‹ L'histoire et l'infaillibilité des papesChapitre 57 sur 86 · CHAPITRE XVIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIÏ

JEAN VIII. — SA CONDUITE ENVERS PHOTIl'S. BON SENTIMENT SUR LA PROCESSION DU SAINT-ESPRÎT.

Au mois de mai 879 arrivèrent à Rome les ambassadeurs de Constantinoplc, chargés de demander au Pape rinslitution canonique de Photius comme patriarche de la ville impériale. Jean VIIÏ se trouva dans un grand embarras. D'un côté, Nicolas P"" et Adrien II son prédécesseur, et le huitième concile œcuménique , avaient déposé et anathématisé Photius : couvert des censures

rde l'Eglise, celui-ci venait de mettre le comble à son indignité en exerçant les fonctions épiscopalcs avant que les envoyés lui eussent apporté la réponse de Roi Vie.

De Fautre, Photius reconnaissait l'autorité du Pape et promettait de la respecter désormais ; les ambassadeurs présentaient des lettres dans lesquelles le peuple de Constantinoplc suppliait le Pape de leur donner Photius pour évéque; les trois patriarches et tous les évèques d'Orient faisaient la même demande. L'empereur Basile promettait, à ce prix, tout ce qu'on voudrait, notamment de défendre Rome et Tltalie contre les nuées de barbares et de Sarrasins qui les menaçaient. Le parti de la douceur l'emporta : Jean VIII trouva que la soumission de Photius, la demande du clergé, l'extinction du schisme, le retour de la Bulgarie , les promesses de l'empereur , rapproche d'une armée ennemie , étaient des motifs suffisants de céder. Après quatre mois de réflexion, il renvoya les ambassadeurs de Constantinoplc avec des lettres favorables à Photius.

La conduite du Pape dans cette circonstance a été diversement interprétée. Les protestants ont mis en regard ces paroles de Nicolas F*" : « Jamai-6 je ne reconnaîtrai Photius pour évê«

que , » et celles de Jean VÏII : « Nous sommes disposé à recevoir Photius pour couirère et col- i lègue, » et ont crie à la contradiction. Il n'y en a point : Nicolas parle de Photius scliismatique, usurpateur d'un siège dont le titulaire légitime vivait encore ; Jean parle de Photius repentant, soumis au Pape ou feignant de Tètre \ et demandant d'être nommé successeur d'Ignace.

Fleury dit que & Jean reconnut Photius pour patriarche légitime , contre toutes les règles de i la discipline. » C'est oublier que toute règle de discipline peut être modifiée, même abrogée , à plus forte raison suspendue, quand il existe des motifs assez graves pour le faire.

Bossuet trouve « qu'en admettant Photius à sa communion et en l'établissant sur le siège de Constantinople, Jean VIII a méprisé les décrets de plusieurs pontifes et ceux d'un concile gêné- j rai. »

Si ce passage de la Défense de la Déclaration est réellement de Bossuet, l'auteur aurait dii se rappe-

\ Le Pape s'oiaut convaincu, plus tard, du peu desiiicérilo qu'avaient •pportii dans celte affaire l'empereur Uasile cl le palrinrclie l'Iiolius, n'bésita pas à modifier sa conduite el à déployer aulaiil de vijjuour qu'il avail montré d'indulgence. Il désavoua ses lé{Ta!s qui s'éiaiont laissé intimider ou corrompre, déclara nul et irrcgulier le concile qu'avait tenu rbolius, el cxcomnninia solennellement les évéques grecs scliismaliqncs, «l leur chef le patriarche de Constantinople.

1er ce qu'il a écrit ailleurs : « Il n'est rien que le Pape ne puisse quand la nécessité ou Tutilité de FEglise le demande. » Les éditeurs de cet ouvrage posthume ont trouvé eux-mêmes trop sévère ce blâme infligé à la mémoire de Jean VIÏI; ils l'ont remplacé, dans les éditions suivantes, par cette variante, tirée, disent-ils, des manuscrits de Bossuet : « Photius lui-même, qui avait été condamné plusieurs fois par les souverains Pontifes et par le huitième concile général, se montrait plus entreprenant, rétabli par la honteuse condescendance (fœdd indulgenlià) de Jean Vill et Tautorité de Vempereur grec, le macédonien Basile \ »

Ce reproche , ainsi adouci , est encore injuste.

