‹ L'histoire et l'infaillibilité des papesChapitre 4 sur 86 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

11 y a dix-huit cents ans que le Fils de Dieu disait à un pêcheur de Galilée : « Tu es Pierre , et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise , et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. » Ces paroles,qui renferment tout à la fois une institution, une prophétie et une promesse , ne devaient pas recevoir de démenti. L'Eglise et le Pape son chef visible ont été continuellement en butle à la persécution . le secours divin ne leur a jamais fait défaut; à la grandeur de l'épreuve, on peut même préjuger la nature du triomphe : jamais l'Eglise n'est plus près de se relever avec plus de force que lors- (ju'olle paraît sur le point de succomber sous les efforts de ses ennemis ; c'est lorsqu'on la croit expirante, qu'elle se préparc à de nouvelles conquêtes.

En l'an 303, les maîtres du monde, Dio<"létien et

Maximien, ordoimèrent la dixième persécution générale : les temples devaient être détruits, les livres saints brûlés , les évoques incarcérés, les chrétiens mis à mort. Ces ordres ne furent que trop fidèlement exécutés; des flots de sang coulèrent dans les provinces des deux empires. Dioclétien était satisfait; il crut avoir consommé ce que ses prédécesseurs avaient tenté en vain , la destruction de la religion chrétienne ; et pour perpétuer le souvenir de sa victoire il fit élever des trophées avec cette inscription : Dioclétien César-Auguste^ la superstition du Christ détruite partout. Dix ans après , les empereurs romains étaient convertis , le pape Sylvestre descendait des grottes du mont Soracte pour prendre possession du palais de Latran, les chrétiens sortaient des catacombes, les elïigles des Césars étaient remplacées par celles du Christ et de ses Apôtres, la croix trônait partout sur les ruines du paganisme. Plus tard , les barbares envahissent de tout côté le monde chrétien : Rome est détruite de fond en comble, il n'y a plus d'empire romain ; maisVitigès ordonne à ses Golhs d'épargner les édifices religieux, la fureur de ïotila expire sur le seuil de la basilique de Saint-Pierre ' , Attila et Alaric reculent devant la majesté des souverains Pontifes; TEglise arrête les hordes sauvages , les modère , les

I Tolila iu teniplum l'clii apusloli sesc conlulil prccaiidi giatià. (rioc, de Bell. Goth., m, 20.)

adoucit, les civilise, les instruit, les baptise, et en fait ainsi le fondement de nouvelles nations chrétiennes.

Quels dangers n'ont pas fait courir à l'Eglise le schisme et l'hérésie ! Vingt fois des antipapes sont venus troubler par leur intrusion la succession des vicaires de Jésus-Christ , et il n'est pas de siècle qui n'ait vu éclore quelque erreur nouvelle : le récit de ces luttes se termine toujours par une victoire éclatante remportée par l'Eglise. La longue épreuve qu'elle a subie dans les temps modernes ne devait pas avoir une autre fin.

Depuis trois siècles l'hérésie , la philosophie , les lettres, la science semblaient avoir pris à tâche de méconnaître l'Eglise ou de l'insulter. Sa doctrine , son culte, ses ministres , les Livres saints source de sa foi, rien n'a été épargné. C'était à se demander si la découverte de l'imprimerie n'avait pas été pour elle un fléau plutôt qu'un bienfait. Après la plume on prit le glaive : la Révolution détruisit la religion en France, et se répandit ensuite comme une lave brûlante dans toute l'Europe; des armées triomphantes allèrent prêcher partout le mépris des choses saintes ; le Souverain-Pontife, arraché de son siège, mourut dans les fers ; les missions étrangères ne recevant plus de secours des anciennes chrétientés, s'éteignaient successivement. L'Eglise semblait toucher à sa ruine ; mais les portes de l'enfer , son divin fondateur le lui a promis, ne devaient point

prévaloir contre elle : la persécution cessa, les églises se relevèrent, et la France, qui avait le plus contribué à tout démolir, fit les plus grands efforts pour tout reconstruire.

