‹ L'histoire et l'infaillibilité des papesChapitre 26 sur 86 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

moins empressés de le faire condamner au concile de Rimini \

La lettre à Yincent de Capoue rappelle les faits contenus dans les précédentes, et dont nous avons montré la fausseté : elle tombe donc avec elles; son auteur, du reste, ne s'est pas montré plus haiûlequedansJa composition des autres. Si Libère se fût adressé à Vincent et eût demandé à ce légat prévjiiricateur de s'entendre avec les autres Ariens ou semi- Ariens pour faire en sa faveur une démarche auprès de Constance, il n'aurait pas counncncé par dire du mal de ceux qui Favaient fait envoyer en exil : « La conduite insidieuse de cet honune méchant vous est connue, etc. »

Quelques critiques font observer qu'en admettant rauthenticitédes letlresattribuées à Libère, il ne suivrait pas pour cela que ce Pape ait rendu des décidions contre la foi. « Et même, dit le doc-, Wwv Coclfeteau dans sa Réponse à Daplcssis ^ pour ce (ju'il lit en la cause de saint Atlianase et pour la conmiunion des xVricns, combien que ce soit fautes qu'on ne peut bonnement excuser, si est-ce qu'il y a des considérations qui servent à nmdre son péché moindre : car, preniièrement, pour le fait de saint Athanase,

\ tret/m iv, Fpist. SlmUns paci.

encore qu'en effet la cause de la fol fut conjointe avec la sienne, si est-ce que ses ennemis prenaient d'autres prétextes pour le persécuter, l'attaquant en sa vie et mœurs ; et est croyable que Liber i us ne signa sa condamnation qu'au sujet des crimes qui lui étaient objectés. Et quant à la communion avec les hérétiques , ses épîtres témoignent qu'il n'entra en la communion des évêques d'Orient qu'après avoir trouvé que leur foi s'accordait avec la créance des catholiques, et qu'ils lui eurent protesté qu'ils étaient bien éloignés delà perfidie d'Arius; mêmeSozomène témoigne que, par la confession de foi que les Ariens avaient arrachée de lui, il prononçait anathème contre ceux qui disaient que le Fils n'était pas semblable au Père en substance et en toutes autres choses. Voilà comment Liberius n'a jamais enseigné l'erreur, encore qu'il ait grandement failli en la profession extérieure de la foi. Or nous ne faisons pas les Papes impeccables, ni n'assurons pas qu'en leur particulier ils ne puissent faillir , mais seulement disons-nous que jamais le Saint-Esprit ne permettra qu'ils enseignent le mensonge , leur ay^nt confié la chaire de vérité ^ »

i aép. a Dupl., p. 159.

On ne peut pas même dire que Libère , en écrivant ces quatre lettres et en recevant les Orientaux à sa communion, « ait failli en la profession extérieure de la foi , » puisqu'il pense et dit que Tunionetla paix qui désormais vont régner dans l'Eglise sont dues à l'adhésion donnée par tous à la formule catholique de Sirmich. — «A l'égard de sa commimion touchant la foi avec les Orientaux, dit le docteur Sommier dans son Histoire dogmatique du Saint-Siège^ il faut prendre garde que Libère ne la leur accorde qu'en conséquence de la profession de foi dressée à Sirmium, à laquelle il souscrit aussi bien qu'eux comme à un acte catholique ^ »

« Il semble, disent les auteurs protestants des Centuries de Magdebourg, que Libère ait souscrit comme jura cet homme dont parle Cicéron , plutôt de la langue et de la main que du cœur. Aussi saint AthanaseTexcuse-t-il; et, certes, qu'il ait toujours professé fortement la foi de Kicée, la conduite des Macédoniens, qui vinrent le trouver pour se faire admettre par lui à la communion de l'Eglise romaine, en fait foi. Socrate raconte au long cette histoire -. »

\ Fidcm calholicam quae Sirmii suscepta est. (Lib., Ep, ai Orient, episc.) 2 Ccnturiat., iv, 10.

Ui Ces réflexions sont justes, mais la critiqua ];islorique nous permet d'aller plus loin. Les lettres attribuées à Libère ne portent aucune date, ni de temps ni de lieu; elles sont pitoyablés de style, abjectes de sentiment, opposées au courage et à Ténergie que les monuments authentiques nous montrent dans Libère; elles sont pleines d'inexactitudes, de contradictions , de faussetés matérielles ; elles ont été inconnues des contemporains : nous les croyons apocryphes.

