à retarder le retour de mes légats et des évoques qui avaient été condamnés à l'exil.

« Je vous apprendrai aussi que j'ai prié mon fi'ère Fortunaticn de porter à l'empereur les lettres que j'ai écrites aux évêques d'Orient , afin de leur faire savoir qu'Athanase est séparé demotre communion. Je ne doute pas que sa haute piété ne les reçoive avec satisfaction. J'en ai adressé aussi une copie à liilaire , son homme de confiance. Votre

\ op. hist., fragm. vi.

charité saura, je pense, apprécier les motifs qui me font agir; c'est pourquoi je vous en conjure au nom du Dieu tout-puissant et de Jésus-Ciu'ist son Fils notre Dieu et notre Sauveur, allez trouver Constance notre très-clément empereur, et demaudez~lui qu'il rétablisse la concorde et la paix en me permettant de retourner à l'Eglise que Dieu m'a confiée. 11 ne faut pas que sous son règne l'Eglise de Rome soit aflligée par la tribulation. Vousdevezvoir par ces lettres, très-chers frères, que je désire que Tunion soit entre nous tous. Vous vous ménagez une grande consolation pour le jour du jugement, en contribuant ainsi à ramener la paix au sein de l'Eglise romaine. Je désire aussi que vous fassiez savoir à nos frères les évêques Auxence et Epiclète que le plus parfait accord existera désormais entre nous. Je ne doute pas que cette nouvelle ne leur fasse plaisir. Quiconque voudra troubler cette paix générale où se trouve par la volonté de Dieu l'Eglise en ce moment, nous l'excommunions. u Je dis anathème au prévaricateur et aux Ariens.»

QUATRIÈME LETTRE : Noîl d0C€0 *.

« Ce n'est pas comme maître que je m'adresse à vous, les paroles désagréables nuisent aux bonnes

■< Op. hist>, fragm, ii.

causes, mais comme frère. Les embûches que ces méchants m'ont dressées vous sont connues , et vous n'ignorez pas, dans quel état elles m'ont réduit. Priez le Seigneur de me donner la patience : notre très-cher fils le diacre Urbicus , qui était ma consolation, m'a été ôté par Vénérius, agent de Tempereur. C'est pourquoi j'ai cru vous devoir avertir que je me suis retiré de cette dispute dont Athanase est le sujet, et que j'en ai écrit à nos frères les évêques d'Orient. Nous avons la paix de tous côtés; faites-le savoir à tous les évêques de Campanie, et écrivez-en à l'empereur , afin que je puisse aussi être délivré de cette grande affliction. — Il avait ajouté de sa main : « Nous avons la paix avec tous les évêques d'Orient , et moi en particulier avec vous. » Je me suis acquitté de mes devoirs envers Dieu : c'est à vous de voir si vous voulez que je périsse en cet exil. Le Seigneur jugera entre vous et moi. »

Nous if avons plus rien trouvé dans ks Fragments qui ait trait à la question qui nous occupe. Quelle autorité , en général , mérite ce recueil ?

Dupin nie formellement qu'il soit de saint Hiaire; il appuie son sentiment sur le nombre et la nature des erreurs qu\)n y découvre et qu'il est impossible d'attribuer à fautewr du

Traite des Synodes : telles sont, par exemple, Texistenee simultanée de deux Arius ^ hérétiques également célèbres, etTexclusion de Marcel d'Ancyre de la communion d'Athanase. D'après lui, on ne connaît ni Fauteur de cet ouvrage ni le temps où il a été composé. Nous n'admettons pas ce sentiment. L'antiquité des manuscrits, leur présence en diverses bibliothèques, un détail de circonstances qu'un contemporain seul pouvait savoir, la force du style, la connaissance que, selon toute apparence, en avait Sulpice-Sèvère ^, une citalion de Fulgence : voilà des preuves plus que suffisantes pour admettre son authenticité.