Les ennemis de TEglise avaient surtout pris la papauté pour point de mire de leurs attaques, c'est la papauté qui devait recevoir, de nos jours, les plus glorieux hommages.

On commence à comprendre la divinité de son origine, le miracle de sa perpétuité; on reconnaît les bio.nfaits dont lui sont redcval^les les rois et Ic^ peuples ; on admire que , sur une succession do deux cent cinquante-deux Pontifes, une critiquo éclairée en trouve quatre ou cinq i\ peine dont lo mérite n'ait pas été en rapport avec le poste qu'ih ont occupé.

Chose remarquable , ce sont des écrivains dissidents qui ont donné avec plus de force le signal de la réparation. Quelle apothéose plus magnifique du Souvci^ain-Pontife que celle que fait en ces termes un journal protestant anglais :

« Malgré Tuniformité de vues qui a présidé pendant des siècles au gouvernement papal , malgré la rapide succession de prêtres vieillards qui sont venus tour à tour mourir sur ce trône sacré , les annales d'aucun empire nese distinguent par un plus puissant intérêt, une politique plus complexe, des péripéties

plus inattendues , un coloris plus étrange et plus spécialement emprunté aux idées de chaque siècle; admirez aussi quel remarquable emploi de la force intellectuelle chacun de ces vieillards sacrés fait tour à tour ! Qui a vu ces choses ? personne jusqu'ici; les peuples se sont contentés d'adorer ou de maudire. Où est le Tite-Live , le Polybe , le Tacite de cette histoire mystérieuse ? qui a dit les destinées modernes de Rome? L'idolâtrie et la haine, seules chargées de cette histoire, n'ont rien approfondi , rien éclairci.

« C'était une belle souveraineté que celle que les Innocent et les Grégoire osèrent fonder sur la pensée : magnifique sceptre, tyrannie violente, mais non odieuse! Elle payait en services ce qu'elle enlevait en indépendance; elle n'écrasait les hommes que pour les éclairer, non pour les avilir : on pouvait pardonner beaucoup à qui faisait au monde de tels présents. « Respectez-moi , soumettez-vous , obéissez, disait-elle ; en échange je vous donnerai l'ordre , la science , l'union, l'organisation, le progrès , et même, autant que cela est possible dans une telle époque, le calme et la paix. » Rien d'étroit,^ rien de personnel, rien de barbare dans cette domination souveraine : elle reculait les bornes du monde chrétien , s'opposait aux envahissements de l'islamisme , contrc-balançait par un pouvoir intellectuel et moral le pouvoir brutal et sanglant des sceptres de fer et des lances d'airain. D'une main la

papauté luttait contre le croissant , d*ui>e autre elle étouffait les restes du paganisme énergique du Septentrion ; elle ralliait , comme autour d'un point central et vivant , les forces morales et spirituelles de l'espèce humaine ; elle était despote comme le soleil qui fait rouler le globe. La barbarie et la férocité universelle tendaient à tout' désorganiser , elle Taisait tout revivre. Elle insultait, dites-vous, les diadèmes des rois et les droits des nations, elle posait son pied insolent sur le front des monarques ; rien n'e\.istait sans la permission de Rome. — Sans doute, mais cette domination présomptueuse était un bienfait immense. La force de l'esprit contraignait la force brute à plier devant elle. De tous les triomphes que l'intelligence a remportés sur la matière , c'est peut-être le plus sublime.