« Qu'on dise tant qu'on voudra que le Pape a été trompé, dit Tabbé Jager, qu'il a été d'une grande indulgence; mais qu'on ne l'accuse pas d'une honteuse faiblesse. Ce caractère n'est pas celui qu'il a monlrédans cette multitude d'alTai" res et d'événements où il s'est trouvé impliqué pendant tout son pontificat; aussi Pagi, sévère critique de Baronius, n'est -il pas de son avis à ce sujet. De Marca prend ouvertement la défense du Pontife et le déclare exempt de toute faute, à cause de la demande du prince , des patriarches

et des évêques assemblés en synode : il dit qu'il élait autorisé à faire ce qu'il a fait, par les exemples qu'il produit de saint Athanasc , de saint Jean - Chrysoslôme et de Flavien qui , étant condamnés par des conciles , ont été rétablis dans leurs fonctions par Tautorité du Saint- Siège ^ »

« Mais Plîotius avait été excommunié, déposé, rendu inhabile à toute fonction sacrée. » C'est vrai : « Mais il n'y a rien d'indissoluble, dit le pape Gélasc ^ que pour ceux qui persistent dans l'erreur. » Sévir ou pardonner, frapper ou absoudre, sont des actes que peut toujours exercer le souverain Pontife, selon la nature et la gravité des circonstances dont lui seul demeure juge.

Il faut bien le dire toutefois , Photius s'était montré si indigne du sacerdoce, que tout le monde chrétien gémit de la nécessité où s'était trouvé le Pape de l'élever au siège de Constantinople. Il en est même qui disaient tout hautement que Jean avait montré trop de faiblesse, etBaronius croit ^ que c'est à ses réflexions transformées que ro#doit l'origine de la fable de la papesse

4 Hisl. de rîiolios, 202.

2 Kp. 205.

8 Bar., mt aan. 879, n* *.

Jeanne, qu'on a voulu ressusciter de nos jours et dont nous allons montrer la fausseté.

Ce conte ridicule fut d*abord exploité avec une animosité incroyable parles Protestants; ils avouèrent ensuite eux-mêmes que ce n'était qu'un conte. Les écrivains modernes de cette école n'osent pas trop en parler ouvertement , cependant ils ne seraient pas fâchés de le maintenir dans les controverses religieuses. Nous lisons dans l'un d'eux:

« La papesse Jeanne, idle de Mayence, enlevée par son amant , vint plus tard à Rome sous le nom de Jean l'Anglais, dut à ses talents la couronne pontificale, et accoucha , deux ans après , dans une pro- •cession.

« Si ce pontificat d'une femme est une fable , comme beaucoup de Protestants le pensent , du moins c'est un fait qui a été affirmé sans contradiction, pendant cinq siècles, par des historiens catholiques romains , par des secrétaires des Papes , des

bibliothécaires du Vatican , des pénitenciers, des évoques, des Papes et des Saints *. »

Et dans VE^^posé de M. Trivier : « Mais cet homme est peut-être june femme. »

Mosheim, lui aussi, n'avait pu cacher les regrets qu'il éprouvait de ne pouvoir plus se servir de cette arme brisée pour attaquer la succession des Papes « Cette histoire , dit-il , doit son origine à quelque ; événement extraordinaire arrivé pour lors à Rome, que Ton a ignoré et que l'on ignorera toujours. » N'osant Tadmettre, il aime à en douter.