Duperron rejette l'opinion de Dupin quant à l'époque, mais l'admet quant à l'auteur; et, au lieu de voir dans les Fragments les textes de l'histoire des conciles de Rimini et de Séleucie qu'avait entreprise saint Hilaire, il soutient qu'ils ont été recueillis ou composés par des Lucifériens du quatrième siècle. Nicolas Fabre, qui les a publiés à la fin du seizième siècle, ne doute pas que leur auteur ne soit saint Hilaire, et que ces précieux fragments ne fassent partie de l'ouvrage, peut-

•I Cùm igiliir paliibus nostris cognilum luissel Arios duos profaniseiniaj fidei preedicalorcs exsli lisse.... iNicaeunKjuc coucurrunt. {Fragm. Il, 20.)

2 Cet auteur admet pareillement deux Arius.

être inachevé, qu'avait composé Févêque de Poitiers sur l'histoire de Tarianisme, et que saint Jérôme désigne par ces mots : « Livre contre Valens et Ursace, contenant l'histoire des conciles deRimini et de Séleucie\ » titre qui diffère peu quant au fond de celui des Fragments : « Commencement du livre de saint Hilaire , évêque de Poitiers, de la province d'Aquitaine , où l'on trouve tout ce qui peut faire connaître les causes et les promotions du concile qui s'est tenu à Rimini sous l'empereur Constance contre le Symbole de Nicée ; la condamnation de toutes les hérésies , et la manière dont les choses s'y sont passées, etc. » Les critiques modernes en général ont admis les conclusions de IXicolas Fahre sur le manuscrit du P. Pylhée.

Mais si l'authenticité des Fragments est aujourd'hui un fait acquis, il n'en est pas de même de leur sincérité. Tout le monde avoue qu'ils sont très-corrompus, que le texte est souvent altéré, et que la plupart des pièces de ce recueil sont supposées.

« On y reconnaît, dit Tabbé Sèves trc, des pièces évidemment apocryphes, comme la lettre de Libère aux Orientaux , qui ferait suppo-

4 Hier., de Script, eccks.

ser , ce qui est d'une fausseté notoire, qucf ce pape s'est séparé de la communion d'Atha- Hase dès le commencement de son pontificat. 11^ paraît aussi que c'est une main étrangère qui a inséré plusieurs fois ces paroles , anathème œ vous Libère, dans le texte même de la lettre par laquelle ce pape donne avis aux Orientaux qu'il a reçu la formule de Sirmich. Du reste, en parcourant ce recueil, on pourrait trouver bien* d'autres raisons de croire que si le fonds des fragments qui le composent est de saint Hilaire, on ne peut en dire autant d'une quantité de pièces de détail, qui ne sont évidemment que des additions apocryphes et posthumes *. v

Ruffin avait déjà dit : ^ Les livres si instructifs, composés par saint Hilaire pour contribuer à la conversion des signataires de Rimini, ont été dans la suite tellement falsifiés par les hérétiques, qu'Hilaire lui-même ne les reconnaîtrait pas ^. »

Nous soutenons en particulier ([ue les quatre lettres que nous venons de faire connaître ne sont pas de Libère, et que les réflexions qui les accompagnent ne sont pas de saint Hilaire.

\ Diclioni). de l*alrol. Souv. LiiojcL tlièolog. , \Ki\. lUO. 2 Palrologiœ iurs. Cij)Hpl. x, G22.

Lettre Studens pacL Elle n'est qu'un tissu de faussetés. La mission de trois prêtres envoyés à Alexandrie, la sommation faite à Athanase de se rendre à Rome, le refus du Patriarche d'obéir au légat du Pape et Texcommunication qui en fut la suite, sont autant de fables. Loin d'offrir aucune trace de ces événements que l'on suppose arrivés au commencement du pontificat de Libère ou peu après, l'histoire au contraire fournit une suite non interrompue de documents qui montrent qu'entre Athanase et Libère il a toujours existé une étroite union.