« Que l'on se reporte au temps où la loi muette, prosternée sous le glaive , rampait dans une boue ensanglantée : n'était - ce pas chose admirable de voir un empereur allemand , dans la plénitude de sa puissance, au moment même où il précipitait ses soldats pour étouffer le germe des républiques d'Italie, s'arrêter tout-à-coup et ne pouvoir passer outre; des tyrans couverts de leurs armures , environnés de leurs soldats , Philippe-Auguste de France ou Jean d'Angleterre , suspendre leur vengeance et se sentir frappés d'impuissance ? à la voix de qui , je vous prie? à la voix d'un pauvre vieillard habitant une cité lointaine, avec deux bataillons de mauvaises

troupes, et possédant à peine quelques lieues de territoire contesté. N'est-ce pas un spectacle fait pour élÇjV^er Pâme, une merveille plus étrange que toutes celles dont la légende chrétienne est remplie * ? »

La Revue d'Edimbourg , autre recueil protestant, a publié divers articles - ou le docteur Macauley exprime sur la papauté les mêmes idées avec beaucoup de force et d'éloquence.

John Lingard , dans son Histoire d'Angleterre , Digby dans les Mœurs chrétiennes au moyen-âge , ont raconté les efforts qu'ont faits les Papes pour adoucir les mœurs des barbares, lier les races, et organiser en société des éléments si disparates et si discordants.William Cobett, dans ses Lettres sur la Reforme protestante , a démontré que la séparation de Rome avait été illégitime dans ses causes et désastreuse dans ses effets. L'Université d'Oxford a publié divers Traités pour les temps présents, dont les tendances catholiques ont été remarquées par tous les esprits sérieux. L'auteur du numéro 90, entre autres, tout en trouvant qu'il serait impossible à l'Eglise anglicane de se jeter encore entre les bras de celle de Rome , s'efforce de démontrer que la primauté du Saint- Siège de Rome n'est nullement contraire aux traditions catholiques ni même aux formulaires anglicans. Un autre membre de l'Université d'Oxford

1 Revue britannique, avril 1836, quaterly review.

2 V, not. octobre 1840.

regarde « l'union avec le Pape comflae un résultat nécessaire de la santé parfaite d'une Eglise. » Plus loin il ajoute : ' Loin de nous soit ce protestantisme vulgaire qui ose ouvrir sa bouche profane et proférer des calomnies contre le Siège de saint Pierre. Oui , si une fois on était parvenu à me persuader que l'es* prit de Dieu a quitté TEglise de Rome, je croirais en même temps que le christianisme va s'éteindre dans tout« la terre ^ »

Ce n'est pas en Angleterre seulement que l'on voit les dissidents revenir h des idées plus saines sur la papauté; voici en quels termes s'exprime sur le même sujet l'écrivain Eugène Robin , protestant belge :

« Un fait comme celui-ci, l'apostolat confié par le Christ, il y a dix-huit cents ans, à Tun de ses disciples , s'est perpétué de Pape en Pape jusqu'à nos jours. Pouvoir dire cela aujourd'hui et être sûr qu'on le dira demain , cela doit bien signifier quelque chose. Et si l'on songe que, depuis le jour où cette parole a été prononcée en Judée, la barbarie, le schisme, la réforme, la philosophie se sont rués tour à tour, la torche et le fer en main, sur le siège occupé par le même Apôtre, et continué dans mille vies; que Rome , la ville éternelle des temps modernes comme elle l'était des temps antiques, a été prise , reprise, occupée, saccagée par tous les

4 UUrt publiée dans VVnivtrt, 43 avril -ISAK

fléaux venus de l'Orient et de TOccident; qu'il n'y a pas plus de trois siècles , des soldats ivres , conduits par un renégat , y sont entrés au nom de Luther; qu'il n'y a pas trente ans qu'un empereur, son souverain par la conquête, lui envoyait un préfet comme faisaient ceux de Constantinople dans les premiers temps de ses Pontifes : oh ! alors le fait grandit à la taille de l'idée, devient immense comme le dogme , et, quoi qu'on en ait , il faut bien , je le répète , que ce fait sans pareil signifie quelque chose.