Nous allons montrer qu'un écrivain sérieux n'aurait jamais dû la rappeler ^

« Tous les auteurs qui ont parlé de la papesse Jeanne l'ont fait, ou selon le caprice de leur imagination , ou sur l'autorité prétendue de Marianus Scot et de Martin Polonus. Le récit du premier est fort court : « En Tan 858 , tiux calendes d'août , Léon pape mourut; il eut pour successeur Jean femme , l'espace de deux ans , cinq mois et quatre jours. »

4 A. Bosf, Ilisf. des Papes, 28. Il est question aussi delà papesse Jeanne dans le recueil d'infimes calomnies composé' par Marnii de Saiole-Aldegondc, et récemment réédité en Belgique, annoncé et recommandé sans réserve por les journaux proteslanis. avec Préface par M. Quinet.

2 Tel est le faible des Protesîanls. Lorsqu'il est question d'un fait fa- Yorablc à l'Eglise roiilainc, les preuves les plus dcmonsiralives suffisent il peine a les persuader: s'agit-il d'un événement injurieux au calliolicisnic, les plus faihlcs probabilités les déternsinent h y ajouter foi; cl alors uiémc qu'ils n'oseraient pas l'affirmer , ils vculcnl avoir au moins la consolation d'en douter : c'est la maladie de lous les incrodalcs. (Cergicr, i^kt. de T/*fW., I.)

Î255 Joannes multer i Scot voulait dire peut-être Jean ' Yejféminè. Ne serait-ce pas cette épithète injurieuse , ce surnom satirique , qui serait l'origine du conte de la papesse Jeanne ?

Le moine de Cîteaux donne plus de détails : « On dit que Jean, anglais , né à Mayence, était femme. Elle partit avec son amnnt pour Athènes , et fréquentait les écoles de cett< v;:le, revêtue d'habits d'homme. Elle lit de tels |)rogrès dans les sciences, qu'elle n'avait point son semblable. Etant venue à Rome, elle donna pui)li(^uement des leçons de logique, de morale et de physique. Les plus grands maîtres devinrent ses disciples. L'éclat de son savoir et la régularité de sa conduite lui valurent d'être nommée Pape. Mais , élevée à cette dignité , elle mentit à ses antécédents, et un jour qu'elle allait de Saint-Pierre à Saint-Jean. de Latran elle fut prise, dit-on , par les douleurs de l'enfantement entre le Colisée et l'église de Saint-Glément, mourut, et fut enterrée sur l'endroit même. Les Papes ne passent pas par cette rue, et Ton dit que c'est en horreur de ce fait^ »

Ce thème prêtait à l'amplification , elle n'a pas manqué. Les chroniqueurs romanciers , donnant libre carrière à leur imagination , n'ont pas même pris la peine de s'accorder sur les temps , les noms et les lieux. Celui-ci appelle son héroïne Agnès , celui-là Dorothée , d'uutrcs Isabelle , Marguerite ,

Mart, l*oî.. tu C/ir«)t.

Gilbevte. Junius la fait naître en Angleterre, d'autres €^ Mayence.

Comme il n'est pas vraisemblable qu'elle ail eu ' ridée de partir pour Atiiènes sans être déjà adonnée-^ €^ l'étude, on supposa qu'elle avait commencé ses classes à l'abbaye de Fulde. Pour que le lecteur ne s'étonnât pas de ce que cette femme étant si savante avuU ignoré le tem|)s de ses coiiches, et ét«nt si rusée n'avait pas su garder la cliambre, Diiplessis, oubliant le respect qu'il devait à Elisabeth d'Angleterre et à Catherine de Russie, dit que Jeanne fut aveuglée par une permission de Dieu qui voulut confondre ces impo^^teurs. Eu effet , le ministre a raison de croire qu'une femme peut gouverner l'Eglise d'Augleterre ou l'Eglise russe, mai^s jamais l'Eglise rouiaiue. Le conte s'embcllissant de plus en plus, on supposa que l'événement était arrivé un jour de fétc et pendant une procession sol-ennellc, alors, disent les Genturiatcurs, que Jeanne allait dire la messe à l'église de Latran. Angelocrator assure que le démon révéla le mystère à haute voix et on vers latins. Puis, on ajouta Térection d'une statue de marbre sur le lieu où Jeanne était morte. En (in, les bouifons tirent remontera celte époque Tusage de la chaise stercorale ; et les recommandations que faille cérémonial au Pontife nouvel élu de pratiquer la vertu d'iiumilité, de ne jamais oublier qu'il est homme, de se montrer reconnaissant envers Dieu qui élève le pauvre du fumier pour le placer

parmi les premiers de son peuple , de stereore eii^ens pauperem, ut coHocet eum cum pnncipibus , ont fourni Toccasion de sales plaisanteries.