Le quatrième texte que Ton cite de saint Hilaire contre Libère se trouve dans la troisième requête à l'empereur Constance.

Il faut l'avouer, en lisant les anathèmes des Fragmoîts , on conçoit immédiatement du doute sur leur authenticité ; enlisant le livre contre Constance, on est presque persuadé que saint Hilaire croyait que Libère n'était retourné à Rome qu'aux dépens de sa conscience. Ce style indirect, cette simple allusion me paraît plus forte que les épithètes outrageantes d'apostat et de prévaricateur : « Vous avez porté la guerre jusqu'à Rome, vous en avez arraché l'évèque : » voilà les premières persécutions désignées. « Et je ne sais si vous avez été plus impie en Texi-

laiït qu'en le rappelant^ : » voilà les conditions honteuses imposées au retour. Toutefois , en réfléchissant sur ce passage , on se demande si réellement il s'agit de la chute de Libère. Ne peut-on pas supposer que saint Hilaire, en écrivant ces paroles , veut désigner uniquement les mauvais traitements que Constance avait fait subir à Libère avant de le rappeler de l'exil? Si le saint Docteur eût voulu parler de l'approbation donnée à une profession de foi arienne et de la condamnation d'iVthanase, aurait-il pu dire, dans cette hypothèse, que Constance n'avait pas été plus impie en rappelant Libère qu'en l'exilant ? Voici les réflexions du docteur Corgne : « Je réponds que ce texte ne prouve rien , car saint Hilaire a pu parler ainsi sans supposer la chute de Libère. Il suffit que Constance ait maltraité ce Pape avant que de le renvoyer, pour que le saint Docteur ait pu dire ces paroles : « Je ne sais si vous avez été plus impie en le rappelant qu'en le renvoyant. » De plus, cet endroit m'est plus favorable que nuisible ; car, si Libère a été obligé de condamner saint Athanase et de signer la première formule de Sirmich pour obtenir son

-î Vciiisll «leinJe ad Romam bellum; luum cripuisli illinc episcopuni, et, Ole miseruin, qui iiescio ulrùm majore impielale releijaveris cjuàm remiseris! (Lib. contra Const. imper., ii.)

rappel, il n'y a pas de doute que Constance n'ait au moins commis un aussi grand crime en le renvoyant à cette condition qu'en le reléguant pour avoir refusé formellement de condamner saint Athanase. Ainsi ce serait à tort que saint Hilaire dirait : « Je ne sais si vous avez été plus impie, etc. »

S'il reste encore du doute , nous répondrons que saint Hilaire a été trompé par les bruits que les Ariens faisaient courir en Orient où il était alors. Et enfin nous ferons remarquer que saint Hilaire ne donne pas les faits qu'il raconte comme indubitables , puisqu'il termine par ces paroles : « Je voudrais ne pas dire vrai , et rencontrer en toi la douceur de la brebis ; mais si tu as réellement commis tous ces méfaits, tu es l'Antéchrist ^ »

Arrivons aux deux passages de saint Jérôme. Nous lisons dans le livre des Ecrivams ecclésiastiques : « Fortunatien, africain de naissance, évêque d'Aquiléesous l'empereur Constance, a écrit des Commentaires sur les Evangiles. Cet ouvrage, divisé en chapitres, est d'un style simple et sans ornement; et la mémoire de Fortunatien

^ Hoc, Coustanli, si ego mentior , ovis es; si Ycrô lu peragis, Anli- «lirislus es. (Lib. contra Con«/., il.)

S44 est en exécration , parce quMl fut le premier qui sollicita et détermina Libère, évêque de Rome, lorsqu'il allait en exil pour la foi, à souscrire è rhérésie. » Et dans la Chronique : a Au départ de Libère pour l'exil, le clergé de Rome jura de ne jamais reconnaître d'autre évêque que lui; mais Félix ayant été ordonné par les Ariens, plusieurs se parjurèrent, et un an après ils furent chassés avec Félix , lorsque Libère , vaincu par les ennuis de l'exil, souscrivit à l'hérésie et entra dans Rome en triomphateur ^ »

Voici la réponse que fait le docteur Corgne à cette difficulté :