« C'est en vain que nous voudrions détourner les yeux de cette prodigieuse image de perpétuité. Nous qui sommes venus après les grandes persécutions que Rome a essuyées depuis les siècles des martyrs, nous sommes forcés de nous dire : Sans doute, les promesses des temps s'accompliront. Le rêve de la philosophie était d'abattre la papauté , parce qu'elle comprenait que là est la tête , là est le cœur du catholicisme , et que , s'il pouvait mourir , c'était à ce cœur et à cette tête qu'il fallait viser ; car la papauté et le christianisme même sont inséparables , à ce point que la Réforme n'existe qu'à la condition d'entretenir sans cesse le souvenir de sa rébellion, et que sa foi fondée sur sa défiance ne retrouve un peu de sa vitalité qu'en l'excitant à la haine de ce qu'elle a nommé le papisme. La durée de la papauté était donc pour nos pères toute ia question.

« Dix huit cents ans sont d'une belle haleine, sans doute , dans le cours des choses; mais, la papauté détruite, la philosophie gagnait toujours son procès, qui était de prouver qu'elle n'avait jamais existé qu'à l'aide de l'ignorance et de la barbarie. La Révolution est venue , et a saisi le mot d'ordre : elle a visé au cœur, elle a traîné le Pape dans Texil, il y est mort! Un autre Pape lui a succédé; la chaîne de perpétuité ne s'est pas plus rompue qu'elle ne s'était brisée aux jours les plus mauvais de la vie du catholicisme. Maintenant la philosophie a fait son temps; les destructeurs dorment dans le passé à côté de Luther, l'Encyclopédie , la République et l'Empire; Rome est toujours debout et au centre de la chrétienté déchirée par les ravages de l'incrédulité et de l'indifTérence. 11 y a un Pape comme il y en avait un sous Néron, alors que le christianisme naissant étaitdéchiré dans le cirque par les bétes féroces.

« Autour de cette miraculeuse continuité.l'Europe a changé trois fois de face ; l'antiquité s'est éteinte , le moycn-àge est mort. Trois empires , celui de Charlemagnc, celui de Charles-Quint, celui de Napoléon, se sont élevés et ont disparu. Des nations ont brillé, qui ne sont plus; un monde découvert est échu en partage à la puissance temporelle et à la puissance spirituelle; celle-ci seule a gardé sa part. Tout a fait son temps, idées, peuples et empires , Rome seule est restée debout , le Pape seul est resté. Il y a dans ce fait, je ne saurais trop le

répéter , quelque chose qui vaut bien la peine qu'on y rélléchisse un peu ^ »

Nous devons à l'Allemagne la publication de plusieurs ouvrages qui n'ont pas peu contribué à cette réhabilitation de l'Eglise et du Saint-Siège. Nous citerons notamment : les Foyacjes des Papes et V Histoire des princes de la maison de Hohemtoffen , dont les auteurs, Jean de Muller et Reaumer, démontrent que, dans les démêlés sanglants qu'eurent ensemble les Papes et les Empereurs au moyen-age, les premiers l'emportaient sur leurs adversaires en génie, en vertus et surtout en pureté d'intention; VHisloire de VEglise et Vllistoire d'Italie , où M. Léo met en relief la môme vérité avec beaucoup d'érudition et d'impartialité ; la Vie de Grégoire Fil par Voigt, Innocent III et ses contemporains par Hurter , deux productions qui rendent impossible désormais toute attaque contre deux des plus grands Pontifes qui aient gouverné l'Eglise; V Histoire de la Papauté parLéopold Ranke , professeur de l'Université royale de Berlin, dont un des principaux objets est de montrer combien la réforme positive, réparatrice et féconde que les Papes du XV® et du \\f siècle ont opérée dans l'Eglise, l'emporte sur la réforme négative, désorganisatrice et stérile de Luther et de Calvin.