Le bon saint Antonin cite la chronique, trouve le fait prodigieux, s'étonne de ce que Vincent de Beauvais et Jean de Colonna, ses deux historiens de prédilection, n'en parlent pas, et ajoute :

« Serait-il vrai, ce fiiit ne peut pr'éjudicier au salut de personne. Le cheY (le l'Eglise alors était Jésus. Christ, qui la soutient toujours. Sans doute, urre femme n'est pas susceptible de recevoir validement aucun ordre; elle ne peut ni consacrer TEucharistie , ni donner les autres ordres , ni absoudre les péciiés ; mais l'ignorance invincible excusait de péché ceux qui s'adressaient à elle , «t Jésus-Chrrst suppléait à la grâce des sacrements ^ »

Eli résumé, trois cla^«es de personnes ont paru y croire:

Los Protestants, qui voyaient là une occasion. d'insulter l'Eglise i^)maine ; les poètes, heureux d'aigutser (juelque épigramme après Pétrarque et Boccace ; plusieurs des chroniqueurs calhorupies, dont la simplicité ne pouvait pas soupçonner une supposition , mai% dont la foi n'était pas affaiblie pour cela, « M 'me les sages se plaisent aux folies, dit l'un d'eux eu rapportant ce bruit public : faisons doue les fous cuinmo les autres; c'est permis quelquefois^.»

i s. Autoii., {/is/.,ttt. 16.

2 0..ui)l,r., AddiL adPtàt, TOME II. 17

Enfin la lumière devait se faire. Baronius , Papirius Masson , Florimond , Raymond parmi les Catholiques, Blondell, Pearson,Casaubon,Bayle parmi les Protestants, ont démontré jusqu'à révidence non-seulement l'improbabilité , mais la fausseté de cette histoire ^

Nous résumons ainsi leurs travaux :

Les contemporains n*ont pas parlé de cette imposture ;

Le récit qu'on en fait n'est pas admissible j

La chronologie la rejette.

1" Silence des contemporains. Les deux premiers auteurs qui ont parlé de ce fait vivaient, Marianus Scot en 1086, et Martin Polonus en 1277: c'est donc deux cent trente-un ans après l'événement qu'apparaissent, pour la première fois , des traces de ce conte. Aucun auteur du temps n'en parle, ni Anastase le bibliothécaire, témoin oculaire de l'élection de Benoît III, ni l'auteur des Annales de Saint-Bertin et de Loup de Ferrières , ni les auteurs grecs

1 Leibnilz en avait fait autant ; nous lisons dans ses OEiivres : « Je viens de mettre au net une dissertation composée dans le temps où j'tHudiais l'histoire du neuvième siècle, où je m'occupais beaucoup de discussions chronologiques. Je l'ai iiitilulée : Flores sparsi in /«rnnlum Joannœpapissœ : «Fleurs jelces sur la tombe de la papesse Jeanne. « J'achève de détruire eu, cet ouvrage la fable de celle papesse, soil en coDlirmant les preuves déjà connues, soit en en fournissant do nouvelle?. Je répands beaucoup de lumière sur la chronologie de ces temps qui avaient très-grand besoin d'élre éclairés, et je réponds aux derniers arguments de Frédéric Spanhcim qui , dans un livre imprimé en' Hollande il n'y a que quelques années, entreprenait do réhabiliter celle ÎAih'. u M.cibnilz 1. II. 2S4. Fnist. ad P. D. Bruces.\

Méthodius , Cyrille , Métraphène de Smyrne, Il en est de même de Jean Lecanomante, patriarche déposé de Constantinople , -et de Photius toujours en guerre avec le Saint-Siège. — 3Iême silence chez Adon , Alginon , Hincmar de ;Reims, et les deux scliismatiques Cedrenus et Zonare.