Libère monta sur le trône pontifical le 22 mai 352. Quelques mois après arrivaient à Rome deux députations : l'une, envoyée par les évêques d'Orient, venait remettre au Pape un réquisitoire contre l'évèque d'Alexandrie, accusé d'avoir profané les saints mystères, brisé des vases sacrés, démoli une église, diwoir fait des ordinations hors de son diocèse, de s'être montré cruel envers ses confrères, etc.; l'autre venait faire, au nom de tous les évêques d'Egypte, l'apologie complète du même personnage. Que fait Libère? il convoque un concile à Rome, fait lire les lettres des évêques d'Orient et celles des évêques d'Egypte, écoute les dires des deux parties, et, suffisamment édifié sur la cause, il clôt les débats

et déclare racciisatîon portée contre Atliaiïase dénuée de tout fondement.

Dans le coDcile tenu à Arles en 553, le légat Vincent de Capoue croit que le bien de l'Eglise exige qu'on fasse à la paix générale le sacrifice d'un homme. La foi de Nicée est respectée, mais Athanase est condamné. Libère, à cette nouvelle, est pénétré de douleur; il appelle son légat un prévaricateur, il jure de mourir plutôt que d'abandonner rinnocent.

« J'espérais beaucoup de lui, dit-il, parce qu'il savait très-bien l'alTaire et qu'il en avait été plusieurs fois juge avec vous : non-seiHement il n'a rien obtenu, mais il a été entraîné lui-même dans la dissimulation. J'en suis doublement affligé, et j'ai résolu de mourir pour Dieu plutôt que d'être le dernier délateur et de consentir à des jugements contraires à l'Evangile ^ »

Un an après , Constance reproche de nouveau à Libère son attachement pour l'évèque d'Alexandrie. Libère répond que c'est en pleine connaissance de cause qu'il a déclaré Athanase innocent : « On dit que j'ai supprimé les lettres des Orientaux qui chargent Athanase, je les ai fait lire au contraire en plein concile , mais je n'ai pu y

^ Fragm. vi. Epîst. ad Cœcil.

ajouter foi, parce qu'elles étaient contredites par le jugement de soixante - quinze évêques d'Egypte K »

En 553, Tofficier Eusèbe d'abord, l'empereur lui-même ensuite, pressent Libère de condamner celui qu'ils regardent comme leur ennemi personnel :

« Comment, je vous prie , répond Libère, en user ainsi envers Athanase? comment pouvonsnous condamner celui que deux conciles assemblés de toute la terre ont déclaré pur et innocent , celui qu'un concile de Rome a renvoyé en paix ? Qui nous persuadera de séparer de nous, en son absence, celui que, en sa présence, nous avons admis à la communion et reçu avec tendresse ? Les canons de l'Eglise ne nous prescrivent point une pareille conduite ; ce n'est point là ce que nous avons appris de la tradition de nos pères "^. »

Point de place pour Fexcommunication ; tout est plein, au contraire, de preuves du plus sincère attacbement.

Mais le lecteur a déjà remarqué les réflexions étranges qui suivent la lettre. Saint Hilaire, après l'avoir transcrite, ajoute : « Qu'y a-t-il en

1 Fragm. v, Episl. ad Consf.

2 S. Atlian., Uist. ad Mon,, Z^.

tout cela d'opposé à la sainteté? tout n'est-H pas inspiré par la crainte de Dieu *?. . » Comment î excommunier, Athanase, condamner celui que les conciles ont absous, rompre avec lui jusqu'à refuser de recevoir ses lettres, ne sont pas des choses condamnables et contraires à la justice et à la crainte de Dieu î C'est de toute évidence , ce que nous avons cité du quatrième fragment n'est pas de saint Hilaire; la lettre et le commentaire sont apocryphes.

L'authenticité delà lettre Pro deifico n'est pas plus certaine. L'auteur commence par faire o\y server que Libère a tout démenti, tout annulé en souscrivant aux prévarications des Ariens qui ont porté une sentence injuste contre saint Athanase ^. Quand saint Hilaire parle de saint Athanase, il l'appelle A thanase simplement, ou évêque

1 Sciatishls lilleiis me cum omnibus vobis et cum omuibus universis episcopis lîcclesijc calliolicœ pacem babere ; supradiclum aulem Atba- «aslum alienum esse à communionc raeà, sive licclcsito Romaoœ et consortio lillerarura ccclesiaslicarum.