« Nous voulons sauver notre christianisme , dit le Correspondant du nord de V Allemagne , organe des

4 Non». Encycî. Ihco!. i)icl. d'apoloj. taihol. l, H S.

Ltithériens de Mecklembourg. Nous irons là où l'Eglise sait ce que dit l'Ecriture, où l'Eglise prescrit ce que les ministres ^doivent enseigner, ce que les fMëles doivent apprendre , où Ton veille sur l'uniformité du culte , où tout est solennel , relevé, en harmonie avec le cœur et l'adoration; où un puissant chef spirituel ne se courbe pas devant les puissants de la terre , mais seulement devant Dieu; où les communes ont encore conservé de la foi , de la discipline, des mœurs religieuses , où l'Eglise est réellement bâtie sur un roc contre lequel les portes de l'enfer ne prévaudront pas. C'est à contre-cœur que nous nous séparons de la maison de nos pères , mais il faut nous séparer. En" avant vers Rome ' ! »

La France n'est pas restée en arrière de ce mouvement, et chez nous encore ce sont les plus illustres protestants qui sont d'accord avec les catholiques dans l'appréciation des services rendus par les Papes à la société. M. Guizot a prouvé que l'Eglise avait puissamment contribué aux progrès de la civilisation, qu'il fait consister avec raison dans ces deux faits essentiels, « le développement de l'état social et celui de l'état intellectuel , le développement de la condition extérieure et générale et celui de la notion intérieure et personnelle de l'homme.» {Histoire delacivilisalion en France yiom, i).

i N««v. Eocycl. ibiol. Dict. de ConTera. i, TS.

Nous lisons dans le Tablecm des rêtolûtîons du système politique de l'Europe y par Ancillon : « Dans le moyen-âge, où il n'y avait point d'ordre social , la papauté seule sauva peut-être l'Europe d'une entière barbarie. Elle créa des rapports entre les nations les plus éloignées; elle fut un centre commun, un point de ralliement pour les états isolés... Ce fut un tribunal suprême élevé au milieu de Tanarchie universelle, et dont les arrêts furent quelquefois aussi respectables que respectés ; elle prévint et arrêta le despotisme des empereurs, remplaça le défaut d'équilibre et diminua les inconvénients du régime féodal '. »

M. Coquerel , plus récemment , a développé la même pensée : « Le pouvoir papal , dit-il, en disposant des couronnes, empêchait le despotisme de devenir atroce; aussi, dans ces temps de ténèbres, ne voyons-nous aucun exemple de tyrannie comparable à celle de Domitien à Rome. Un Tibère était impossible, Rome l'eût écrasé. Les grands despotismes arrivent quand les rois se persuadent qu'il n'y a rien au-dessus deux : c'est alors -que l'ivresse d'un pouvoir illimité enfante les plus atroces forfaits ^ »

L'école saint-simonienne, avant de communiquer à ses disciples ses projets de réforme , leur développait longuement le rôle sublime que l'Eglise et la

4 Introduction, ^33, 4 57.

2 Essai sur l'histoire du Chrislktuisme. 75.

Papauté avaient rempli jusqu'ici dans le monde. L'école s'est dissoute , et la plupart de ses adeptes, convaincus de la divinité et de la perpétuité d'une institution qui avait un passé si glorieux, sont aujourd'hui des enfants dévoués de l'Eglise catholique, d'éloquents défenseurs de ses dogmes et de sa hiérarchie ^

L'école philosophique de Bûchez , héritière des utopies saint-simoniennes qu'elle cherche à épurer, s'est rapprochée plus encore de la vérité catholique. Tout en posant des conditions et en manifestant le désir de quelques réformes , elle déclare qu'elle confierait volontiers les destinées des sociétés modernes à l'Eglise et au Pape. Un pareil concours était de nature à favoriser merveilleusement les efforts des défenseurs de l'Eglise.