Le onzième siècle nous fournit une preuve qui , bien que négative , suffit à elle* seule pour nous montrer qu'è cette époque il n'avait jamais été question de la papesse Jeanne. -

« Serait-ce vrai, comme le bruit public le porte, que l'Eglise de Constantinople a vu une femme assise dans la chaire de ses Pontifes ? Ce serait là un crime abominable. L'énormité du fait, l'horreur qu'il exciterait, et l'estime que j'ai pour vous, ne me permettent pas d'y ajouter foi : cependant, quand on se rappelle avec quelle négligence , avec quei oubli des prescriptions canoniques on procède à Constantinople au choix des patriarches, avec quelle pompe on ordonne les sujets les plus indignes , on ne peut s'empêcher de croire qu'un pareil scandale est possible ^ »

C'est Léon IX, élu pape en 1049, qui envoie cette mercuriale à Michel Cérulaire. Ce Pape se serait-il exposé i\ une rétorsion accablante de la part des Grecs?

i Hoc tam aloiiiiiiauile soelus dctwtabileqiic facinus , clsi enormila» il'Sius, vcl honor, fraleniaijue bonevolciilia non pernuUil crcdere, consideraJà tamen jncurià Yoslrà eq^a sancîorum cecsuramcanonuui , clc.

S*' Le texte est inadmissible. Chacune des circonstances principales est marquée du sceau de l'in^ vraisemblance ou de la fausseté.

Jean, anglais , né à Mayence, Mayence n'est pas en Angleterre.

Fréquenta les écoles d'Jlhènes, Il n'y en avait point à cette époque. Ecoutons un voyageur du temps , Synésius : « Puissé-je profiter d'Athènes autant que tu le désires! Il me semble que déjà je suis devenu plus sage d'une palme et d'un pouce; je puis même te donner un échantillon de cette divine sagesse. Voilà que je t'écris du bourg d'Anagyrante, et je viens de voir ceux de Sphelte , de Thrion, de Céphise et de Phalères. Puisse -t- il périr misérablement le malheureux pilote qui m'a mené icil tant il est vrai que l'Athènes de nos jours n'a plus rien de vénérable que les noms des lieux autrefois si célèbres. C'est comme une victime dont ilne reste que la peau, pour montrer quel avait été l'animal. Comme la philosophie a émigré , il ne reste plus qu'à admirer, en passant, l'Académie, le Lycée et la Galerie des peintures , ou le Portique d'où le philosophe de Chrysippe a pris son nom : galerie de peintures qui n'en est plus une, car le proconsul a enlevé les planches sur lesquelles Polygnote avait fixé les merveilles de son art. De nos jours , c'est l'Egypte qui nourrit les sciences sous les yeux d'Hypatia leur mère. Pour Athènes , autrefois métropole des philosophes, ce qui la rend illustre

maintenant, ce sont les éleveurs d'abeilles, particulièrement deux sages nommés Plutarques, qui attirent les jeunes gens dans les théâtres , non par la renommée de leur éloquence , mais par leurs pots de miel du mont Hymette *. »

Les écoles commencèrent à être établies à Athènes en l'an 857. « On ne doit rien de bon à Miche? Bardas, si ce n'est le rétablissement des lettres. Les écoles étaient détruites; la philosophie , grâce à l'ignorance des empereurs , était éteinte, et il n'en restait pas une seule étincelle. Michel bâtit des écoles pour les diverses sciences , et assura des honoraires aux professeurs ^. »

Elle fut nommée Pape. On n'élevait jamais des laïques à cette dignité , depuis Constantin frère du duc de Nepté. « Christophe le primicier, Sergius son fds, et tous les sénateurs, jurèrent de mourir plutôt que de reconnaître cette impie nouveauté et cet inique attentat contre le Saint-Siège apostolique ^. »

Elle allait de Saint-Pierre à Saint- Jean de Latran. 11 aurait fallu mettre était de retour . puisqu'à cette époque les Papes habitaient le palais de Latran. C'est Boniface IX qui a, le premier, habité le . Vatican.