Quid in bis litleris non sanctitatis , quid non ex Dei metu ereniens «•s! ? Sed l'olamius et Epiclclus dum damnare urbis Romaj episcopuiu gaudont, siciil in Arimincnsi synodo conlineliir, audire bœc noluerunt. {Froijm., £;). Sludeiis paci. )

2 l*osl hxc, omnia quai vcl gesserat vel promiseral Liberius raisuis in exilium, univcrsa iu irrituni dedu:ïit , scribens prfpvariraloribus hs?reiicis arianis qui iu sancluni Albanasium orlbodoxum episcopum iujustam tulôro scntenliaiu.

iV Alexandrie^ et jamais sam^ Saint Atlianase, en effet, n'était pas encore canonisé, il n'était pas môme mort lorsque l'évêque de Poitiers recueillait les matériaux de son Histoire du concile de Rimini. Cette expression seule ébranle F authenticité du texte. Ces paroles, je n'ai point défendu Athanase, sont, nous venons de le voir, d'une fausseté notoire. Dans le corps de cette lettre, le récit est brusquement interrompu par des anathèmes, ou plutôt par des injures adressées à Libère : ce n'est pas la manière d'exposer et de discuter de saint Hilaire. Dans son livre des Synodes, il transcrit et juge une foule de formules : quelques-unes professent ouvertement Fhérésie ; le texte est toujours exposé sans interruption, les réflexions viennent ensuite; pas même \e blasphème d''Osius et de Potame ne lui arrache une exclamation de la nature de celles qui interrompent trois fois la lettre de Libère. >^ ^;-

La formule de Sirmium, signée par Narcisse, Basile, Bassus, etc., est traitée de perfidie, et Libère est blâmé de l'appeler véritable et catholique; or saint Hilaire lui-même, dans son traité des Sijîiodes, démontre fort au long que cette formule est catholique : est-il homme à se' contredire de cette manière, et à changer d'avis sans faire connaître au lecteur les motifs qui l'ont pbligéàlefaire?

Tillemont et Pierre Coustant disent que saint Hilaire, dans son livre contre Constance, condamna cetta formule. Cette assertion n'est pas fondée ; les paroles citées en sa faveur prouvent même le contraire :

« Après le concile de Sardique^ vous vous êtes montré l'ennemi de Photin, et avez témoigné du zèle pour la doctrine catholique de Sirmium ' ; mais bientôt après vous avez attaqué ce décret que Tunet l'autre concile avaient porté : «La sainte Eglise catholique ne regarde pas comme ses enfants ceux qui disent que le Fils est de ce qui n'était pas, qu'il estd'une autre substance que celle de Dieu, et qu'il y a eu un temps où il n'existait pas.» Ennemi des vôtres , vous ne vous accordez plus avec eux, vous combattez même contre eux; vous renversez les anciens dogmes, en inventez de nouveaux, vous retouchez même les nouveaux en voulant les corriger, et vous condamnez cette correction même par une nouvelle correction. Nous ne vous blâmons pas de ce que vous avez, retranché, mais nous nous plaignons des formules nouvelles qu'on a établies depuis le concile deNicée; car, quoiqu'on assure qu'en tout cela il n'y avait

i Posl synodum deindcSardicensem, omncm rursùin adversùs PholittuQiSiviDtum calljolicadoclrjnaj tu»commoyes curam, (L, t?ïConir,23.)

rien de mauvais, cependant on ne peut les attrî- Ijuerqu'à une volonté mal affectée pour la religion: or c'est chercher à faire du mal que de changer ce qui est bien, et un changement qui n'est pas nécessaire est un acheminement au mal. Je ne vous demande pas pourquoi vous retranchez ce qui a été établi par les Pères de Nicée , car vous ne vous accordez pas avec eux ; je vous demande seulement pourquoi vous condamnez vos propres sentiments : car T Apôtre prêche hautement qu'il n'y a qu'une foi et qu'un baptême ; tout ce que vous pouvez dire de contraire à cette foi unique n'est pas la vraie foi, mais une perfidie. »