En France, trois grands génies avaient préparé cette réaction catholique : de Bonald, Chateaubriand, de Maistre. Leurs ouvrages sont dans toutes les mains. Nous citerons seulement ceux qu'ont publiés récemment les écrivains de nos jours.

Les jurisconsultes Troplong^, Laferrière ^, Laboulaye *, Albert Duboys *, ont montré que

4 Exposition do la doctrine sainl-simonicnne , 4" Toi., et surtout 2* vol., 1^^ partie.

2 De l'influence du Christianisme sur le droit ciyil des Romains. Sllisloiredu Droit français.

4 Rccherclics sur la condition politique et civile des femmes. & Histoire du Droit criminel des peuples ancieDS.

la puWicatioTî du droit canon, presque uniquement composé des décrets des Papes et des décisions des Conciles , avait perfectionné le droit romain en créant l'homme moral, en éliminant les droits arbitraires, en proclamant les droits de la nature, en améliorant le sort de la femme, de l'enfant et de Tesclave.

Mgr Affre ^ , Lacordaire ^ , de Falloux ^ , Laurentie *, Veuillot ', ont dissipé en quelques pages des masses de préjugés. *

Le& historiens de Beaufort, de Malastrie, Blanc , Receveur, et surtout Rhorbacher, ont établi la perpétuité du ministère apostolique à travers les siècles, et l'action souveraine des Papes dans les questions de doctrine.

Le baron Henrion trouve dans les travaux de ses devanciers des matériaux précieux pour édifier le monument colossal qu'il élève à la gloire de l'Eglise romaine ^.

M. Blanc de Saint-Bonnet a démontré que Tinfaillibillté de l'Eglise était une conséquence nécessaire de sa nature et de ses destinées ''.

'I Essai historique sur la saprématie temporelle des Papes et de l'Eglise.

2 De l'état de la Papauté a l'époque actuelle.

3 Histoire de saint Pie V.

4 La Papauté, réponse à M. Tutcbeff. — Introd. à l'fliit. des Papes.

5 De quelques erreurs sur la Papauté.

6 Histoire ecclésiastique depuis la création jusqu'au pontifical d» Pic IX.

7 L'Infaillibilité au point de vuemétapLysique.

Les patientes investigations des abbés de Barruel' , Gosselin-,Cliristophe^,Magnin*,Gorini^, ont vengé la mémoire de plusieurs Papes contre les accusations calomnieuses de divers historiens modernes.

Nous apportons notre pierre à ce travail de reconstruction.

Rechercher quelle est l'authenticité et la nature des actes et des décisions pontificales qui ont éié ou objet do blâme ou cause d'embarras au point de vue de l'orthodoxie : tel est le but de cet ouvrage. Ce n'est pas une histoire de l'Eglise que nous publions , c'est une étude sur quelques difficultés de cette histoire que les apologistes catholiques ont regardées jusqu'ici comme les plus graves. Nous n'examinerons pas si les Papes sont infaillibles de droit, mais s'ils ont été infaillibles de fait; peut-être que la solution scientiiique de cette dernière question est la meilleure manière de résoudre la première.

L'état historique des questions que nous avions à traiter, et lo but que nous voulions atteindre, nous indiquaient la méthode que nous devions suivre. Lorsque l'on a constaté les dates , collationné les

< De la Papauté et de ses Jroi<s.

2 Touvoir des Papes sur les souverains au moyen-ijje.

3 Histoire do la Papauté pendant le XIV^ srècle. •i la Papaulé cynsidcrée dans son origin».'.

h Défense do rKglisc contre les err^tis hislori jucs do MM. Guîzot , Aui. et Aug, Tiiien-y, etc.

textes, établi les faits , pesé les circonstances, dissipé les préjugés, alors la synthèse est possible; jusque-là, l'analyse est seule rationnelle. Toutefois le rôle de rapporteur ne nous a pas toujours interdit de tirer nos conclusions. Puisse le lecteur, qui les pressent déjà, les trouver légitimes î

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