« Quoique je respecte infiniment saint Jérôme pour sa science dans l'intelligence de l'Ecriture et pour sa sainteté émmente, il faut pourtant avouer que son autorité n'est pas ici d'un grand poids , et cela pour plus d'une raison : 1'' Saint Jérôme ne dit pas un mot de la condamnation de saint Alhanase, ce qui fait voir manifestement qu'il ne parle de l'histoire de Libère que sur un bruit populaire auquel il avait

i Liberlo in exilium ob fldem truso, omtxen juraverunt ut duUudi alium susciperent; Tcrùm, cùm Félix ab Arianis fuisset in sacerdolium «ubslitulu», plurimi perjuraterunt, el poil annum cum Felice ejeclisunt, ijuia Libeiius, taedio victui exilii et in haereticâ pravilatc iubwribeu», Jicmain (juasivictor iugredilur. (C/iion., «4 Olijmp., 2B2.)

(ontume dose laisser aller, facilement , et non sur une histoire écrite et certaine. 2° Le saint Docteur a écrit plusieurs années après Libère ; son livre rfe5 Ecrkains ecclésiastiques a été écrit l-an 392, c'est-à-dire trente-cinq ans après le retour de Libère de son exil : sa Chronique^ à la vérité, à ce que Ton croit, a été écrite quelques années auparavant, mais c'a toujours été près de trente ans après Texil du Pape. Z^ Saint Jérôme se trompe assez souvent sur Thistoire, même sur les choses qui se sont passées de son temps. L'opinion qu'il a eue de saink Mélèce son contemporain , qu'il a regardé comme un arien , ne le prouve que trop ; il a été souvent assez peu exact à rapporter les choses comme elles étaient, dit Tillemont. xn , 2. ^"^ Si Ton fait attention que Sûint Jérôme a écrit en Orient son livre des Ecrivains ecclésiastiques et sa Chronique, et que c'était dans ce pays que les Ariens avaient répandu le bruit de la chute de Libère, on n'aura pas de la peine à croire qu'il a pu déférer au faux bruit, lui qui, par la même raison, a cru saint Mélèce arien même après son épiscopat, quoiqu'il vécut de son temps. Cela paraîtra encore plus probable, si Ton pense auxartilices des Ariens pour persiiader toutes sortes de faussetés en faveur de leur sccle, Ce que j'ai remarqué au sujet du cou-

Me

cile de Philîppopolls qu'ils ont fait passer , dans l'esprit des Africains et de saint Augustin même, pour le concile de Sardique, ne prouve que trop qu'ils ont été capables de tromper saint Jérôme qui n'est pas si exact que saint Augustin, à beaucoup près , en fait d'histoire.

« La Chronique de' saint Jérôme est fort corrompue, de Taveu de tout le monde. Scaliger, au sentiment duquel M. de Tillemont se rend volontiers, dit qu'il n'y a point de livre dont les exejnplaires manuscrits et imprimés soient plus pleins de fautes. Je remarque aussi que le passage qu'il cite de cette Chronique paraît renfermer une contradiction manifeste : car il est dit que Libère, qui avait souscrit l'hérésie, entra à Rome comme un vainqueur : In hwrcticam pravitatem subscribens^ Romam quasi victor intravit. S'il n'est venu de son exil qu'après avoir trahi sa cons^cience, et après avoir été lui-même vaincu par l'hérésie, il n'a pu entrer en vainqueur. Pour ce qui est du passage des, Ecrivains ecclésiastiques, quand je n'aurais point d'autres raisons pour rejeter ce qu'il est dit de Libère, j'y trouverais de la difficulté en ce que saint Jérôme y assure que Fortunatien d'Aquilée fut le premier qui sollicita Libère, lorsqu'il allait en exil, à souscrire à l'hérésie. Cela me paraît fort incroyable , cl voici mes raisons :

« Il est certain, par les lettres de Libère , que Fortiinatien d'Aquilée, avant le concile de Milan, était très-altaché à la foi. Le Pape, dans une lettre à Eusèbe de Yerceil, écrite avant ce concile, rend ce témoignage à For tuna tien : qu'il ne craignait pas les hommes, et qu'il n'espérait que les récompenses éternelles. Il est certain aussi , par le témoignage de saint Athanase {ApoL ad Const,, 27), qu'il fallut faire de grandes violences à Fortunatien pour l'engager à souscrire , dans le concile de Milan, seulement à la condamnation d' Athanase (car on ne fit souscrire à aucune formule de foi dans ce concile). Or j'ai de la peine à croire que ce même Fortunatien , à qui l'on n'arracha que par force la condaumation de saint Athanase, et dont certainement on ne raconte rien qui prouve qu'il a été arien, et encore moins ce qu'on appelle semi-arien; j'ai, dis-je, de la peine à croire qu'il ait été capable de solliciter Libère, lorsqu'il allait en exil aussitôt après le concile de Milan, à souscrire à l'hérésie arienne, comme dit saint Jérôme : or toutes ses réflexions, si on y fait attention , infirment tellement l'autorité de saint Jérôme qu'elles la réduisent à rien, et surtout si on lui oppose celles de Sulpice-Sévère, de Socrate et de Théodoret , qui racontent Fhistoirede Libère tout autrement, comme je l'ai