Les Papes ne passent plus par cette rue. Ils y ont

< Syn., Episl. 433.

2 Zonarc, Ànn. m. MichH , Fil. Thfoph.

3 Anasl., Sleph. ly.

toujours passé, mais non dans les grandes tétérùo^ nies. La rue étant étroite, le cortège ne pourrait s*y développer.

On dressa une statue, etc. Or cette statue, dit ftemond, représentait un sacrificateur accompagné ou plutôt précédé d'un jeune homme; et Cencius avait parlé de ce groupe un siècle auparavant.

3*^ Mais nous avons tort de discuter les circonstances du récit. La chronologie repousse absolument ce nouveau pontificat. Les écrivains protestants ont beaucoup varié sur lépoque qu'il convenait le mieux de lui assigner, et sont enfin tombés d'accord pour le placer entre Léon IV et Benoît IIL Ils avancent un peu la mort du premier , retardent un peu l'élection du second, et trouvent ainsi un pontificat de deux ans cinq mois quatre jours à donner à leur papesse fantastique. Toutes ces suppositions sont gratuites, et disparaissent au souffle de l'histoire.

« Grégoire meurt, dit Adon, Sergius est ordonné à sa place; Sergius décède, Léon lui succède; Léon meurt, Benoît occupe le siège apostolique ^ » Oïl est la place de Jeanne ?

« Le pape saint Léon IV mourut la même année 855, le 17 juillet, après avoir tenu le siège huit ans et trois mois; il fut enterré à Saint-Pierre. Aussitôt après que le pape saint Léon fut mort , le clergé de

4 Ado Vieun., Àcl. 6.

Rome, les .grands elle peuple s'assemblèrent , cj ayant prié Dieu de leur faire coiMiaîire celui qui devait être leur pasteur , \\è élurent tous dune voix unanime Benoît. Le*^ grandes actions qu'avaient déji\ faites ce saint prêtre le rendaient digne do' leurs suffrages *. »

C'est Anastase le bibliothécaire qui nous fournit ces renseignements. Nous n'en trouvons pas de moins précis dans une lettre de l'ambassadeur du roi de France, Loup de Ferrières r « Sous le pontificat de votre prédécesseur Léon de bienheureuse mémoire , j'ai rempli les fonctions de légat à Rome dont vous êtes évêque; je fus reçu et traité avec beaucoup de bienveillance par ce saint Pontife. Vous ne lui cédez pas en religion, tout le monde le sait. J'ose donc , dans ma petitesse , écrire à votre Sublimité *. »

Après ces témoignages, il nous paraît inutile d'en chercher d'autres et de parler des médailles représentant Benoît m et Lothaire ^ , de citer le diplôme

' i hco «juVdt;m abi hàe Kicc ^«bJi'aïUis prjesul occubuit, mov oinuî» derus clinis Uomaïue Scilis iinivers'u|ue proccrcs ciinc(;i>q;ie teiiaUis ac populus coiiaicgiUl sunl, Hoinini clcmeiiliatn cxoranles ul bcirificum ilfis aimiibus {leinoMsdare dii[îi»ai€tiir pasloroni »|ui *u'iu<'n «^>os!«»^»«l9 regcro v»»!uisscl IraïKjiiillc. IViviiiUùs ijjiliir lum a'ilicrcu l.imhie iiiflamniali, ut)() cûusciisu iiiioqitc (onaiiiiiie r:i>iiedic'linn pio laiilis qnibus pollebai sacris opcribus l*oi!liricemproinul|^averunt eli}<ei-c. (Aiiust., in (inê Fi/. Lcou.lVcl Deu. III)

2 Epist. 103, ad Ben. Ul. Ex edit. Duluz., aa». 4061.^ « MédaiUet de Kolber, 20, 80$.

de Benoît III à Tabbaye de Corbie . de rappeler après Mabillon la bulle originale donnée par ce Pape en 855 ^ ; de raconter que les députes d'Hincmar de Reims , partis sous Léon IV, trouvèrent , à leur arrivée, Benoît III déjà en possession du siège pontificalj et traitèrent avec lui ^. Citons toutefois les paroles de Photius : « Récemment a quitté la vie ce Léon si célèbre , qui a été illustré même par des miracles. Il a eu pour successeur sur le trône pon* tilical l'austère Benoît , si doux et si pieux , et renommé par les combats ascétiques ^. »

Photius écrivait son opuscule h l'évêque Beda vers Fan 875, Léon IV est mort en Tan 858 : c'est donc réellement de lui et de Benoît III son successeur qu'il est ici question.