Comment croire ensuite que saint Hilaire eût donné ces qualifications outrageantes à Libère au moment même où ce Pape, d'accord avec lui, défendait avec zèle la vraie foi, condamnait le concile de Rimini, écrivait la rétractation des Macédoniens, et réparait ainsi admirablement sa faute, en la supposant réelle?

Autres contradictions. L'appendice du fragment vi, qui suit la lettre aux Orientaux, nomme les vingt-deux évêques qui signèrent la formule de Sirmium, et ajoute : « Ils étaient tous liérétiques. » Or le livre des Synodes, en parlant de la plupart d'entre eux, notamment de Basile et de Gaudentius, les appelle des hommes zélés

potir la doctrine apostolique et évangélique *. Donc cet extrait du fragment vi et le livre des Synodes n'appartiennent pas au même auteur. La troisième lettre, Quia scio vos, même en admettant les diverses corrections qu'on lui a fait subir pour la rendre intelligible, a d'abord contre elle tout ce que nous avons dit sur la première. Libère se serait rendu à la prière des Orientaux, il aurait excommunié Athanase avant de se rendre à la cour de l'empereur ; tout le clergé de Rome en aurait été témoin ^ Ce sont autant de mensonges. Mais peut-être que Libère, dit-on, parle ici de son départ de Bérée pour Sirmich en 317, et non de celui de Rome pour Milan en 355. Les difficultés, dans cette hypothèse, sont d'une autre espèce; mais elles ne sont pas moindres. Cette lettre, en. admettant qu'il s'agisse d'une détermination prise par Libère à Bérée avant de se rendre à la cour de Constance, a été écrite ou de Bérée même, ou de Sirmich : dans le premier cas, comment Libère peut-il dire que tout le clergé romain a été témoin de sa détermina-

^ Studiosi tandem apoitolicaa alquc evanpjelicîE docUinîc viri. {De Synod., 78.)

2 Cognoscat prudenlia vcsira Alhanaslurn, qui Alexandr'maî EcclesifiB episcopus fuit, priusquam ad comilalum sancli impeialoris secundùm littcras Oricntalium episcoporuni, et ab Ecclcsiae Ilonianaj coiumunione leparatus est, sicut leste est omne prcsbylerium Romance Ecclesiœ...

tion, alors qu'il était à deux cents lieues de Rome et que le diacre Urbique, son dernier compagnon, avait été séparé de lui? Dans le second, on a la même difficulté à résoudre, et de plus on se demande par quel motif Libère a écrit une lettre datée de Sirmich à Ursace et à Valons qui demeuraient dans cette ville auprès de Tempereur, et à Germinius qui en était évêque.

Cette lettre renferme d'autres indices de supposition. Elle commence par une contradiction : « C'est très-librement, fait-on dire à Libère, et sans y être pressé par aucune nécessité, que je fais aujourd'hui cette démarche auprès de vous ;» et dans la même phrase il est dit : « L'amour de la paix l'emporte sur l'amour du martyre *. » Libère termine par des compliments à ses frères les évêques Epictète et Auxence ^, avec qui il déclare vouloir d'avance vivre en paix et en communion. Si ces deux Ariens avaient eu reçu un pareil brevet d'orthodoxie de la part de l'Evêque de Rome , ils se seraient montrés probablement

1 Idcirco uoQ aliquà nccessitate compulsus, Deo teste dico, sed pro bono pacis etconcordià, quoe martyrio praponilur.

T2 Scirc per vos volo cliam fratrcs et coepiscopos nostros Epicletum cl Auxeniium pacem me et communioncm eccleiiaslicam cuin ipsis habcie, quos crodo jjralaaler Lac susccpluros.

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