dôjà remarqué, et qui certainement, en fait d'hîs» loire, sont d'un plus grand poids que ce saint docteur*. »*

Nous ajouterons, relativement à la notice tirée des Ecrivains ecclésiastiques^ que la seconde partie , où il s'agit de la conduite de Fortunatien envers Libère, n'a aucune liaison avec la première qui parle des ouvrages que Fortunatien publia et de sa manière d'écrire; que ce n'est pas quand Libère allait en exil que l'évêque d'Aquilée a pu l'inviter à faire les concessions qu'on lui demandait, et enfin que, si cet évèque eût souillé sa mémoire en faisant tomber Libère, Ruffin, prêtre de la ville épiscopale, à l'alTùt de tout ce qui pouvait diminuer le respect du au Pape et aux évêques, n'eût pas manqué d(^ le raconter; et, relativement au passage des Chroniques, qu'il n'a aucune autorité, puisque les jilus anciens manuscrits de cet ouvrage ne le renferment pas. « De la chute de Libère, dit le docteur Thomas Mamachi , il n'y a pas de tiace dans le manuscrit des Chroniques de saint Jérôme, que l'on conserve au Vatican, et qui fut donné au Pape par la reine de Suède , manu-

el

{ Disscrtalion critique et historique sur le pape LibërC; daus laquclli un lait voir nn'il n'est pas tombé.

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scrit qu'HoIstenîiis soutient cire d'une lièsgrande antiquité, admirandœ vetastotis, et tjue les savants croient avoir été écrit au sixième ou au septième siècle. » Le savant théologien en conclut que les dernières paroles ont été ajoutées depuis * .

ÏI nous reste à faire connaître ce qu'ont dit, sur le sujet qui nous occupe, le luciféricn Faustin, l'arien Philostorge , et Fauteur inconnu de hi légende de Liijère insérée dans le Libo^ poiitificalis.

« Deux ans après le départ de Libère pour l'exil , dit Faustin , Constance vint à Rome ; le peuple intercéda auprès de lui pour le letour de son évéquc ; il y consentit en disant ; « Vous aurez Libère, qui reviendra meilleur qu'il n'était parti; » indiquant par ces paroles (jue Libère avait prêté la main à ses perfidies ''^. La troisième

1 Le Ra(. lanpor. Albaju. {-pisl. iv, a" 2'j.

2 Tosl duos aiinos venil Koniam : pro Libciio roralur à populo, qui mot annucns ail : « Habcbilis Libcrium qui qualis a vobis profcefus est mcllor rcvcrtetur. Hoc aulcni de consensu eju> , nuo uiaiius pcifidiaa dcJeial, iuiicaUl.

année Libère fut de retour, et le peuple alla a sa rencontre en poussant des cris de joie. Félix , odieux au sénat et au peuple , fut. chassé de la ville K »

Encore un texte qui se contredit : « Libère reviendra meilleur qu'il n'est parti. » C'est pour la première fois que, depuis le concile de Milan, Constance vient à Rome, pour la première fois que les Romains lui demandent de faire cesser l'exil de leur pasteur ; et Constance répond que Libère arrivera meilleur qu'il n'était parti: c'est-àdire, qu'il a déjà fait des concessions qu'on ne lui a pas encore demandées. Remarquez que Marcellin et Faustin ne voient pas dans ces paroles l'expression des pensées et des désirs de Constance, mais la désignation d'un fait accompli : «11 voulait dire par là , disent-ils, que Libère avait prêté les mains à ses periîdies d hérétique. » C'est faux. Au mois d'avril ô'ô7 , ou n'avait rien proposé à Libère. Revcrlctur , dedcrat : ce futur et ce passé, appliqués au uièjue acte et dans le même temps , trahissent la main du faussaire.