Nous aurions dû remarquer que Martin Polonus lui-même ne raconte le fait que comme un- bruit, une rumeur vague , ce qui lui fait mettre jusqu'à trois fois cette expression dubitative . ut asseritur, ut dicilur, a dit-on. »

D'après Duplessis : « Onuphre n'en doit pas savoir mauvais gré à Murtin Polonus , comme premier auteur,et que plusieurs autres, et de ses meilleurs amis, en avaient parlé devant lui , par exemple un Damase et un Pandulphe de Pize en leurs Commentaires

1 Nouv Tralti- de dlploin., V, 184, planche 19.

2 Labbc, VIII, -181.

â Coiabcns. ÀHtt, noviss.^ ^2^^

écrits de ce temps-là.» — ^L'auteur du Mystère (ï iniquité a mal lu Fauteur qu'il cite. « Dans les vieux livres de la Fie des Papes, écrits par Damase, par le bibliothécaire et par Pandulphe de Pise , dit Onuphve ^il n'est fait aucune mention de cette femme; seulement à la marge , entre Léon IV et Benoît III , cette fable se trouve insérée par un auteur particulier, en divers caractères , et tous différents des autres^. »

On avait cité Sigebert, auteur du Schisme des empereurs d'Allemagne , comme auteur ancien racontant cette imposture. <J^

« J'ai vu, dit le chanoine Aubert Le Mire , quatre exemplaires de Sigebert , dont un tiré de l'abbaye de Gembloux ^, dont Sigebert était moine : c'était l'original même, ou au moins une copie prise sur le propre manuscrit de Sigebert. Dans aucun il n'est fait mention de Jeanne la papesse , pas même à la marge, bien qu'on y lise une foule d'additions récentes. En conséquence, c'est chose certaine que cette fable est faussement attribuée à Sigebert ', »

lien est de même des manuscrits les plus anciens et les plus exacts de Marianus Scot et de Martin Polonus : on y cherche en vain cette fable *.

î In Ann., ad Plai,

2 Aubert Le Mire élaît chanoine de la catbi'drale d'Anvers , et Sigebert moine de l'abbaye de Genebloui ou Gembloux dans le ;liich<i d« Brabant,

S Mirsus. Ed. Sigib., Qnn, 8M« 4 F«rrtm,T, 482K

Ce canard du moyen -âj^o , ^u^iSn -nous pardon ife cette expression, beaucoup moins ancien qu'on ne l'avait cru d'al>ord , n'aurait donc pas été mis par écrit avant le quinzième siècle. Qui sait même s'il n'a pas été inventé par les hérétiques de ce siècle , inséré d'abord par eux dans lés vieilles chroniques , et transporté ensuite de la marge dans lo texte par les imprimeurs dupo? ou complices de cette supercherie ?

II nous reste à examiner le doute que les Grées ont élevé sur les sentiments de Jean VIII au sujet de la procession du Saint-Esprit. Dans les actes du concile que Photius tint à Constantinople en 88G, on trouve la lettre suivante attri- 'btt^e à ce Pape :

a Nous savons les mauvais rapports que Von vous a faits de notre Eglise et de nous, et qui ne sont pas sans apparence; mais j'ai voulu vous éclairer avant même que vousnVécrivissiez. Vous savez que votre envoyé nous ayant consulté de-

