TOME II
tout ce qu'il dit est public; on lui fait une guerre acharnée, et les hérétiques cherchent à relever quelques paroles de sa bouche afin de le chasser de l'Eglise, lui qui est presque la seule étincelle qui nous reste. Il vaut donc mieux céder un peu à cet orage, et faire connaître la divinité du Saint-Esprit par d'autres paroles; la vérité consiste plus dans le sens que dans les mots \ » Saint Athanase respectait, comme saint Grégoire, la manière de faire de saint Basile: « Quant à ce que vous m'avez demandé touchant les moines de Césarée qui s'opposent à votre frère l'évêque Basile , ils auraient raison si sa doctrine était suspecte; mais ils sont assurés, comme nous le sommes tous , qu'il est la gloire de TEglise et qu'il combat pour la vérité. Loin de le combattre lui-même , il faut approuver sa bonne intention ; car, suivant ce que j'ai appris, ils se chagrinent en vain, et je suis persuadé qu'il se fait faible avec les faibles afin de les gagner. Nos frères doivent louer Dieu d'avoir donné à la
Cappadoce un tel évéque Mandez- leur que
c'est moi qui l'écris, afin qu'ils aient les sentiments qu'ils doivent pour leur Père, et qu'ils conservent la paix des Eglises ^ »
4 S. Grcg. Naz. , Epist. 26.
2 S. ÂlhaD., II. Ooti.
n est donc certain qu'en agissant de la sorte saint Basile ne renonçait pas, pour cela, à un point du dogme catliolique. « Je veux perdre le Saint-Esprit, dit-il un jour à saint Grégoire, si je ne Tadore pas comme consubstanliel avec le Père et le Fils. » Mais il montrait qu'il est des circonstances où il faut ajourner l'usage d'un mot, éviter une expression , lorsqu'on peut espérer, par ce moyen, d'être plus vite d'accord sur le fond de la doctrine. Pie IX a décidé que l'immaculée Conception avait toujours fait partie du dépôt de la foi : combien de Papes, avant lui, avaient interdit toute qualilication à ce sujet!
Sans doute, l'avenir ne réalisa pas les espérances d'Honorius, les résultats de sa défense furent déplorables ; mais il est possible qu'il ne fût animé, quand il la formula, que des plus pures intentions.
Mais pourquoi donc ces terribles anathèmes de la part du sixième concile de Constantinople? En admettant qu'ils soient réels, voici les motifs qui les ont provoqués.
Les lettres d'Honorius, innocentes quand elles
furent écrites, ne Tétaient plus quand elles furent
découvertes. Les circonstances avaient changé,
les hérétiques s'étaient succédé sur la chaire M. 14. *
patriarcale de Constantinople , et chacun, en passant , avait étendu plus loin le domaine de Terreur. Il fallait frapper un grand coup ; le con" cile condamna tous les écrits qui lui furent soumis, quelles que fussent leur date et leur origine , dès qu'ils lui parurent enseigner ou seulement favovoriser l'hérésie. Les lettres d'Honorius furent de ce nombre : écrites en 635, alors qu'il était à peine question à Rome de la nouvelle hérésie, elles contenaient de grandes louanges à l'adresse de Sergius dont l'insigne fourberie avait été dévoilée devant le concile; elles traitaient légèrement une question qui était devenue très-grave; elles imposaient une mesure qui , de sa nature, était une humiliation pour les catholiques et un triomphe pour les hérétiques : elles méritaient d'être réprouvées, elles le furent.
Les Pères du concile, au reste, ne crurent pas que cette condamnation portât atteinte à la dignité du Siège apostolique. Aussi, quand ils entendirent la lettre d'Agathon qui contenait ce passage : « C'est à conserver la foi catholi' que dans sa pureté que les Pontifes du siège apostolique , et en particulier nos prédécesseurs, ont travaillé jusqu'à présent, non sans péril; » au lieu de s'inscrire en faux, ils l'ap-' prouvèrent tous d'une voix , disant que la lettre
d'Agathon avait été dictée par TEsprit-Saint ^ C'est qu'en effet , à leui-s yeux, ce n'était pas le l'ape qui avait été condamné, mais un simple docteur; ce n'était pas un document pontifical adressé à un concile général ou à toute l'Eglise , mais un simple acte de correspondance privée.