« Le peuple, ajoutent les mêmes auteurs , alla joyeux à sa rencontre. » Cette circonstance est

^ Ttiust. ci Marc, adi li'.mas.. Ubclli Praf.

une nouvelle preuve que l'empereur n'avait pas tenu le langage qu'on lui prête, et que le Pape, au lieu d'avoir, comme Félix, communiqué avec les Ariens, arrivait libre de tout engagement et digne de l'ovation qu'on lui faisait.

Passons à V Histoire de l'Eglise de Pliilostorge, ou plutôt à VAb)'égé que nous a conservé de cet ouvrage Pholius, patriarche de Constantinople :

« Piiilostorge dit (c'est le texte de Photius) que Constance alla à Sirmich, y demeura, et rendit en ce temps la liberté à TEvèque de Rome, au\ prières des habitants. Philostorge dit qu'on rassembla, dans le même temps, un certain concile où Libère et Osius se laissèrent persuader de condamner la doctrine de la consubstantialité du Fils de Dieu en la personne d'Athanase : aussitôt qu'ils eurent signé, Osius retourna à Cordoue, et Libère à Rome. Félix, qui avait été ordonné dans cette dernière \ille en l'absence de Libère, se retira et conserva la dignité d'évèque, bien qu'il n'eût plus d'évêché '. »

Philostorge était né à Rérile , petite ville de la seconde Cappadoce. Son père Cartère et sa mère Elampée lui firent sucer avec le lait les erreurs de la secte des Eunoméens, dont ils faisaient par-

i Abré'j-i Je l'IIisloirc de Philost., pai" Pholitt», lly. iy, n» 5.

tîe. Son histoire est un tissu de faussetés et de calomnies : il y prend à tâche de glorifier le.> Isorétiques et de rabaisser leurs adversaires. Tous les chefs de Farianisme sont des héroç. Eusèbe de N icomédie est un grand homme, Constance le meilleur des empereurs , Agapit un thaumaturge; Aèce, disciple de Léonce, est, comme son maître, de mœurs irréprochables; Eunome, surnommé V ennemi de Dieu, un lecteur studieux de l'Ecriture -Sainte; Arius se fait remarquer par ses vertus, et en particulier par une humilité si profonde que , voyant le grand nombre d'électeurs qui se préparaient à le nommer évèque d'Alexandrie , il les conjure de voter pour Alexandre, comme plus digne que lui. Le fougueux Eudoxe, l'usurpateur du siège d'Antioche, le Liibun emporté du concile de Milan , le geôlier de l'évèque de Cagliari , est dépeint comme un homme doux, modeste, assez régulier de conduite, généreux, et surtout extrêmement timid(\ Au contraire, Basile et Eustache à ses yeux sont des calomniateurs, des hommes jaloux du mérite d'autrui ; Mélèce, un parjure. Ailleurs il soutient que les Indiens, instruits par l'apôtre saint Barthélemi, croient, conmie Arius, que le Fils n'est pas semblable au Père. Enlin , il |)onsse l'impudence jusqu'à dire que saint Grégoire et saint

Basik^ ne croyaient pas à l'iricarnalion du Verbe \ »

En voilà assez pour refuser à cet auteur toute autorité; aussi le patriarche Photius, écrivain non suspect quand il s'agit des croyances de TEglise romaine et des vertus de ses Pontifes, le qua lilie-t-il souvent « d'impie, d'historien très-infidèle, de ministre du mensonge; ï) il dit même, dans la Préface de son résumé, que l'ouvrage de Philostorge ^t est plutôt un éloge des hérétiques et une dé traction des orthodoxes qu'une histoire ''^.»

Le passage que nous avons cité indique, du reste, un auteur mal renseigné; les Ariens étaient trop rusés pour demander ouvertement la condamnation de la consubstantialité, et jamais aucun concile na réuni ensemble Libère et Osius,

VHistoire des Vies des Pontifes romains, attribuée à Anastase le bibliothécaire, n'est que la reproduction et la continuation du Liber pondficalii. Nous ne nions pas Timportance de cet ouvrage , il est très-ancien, et donne sur les Papes des détails qu'on chercherait vainement ailleurs ; mais les légendes qui le composent n'ont pas toutes le même degré d'autorité, et celle de

^ Ibid., 1. i. ,î.;,, 8.-111, 2. — IX, 13. 2 L. I. ô. — u, I, G.

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