puis peu sur le Symbole, a trouvé que nous le gardions tel que nous l'avons reçu d'abord, sans y avoir rien ajouté ni en avoir rien ôté, sachant bien quelle peine mériteraient ceux qui oseraient le faire. C'est pourquoi nous vous déclarons encore, pour vous rassurer sur cet article qui'a causé du scandale dansles Eglises, que non-seulement nous ne parlons pas ainsi, mais que ceux qui ont eu Tinsolènce de le faire lôs premiers, nous les condamnons comme les destructeurs de la théologie du CJirist Notre-Seigneur, des Pontifes et des Pèn s qui nous ont donné ce Symbole ; nous lés rangeons avec Judas, comme n'ayant pas craint de faire la même chose : non qu'ils aient livré le corps du Seigneur à la mort, mais parce qu'ils ont déchiré et divisé ses membres par le schisme, les précipitant ainsi dans le feu éternel, et s'étranglant encore bien plus euxmêmes, comme a fait Tindigne Judas \ »

C'est à tort que les' Grecs schismatîques se sont prévalus de cette lettre et en ont conclu que, puisque Jean YIII et Photius tenaient le mémo langage , ils pouvaient bien ne pus différer de sentiment.

Considérée dans ces termes, eHe ne contient

I Epiit, 520. ULbc, IX, 235-5T,

rien de contraire soit à la doctrine catholique en général, soit à la divinité du Saint-Esprit en particulier. ^Pour soupçonner d'erreur celui qui Ta écrite , il faut se rappeler qu'il s'agissait à cette époque d'insérer le terme Filioque au symbole de Nicée , aiîn de confesser explicitement, contre les Grecs, que le Saint-Esprit procédait également du Père et du Fils, et non du Père seul.

Mais autre chose est de douter d'une vérité, autre d'ajourner son insertion dans une profession de foi. Léon III et Jean YIII, qui avaient donné en diverses circonstances des preuves irréfragables de la pureté de leur foi au sujet de la procession du Saint-Esprit , pouvaient avoir des raisons de ne faire aucune modification au symbole de Nicée. C'est la réflexion de Fleury luimême :

« Nous avons vu, par la conférence des envoyés de Charlemagne avec le pape Léon III, que Ton n'avait point reçu à Rome l'addition Filioque au symbole de Nicée, et que le Pape n'approuvait pas cette addition qui était reçue en France, quoiqu'il ne doutât pas de la vérité qu'elle exprime, savoir : que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Ainsi, le pape Jean VIII, sachant que les Grecs étaient scandalisés de celte addition, pouvaient avec vérité dire que l'Eglise

romaine ne Pavait point reçue, et blâmer ceux qui l'avaient introduite; et, s'il use contre eux d'expressions trop fortes, on peut les attribuer à sa complaisance pour Photius et pour l'empereur Basile qui lui a fait faire tant de fautes; mais il ne touche point, en cette lettre, au fond de la doctrine ^ »

II y a encore une autre réponse à donner. Cette lettre , selon toute apparence , n'est pas de JcanVIIl. Le même Pholi us qui avec une vingtaine de prélats avait, peu de teuips auparavant, fabriqué un concile œcuménique présidé par Tempercur de Constantinopleetsigné par trois patriarches et mille évêques, a cru utile à sa cause de prêterai! Pape un langage qu'il n'a jamais tenu.

L'existence même du concile de 88G n'est pas démontrée. Deux écrivains contemporains, Nicétas et Stylicn, ont tracé rhisloiiedu schisme de Photius : aucun d'eux n'en fait mention ^. Les légats du Pape, de retour à Rome, parlent d'une assemblée d'évêques et non d'un concile qui en (lit réuni piès de quatre cents. Toujours csl-il que Pholius seul a connu la lettre de Jean XiU, et que, après l'avoir insérée dans les actes supposés

i nist. cccltîs., liv. LUI, n" 2J.

2 Niciilas, Vie daaint Ignace. —Si^lkn, UUre à ElienntY.

(le son concile, il Ta oubliée lui-même dans la suite, ou du moins n'a pas jugé bon de la rappeler, même lorsfjue le Pape désavoua ses légats, et renouvela contre lui Photius toutes les condamnations qu'avaient portées ses prédécesseurs. Il n'était pas homme à ne pas tirer parti d'un document qui, à S8€ è^;!iS, lui donnait gain de cause.

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