Et c'est la dernière considération que nous avons à développer.
Il faut avouer que l'auteur de la Défense de la Dédaratloîi se moque un peu de ses lecteurs, lorsqu'il dit que cette letfre réunit toutes les conditions d'une décision ex cathedra. Elle n'en possède aucune.
1 Nous cil dirons autant do la condamnation d'Honorius par le Iniitiènie concile {jcMuTal : ou le nom d'Honorius i\é\é ujoul«> après coup parnû ceux des MonolinMilei condamnes a la dixième bcssi«»n, ou les l'èics du conc K- oui voulu pailor du docteur el non du Pape , puisque, dans 1 acte du formulaire de réunion qu' Is sijîuèrcnl tous, nous lisons ce» paroles : « Un ne peut passer sous silence ces paroles de N«lre-Veij;nour : Tu es l*icrre, el sur cdlt pierre je bùlirai mon E(jIm. Kl l'eflel en a montré la vérité, puisque le Saint-Siège a toujours coIl^elVé sans lacbc la religion callicrKjue. Donc, poui n'en être point séparés cl suivre les ordonnances des l'crcs, principalement de C4!u\ qui ont rempli le Salat- Si<ige, uous aualliiiuatisous t<iUleâ Us Uérciies. » (LaLLs^ Ylli^ dS8.)
Sergius écrit au Pape une lettre à laquelle celuici fait répondre par son secrétaire, qui la dicte en latin à un scribe; on Texpédie pour Constantinople, et personne plus n'y pense, ni Honorius dont la sollicitude des Eglises appelle ailleurs Tattenlion , ni Jean Syinpon abbé son secrétaire qui fut fort étonné huit ans plus tard d'apprendre ce qui se trouvait dans sa réponse improvisée, ni Sergius lui-même qui n'en fait aucune mention dans ses écrits , même dans sa correspondance avec Cyrus.
Honorius entend si peu décider quelque chose, qu'il déclare expressément qu'il ne faut et qu'il ne veut rien décider : « Il ne faut ni définir ni prêcher une opération ou deux. »
Aucune sanction ne termine la lettre; les délinquants et les réfractaires n'ont point d'anathème à craindre, on ne les menace ]ms même de l'indignation de saint Pierre et de saint Paul.
Aucune promulgation n'a eu lieu.
A-t-elle été adressée à Cyrus et à Soj)hrone? Rien ne le prouve, et plusieurs raisons invitent à croire le contraire. Dans tous les cas, c'eîU tout au plus à trois évêques qu'un conseil a été donné, et non à tout le clergé et à tous les fidèles de l'Eglise.
Singulière bulle ex cathedra, qui a été com-
posée sans examen ni conseil préalable, qui a été rédigée par un premier ou un second secrétaire, qui indique une règle de conduite et ne renferme aucune décision de foi , qui se termine par une })rotestation d'amitié à l'exclusion de toutes les 1 u'mules solennelles d'usage, qui est envoyée secrètement, reçue et gardée de même !
Résumons cette discussion :
Il n'est pas hors de doute qu'Honorius ait été condamné au sixième concile général, deuxième de Constantinople.
En admettant la sincérité des actes du concile, Ilonorius a été condamné non pour avoir enseigné r hérésie, mais i)Our en avoir favorisé la prol| pagation par son silence.
Il paraît certain que la lettre présentée au concile n'était pas telle que le secrétaire d'Honorius l'avait écrite.
Telle que nous l'avons, cette lettre est susceptible d'un sens catholique.
Elle ne renferme aucune décision de foi, mais indique seulement une règle de conduite.
En fait, Honorius en l'indiquant fut inconsidéré, mais peut-être crut-il n'être que prudent.
Dans toute hypothèse, c'est un act(? de correspondance pri'\ée, et non un document i.ontilical.